Il a posé ses valises chez nous voici près de deux ans et a directement fait parler la poudre : 20 buts en 47 rencontres de championnat belge. Il vient du Sertão, le nord-est brésilien, une terre aride mais fertile en cacao, qui a inspiré les artistes comme l'écrivain Jorge Amado ou le chanteur Bernard Lavilliers. Un univers impitoyable aussi, où cangaceiros et lampiões ne se font aucun cadeau. Dans cet endroit où la richesse est concentrée aux mains de quelques colonels, les terres appartiennent à de riches propriétaires, les fazendeiros qui, pour défendre leurs biens contre les attaques des contrebandiers, engagent des gardes à la gâchette facile, de véritables tueurs sans pitié. Sans parler des nombreuses disputes de bars ou de bordels dues à l'excès de cachaça (l'alcool de canne à sucre) ou à l'attirance pour les jolies moreninhas (les jeunes filles métisses).
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Il a posé ses valises chez nous voici près de deux ans et a directement fait parler la poudre : 20 buts en 47 rencontres de championnat belge. Il vient du Sertão, le nord-est brésilien, une terre aride mais fertile en cacao, qui a inspiré les artistes comme l'écrivain Jorge Amado ou le chanteur Bernard Lavilliers. Un univers impitoyable aussi, où cangaceiros et lampiões ne se font aucun cadeau. Dans cet endroit où la richesse est concentrée aux mains de quelques colonels, les terres appartiennent à de riches propriétaires, les fazendeiros qui, pour défendre leurs biens contre les attaques des contrebandiers, engagent des gardes à la gâchette facile, de véritables tueurs sans pitié. Sans parler des nombreuses disputes de bars ou de bordels dues à l'excès de cachaça (l'alcool de canne à sucre) ou à l'attirance pour les jolies moreninhas (les jeunes filles métisses). " Dans l'Etat de Sergipe, seuls les plus forts survivent ", dit José Ilson dos Santos, alias Tailson (29 ans), l'attaquant prêté à Mouscron par Lokeren. " Nous habitions la roça, une colline où on a brûlé la broussaille afin de pouvoir cultiver un lopin de terre. Un endroit reculé du monde, complètement perdu. Il n'était pas rare que des gens y disparaissent, tués par des contrebandiers ou des milices privées. La police n'y mettait jamais un pied. La maladie était un autre ennemi mortel de la population. Il fallait parfois une journée entière avant de voir passer une voiture. Si un enfant était malade, on ne pouvait pas l'emmener directement à l'hôpital ou chez le médecin. C'est ainsi que trois de mes frères sont morts en bas âge ". Tailson a encore deux frères et une s£ur. Ses parents se sont séparés et ont refait leur vie chacun de leur côté. Son père a encore eu trois fils, dont un est décédé, tandis que sa mère a adopté un gamin. " Notre famille était très humble et je ne sais vraiment pas ce qu'il serait advenu de nous si je n'avais pas eu la chance de jouer au football ", dit-il. " Nous avons parfois eu faim. A sept ans, je travaillais déjà avec mon père : je poussais sa brouette. Je ne suis allé à l'école primaire qu'à l'âge de neuf ans et j'ai arrêté en cinquième. Je n'ai plus jamais ouvert un livre de cours depuis lors ". Tailson avait 14 ans lorsqu'un recruteur, Professor Adelmo, l'envoya à Dourense, un club du championnat de D2 de Sergipe. " Le niveau était très faible mais on me donnait le gîte et le couvert. A l'époque, j'étais médian offensif. Après quelques mois, Professor Adelmo m'a alors envoyé au Esporte Clube da Bahia, toujours chez les jeunes. Je n'ai joué qu'un an en Juniors puis, à 18 ans, je suis devenu professionnel. J'ai été sélectionné en équipe nationale des -20 ans, dont j'ai porté le maillot à cinq reprises. Des matches amicaux, pour la plupart, sauf une finale Mercosul, un match entre le champion d'Amérique du Sud et le champion du monde. Nous avons battu l'Argentine aux tirs au but ". Commence alors un long périple qui va le mener successivement au XV de Piracicaba, au SC Matonense, au Brasil de Pelotas, au Botafogo de São Paulo, à Ribeirão Preto et même au Gamba Osaka, au Japon. " J'étais toujours en transit. Mon transfert appartenait à un manager qui se débrouillait toujours pour me trouver quelque chose. Je restais six mois, un an. J'ai fini par me retrouver au Japon, à Gamba Osaka, où j'ai joué avec un autre Brésilien et le Français Doba. J'y suis resté 11 mois mais l'adaptation ne fut pas simple car tout est très différent là-bas. Mais je suis content d'y être passé, d'avoir vu et d'avoir empoché un peu d'argent par la même occasion ". Il met ensuite le cap sur le Portugal, où il porte le maillot du Sporting de Braga pendant six mois avant de rentrer au Brésil où il devient deuxième buteur du championnat national avec l'Esporte Clube de Recife, ce qui lui vaut un transfert au Botafogo de Rio. On retrouve encore sa trace au Paulista de Judaia, à Braga de nouveau puis à la Juventude avant de le voir débarquer à Lokeren. " Chaque club m'a apporté un petit quelque chose. Il est évident que j'ai eu des moments difficiles, comme cette blessure au XV de Piracicaba, alors que je n'avais que 19 ans : j'ai inscrit trois buts en deux ans et demi seulement et je me suis dit que ma carrière était déjà terminée. J'ai songé à abandonner le football mais, au moment de penser à ce que j'allais faire d'autre, je me suis dit que je n'avais rien : aucun diplôme, aucune formation. Alors, je me suis accroché ". Ces nombreux voyages lui ont aussi valu quelques désagréments financiers, des clubs qui n'ont pas toujours rempli leurs obligations. " Il est malheureusement notoire qu'en football, les retards de paiement et les dettes sont énormes. Mais j'ai toujours eu pour principe de ne pas regarder derrière moi. Quand on a vit au jour le jour depuis l'enfance, quand on ne sait pas ce qu'on mangera le soir même, on apprend à relever la tête, à se retrousser les manches et à profiter du moment présent. Si je pense au passé, je risque de ne pas être productif sur le moment même non plus et la spirale s'enclenche. La seule exception que je m'autorise, c'est de me remémorer les souvenirs de mon enfance, chez moi, l'après-midi. J'écoute de la musique, je ferme les yeux et je me revois, gamin. Mais je n'ai aucun regret : je suis content que Dieu m'ait donné la santé et la chance de faire ce métier. Ce qui est arrivé porte sa griffe ". Un de ses frères et sa s£ur sont venus lui rendre visite, afin de l'aider à tuer le temps. Car son épouse est repartie au Brésil avec ses trois filles, dont il s'est fait tatouer les prénoms sur le bras à Eindhoven : Maria Luisa (8 ans), Maria Eduarda (5) et Maria Fernanda (3). " Il ne faut pas crier Maria sinon elles arrivent toutes les trois ", sourit-il. " Elles me manquent terriblement, même si nous nous parlons chaque jour au téléphone ou sur MSN. Mais ma femme ne s'est pas adaptée en Belgique et nous avons décidé de nous séparer ". Tailson, lui, n'a pas eu besoin de temps d'adaptation sur le terrain : au cours des six premiers mois passés à Lokeren, il a scoré à dix reprises, dont plusieurs buts de la tête malgré une taille moyenne (1m80). " Marquer quand on arrive quelque part, c'est très important. Pour soi-même, pour la confiance, mais aussi pour forcer le respect de ses partenaires. Je n'ai pas beaucoup de technique mais je suis un homme de rectangle ". Sa deuxième saison, complète, fut un peu moins productive : 9 buts seulement. " J'avais bien commencé puis j'ai été exclu de façon tout à fait stupide contre Saint-Trond pour avoir donné un coup de tête à un défenseur. Nous avions déjà échangé quelques amabilités, il est venu vers moi, j'ai cru qu'il allait me frapper et j'ai cogné le premier. Impulsif mais ridicule. J'ai été suspendu pour quatre semaines, j'ai porté préjudice au club et aussi à moi-même car, par la suite, je n'ai pas retrouvé mes sensations ". Son transfert à Mouscron constitua pourtant une surprise dans la mesure où on pensait bien qu'il serait le centre-avant attitré de Lokeren cette saison. " J'ai disputé toute la campagne de préparation mais ce ne fut pas bon du tout. En Intertoto, je n'ai pas marqué une seule fois en quatre matches. Le club avait un nouvel entraîneur et, pour s'imposer, celui-ci savait qu'il devait faire des résultats immédiatement. Mais Slavoljub Muslin ne connaissait pas l'équipe. Il a sans doute pensé, et les dirigeants avec lui, que je pouvais faire mieux que cela. Ils ont cherché d'autres solutions et le président m'a appelé pour me demander si j'étais d'accord d'être prêté à Mouscron. Je n'ai pas hésité mais j'ai conservé mon appartement à Lokeren, une ville sympathique où il fait bon vivre. Au club aussi, je m'entendais bien avec tout le monde, même si nous ne parlions pas la même langue. De toute façon, si on disait du mal de moi, je ne m'en apercevais pas ". Hormis Dank u wel, Tailson ne parle en effet toujours pas un traître mot de néerlandais. A Mouscron, il suit des cours de français une fois par semaine mais ses progrès sont loin d'être flagrants. " Le français me semble déjà un peu plus facile à comprendre. Mais je ne suis pas doué pour les langues : je n'ai même jamais étudié le portugais de façon conventionnelle. Alors, je m'exprime par gestes. Je ne lis pas les journaux et je ne comprends pas ce que les supporters me crient. Parfois, ils veulent venir me parler mais ça se limite à un échange de sourires. D'autres fois, dans le stade, j'entends crier mon nom et je leur fais un petit signe. J'aimerais bien leur en faire un plus grand mais je me retiens car je ne sais pas s'ils m'encouragent ou s'ils m'insul- tent ". (Il rit). Son frère, qui assiste à l'entretien, lui demande alors si les amateurs de foot belges sont aussi terribles qu'au Brésil. " Non, loin de là ! ", répond Tailson. " A Lokeren, je ne les ai vus fâchés qu'une seule fois : nous avions perdu 7-3 à Westerlo et, au retour, ils étaient une demi-douzaine à lancer des boules de neige sur le car. Je suis sorti le premier, prêt à les affronter d'homme à homme s'ils s'en prenaient à l'un d'entre nous, mais ils ont juste fait un signe de la main. Les Belges sont des gens bien éduqués. (Il rit). Il leur manque juste un peu de sens de la fête. Chez nous, c'est inné : on aime se retrouver, manger, écouter de la musique. Il m'arrive souvent de retrouver Luciano (Germinal Beerschot), Victor (Bruges), Rogerio (La Louvière), Wamberto (Standard) ou même des anciens comme Edmilson ou son frère, Edson. Par contre, ici, quand vous mettez la musique à fond dans la voiture avec la fenêtre ouverte, on vous regarde de travers et on comprend immédiatement que vous êtes un étranger. Je pense que les gens vivent beaucoup pour le travail ". S'il le peut, Tailson rentrera au Brésil au terme de sa carrière. " J'ai bientôt 30 ans et je commence tout doucement à penser à ce que je pourrais bien faire par la suite. J'aimerais bien travailler dans le domaine musical, monter un groupe avec mes frères. Ils ont déjà une sono qu'ils louent à des artistes. Mais je ne sais pas jouer d'un instrument. Chanter ? Cela m'arrive mais je ne crois pas que je pourrais gagner ma vie avec ça. Je risque plutôt de recevoir des £ufs sur la tête ". Il lui reste de toute façon près de deux ans de contrat à Lokeren. Dont un qu'il passera à aider Mouscron à sortir du trou. Il a déjà secoué les filets à deux reprises mais cela ne suffit pas à le rendre heureux. " Nous avons perdu les trois matches que j'ai disputés. De plus, je me suis blessé à la tête lors du match à Zulte-Waregem : un coup de coude d'un défenseur. Embêtant dans la mesure où mon jeu de tête reste mon atout majeur. Et les six points qu'on m'a appliqués, j'aurais préféré qu'on nous les ajoute au classement. (Il sourit). Je suis pourtant convaincu que Mouscron va s'en sortir car il y a du talent dans cette équipe. Des gars comme Mustapha Oussalah, David Grondin, Steve Dugardein ou AdnanCustovic peuvent donner de très bons ballons. Le championnat de Belgique est très ouvert, beaucoup d'équipes se valent. La différence se fait souvent au niveau physique mais ça me plaît ". Patrice Sintzen" J'AI GRANDI DANS LA ZONE : trois de mes frères sont morts en bas âge " " LES BELGES SONT BIEN ÉDUQUÉS. Il leur manque juste un peu de sens de la fête "