Trond Sollied avait le triomphe modeste après le beau 4-0 de Bruges face à Genk, samedi dernier. Les jeux sont-ils faits pour le titre? Tout le monde le pense, et c'est encore plus probable à l'analyse du discours du coach norvégien. "Nous serons encore plus forts quand je pourrai aligner mon dream team", disait-il. "On n'a toujours pas vu le meilleur Bruges depuis le début du championnat". éa promet!
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Trond Sollied avait le triomphe modeste après le beau 4-0 de Bruges face à Genk, samedi dernier. Les jeux sont-ils faits pour le titre? Tout le monde le pense, et c'est encore plus probable à l'analyse du discours du coach norvégien. "Nous serons encore plus forts quand je pourrai aligner mon dream team", disait-il. "On n'a toujours pas vu le meilleur Bruges depuis le début du championnat". éa promet! Etienne Delangre, qui a affronté récemment Bruges et Genk avec Charleroi, n'est pas étonné par la victoire brugeoise: "Ce 4-0 est justifié sur l'ensemble du match lui-même car il y avait deux classes d'écart entre les deux équipes. La possession de ballon, 60/40, veut dire beaucoup de choses. Mais, globalement, l'écart entre Bruges et Genk n'est quand même pas aussi grand". L'ancien coach des Zèbres n'imagine plus que Genk se livre à la lutte pour le titre. Il reste pourtant persuadé que, sur un match, c'est l'équipe limbourgeoise qui peut proposer les plus belles choses au public belge. Pour lui, la différence entre les deux clubs se résume essentiellement à la richesse en profondeur de leurs noyaux. Alors que Sef Vergoossen est embêté dès qu'il doit se passer d'un ou deux titulaires, Trond Sollied peut toujours puiser dans un réservoir pour ainsi dire inépuisable. Delangre compare les forces et faiblesses des deux équipes.La défenseEtienne Delangre: "On a beau dire que Verlinden se fait vieux, qu'il est trop petit ou trop gros. Je constate qu'il fait de temps en temps des bêtises mais qu'il reste fiable. Saison après saison, il s'impose comme titulaire d'une équipe qui joue le titre: c'est sûrement justifié. Samedi, le premier but brugeois est à mettre au passif de Moons. Et, en permettant à Bruges de marquer très vite, il a orienté la physionomie du match. Le premier but est toujours d'une importance capitale dans une rencontre au sommet. Mais Moons n'est évidemment pas le seul responsable des quatre buts encaissés. J'ai vu une défense gruyère. En face, c'était impressionnant. C'est bien simple: la ligne arrière de Bruges pourrait carrément être celle de l'équipe nationale. Ce sera peut-être bientôt le cas. On peut facilement imaginer une ligne De Cock- Clement- Maertens- Van der Heyden chez les Diables. Maertens est certainement un international en puissance. Quand il manque un des deux défenseurs centraux, Sollied peut aussi faire reculer Simons. C'est impressionnant. Et, sur le banc, il y a encore des valeurs sûres comme Spilar, Lesnjak et De Brul. Les titulaires savent qu'ils ont intérêt à se bouger parce qu'il y a de la qualité derrière". L'entrejeuEtienne Delangre: "Pour moi, c'est le point faible de Bruges. Stoica a été très bon contre Genk, mais j'attendrai confirmation parce qu'il a rarement été déterminant depuis son arrivée à Bruges. Avec Anderlecht, il n'était jamais parvenu à se montrer très performant pendant deux mois d'affilée. Evidemment, n'importe quel entraîneur a envie de posséder un joueur pareil dans son noyau, mais on attend encore qu'il soit régulier. Sollied a dû revoir son système pour intégrer Stoica. Il est passé d'un triangle avec la pointe vers le bas ( Englebert et Serebrennikov devant Simons), à un triangle orienté vers le haut. Stoica joue devant deux récupérateurs: Simons et Englebert. Le coach n'avait pas le choix. Quand on a un Stoica, il faut l'aligner dans son meilleur rôle, en sachant qu'il n'abattra presque pas de travail défensif. A Anderlecht aussi, Stoica avait besoin de deux demis défensifs dans son dos, dans un système en 3-5-2. Et Sollied ne peut pas se permettre de placer Englebert et Simons le long des lignes parce que Stoica seul dans l'axe serait noyé. Englebert et Simons sont plus proches de l'axe et les deux ailiers se replient immédiatement en perte de balle pour transformer le 4-3-3 en 4-5-1. On voit que, dans le football actuel, une bonne paire de médians relayeurs est plus efficace. C'est le système qu'a choisi Vergoossen avec Thijs et Skoko. Deux joueurs qui défendent et construisent. C'est la paire axiale la plus performante du championnat. Au Lierse, Emilio Ferrera a choisi le même système avec Snoeckx et Mitu. Comme Thijs et Skoko, ils savent faire deux choses: mettre le pied et créer. Skoko peut être considéré comme un numéro 10 moderne. Dans le match à Bruges, on n'a rien vu venir de l'entrejeu. Parce que les hommes de l'axe ne se sont pas montrés dangereux (ils ont été complètement étouffés par le triangle Simons-Stoica-Englebert), mais surtout parce que les flancs ont été complètement inexistants. Genk devait passer par les flancs pour avoir une chance de contrarier Bruges mais ça n'a pas marché. Beslija et Daerden sont passés à côté de leur match. Or, on attendait d'eux encore plus que d'habitude, vu l'absence de Sonck et Dagano". L'attaqueEtienne Delangre: "Là aussi, je suis impressionné par la richesse de Bruges. Samedi, il manquait Saeternes et Lange, blessés. Duarte n'était pas repris. Smolders et Schockaert étaient sur le banc. Malgré tout cela, on avait encore droit à une attaque Verheyen- Martens- Mendoza. Incroyable! A côté de cela, c'est le désert offensif à Genk. Vergoossen a dû remplacer Sonck et Dagano par Suzuki et Chatelle. Y a-t-il un vrai attaquant de pointe dans ces deux-là? Je m'attendais à ce que Vergoossen titularise Vandenbergh. Il y avait longtemps que Chatelle n'avait plus joué devant. Il y avait même longtemps qu'il n'avait plus joué du tout... Et il n'y avait aucune force de percussion offensive. Genk avait une attaque mitraillette en début de championnat mais ses problèmes ont commencé dès que Dagano a entamé son passage à vide. Le duo Sonck-Dagano est terriblement efficace mais Vergoossen n'a rien derrière. Ce détail confirme une tendance générale: Genk peut être la meilleure équipe de Belgique quand tous les titulaires sont là, mais il y a un certain manque de qualité parmi les réservistes. Vergoossen ne pourrait pas se permettre d'aligner trois attaquants parce qu'il n'en a pas trois qui atteignent un très haut niveau. Alors que, quand Bruges est venu à Charleroi, Sollied était privé de Lange et Mendoza mais a aligné un trio Verheyen-Smolders-Martens dont rêvent beaucoup d'entraîneurs. Et, derrière eux, il y avait encore Stoica comme soutien d'attaque. Sollied s'est volontairement privé de Mendoza pour affronter Galatasaray: ça résume sa richesse offensive. Il fallait oser écarter un jouer pareil, mais le coach a marqué des points. Il a dit qu'il avait des solutions de remplacement et les résultats lui ont donné raison. Il s'est fait respecter encore un peu plus dans le groupe, il a marqué son autorité et permis à un garçon comme Martens de reprendre confiance. A Genk, je ne pense pas que Vergoossen oserait se passer aussi facilement de Sonck. Samedi, Sollied a définitivement mis fin au problème Mendoza: en le remplaçant en fin de match par Ristic, il a forcé la réconciliation entre les deux joueurs qui s'étaient bagarrés à l'entraînement. Ils n'avaient pas le choix: devant 22.000 personnes, ils étaient bien obligés de se taper dans la main au moment du remplacement. Psychologiquement, c'était très bien joué de la part de l'entraîneur". L'apport de Sollied et VergoossenEtienne Delangre: "Bruges a 31 points sur 33. C'est très bien, il faudrait être fou pour dire le contraire. Pourtant, je reste plus impressionné par le travail de Vergoossen que par celui de Sollied. Il faut relativiser l'apport des entraîneurs, voir avec quel matériel ils travaillent. Sollied a-t-il fait des miracles depuis qu'il est à Bruges? Je n'en suis pas convaincu. Selon moi, ce qu'il a réussi avec La Gantoise mérite davantage de compliments que son boulot à Bruges. Il a pris la tête d'une excellente équipe, habituée à gagner. Il n'a rien apporté de nouveau, si ce n'est un football plus rapide qu'avant, de l'engagement et beaucoup d'efficacité sur les phases arrêtées. Pour le reste, je ne suis jamais tombé sous le charme du Club de Sollied. Il n'y a rien de bien virevoltant. C'est plus facile d'entraîner une équipe qui se bat pour le titre qu'un club de milieu de classement. Capello et Van Gaal souffriraient plus à Charleroi qu'à la Roma ou à Barcelone. Vergoossen, lui, a débarqué dans un club qui sortait d'une saison complètement ratée. Il m'a scié quand j'ai vu le match de Genk contre Anderlecht en septembre de l'année dernière. Il n'était là que depuis deux mois et demi, mais tout était déjà parfaitement en place. En quelques semaines, il a imposé à Genk un quatre en ligne très performant qu'on ne connaissait pas là-bas. Il en a directement fait une machine à gagner. Ce qu'il a fait là-bas est plus frappant que le boulot de Sollied à Bruges. Et ce qu' Emilio Ferrera réalise aujourd'hui au Lierse me marque aussi davantage que le sans-faute de Sollied. Comme Vergoossen il y a un an, Ferrera a repris une équipe qui n'était nulle part et il l'a hissée dans le haut du tableau. En tout cas, il faut arrêter de dire que Sollied et Vergoossen ont apporté énormément à notre football sous prétexte qu'ils sont étrangers. Il y a aussi de bons coaches chez nous. Par contre, ils ont peut-être un atout que beaucoup d'entraîneurs belges ne possèdent pas: une très grande confiance en leurs moyens. Comme Ferrera, finalement...Je ne parlerais pas d'arrogance mais d'une foi inébranlable qui les encourage à persévérer dans la même voie après de moins bons résultats. Ils ne remettent pas tout en cause après une défaite. Un coach doit être convaincu par ce qu'il propose. S'il change de système après un moins bon match ou s'il montre son stress aux joueurs, il s'expose et perd du crédit. Rester zen en toutes circonstances, c'est indispensable pour réussir dans ce métier. Sur le long terme, un bon entraîneur sera toujours gagnant avec des principes inchangés". Bruges déjà champion?Etienne Delangre: "Il aurait fallu une victoire de Genk pour que cette équipe reste dans le coup. Aujourd'hui, elle est plus que probablement éliminée. Parce que ses joueurs n'ont pas su se remettre en question après le titre ou à cause de la Ligue des Champions? Sans doute un peu pour ces deux raisons. Anderlecht aussi me paraît définitivement largué. Je ne pense pas que Bruges finira par craquer comme ce fut le cas les deux dernières années. La richesse de son noyau est une garantie contre un passage à vide de longue durée. Et, avec tout le respect que je dois à des équipes comme Lokeren, St-Trond et le Lierse, je ne les vois pas inquiéter le Club jusqu'au bout de la saison". Pierre Danvoye"Pourquoi pas une défense brugeoise chez les Diables?" (Delangre)"Vergoossen et Ferrera m'impressionnent plus que Sollied" (Delangre)