Août 2001. Lors de la traditionnelle conférence de presse d'avant-saison de Mouscron, le président Jean-Pierre Detremmerie présente les nouveaux joueurs. "Une petite fille, Grazia Ban, née à Mouscron, a supplié: -Papa, s'il te plaît, je veux rentrer à la maison. Elle a été écoutée. Nous accueillons Zoran avec plaisir. Il nous revient de Genk et a signé pour trois ans. Il est chez lui, ici".
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Août 2001. Lors de la traditionnelle conférence de presse d'avant-saison de Mouscron, le président Jean-Pierre Detremmerie présente les nouveaux joueurs. "Une petite fille, Grazia Ban, née à Mouscron, a supplié: -Papa, s'il te plaît, je veux rentrer à la maison. Elle a été écoutée. Nous accueillons Zoran avec plaisir. Il nous revient de Genk et a signé pour trois ans. Il est chez lui, ici". Septembre 2002. Une année a passé. Zoran Ban a livré un bon premier tour, qu'il termine comme meilleur buteur du club avec 10 goals, avant d'être relégué sur le banc après le Nouvel An, notamment en raison du retour au bercail de Mbo Mpenza et d'un changement tactique opéré dans l'entrejeu où un système avec deux demis défensifs est mis en place. Il participe néanmoins à la finale de la Coupe de Belgique. En juillet, HugoBroos s'en est allé à Anderlecht et a été remplacé par Lorenzo Staelens. Le nouvel entraîneur des Hurlus ne considère plus l'attaquant croate comme un titulaire en puissance. Il est à deux doigts de le reléguer dans le noyau B, comme Dejan Mitrovic et David Crv. Zoran Ban essaye de s'accommoder tant bien que mal de cette situation. Jusqu'au jour où... Zoran Ban: "Avant le week-end des 24 et 25 août, durant lequel l'Excelsior allait être opposé à l'Antwerp, j'ai consulté le tableau où figurent les convocations. Je n'ai pas découvert mon nom sur la liste des joueurs appelés à se produire avec l'équipe Réserve, le vendredi soir. Je me suis dit: -Chic, cela signifie sans doute que je suis repris pour le déplacement à Deurne avec l'équipe Première. Mais mon nom ne figurait pas sur cette liste-là non plus. J'ai demandé des explications à l'entraîneur. Il m'a confié qu'il n'avait pas apprécié mon comportement à l'entraînement durant la semaine. Selon lui, je ne m'étais pas livré à 100%. Il n'avait pas davantage apprécié mon comportement à l'issue du match contre La Gantoise, le week-end précédent. J'étais directement rentré au vestiaire sans aller saluer les supporters. Il avait encore d'autres griefs à me formuler. Autant de broutilles, sans grande importance à mes yeux. Mais, surtout, il m'a confié que j'étais devenu, pour lui, le cinquième attaquant de l'équipe et que, si l'opportunité d'un transfert se présentait, il ne me retiendrait pas. Il a ajouté que, peut-être, je m'étais fait des illusions en espérant que le changement d'entraîneur m'aurait été bénéfique et que j'aurais joué davantage. Sur ce point-là, il a raison: c'est clair que j'avais espéré jouer davantage. Tout footballeur qui se respecte a l'ambition d'être titulaire. Mais pour le reste? Pourquoi aurais-je dû aller saluer les supporters à l'issue du match contre La Gantoise? Je n'avais pas joué, les joueurs qui avaient forgé la victoire méritaient plus que moi d'être ovationnés. Je ne m'étais pas entraîné à fond durant la semaine? Je connais peu de footballeurs qui s'entraînent à 100%, tous les jours. Ces explications de l'entraîneur ne m'ont pas convaincu, je préfère encore entendre que je suis devenu le cinquième attaquant de l'équipe. C'est un choix sportif. S'il estime que les autres joueurs sont meilleurs que moi, je dois respecter ce point de vue. Didier Vandenabeele, l'entraîneur des gardiens, m'a affirmé qu'il avait l'impression que le groupe était contre moi. Cela m'a profondément touché. J'ai consulté mes partenaires, aucun ne m'a confirmé ces propos. J'ai bien senti que je n'étais plus désiré par le staff. Mais, me chercher un autre club? Pourquoi? Je suis bien à Mouscron, ma petite fille va à l'école ici et j'ai encore un contrat de deux ans qui me satisfait amplement. Lorsque j'étais revenu, l'an passé, j'avais déclaré que je comptais m'y fixer pour un bon bout de temps. Ma famille a besoin de stabilité. J'ai averti mon manager de la situation, mais en lui précisant que je n'étais pas pressé de déménager et que je ne souhaitais partir que si je trouvais mieux qu'à Mouscron. A 29 ans, j'ai tout mon temps. Si je dois rester six mois sans jouer, ce n'est pas grave". La tête de Renier sur le corps de Ban!"L'Excelsior m'a proposé un arrangement à l'amiable . (Jean-Pierre Detremmerie, après le match du 1er septembre contre Genk: "Il a été convenu que nous verserions à Zoran Ban une partie de ses deux années de contrat et qu'il était libre de se chercher un autre club. Cela coûtera de l'argent au club, mais c'est préférable que de garder dans l'effectif un joueur dont l'entraîneur n'a plus besoin".) J'ai marqué mon accord. J'ai toujours respecté le président et je comprends la situation. Si l'entraîneur ne m'aligne plus, il est clair que mon salaire est devenu trop lourd pour le club, compte tenu de mon rendement. Je ne veux pas être un fardeau, j'ai donc accepté une solution susceptible de satisfaire les deux parties. Je m'apprêtais à signer. Dans l'intervalle, il avait été convenu que je pourrais continuer à m'entraîner avec le noyau B, sous la direction de GeertBrouckaert. C'était parfait. Le week-end où s'est joué Belgique-Bulgarie, un petit match interne avait été organisé entre le noyau A et le noyau B, histoire de meubler la trêve. J'avais été autorisé à m'entraîner, mais pas à jouer. Pas de problème. Le samedi matin, je suis passé au vestiaire afin de prendre mes affaires pour pouvoir m'entraîner individuellement à la salle de fitness. Patrick Stelandre, le délégué de l'équipe, m'a interdit d'entrer. C'était, disait-il, une consigne de l'entraîneur. J'ai voulu entendre cela de la bouche même de Lorenzo Staelens. Patrick Stelandre s'est éclipsé quelques minutes, et à son retour, j'étais toujours là. Il m'a exhorté à quitter l'enceinte du stade. J'ai été blessé dans mon amour-propre. Pourquoi aurais-je dû quitter le stade? Je ne suis pas un terroriste! J'ai toujours un contrat de deux ans, en bonne et due forme, et je peux me rendre sur mon lieu de travail tous les jours, si je le souhaite. Ma présence risquerait de perturber les autres joueurs? Que je joue ou pas, je suis toujours prêt à créer l'ambiance! J'ai finalement pu parler à Lorenzo Staelens, qui m'a confirmé les propos du délégué. Je suis rentré à la maison. Je ne m'étais jamais senti aussi mal de ma vie. En comptant ma première période ici, c'est ma quatrième saison à Mouscron. Je me suis toujours comporté correctement vis-à-vis du club. Je ne méritais pas un tel traitement. J'ai téléphoné au président. Je ne suis pas parvenu à le joindre. J'ai alors contacté Danny Oda, l'administrateur-délégué, pour lui annoncer que je n'étais plus d'accord avec l'arrangement à l'amiable qui m'avait été proposé. Pourquoi, après avoir été traité de cette manière, devrais-je faire à l'Excel le cadeau d'une partie de mes émoluments qui m'étaient dus? En mon for intérieur, c'était clair: j'étais décidé à rester encore deux saisons à Mouscron. En étant payé pour ne rien faire, le cas échéant. Qu'on juge mon rendement insuffisant, je peux l'accepter: c'est la loi du sport. Pourtant, vous pouvez vérifier les statistiques de la saison dernière, je ne pense pas avoir démérité. Au prorata des matches joués, je pense même pouvoir me targuer d'une belle efficacité ( NDLA: 25 matches joués, complets ou partiels, 10 buts, tous inscrits lors du premier tour.) Mais, que l'on porte atteinte à mon honneur, je ne peux pas l'accepter. Que l'on attribue mon numéro 11 à Christophe Grégoire, passe encore. Mais, ce qui m'a fait rigoler, c'est de découvrir, sur le poster de l'équipe qui figure dans le magazine du club, que l'on avait effacé ma tête pour la remplacer par celle de Pascal Renier... sur mon corps!" "Je gagne assez sans jouer""Je risque de rester deux années sans jouer? Tant pis. Au bout de deux ans, je n'aurai pas tout désappris. Je serai payé pendant ces deux ans. Et je pourrai m'occuper de mes enfants. Ils vont à l'école à Mouscron, ils sont bien intégrés. Je pouvais partir à Nicosie, c'est vrai. Mais on était à quelques heures de la clôture de la période des transferts. Je devais me décider sur-le-champ et partir le lendemain. On ne décide pas, comme cela, sur un coup de tête, d'emmener toute sa famille vivre à Chypre. En outre, c'était un contrat d'un an. Qu'aurais-je fait, au terme de ce contrat? A Mouscron, je percevrai mon gagne-pain pendant deux ans. Je ne toucherai pas les primes de match? Mon salaire est suffisant. Je ne partirais que si une offre nettement plus intéressante me parvenait. D'ici là, je respecterai mes obligations vis-à-vis du club; au club de respecter les siennes vis-à-vis de moi. Et si, un jour, pour cause de blessure ou de suspension par exemple, Lorenzo Staelens se retrouvait en panne d'attaquants et avait besoin de moi? Aussi longtemps que je suis sous contrat, je demeure au service de l'équipe et je serais obligé de répondre à son appel. David Paas l'a fait à Genk, la saison dernière, alors qu'il se trouvait dans une situation similaire à la mienne. Mais je doute que l'on en arrive à une telle éventualité. Je suis triste. J'aimais bien ce club. Le président m'a toujours respecté, les supporters m'ont toujours encouragé et, c'est vrai, lorsque je suis revenu l'an passé, j'avais l'impression de revenir à la maison. Aujourd'hui, c'est un homme blessé que vous avez en face de vous". Daniel Devos"Je n'ai pas de cadeau à faire à l'Excel""Et si, un jour, Staelens avait besoin de moi?"