Dans la région du lac Léman, par nature, on est discret. Sans doute l'habitude de recevoir les clients fortunés ou les Suisses venus acheter une maison. Alors, pour Evian Thonon-Gaillard, habitué à l'anonymat de son statut de jeune équipe, il faut s'adapter à l'effervescence médiatique, née de deux montées successives. " Il y a deux ans, personne ne savait qu'il y avait un club de foot à Evian. Maintenant, on ne parle que de cela. On est passé d'une caméra par semaine en National, à une par jour en D2 et à quatre par jour aujourd'hui ", lâche Bertrand Laquait, ancien portier de Charleroi qui a activement participé à l'aventure de ces deux montées et qui fut même nommé parmi les meilleurs gardiens de L2 aux derniers trophées UNFP.
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Dans la région du lac Léman, par nature, on est discret. Sans doute l'habitude de recevoir les clients fortunés ou les Suisses venus acheter une maison. Alors, pour Evian Thonon-Gaillard, habitué à l'anonymat de son statut de jeune équipe, il faut s'adapter à l'effervescence médiatique, née de deux montées successives. " Il y a deux ans, personne ne savait qu'il y avait un club de foot à Evian. Maintenant, on ne parle que de cela. On est passé d'une caméra par semaine en National, à une par jour en D2 et à quatre par jour aujourd'hui ", lâche Bertrand Laquait, ancien portier de Charleroi qui a activement participé à l'aventure de ces deux montées et qui fut même nommé parmi les meilleurs gardiens de L2 aux derniers trophées UNFP. Mais l'attrait va au-delà des résultats. Quand on compte Bixente Lizarazu et Zinedine Zidane ainsi que le chef cuisinier Marc Veyrat dans son conseil d'administration et que le président d'honneur se nomme Frank Riboud, PDG de Danone, cela suscite inévitablement de la curiosité. Pourtant, Evian TG fait tout pour sortir de l'image bling-bling. Rien ne souligne l'opulence de nouveaux riches. Le centre d'entraînement, un ancien baraquement militaire aux bords du lac Léman, à Amphion-les-bains, est spartiate. La salle de presse, minuscule, fait plutôt office d'accueil aux vestiaires. Seul un distributeur ciglé Evian, une des marques du groupe Danone, rappelle le propriétaire. " Quand on a appris que le club était repris par Riboud, beaucoup de gens pensaient qu'il allait devenir bling-bling ", explique Pierre Brouillaud, journaliste au Dauphiné Libéré. " Pourtant, c'était mal connaître le PDG de Danone. Il sait qu'un club doit grandir pas à pas. Il a agi de la même façon avec l'Evian Masters de golf. Il a coutume de dire que cela ne l'intéresse pas de donner du poisson mais qu'il préfère apprendre à pêcher. Il est surtout important pour l'ETG car il met ses réseaux au service du club. C'est un peu la même philosophie avec les présences de Lizarazu et Zidane. Ils n'ont pas investi énormément mais leur nom a permis au club d'assoir sa crédibilité. " Voilà résumé en quelques mots le style Riboud. " C'est monsieur tout le monde ", lâche Laquait. " Il est tellement simple. Il débarque en jean et en basket et il nous parle sans tourner autour du pot. "" Riboud est désarmant de simplicité. Danone pourrait investir massivement dans l'ETG ", ajoute Pascal Dupraz, le directeur sportif, " mais cela n'est pas dans l'esprit. On a 25 millions d'euros de budget et on doit faire avec. On doit faire perdurer le projet. " L'histoire moderne de l'ETG débute donc il y a cinq ans. Au bord de la rupture financière, à l'époque le directeur sportif avait même dû payer les billets de train pour un déplacement à Cannes, Croix-de-Savoie 74 (né de la fusion entre Gaillard et Ville-la-Grand en 2003) se tourne vers le groupe Danone qui refuse tout financement tant que le club n'a pas redressé sa gestion. Chose faite un an plus tard. Riboud donne donc son accord pour financer le club alors en CFA en faisant part de ses exigences. La première tourne autour de l'implantation du club. Le groupe voudrait qu'il se rapproche de la zone géographique de Danone, 30 kilomètres plus à l'est. C'est dans cette optique que Croix-de-Savoie fusionne avec l'Olympique de Thonon en 2007 et devient l'Olympique Croix-de-Savoie. Le dernier changement intervient en 2009, alors que le club vient de rejoindre le National (D3), avec une ultime modification de nom, dicté par Danone. L'Olympique Croix-de-Savoie devient l'Evian Thonon Gaillard FC ou l'ETGFC. Rapidement la greffe prend. Le club monte en L2 il y a un an, égalant la performance de son prédécesseur le CS Thonon qui avait déjà atteint la D2 en 1979, puis en L1 cette saison. " Dans la région, on sentait une certaine effervescence quand ils sont montés en L2 ", dit Brouillaud. " On savait que ce ne serait pas un fétu de paille. Moi, j'avais connu le CS Thonon et Annecy en D2 mais cela n'était pas pareil. Pour ces deux clubs, il s'agissait d'un épiphénomène. Ils étaient arrivés à leur sommet et l'ambiance était vite retombée. Avec l'ETGFC, on sent que le club peut toucher toute la Haute Savoie. A eux de se doter d'une véritable identité. "Le problème se situe là. Même si le projet a l'air de séduire, le club a connu trop de changements, trop de déménagements ces dernières saisons pour se créer une histoire. Ballotté de Gaillard à Thonon, avec trois modifications de nom en cinq ans, mais également avec un stade situé à 1 h 15 du lieu d'entraînement, Evian manque de repères. L'ETG joue en effet à Annecy, dans un stade vétuste qui a déjà subi deux phases de travaux en deux ans : contrainte des deux promotions. " On sent une attention particulière autour du club ", reconnait Dupraz. " Parce que nous sommes soutenus par Danone, parce que nous sommes un club particulier par son organisation, parce que ce n'est pas commun d'avoir un club au nom à rallonges et, enfin, parce que nous avons gravi les échelons très vite. Il y a 11 ans, on manquait de moyens et on évoluait en DH (5e division). L'actionnariat est également atypique. Il n'est pas là pour réaliser une plus-value financière. Il est là parce qu'il il croit en un projet. Mais nous devons veiller à grandir pas à pas. Nous sommes un club jeune et nous devons désormais acquérir une base populaire. "Or, ce ne sera pas facile tant les courants au sein de l'ETG sont différents. D'un côté, il y a les historiques, ceux qui considèrent que l'identité du club se trouve au bord du lac Léman et que c'est autour de Thonon qu'il faut penser la construction du nouveau stade. De l'autre, il y a les modernes, ceux qui veulent inscrire le club au centre de la Savoie et qui pensent que le stade doit se trouver près d'Annecy, défendant leur point de vue par le fait que le lac Léman bloque le rayonnement du club (de l'autre côté, c'est la Suisse) et qu'il est très mal desservi puisqu'aucune autoroute ne ceinture le lac. Au milieu, il y a Danone dont l'ancrage se situe dans le Chablais, la région du lac mais bien conscient des limites géographiques et financières de cette implantation. Depuis que l'ETG joue à Annecy, il a réussi à attirer de nombreuses entreprises savoyardes mais 60 % d'entre elles ont déjà annoncé qu'elles ne suivraient pas le club en cas de déménagement plus au nord. Cela en devient même un enjeu politique puisque le maire de Thonon vient de perdre les cantonales, sanctionné parce qu'il ne s'était pas prononcé sur le projet du futur stade. " On doit clairement devenir un club régional qui représente le pays de Savoie ", éclaire Dupraz. " On s'aperçoit que depuis deux ans, la moyenne des spectateurs ne cesse de grimper. Preuve que notre projet interpelle. La saison prochaine, sur les 19 matches à domicile, 15 se joueront à guichets fermés. On a déjà 4.500 abonnés alors que la saison dernière, on n'en avait que 1.500. Néanmoins, quand on évoque le nouveau stade, chacun a son idée. Pour moi, il devrait se trouver à la fois dans l'épicentre du département et non loin du lac, c'est-à-dire à Annemasse qui est bien mieux desservi que le lac. Mais cette réflexion n'engage que moi. "Derrière ce club atypique, il y a un projet original également. " On veut créer du lien social dans la région par le biais du foot ", explique Dupraz. " Notre école de jeunes ne ressemble pas actuellement aux autres modèles d'un club pro. Nous comptons 700 licenciés (350 à Gaillard et 350 à Thonon) sur deux pôles loisirs. Nos effectifs sont donc conséquents, contrairement aux autres centres de formation où c'est plus élitiste. De ce nombre, on veut dégager des élites pour notre équipe première mais sans pour autant abandonner le côté loisir. Dans nos équipes, il y a des jeunes de 15 ans sur lesquels on s'accorde à dire qu'ils ne deviendront jamais pros mais ils ont l'occasion de s'adonner à leur loisir. "Le jeu, le plaisir et l'état d'esprit, même le groupe pro est biberonné à ces valeurs. " A part plus d'attention médiatique, les deux montées n'ont rien changé ", prétend Laquait. " Il faut conserver cet état d'esprit simple où tous les joueurs vont manger ensemble régulièrement. Le jour où on prendra le melon, ce sera le début de la fin. Trop de fioritures tueraient l'âme du club. Des poignées en or ne font pas gagner des matches ". " La notion de plaisir est importante dans notre projet ", continue Dupraz, " L'objectif est certes d'être compétitif mais de l'être en ayant un comportement exemplaire, en laissant une bonne image du club. Dans la tête de Riboud, les joueurs sont les dignes ambassadeurs de Danone . Quand on cible un joueur, on regarde beaucoup son état d'esprit. On verrait d'un très mauvais £il qu'il défraie la chronique ou qu'il ne serre pas la main des supporters. On essaie donc de minimiser les risques. Avant de transférer Sydney Govou, on a vu que l'image qu'on lui collait ne correspondait pas à la réalité. On l'a mis en garde et il nous a rassuré en disant que l'état d'esprit lui plaisait. Et tout ce que je vois depuis son arrivée, c'est qu'il se comporte en vrai professionnel avec sérieux et bonhomie. Quand on parle d'esprit amateur, cela a un côté péjoratif. Mais derrière le terme amateur, il y a aimer. Moi, je suis un amateur de champignon et quand je vais les cueillir, je suis professionnel dans ma démarche. Sous prétexte que les joueurs sont devenus pros, peut-on affirmer qu'ils n'aiment plus le foot pour autant ? On peut donc rester amateur de ce sport tout en se comportant comme un professionnel. " " L'ETG attache beaucoup d'importance aux profils des joueurs ", corrobore Brouillaud. " Ils ne veulent pas de mercenaires, ni de fortes têtes et même Govou a été convaincu par l'étiquette de club familial. " Aller chercher des joueurs comme Claudio Caçapa en hiver (depuis lors, il est retourné au Brésil) ou Jérôme Leroy cet été, c'est également veiller à avoir des leaders de vestiaire. " Moi, ce qui m'a plu, c'est le projet et la façon dont les dirigeants m'ont parlé. Ici, il y a une vraie culture de l'humain ", avoue d'ailleurs Leroy, qui a connu Rennes, le PSG, Marseille, Lens et Sochaux. Malgré deux montées successives, le club n'est donc pas dépassé par les événements. " Des questions ont surgi mais ont jusqu'à présent vite trouvé des réponses ", avoue Laquait. " Quand, la saison passée, nous sommes allés jouer à Annecy, on se demandait si le public allait suivre et il a suivi. "" Certains en doutent encore mais on est clairement un club de L1 ", déclare Dupraz. " Il nous manque juste un peu de recul et de temps. Dans moins de deux ans, on aura un nouveau centre d'entraînement au château de Blonay et le stade suivra par après. Toutes les étapes sont franchies pas à pas, sans verser dans la précipitation. "Le prochain défi sera donc de rester dans cette Ligue 1 et d'éviter de suivre l'exemple d'un autre club qui avait réussi une ascension fulgurante avant de verser dans le ridicule en L1 : Arles-Avignon. " L'histoire d'Arles-Avignon est différente même s'ils sont toujours montés un an avant nous ", conclut Dupraz. " Mais on ne veut pas s'inspirer d'un club ou d'un autre. Nous avons nos propres convictions. Si mon trip est d'avoir un pantalon jaune, je ne vais pas me soucier de savoir si c'est à la mode ou pas. Je m'attends à 38 matches difficiles mais l'année passée, nous avons déjà connu 38 matches difficiles. On veut faire de l'ETG un bon club, pas un grand club, et revenir dans dix ans pour s'enorgueillir d'être toujours en Ligue 1. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Dans la tête de Riboud, les joueurs sont les dignes ambassadeurs de Danone. " (Pascal Dupraz, directeur sportif de l'ETG) " Le jour où on prendra le melon, ce sera le début de la fin. " (Bertrand Laquait)