Tu avais dû être surpris quand Vercauteren t'a appelé chez les Diables Rouges ?

Roland Lamah : Pas forcément. Cette première sélection, je la sentais venir. Je savais que des gens de l'Union belge venaient me voir.
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Roland Lamah : Pas forcément. Cette première sélection, je la sentais venir. Je savais que des gens de l'Union belge venaient me voir. Non. A quoi bon ? Pourquoi pas ? Il fallait voir Emile à l'entraînement : on aurait dit un gamin qui venait pour la première fois. C'était mon idole belge quand j'étais plus jeune. Je connais tout de lui, tellement je l'ai observé. Dès notre premier entraînement ensemble, ça a collé. J'avais le ballon, il partait dans la profondeur et je le trouvais. Il me donnait plein de solutions. Pas assez discipliné, moi ? Qui a dit ça ? Frankie Vercauteren ? Pfft... La vérité, c'est que j'ai plein de sang africain dans les veines. Je suis quelqu'un de naturellement joyeux et sociable. Quand tu es africain, tu t'en fous mais dans le bon sens. En gros, tu es content tout le temps. Je suis comme Dieumerci Mbokani, qui rigole tout le temps. Comme Mémé Tchité, aussi. C'est notre façon de vivre. Mais les rires et la bonne humeur n'ont jamais empêché la discipline et le professionnalisme. Oui. Pour moi, choisir automatiquement celui qui a joué le plus de matches n'avait pas de sens. Vermaelen capitaine, c'est une décision logique. Aussi logique que le rôle de capitaine de Vadis Odjidja en Espoirs. Ils ont le talent, l'envie, la présence, la personnalité. Vermaelen est un vrai leader, malgré sa jeunesse. J'en reviens à la chance que les jeunes ne recevaient pas de mon temps à Anderlecht. Les anciens ont de l'expérience et un vécu : c'est très bien. Mais moi, je vois que les gamins ont toujours envie de donner quelque chose en plus. Plus d'appétit. Le foot d'aujourd'hui, c'est la jeunesse. Ce n'est quand même pas normal qu'on n'ait pas plus cru en Kevin Mirallas ou en Eden Hazard quand ils jouaient chez les jeunes en Belgique ? Il y avait toujours trop d'hésitations. A 16 ans, j'étais titulaire en D2 à Visé. Dominique D'Onofrio venait voir nos matches et il m'a proposé un contrat au Standard. Mais chez les Espoirs. Hors de question pour lui que je m'entraîne avec les pros. J'ai répondu : -Au revoir et merci. J'estimais que je méritais plus de respect. C'est clair que pour mes débuts, j'aurais pu rêver mieux... Non. Je n'ai même pas hésité. L'équipe belge, maintenant, je suis à fond dedans. Ce serait peut-être différent si j'avais eu, ne fût-ce qu'une fois, un contact avec la fédé ivoirienne. Mais là, il n'y a rien eu du tout. Pas du tout. C'est bien simple : là-bas, tout le monde a été horriblement mauvais. Il pourrait écarter tous ceux qui ont joué ce match. Je ne me sens évidemment pas intouchable mais je m'accrocherai. On ne pourra jamais me reprocher de manquer de motivation pour l'équipe belge. Je suis conscient depuis le début que beaucoup de joueurs aimeraient être à ma place. La mentalité et la discipline, aujour-d'hui, elles sont bien là. Avec Advocaat, tu n'as pas intérêt à mettre un pied de travers et il l'a vite fait comprendre à tout le monde. Sur le terrain et en dehors. Tu fais une talonnade et il te casse ! Il veut du beau jeu mais pas du cirque. Hazard s'est fait engueuler à un entraînement parce qu'il avait osé un geste technique pas vraiment utile. Advocaat lui a hurlé : -Football, not circus ! J'ai aussi entendu le son de sa voix après avoir donné une passe latérale qui a permis aux Estoniens de marquer leur deuxième but... On n'a pas trop envie de recommencer ! C'est trop tôt... pour le dire. (Il rigole). Il y a encore du boulot à faire d'urgence pour que ça se passe bien en qualifications. Surtout un travail mental parce que les qualités foot sont là. Beaucoup de Diables sont meilleurs avec leur club parce qu'ils y sont mieux entourés mais surtout mieux dans leur tête. Par Pierre Danvoye - Photos: Laurent Brandais"Tu fais une talonnade et Advocaat te casse."