Le match à domicile de Zulte Waregem face au Lokomotiv Moscou aura lieu à Gand. Il y a 20 ans déjà, lorsque Philippe Desmet disputait des rencontres européennes avec le SV Waregem, le Stade Arc-en-Ciel était trop petit : " Lorsque nous sommes arrivés pour nous entraîner avant le match contre Milan, les Italiens avaient installé leur matériel dans notre vestiaire. Ils ne pouvaient pas croire qu'il n'y avait qu'un vestiaire par équipe ".
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Le match à domicile de Zulte Waregem face au Lokomotiv Moscou aura lieu à Gand. Il y a 20 ans déjà, lorsque Philippe Desmet disputait des rencontres européennes avec le SV Waregem, le Stade Arc-en-Ciel était trop petit : " Lorsque nous sommes arrivés pour nous entraîner avant le match contre Milan, les Italiens avaient installé leur matériel dans notre vestiaire. Ils ne pouvaient pas croire qu'il n'y avait qu'un vestiaire par équipe ". Desmet salue Francky Dury, le coach devenu vedette : " Je le connais depuis 20 ans. Je jouais toujours en D1 et il entraînait Beveren-Leie. Je l'ai rencontré dans un café. Il aime la vie mais le foot reste toujours au centre de ses préoccupations. De là à dire que je savais qu'il entraînerait un jour en D1 ? Comment peut-on prédire une chose pareille ? " Lui-même, en tout cas, n'en a jamais ressenti le besoin : " Peu de joueurs de Waregem sont devenus entraîneurs de D1. Wim De Coninck avait bien commencé mais ça n'a pas duré, Franky Dekenne entraîne le Racing Waregem, en D2. Les joueurs de l'équipe nationale, par contre, étaient déjà très concernés : EricGerets, Walter Meeuws, Hugo Broos, René Vandereycken, Frankie Vercauteren, ils sont tous devenus coaches ". C'est contre Aarhus, en 1985-1986, que Desmet a disputé son premier match européen : " On en parlait beaucoup car il y avait longtemps que ce n'était plus arrivé. Comme maintenant, Waregem ne comptait pas beaucoup de professionnels. Quatre ou cinq. J'étais chauffeur d'élévateurs. Nous travaillions jusqu'à 17 h et l'entraînement était à 17 h 30. Si tout allait bien, nous étions à la maison vers 21h ". Avant le match contre Aarhus, les choses changèrent. : " La veille, nous avons travaillé le matin, nous nous sommes entraînés l'après-midi et nous sommes partis au vert. A 15 km d'ici mais ce fut toute une aventure. Nos employeurs se montraient conciliants. A Aarhus, nous sommes partis la veille de la rencontre. Mais je n'ai jamais ressenti le moindre complexe d'infériorité ". Au départ, Waregem considérait la Coupe d'Europe comme une récompense : " Mais l'ambition est venue au fil des tours. Après avoir éliminé Milan et Hajduk Split, il nous restait le Real, l'Inter ou Cologne. Nous nous sommes mis à rêver de la finale ". Il confirme qu'à San Siro, certains joueurs avaient amené leur appareil photo et étaient impressionnés par l'ambiance. Sur le terrain, Dury demande à ses hommes d'exercer plus de pression sur le porteur du ballon. " Mais ce n'est pas un entraînement pareil qui va les fatiguer ", dit Desmet. " Je n'en ai pas encore vu un qui se donnait à fond ". Après un exercice, les joueurs consultent leur cardiofréquencemètre. " C'est la seule différence par rapport à notre époque : nous prenions notre pouls nous-mêmes. Mais les exercices sont les mêmes et je les applique aussi en Provinciale. Je ne pense pas que les joueurs s'entraînent plus qu'avant mais les exercices sont plus ciblés, grâce à l'ordinateur. Avant, on travaillait beaucoup inutilement. Sans le savoir ". Rik Vandevelde, l'entraîneur adjoint, le charrie sur son poids : " Nous faisions partie du même noyau. Le secret de l'ambiance de Waregem, c'est que la moitié des joueurs avaient joué ensemble en Juniors. On restait plus longtemps fidèle au club, on était content de jouer à Waregem. L'ambiance a rendu l'équipe actuelle plus forte. On doit prendre du plaisir à l'entraînement et ce n'est possible que si on s'entend bien. C'était notre cas. Nous aimions nous faire des blagues. Les piliers de l'équipe actuelle sont Tjorven De Brul et Chris Janssens. J'aime bien LudwinVan Nieuwenhuyze, qui travaille beaucoup dans l'entrejeu. Si j'étais à Bruges ou au Standard, je l'achèterais. Je le compare à YvesVanderhaeghe : c'est le genre de joueurs dont on croit pouvoir se passer mais qui sont indispensables ". Il estime aussi qu'un joueur comme Salou Ibrahim fait défaut : " Il était très fort. Il pouvait garder le ballon, se démarquer ou jouer de la tête. Il pouvait remiser ou marquer. Seul en pointe, il avait le même rôle que moi : garder le ballon en attendant les autres. On peut comparer les styles de jeu... A Bruges, il n'est pas toujours titulaire. Le problème, c'est Bosko Balaban. Moi, je ne l'alignerais pas. Ce n'est pas un bon, il est inutile. Avec lui, on joue à dix car il ne défend pas. Un attaquant ne peut plus se permettre cela, même s'il marque 15 buts. Marquer quand c'est déjà deux ou trois à zéro, ça ne compte pas ". Tony Sergeant lui fait penser à Danny Veyt : " Danny et Alain Van Baeckel sortaient à tour de rôle alors que les autres surgissaient sur le flanc. Sergeant marque facilement ". Deux gardiens disputent le match d'entraînement tandis que le troisième, GeertDe Vlieger, s'entraîne à part : " La concurrence n'était pas aussi forte. Nous avions aussi trois gardiens mais De Coninck était beaucoup plus fort que les deux autres. Dans le jeu aussi, s'il n'y avait pas de blessure, le 11 de base était fixe. C'était bon pour les automatismes. Aujourd'hui, on n'est plus patient. D'une part, les joueurs ne veulent plus prendre le temps d'apprendre : au moindre contretemps, ils s'en vont. A 19 ans, certains en sont déjà à leur troisième club. Ils sont trop impatients, ils veulent une chance tout de suite. Souvent, ils ne réussissent pas ailleurs non plus car, si ça ne marche pas, ils veulent à nouveau partir. D'autre part, les clubs ne sont pas plus patients avec leurs joueurs. Impossible, dès lors, de progresser tous ensemble ". Il ne regrette pas de n'avoir connu le professionnalisme qu'à l'âge de 26 ans : " Le budget de Waregem était de 30 millions de francs. Nous ne nous sommes pas enrichis mais nous avons gagné correctement notre vie et nous avions un bon boulot. A l'époque, déjà, les anciens disaient qu'ils étaient nés dix ans trop tôt. Mais on ne peut pas vivre du passé. Avant de devenir professionnel, j'ai eu des propositions du Club Brugeois et du Standard mais je n'étais pas libre. Si cela avait été le cas, j'y serais allé mais qui peut me garantir que j'aurais été titulaire et que je serais devenu international ? Pourtant, avec un MarcDegryse ou un JanCeulemans derrière moi, j'avais le niveau. Je l'ai prouvé en équipe nationale. Aujourd'hui, tout est plus tactique. En Coupe d'Europe, il n'y a plus d'adversaire facile. Je ne veux pas dire que tout était mieux avant. Les joueurs actuels ne sont certainement pas plus mauvais que nous. Le problème, c'est que les grands clubs achètent tout, ce qui rend la tâche des autres plus difficiles. Il est quasi impossible, pour une petite équipe comme nous, d'atteindre les demi-finales d'une Coupe d'Europe. Peut-être Waregem éliminera-t-il Moscou mais il doit surtout prendre cette double confrontation comme une récompense ". GEERT FOUTRÉ