gardien

Il n'y a pas d'équipe emblématique sans un gardien digne de ce nom. Jacky Munaron était celui-là au cours des années 80. Il dégageait une telle souveraineté que les autres devaient toujours se limiter à de la figuration. C'est pourquoi, durant cette période, aucun rival digne de ce nom n'était prêt à le concurrencer au Parc Astrid. Tous ceux qui ont vécu dans son ombre au cours de cette période manquaient d'arguments pour le supplanter. Il y avait là René De Jong, d'une part, et Dirk Vekeman de l'autre. De fait, ce n'est que tout au bout de cette décennie qu'une autorité s'est manifestée pour briguer à son tour le numéro 1 : Filip De Wilde. Mais je n'étais plus en charge à ce moment. Ce que je retiens de Jack, c'est une grande régularité. Et des perfs en temps opportuns. Comme lors du double test-match pour le titre en 1986,...

Il n'y a pas d'équipe emblématique sans un gardien digne de ce nom. Jacky Munaron était celui-là au cours des années 80. Il dégageait une telle souveraineté que les autres devaient toujours se limiter à de la figuration. C'est pourquoi, durant cette période, aucun rival digne de ce nom n'était prêt à le concurrencer au Parc Astrid. Tous ceux qui ont vécu dans son ombre au cours de cette période manquaient d'arguments pour le supplanter. Il y avait là René De Jong, d'une part, et Dirk Vekeman de l'autre. De fait, ce n'est que tout au bout de cette décennie qu'une autorité s'est manifestée pour briguer à son tour le numéro 1 : Filip De Wilde. Mais je n'étais plus en charge à ce moment. Ce que je retiens de Jack, c'est une grande régularité. Et des perfs en temps opportuns. Comme lors du double test-match pour le titre en 1986, contre Bruges. Ces deux fois-là, il avait ni plus ni moins dégoûté Willy Wellens et Jan Ceulemans, c'est tout dire. Au moment où j'ai repris le témoin de Tomislav Ivic, le Sporting présentait une arrière-garde à cinq avec Wim Hofkens et Michel De Groote sur les flancs. Chemin faisant, je suis passé à une défense à quatre avec d'autres composantes dans les couloirs : GeorgesGrün à droite et HenrikAndersen à gauche. Je ne pense pas travestir la vérité en disant que plus jamais, depuis lors, le RSCA n'a pu tabler sur des backs de cet acabit. Fougue, allant, percussion, marquage : ces deux-là avaient tout de latéraux modernes. Au centre, j'avais dû sacrifier un homme, par rapport à mon devancier, pour parvenir à un quatuor. C'est Hugo Broos qui en avait fait les frais. Il m'en avait voulu quelque peu au moment même mais j'estimais que Luka Peruzovic lui était tout bonnement supérieur au plan de la rigueur. Pour encadrer le tout, je disposais d'un des plus grands défenseurs qui ait jamais défendu les couleurs du club : MortenOlsen. C'était alors le Franz Beckenbauer du Sporting. Arrivé à pleine maturité, Franky Vercauteren était alors le capitaine d'équipe. Sur son aile, il était une valeur incontestable et incontestée. Sur l'autre versant, c'était un peu différent. Personne n'y a jamais fait réellement l'unanimité : Arnor Gudjohnsen et PerFrimann s'y sont relayés, Frank Arnesen également. Mais ils ne témoignaient pas de la même constance que le meneur de l'équipe. Au centre de la ligne médiane, j'ai toujours pu compter sur du beau monde aussi. D'abord JuanLozano, inspirateur des hautes oeuvres sans égal, puis EnzoScifo que j'ai lancé dans le bain à 17 ans à peine. Au poste de demi défensif, Ludo Coeck, après son transfert à l'Inter Milan, avait cédé le relais à un joueur qui, lui, revenait d'Italie : RenéVandereycken. C'était une charnière solide, qui allait toutefois perdre en consistance sur la fin suite à l'arrivée de joueurs moins consistants comme KariUkkonen, par exemple. Mais je ne l'ai plus connu non plus. Je disposais en quelque sorte de trois joueurs pour deux postes. Et quels joueurs : AlexCzerniatynski, Erwin Vandenbergh et KennethBrylle, excusez du peu ! Au même titre qu'en défense, il fallait faire un choix et, à ce petit jeu, c'est le Danois qui a souvent été sacrifié. La plupart du temps à l'extérieur, où nous jouions avec deux hommes en front de bandière alors qu'à domicile, l'équipe s'appuyait régulièrement sur un trio aux avant-postes. Et c'est dans ces joutes-là que Kenneth Brylle faisait la différence. La preuve par notre seul but à domicile contre Benfica, en finale de la Coupe de l'UEFA 1983, ou sa prestation étincelante contre Nottingham Forest l'année suivante. Une partie qui a longtemps fait jaser par ailleurs (il rit). Une chose est sûre : Anderlecht avait alors une attaque mitraillette. En 1984-1985, elle avait d'ailleurs atteint la barre des 100 buts tout juste. Ce total n'a plus été atteint depuis lors, c'est assez significatif. Tomislav Ivic, qui avait réalisé de la belle ouvrage entre 1980 et 1982 n'avait, il faut bien l'avouer, jamais su trouver la parade pour imbriquer, à l'avant, des nouveaux venus qui avaient pour noms Alex Czerniatynski et Erwin Vandenbergh. Ce n'était pas anormal, dans la mesure où ces garçons s'éloignaient quand même allégrement du profil présenté par leurs prédécesseurs Kenneth Brylle et, surtout, WillyGeurts. Le style direct du Croate a été remplacé sous ma coupe par une approche du jeu plus méthodique qui cadrait davantage avec le style anderlechtois. Cette évolution permit au Sporting de décrocher une Coupe de l'UEFA en 1983, contre Benfica. Au bout de cette décennie, le RSCA a disputé une dernière apothéose européenne, en CE2, face à la Sampdoria. A ce moment-là, les cadres, à l'attaque, avaient changé au profit d'une nouvelle vague composée de Marc Degryse, Luc Nilis et LuisOliveira. Du très beau monde aussi. Je crois que le dernier grand Anderlecht remonte à cette époque-là.