"Le mercato d'hiver est depuis toujours un mercato d'urgence ", explique un agent. " C'est une sorte de seconde session. En gros, tu t'es bien planté mais il te reste une chance de sauver ta saison. "
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"Le mercato d'hiver est depuis toujours un mercato d'urgence ", explique un agent. " C'est une sorte de seconde session. En gros, tu t'es bien planté mais il te reste une chance de sauver ta saison. "Initialement, le mercato hivernal devait permettre de débloquer les footballeurs coincés dans leur club par un entraîneur qui ne croyait plus en eux... Aujourd'hui, des joueurs mis sur le banc pendant deux matches se verraient bien ailleurs ; on voit des éléments qui flambent trois rencontres menacer de partir en hiver ; on constate que des clubs menacés de relégation acceptent le premier tocard venu. " Il ne faut pas exagérer. Il y a encore moyen de faire des bonnes affaires, d'autant plus qu'avec la crise, il y a de plus en plus de joueurs sur le marché ", explique l'agent. Certains clubs en profitent même pour préparer la saison suivante. Bruges avait initié le mouvement il y a quelques années. Transférer des jeunes et leur laisser six mois d'adaptation afin d'être prêts en début de saison suivante. Variante du moment : mettre le grappin sur un joueur hot mais le laisser dans son club jusqu'en fin de saison. " Il n'y a pas une règle unique mais je trouve que quand ton noyau est en place, acheter en janvier en fonction des joueurs susceptibles de partir l'été suivant permet aux nouveaux de trouver leurs marques pendant quatre mois ", explique Marc Degryse qui avait mené cette politique lorsqu'il officiait comme directeur technique de Bruges. Lorsque Mons évoluait en D1, il constituait un des grands animateurs du mercato hivernal. Sur leurs six années de D1, les Dragons n'ont fait l'impasse sur les soldes d'hiver qu'à deux reprises. A chaque fois, Dominique Leone sortait le chéquier pour sauver une équipe mal embarquée. A tel point que c'était inscrit dans les habitudes : " Ce n'est pas grave si on se loupe en été, le président sera là pour acheter en hiver s'il le faut ". Mons est donc descendu après un mercato hivernal plat... Il a commencé cette politique lors de la première saison de Sergio Brio. Comme cela avait fonctionné, Leone a remis la main au portefeuille l'année suivante, lors de la saison 2004-2005. Le club attirait dix nouveaux joueurs après un été maléfique. Qui se souvient des Babatunde, Béhi, Billy, Hosni ? Le club commença l'année par un 12 sur 15 mais deux matches en retard (et donc l'obligation de jouer sans les nouveaux) allèrent casser cette dynamique et le club finit par descendre. Sur les dix nouveaux, seuls Cédric Berthelin et Marc Schaessens tirèrent leur épingle du jeu. L'exception qui confirme la règle ? Pas tant que cela puisque beaucoup d'analystes affirmèrent que si Mons avait effectué ces achats en été, il se serait sauvé... Rebelote en 2006-2007. Mais cette fois-ci, cela marcha pleinement. Mons réalisa le meilleur deuxième tour de son histoire et se sauva grâce aux arrivées d' Adriano Duarte, Benjamin Nicaise et Ilja Stolica (qui ne fera plus rien de bon par la suite). Sur les quatre transferts de l'hiver, seul le retour d' Aliyu Datti s'apparenta à un échec. En 2007-2008, Mons arriva une fois de plus à se sauver (in-extremis cette fois-ci) en injectant du sang frais dans l'équipe. Anti Okkonen, Frédéric Herpoel et Mohamed Dahmane arrivèrent en janvier et furent à la base du sauvetage. Par contre, la marge d'erreur existait toujours. La même année, Mons flaira la bonne affaire en attirant l'ancien défenseur d'Everton et des Rangers, l'Italien Alessandro Pistone qui passa plus de temps à l'infirmerie que sur le terrain. En janvier 2008, Leone stoppa les frais et décida de faire confiance à l'équipe mise en place par Christophe Dessy. Pas un achat en hiver. Résultat : descente en fin d'exercice. Roulers a essayé d'imiter Mons. Avec le même succès ? Oui, une fois. Mais pas deux. En janvier 2009, le club de Flandre- Occidentale acheta sept joueurs. Pas que des réussites mais il se sauva grâce aux prestations cinq étoiles de deux de ses recrues, Sherjill MacDonald et Ivan Perisic. De là à refaire le coup un an plus tard, il y a un pas que Roulers a failli franchir. En janvier 2010, de nouveau menacé, cinq nouveaux arrivèrent : que des échecs (sauf l'Australien Nikita Rukavitsa). Roulers ne put éviter un deuxième tour final d'affilée. Avec à la clé, une descente. 12 transferts hivernaux en deux ans, trois réussites seulement (soit 25 %) et une descente en bout de course. L'hiver n'est pas toujours clément. On peut résumer la politique de la famille Bayat simplement : on vend beaucoup. On achète (moins) au petit bonheur la chance en été en espérant que cela fonctionne. Et puis, si ça coince, on redevient sérieux en janvier. Dès 2003, Bertrand Laquait arrive en pompier de service en plein hiver. Le mercato de janvier fut par la suite très calme durant les années Mathijssen. Pour reprendre de plus belle depuis trois ans. En 2009, le Sporting, mal en point, va sur l'insistance de John Collins, viser juste en attirant Christophe Grégoire, Torben Joneleit et Adlène Guédioura qui vont directement devenir des pions de base prépondérants dans le sauvetage. Rebelote en 2010 : sous Tommy Craig, les Zèbres réitérèrent la man£uvre. Mais sans le même succès puisque seul Ederson trouva sa place dans le onze. Les Paul Taylor, Moussa Koita et Massimo Moia échouèrent sur le banc. Certes, Charleroi se sauva mais le dut plutôt à la faillite de Mouscron et à l'indigence (encore plus criante) de ses adversaires directs. A force de tirer sur la corde estivale, celle-ci a cassé cette saison. Une nouvelle fois, un effort devra être accompli cet hiver. Plus conséquent que les saisons passées puisque le Sporting est largement distancé et que le noyau est bien plus pâle. Faut-il donc réaliser un gros mercato pour ne pas descendre ? Non. En 2008, le Brussels, 18e à l'entame du second tour, réalisa pas moins de 9 transferts. Valeri Sorokin et Cheikhou Kouyatése révélèrent mais tous les autres constituèrent des flops intersidéraux (vous souvenez-vous encore d' Olof Guterstam, de Christian Landu Tubi, de Stéphane Zubar ou de Bojan Neziri ?). Pour preuve, de la 20e à la 34e journée, le Brussels ne quitta pas la dernière place. La même saison, Saint-Trond misa gros en achetant une demi-équipe. Que des échecs à part Mario Cantaluppi. Certains disparurent de la circulation ( Mirsad Beslija, Michal Pospisil, Pieter Collen), d'autres se révélèrent en D2 ( Ibrahima Sidibe). A Dender, les transferts n'apportèrent rien (sauf peut-être celui de Berthelin) et le club stagna. 14e à la trêve, il échoua à la 15e place. Il se sauva, certes, mais ne progressa pas. L'année suivante, en menant la même politique (perdante donc), le club ne réussit pas à éviter la relégation. Même remarque pour Lokeren qui fit quelques coups la saison dernière. Sans réel redressement au classement. Cependant, le club n'a pas tout perdu dans l'aventure puisque Ivan Leko et Benjamin Mokulu, arrivés en hiver dernier, ont trouvé leur rythme de croisière, six mois plus tard suite à l'arrivée d'un nouvel entraîneur. Les transferts hivernaux peuvent même provoquer une crise. En 2009, Tubize a vu sa dynamique brisée (et les effets du stage commando dans les Vosges s'envoler) suite à l'arrivée de quelques mercenaires (comme Quinton Fortune). Aucune équipe n'a réussi à refaire son retard et coiffer les lauriers grâce à un mercato hivernal réussi. Par contre, cela peut permettre de thésauriser. Anderlecht a réalisé un très bon deuxième tour et a posé la base de ses succès en ajustant son effectif en 2009. L'achat de Tom De Sutter tomba à propos, Nicolas Frutos passant énormément de temps à l'infirmerie. En 2008, les arrivées de Thomas Chatelle, Stanislas Vleck (six buts lors du deuxième tour) et Guillaume Gillet avaient déjà relancé le club. La saison dernière, les Mauves ont misé sur l'avenir en transférant le Tchèque Lukas Marecek. Six mois plus tard, ce dernier commence à percer. Du 50 % puisqu' à la même époque, les futurs champions avaient également séduit Mario Martinez, entre-temps déjà retourné au pays. Ces transferts hivernaux peuvent donc devenir de bons coups s'ils sont pensés comme celui de De Sutter, longuement préparé. Par contre, ils s'apparentent à des coups de poker s'ils interviennent dans l'urgence. L'année dernière, un Standard à l'agonie s'était montré très actif en acquérant Koen Daerden, Sébastien Pocognoli et Gicu Grozav. Au final, aucune réelle réussite. Par contre, quand les Rouches misent sur l'avenir, cela peut payer. Gohi Bi Cyriac est arrivé en hiver. Sinan Bolat aussi (en 2009). Tout comme Dante ou Marcos en janvier 2007. Le Club Bruges a fonctionné comme le Standard. Dans la précipitation, cela ne fonctionne que rarement, comme en témoignent les échecs de Dahmane ou Marc-André Kruska en 2009 ainsi que ceux du vivier mouscronnois en 2010 ( Daan Van Gijseghem a mis un an à se faire une place et Maxime Lestienne pourrit sur le banc). Seule l'arrivée de Vadis Odidja en 2009 constitue une réelle réussite. L'exception qui confirme la règle puisqu'il avait été acquis dans la précipitation. Le vainqueur toutes catégories demeure Gand. Les Buffalos préfèrent construire en hiver plutôt qu'en été. En 2008, Marko Suler, Zlatan Ljubijankic et Khalilou Fadiga se sont imposés d'emblée. L'année suivante, une armada offensive débarque avec Mbaye Leye, Tim Smolders, Adnan Custovic. Sans compter Erlend Hansveit et Stef Wils. A part Luigi Pieroni l'année dernière, très peu de déchets ! Sans doute parce que Gand mise davantage sur des éléments déjà confirmés. Beaux succès aussi pour Zulte Waregem : en 2009, les Coalisés font de très bonnes affaires ( Ernest Nfor, Jeremy Taravel, Khaleem Hyland et Chris Makiese). Tandis que l'année passée, le Cercle avait misé sur Reynaldo. Six mois difficiles mais une éclosion dès l'entame du championnat en cours. A l'inverse, le Germinal Beerschot se plante assez souvent. Flop pour Sébastien Chabaud en 2008. Re-flop pour David Janczyk en 2010. Même remarque pour Genk qui, en 2009, mise sur Ederson, Tom De Mul et Stijn Huysegems, et en 2010, attire Samuel Yeboah et Orlando. Vous voyez une réussite dans le tas ? PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : BELGALa politique Bayat : on achète au petit bonheur la chance en été. Et puis, si ça coince, on redevient sérieux en janvier. " C'est une sorte de seconde session. Tu t'es bien planté mais il te reste une chance de sauver ta saison. "(Un agent)