Même si le coin demeure rustique et charmant, Beveren n'est plus ce petit village où des géants du football européen ont parfois perdu leurs boussoles et leurs ambitions. Anvers a étendu ses tentacules et la pression automobile y est devenue le cholestérol des artères de la circulation.
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Même si le coin demeure rustique et charmant, Beveren n'est plus ce petit village où des géants du football européen ont parfois perdu leurs boussoles et leurs ambitions. Anvers a étendu ses tentacules et la pression automobile y est devenue le cholestérol des artères de la circulation. Ivan Bozic (23 ans, 1,86 m, 80 kg) se sent bien dans ce club engagé dans une des périodes de transition les plus délicates de son histoire. L'ère Jean-Marc Guillou s'efface. Walter Meeuws n'a pas perdu sa sérénité légendaire et son adjoint, Edy De Bolle, n'est pas homme à baisser les bras malgré une récolte de points trop maigre depuis le début de la saison. " Beveren mérite quelque unités supplémentaires ", note Bozic. " Notre équipe manque de régularité, peut inquiéter les meilleurs avant de présenter un niveau de Provinciales huit jours plus tard. Il faut gommer ces oscillations. Il y a quand même pas mal de nouvelles tendances dans ce groupe. J'adore jouer avec les Ivoiriens mais cela demande un temps d'adaptation. Ce sont de magnifiques techniciens qui aiment le ballon au point d'hésiter à le rendre. Or, un attaquant de pointe, comme moi, doit aussi être servi dans la profondeur ou dans le rectangle adverse. Avec eux, on ne sait jamais quand ils délivreront une passe. C'est parfois un élément de surprise mais il est difficile de lire leurs intentions ". " Je suis obligé de décrocher plus que prévu afin d'entrer en possession de la balle. Or, je ne peux pas me replier et être en même temps dangereux à la finition. Mais c'est une affaire de patience et de travail. A distance, j'avais été intéressé par l'aventure européenne de Beveren en 2004-2005. Tout le monde en parlait car Beveren était totalement plongé dans son trip africain. Aujourd'hui, les influences sont diverses et chacun doit faire un bout de chemin vers l'autre. Je suis persuadé que nous y arriverons car il y a du jeu, donc du plaisir, dans ce groupe. Je suis venu à Beveren pour me montrer dans un football difficile car tout le monde peut vaincre tout le monde. J'avais eu des offres de Hajduk Split, Dynamo Zagreb et même de Russie ou de Chine, où jouent pas mal de joueurs d'ex-Yougoslavie, mais je ne désirais pas trop m'éloigner de ma famille. J'avais déjà donné : le mal du pays et la nostalgie qui vous rongent le c£ur et l'âme, ça me connaissait. J'avais déjà vécu une expérience douloureuse en Belgique ". Formé à Zrinski Mostar, un des meilleurs clubs de Bosnie-Herzégovine (où joua Blaz Sliskovic, coach de l'équipe nationale de ce pays), Bozic intègre le noyau A à... 15 ans. Après deux ans, il est recruté par le KRC Zuid-West du coach Enver Alesic. Erreur de parcours. Ce club coule et c'est la galère. A 18 ans, Bozic y débute en D2 avant l'heure de la banqueroute : " On me doit encore de l'argent. A la fin, les joueurs n'avaient plus un sou pour manger. Des proches de la direction nous apportaient de la nourriture. Après, j'ai passé six mois en équipe de jeunes à Pérouse (Série A) qui envisagea de me prêter dans un petit club. J'ai préféré signer à Sibenik, en D1 croate. C'était près de chez moi. J'avais besoin de me ressourcer. J'étais déprimé car j'avais affronté des soucis importants : éloignement familial, soucis financiers, doutes, etc. J'ai mis un an pour m'en remettre. Je suis ensuite devenu international Espoirs pour la Croatie, meilleur buteur de Sibenik, etc. Les épreuves m'ont marqué mais je les vaincues et en quatre ans à Sibenik, à force de travail, je suis devenu plus fort, prêt cette fois à m'imposer en Belgique. Ma copine Antonia me rejoint régulièrement à Beveren où elle apprécie, comme moi, l'ambiance familiale ". PIERRE BILIC