Lundi 23 août

Pour certains, le chemin de la gloire est parsemé d'embûches. La Russe Irina Korzhanenko, première femme à gagner une médaille d'or sur le site olympique le plus sacré, est convaincue de dopage. Elle a déjà purgé une suspension de deux ans pour ce genre de pratiques. Que les dieux de l'Olympe s'abattent sur elle ! Un Grec d'origine albanaise, médaille de bronze à ces Jeux, Leonidas Sabanis, se fait attraper aussi. Il clame son innocence. Son entraîneur a une explication : juste avant le contrôle, un bénévole néerlandais lui a donné une boisson qui contenait un produit interdit. Il n'a pas de preuves mais la Grèce doit le croire : c'est un complot pour empêcher les Grecs de connaître le succès.
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Pour certains, le chemin de la gloire est parsemé d'embûches. La Russe Irina Korzhanenko, première femme à gagner une médaille d'or sur le site olympique le plus sacré, est convaincue de dopage. Elle a déjà purgé une suspension de deux ans pour ce genre de pratiques. Que les dieux de l'Olympe s'abattent sur elle ! Un Grec d'origine albanaise, médaille de bronze à ces Jeux, Leonidas Sabanis, se fait attraper aussi. Il clame son innocence. Son entraîneur a une explication : juste avant le contrôle, un bénévole néerlandais lui a donné une boisson qui contenait un produit interdit. Il n'a pas de preuves mais la Grèce doit le croire : c'est un complot pour empêcher les Grecs de connaître le succès. La police a perquisitionné le domicile de l'entraîneur des deux sprinters grecs suspendus. Christos Tzekos est représentant en compléments nutritifs. Des milliers d'entre eux recèlent de l'éphédrine, d'autres des stéroïdes anabolisants : en septembre 2003, le ministère de la Santé a fait saisir ces produits chez Tzekos mais ils sont mystérieusement réapparus. LudoPhilippaerts a dû s'adapter au site et à l'ambiance du parcours de jumping,à Markopoulo. C'est superbe, flambant neuf et très cher, sis dans les collines au sud de l'aéroport mais très isolé. Entre les deux manches, soit pendant cinq ou six heures, il n'y a rien à faire. Il n'y a même pas de café ni de restaurant digne de ce nom. On véhicule les spectateurs en bus, les moins heureux se battent pour un des rares taxis. Entre le stade et le centre de presse, on trouve un morceau de la Grèce antique, une maison de dix mètres sur dix. Ces joyaux du passé sont omniprésents dans le paysage athénien, parfois au milieu d'une route, parfois dans une station de métro. De nombreuses découvertes de ce type ont d'ailleurs ralenti les travaux. Quelques étrangers se renseignent sur les épreuves disponibles à Plaka, un des points de vente. Un billet pour un match de quarts de finale de basket vaut entre 20 et 30 euros. Seuls les grands événements, comme la natation et l'athlétisme, les finales et la cérémonie d'ouverture sont inabordables. Pour ces affiches, chaque soir, des supporters désespérés brandissent des cartons I need tickets à la station Irini, à l'entrée du complexe olympique. Celui qui n'a pas de billet peut se consoler en mangeant à Plaka, qui signifie la vieille Athènes en albanais. Le c£ur touristique de la ville bat au pied de l'Acropole. Trop étroites pour les automobilistes, ces petites rues sont une bénédiction pour les piétons. Quand Athènes a conquis son indépendance, en 1830, après des siècles de domination turque, c'était la seule partie de la vieille ville encore habitée. Quand la ville est devenue la capitale de la Grèce, en 1834, elle ne comptait que 4.000 âmes, au milieu des ruines. Le nouveau roi Otto, importé d'Allemagne, a demandé à des architectes allemands de bâtir une nouvelle ville en style néoclassique. Ces bâtiments constituent le second atout d'Athènes, outre les ruines antiques. Le reste de la ville est gris, fonctionnel, avec ses énormes immeubles à appartements, stigmates d'une ville qui a mal digéré son expansion dès 1922 et vient de subir son premier lifting depuis cette rage constructrice incontrôlée. A cette époque, plus d'un million de Grecs ont quitté Istanbul et la côte turque occidentale, les Turcs de Grèce effectuant le mouvement inverse, après une tentative ratée des Grecs de s'approprier la côte Ouest. Par nostalgie, les nouveaux Grecs ont baptisé leurs clubs sportifs du nom de leur patrie perdue : Panionios en mémoire de l'Ionie, le nom grec de la côte Ouest turque, l'AEK Athènes avec le K de Konstantinopel, Constantinople, le nom byzantin d'Istanbul. Athènes abrite environ quatre millions de personnes, plus un demi-million d'Albanais en séjour semi -illégal, soit un gros tiers de la population grecque. Les immeubles forment une chaîne ininterrompue jusqu'au Pirée. Le machisme américain n'est pas toujours payant. Médaille d'or à Atlanta sur 110 m haies, Allen Johnson trébuche sur l'avant-dernière haie et glisse sous la dernière tandis que ses lunettes solaires clinquantes tombent. Il n'a sans doute pas vu l'obstacle ? On a la chair de poule pendant le 400 m haies féminin. Le stade scande : Hellas, Hellas ! Portée par le public, Fani Halkia se sent pousser des ailes et s'impose aisément en 52 "82. Il y a un an, elle courait en 56 "40 et émergeait de justesse au top 50... Des légendes font leurs adieux. Le Namibien Frankie Fredericks, médaille d'argent sur 200 m à Barcelone et Atlanta, fêtera bientôt ses 37 ans. Il est quatrième mais sa morphologie semble banale, par rapport aux trois Américains qui le précèdent. Merlene Ottey, la Jamaïcaine naturalisée Slovène, 44 ans, prend aussi congé. Depuis Moscou 1980, elle a gagné huit médailles, un record féminin. Elle est la médaillée la plus âgée (40 ans et 143 jours) depuis sa deuxième place en 4x100 m à Sydney. Ici, elle se blesse en demi-finales du 200 m. Elle est évacuée en chariot électrique au lieu d'effectuer le tour d'honneur qu'elle aurait mérité. Moment poignant, la finale du 1.000 m K2. A mi-parcours, Bob Maesen et Wouter D'Haene sont deuxièmes derrière l'Italie mais terminent cinquièmes, sans la médaille convoitée, alors qu'ils avaient obtenu l'argent au Mondial l'an dernier. La performance est quand même belle pour un duo qui ne pratique cette spécialité que depuis un an et demi. Le sélectionneur bulgare Krassi Ivanov travaille en Belgique depuis 1994, à Hazewinkel, comme entraîneur national : " Ici, on est amateur. Après Sydney, les bateaux étaient usés, j'ai dû en chercher un de niveau mondial. Dans beaucoup de clubs, les élites doivent se débrouiller. Personne n'a le temps ni le niveau requis pour s'occuper d'eux. Peu de talents ont, comme Bob et Wouter, la volonté de consentir des sacrifices. Ceux-là sont les bienvenus chez moi. Du moins si on me garde, car après tout, j'ai failli, ici ". Bagarres dans les tribunes de foot ? Pendant la finale, la police évacue les journalistes qui ont fui la canicule des premiers rangs pour s'asseoir sur les bancs TV, libres. Un photographe chinois immortalise l'événement et se voit confisquer sa pellicule û pour des raisons de sécurité... Jacques Rogge insiste sur l'émergence de l'Asie dans sa conférence de presse finale. Jusqu'au dernier jour, la Chine a rivalisé avec les USA. Et les Belges ? " Ceux qui ont faim réussissent. C'était le cas de Justine Henin ". Le marathon clôture les Jeux. Rogge confirme que pour la première fois dans l'histoire des Jeux, le CIO a dû demander à un organisateur de ralentir les travaux : Pékin serait prêt avec un an et demi d'avance ! Finalement, Athènes a bien organisé les Jeux. Ses citoyens ont dû s'habituer à respecter le code de la route. On relâche les chiens de rue, au nombre de 3.000. Pendant les Jeux, ils ont été rassemblés dans un asile. Quant aux restaurateurs, ils ne sursauteront plus en découvrant des clients étrangers dès 21 h, alors que les serveurs ne sont pas encore là. Geert Foutré