Y a-t-il des talibans dans le monde du football? Ne sommes-nous pas tous un peu comme ces fous de Dieu qui, en Afghanistan, se font un "devoir" de détruire les bouddhas géants de Bamiyan?
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Y a-t-il des talibans dans le monde du football? Ne sommes-nous pas tous un peu comme ces fous de Dieu qui, en Afghanistan, se font un "devoir" de détruire les bouddhas géants de Bamiyan?Scifo fait partie du patrimoine du football belge. C'est une de ces statues que d'aucuns veulent dynamiter à Kaboul-sur-Sambre. Tout le monde, à part ses proches, la direction de son club et ses joueurs, doute un peu de lui dans ses fonctions de coach. Enzo est dans l'oeil du cyclone. Alors, même s'il a été maladroit dans la gestion de certains événements (relations tendues avec la presse de Charleroi, incidents avec Tokéné, Brogno, Lecomte, succession de Manu Ferrera au poste de coach, etc), on ne peut pas retenir que la maigre récolte de treize points sur trente-six depuis qu'il gère le groupe du banc de coach. Sans lui et l'enthousiasme qu'il déclencha lors de l'annonce de sa venue au Stade du Pays de Charleroi, les Zèbres se débattraient désormais en D2. Cela vaut bien un crédit de cent bons points. Mais on oublie. Scifo porta son choix sur Manu Ferrera afin de succéder à Mommens. Une bonne idée et le Bruxellois signa du bon travail en canalisant, de plus, avec soin, les effets du renouveau apporté par la seule annonce de l'arrivée d'Enzo. Toute une région retrouva sa fierté autour de lui. Ce fut le cas lors de la dernière journée de championnat. Mais il faut le dire: si Scifo n'avait pas signé à Charleroi, Anderlecht n'aurait jamais offert un point aux Zèbres, qui en avaient besoin pour se sauver sans se soucier du résultat de Geel. Zetterberg, Stoica et les autres ont joué avec le frein à main. Pour Enzo. Charleroi avait acquis ainsi du prestige, des relations, un nom à l'étranger, etc. Mais il y avait bien plus que le côté sportif. Il est indiscutable que Jean-Claude Van Cauwenberghe, Ministre-Président de la Région Wallonne, joua un rôle dans l'arrivée d' Abbas Bayat à la tête du club carolo. Mais sans effet Scifo, Chaudfontaine ne serait évidemment jamais venu à Charleroi. Que s'était-il passé avant cet important événement? A la demande de la Ville, Jacques Van Gompel, Claude De Spiegeleer et Van Cau, Eric Somme avait imaginé d'attirer des tas de sponsors autour d'Enzo Scifo et de Charleroi. Un beau projet. Somme l'imagina, trouva un écho positif chez Scifo et l'affaire fut bien emballée. Eric Somme présenta l'idée puis prit très vite du recul. Van Cau est alors entré en action. Il ne fallait pas demander à Enzo Scifo d'hypothéquer le fruit de son travail. Il a de toute façon fait un effort, même si son contrat de huit ans (80 millions bruts en tout?) était évidemment intéressant. Bayat est arrivé au bon moment, sans quoi Charleroi vivrait bel et bien la même situation que Beveren, où les joueurs ne sont pas payés et ont brossé des entraînements la semaine passée. Tout le monde insista sur le fait que cette saison serait placée sous le signe de la transition et de la construction après un an de misère noire. Manu Ferrera était l'homme indiqué pour ce travail. Hélas pour lui, il signa quelques déclarations qui ne firent pas plaisir à la haute direction du club. Le coach au sang chaud affirma qu'on ne trouverait pas un bon joueur (mais bien du sable) en Iran. Or, Bayat est d'origine iranienne et avait envie de trouver du talent dans son pays natal. Manu Ferrera commit une maladresse de plus en critiquant ses gardiens, surtout Istvan Dudas, tellement brillant en fin de saison passée. Un coach protège ses joueurs, Ferrera les descendait et c'est... Abbas Bayat qui prit la décision de virer l'entraîneur bruxellois. Bayat en avait assez des critiques de Manu Ferrera, qui se retrouvaient dans la presse et déforçaient assez le groupe. Avant que le couperet ne tombe, la direction scruta bien le marché français, songea à Daniel Leclercq et se rendit à Auxerre afin de convaincre Guy Roux de dépanner les Zèbres. A cette époque, Scifo eut la confirmation que sa carrière était terminée, à cause de ses problèmes de hanche. En gestionnaire avisé, Abbas Bayat se dit que c'était le moment d'épargner le salaire d'un entraîneur car Scifo avait évidemment son contrat de huit ans. Quand on a consacré toute sa vie au football, c'est tentant. Le tout est de savoir si Enzo n'aurait pas rendu plus de services dans un grand rôle d'ambassadeur, de super-représentant du club sur la scène nationale et internationale. Charleroi ne possède évidemment pas les moyens de se payer un tel luxe. Enzo Scifo s'est mouillé alors qu'il aurait pu prendre du recul ou dormir sur son contrat. Une période de transition aurait été utile. Pas le temps. On rappellera que Charleroi ne joua pas souvent très bien en début de saison. Mais Brogno marquait comme il respirait. Tout le monde savait que cela ne durerait pas car Dante a toujours un moment creux en hiver. Dante et Ferrera ont eu la chance d'avoir Scifo dans l'équipe. Brogno ne portait pas tout le poids de l'équipe. Il était libéré par cette présence.Les adversaires se méfiaient d'un Enzo Scifo vieillissant certes, mais toujours capable de poser le jeu. Puis, il y eut de petits incidents. Avec Tokéné, mais on oublie de dire que ce joueur a eu des pépins avec tous ses coaches à Charleroi: Robert Waseige, Luka Peruzovic et Manu Ferrera. Il est dès lors injuste de mettre cela au seul passif de Scifo. Ce dernier a exclu Lecomte du noyau A quand il claqua la porte avant le voyage à Lokeren. Il le réintégra un peu plus tard à la demande du groupe et en acceptant les excuses du gardien de but liégeois. Enzo aurait-il dû être plus dur et faire ainsi preuve d'autorité? Ou a-t-il tout simplement été humain et attentif à l'erreur d'autrui dans ce contexte? La chance a tourné le dos à Scifo entraîneur. Le terrain était impraticable à Harelbeke et le club flamand en tira un grand profit. Au Lierse, les Carolos ne furent pas ridicules, firent jeu égal, et la décision tomba sur deux erreurs d'arbitrage: un penalty fantaisiste et un but précédé d'un hands qui n'échappa à personne sauf à l'arbitre. Avec quelques points de plus, la tension actuelle n'aurait jamais été de mise. Il ne faut pas oublier non plus le gros incident qui opposa Enzo Scifo à Dante Brogno. Celui-ci avait été malade lors du stage d'hiver et il tardait un peu à retrouver son régime du début de saison. Scifo le maintint sur le banc et fit confiance à Eduardo et Rojas. Dante pouvait toujours faire la différence dans un rôle de joker. C'était le droit du coach de procéder de la sorte. Et, de fait, Dante fit la différence en montant au jeu, marqua un beau but et signa l'assist du succès face à Genk. Charleroi était gagnant sur toute la ligne. Scifo avait prouvé qu'il savait gérer un groupe et Dante Brogno était le roi de la soirée. En réalité, malgré les trois points, ce fut une défaite sur toute la ligne, la plus douloureuse de cette saison probablement. Dante explosa et vola la vedette de façon négative à Enzo.La presse ne parla que de l'incident: c'était négatif, au lieu d'être positif. Il y avait comme un goût de sinistre total dans l'atmosphère. Enzo doit bien sûr apprendre à vivre avec les critiques de la presse, et son conflit avec La Gazette des Sports ne peut s'éterniser. Il y a eu une réconciliation entre Enzo et Dante mais, en fait, cette blessure ne se cicatrisera jamais. Scifo s'est senti trahi et abandonné par un ami. On imagine que l'avenir ne sera pas très facile. La rumeur raconte que Dante envisage de mettre un terme à sa carrière à la fin de cette saison. Il est évident qu'un joueur ayant rendu tant de services à son club doit rester au Sporting. Il fait partie de la légende des Zèbres mais son éclat risque de lui limiter certains horizons à l'heure de la reconversion. Dommage... Charleroi ne serait pas Charleroi sans certains grenouillages et on affirme que d'anciens dirigeants tenteraient d'influencer l'un ou l'autre joueur afin de miner l'ambiance. Histoire d'ennuyer ou même de décourager Abbas Bayat, dont les méthodes ne plaisent pas à tout le monde. Scifo est au courant et cela l'a touché. Les talibans de Charleroi sont ceux qui, par ailleurs, étaient souvent aux côtés de Manu Ferrera, trop sensible à leur influence alors qu'il devait tout à Scifo et Bayat. Il y a un an, Charleroi accueillait Scifo en héros. Aujourd'hui, on ne lui pardonne rien, on ne lui offre rien, même pas un peu de temps. Tout cela avant la visite du Standard et le voyage au Tivoli. Bigre, ça promet, mais Bayat l'a confirmé dans son rôle de coach pour la saison à venir et le groupe sera renforcé. Le prochain exercice sera encore placé sous le signe de la construction. Il n'y a que les doux rêveurs qui ont oublié d'où venait Charleroi. Les Zèbres étaient bel et bien dans le coma la saison passée.Pierre Bilic