Le stage en Turquie se termine aujourd'hui pour Charleroi. Le capitaine, FrankDefays (qui fêtera ses 32 ans le 23 février), l'avait entamé en douceur il y a une semaine. Souffrant toujours des séquelles d'une vilaine entorse contractée en fin 2005, il a dû se contenter dans un premier temps d'effectuer de la course mais a tout de même accompagné le groupe.
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Le stage en Turquie se termine aujourd'hui pour Charleroi. Le capitaine, FrankDefays (qui fêtera ses 32 ans le 23 février), l'avait entamé en douceur il y a une semaine. Souffrant toujours des séquelles d'une vilaine entorse contractée en fin 2005, il a dû se contenter dans un premier temps d'effectuer de la course mais a tout de même accompagné le groupe. FrankDefays : Que le Sporting réalise un deuxième tour meilleur que le premier. C'est un souhait collectif. J'espère être bon et, surtout, servir l'équipe. Car je dépends de l'équipe pour être performant, et pas l'inverse. J'en suis conscient, et c'est peut-être ma force. Sceptique n'est pas le mot qui convient. Je considérais ce passage de D3 en D1 comme un challenge. Je n'avais rien à perdre : j'avais 25 ans, je quittais la D3 pour la première fois et, surtout, je quittais mon club de Namur où j'avais noué d'excellents contacts avec tout le monde. Je n'oublie pas ces gens-là et eux ne m'oublient pas non plus. Ma réussite, c'est un peu la leur. Lorsque je rencontre l'échevin des Sports de la Ville de Namur, ou d'autres personnes qui jouent un rôle au niveau politique dans la région, ils sont toujours heureux de me revoir. Et ils ne manquent pas de le faire savoir. Une année, j'ai reçu le Trophée du mérite sportif namurois. Cette fois, j'ai reçu le Prix spécial du Jury. A l'unanimité ! On m'a cité en exemple pour les jeunes. Ce sont des compliments qui me vont droit au c£ur, car je suis reconnu par les miens. On continue à suivre ce que je fais là hautSans doute pas, mais je reste optimiste. Tout peut changer très vite, et je crois que ce qui se prépare actuellement pour l'Union Royale Namur ne manque pas d'intérêt. La ville commence à investir beaucoup plus et le club, tout doucement, trouve une stabilité. Il joue les premiers rôles en D3. J'avoue que ce serait un rêve, pour moi, de voir un jour l'UR Namur en D1. J'ai toujours ce club dans un coin de ma tête et de mon c£ur. C'est une étape de franchie. Lorsque j'ai pris la décision d'aller jouer en D1, je considérais déjà, après avoir joué mon premier match, que c'était un succès. Dans ma tête, si je réussissais c'était bien, si j'échouais ce n'était pas un drame. Je ne savais pas où je m'aventurais, mais la conclusion que je tire aujourd'hui, c'est qu'en ayant la tête bien sur les épaules, en étant bien préparé physiquement et en possédant un minimum de qualités, il y a moyen de franchir le cap, car la différence n'est pas aussi énorme qu'on le pense. Souvent de D3, d'ailleurs, plus que de D2. Peut-être parce que les joueurs de D2 se préparent moins bien, estimant que, puisqu'ils ne doivent franchir qu'un seul échelon au lieu de deux, ce sera plus facile pour eux. Pour étendre le sujet, je crois que la majorité des joueurs de D1 proviennent de clubs moins huppés. Il faut bien commencer quelque part, et il est rare qu'un gamin s'affilie directement dans un club du top. Le passage doit donc toujours se faire, à un moment ou un autre, et pour certains, plus tard que pour d'autres. Parfois, aussi, un joueur a besoin d'effectuer un stage dans un club de division inférieure, pour mieux rebondir. Je prends le cas de Laurent Ciman, qui a commencé au Sporting mais qui, à un moment donné, a été poussé vers la sortie et s'est recasé à l'Olympic. Il en est revenu. Tout à fait. J'ai su assez tôt que j'allais rejoindre Charleroi et j'avais pris contact avec le préparateur physique Michel Bertinchamps, afin qu'il me concocte un programme de préparation que j'ai respecté à la lettre. Lorsque je me suis présenté à la reprise des entraînements, j'étais prêt à suivre la préparation d'un club de D1. J'ai franchi avec succès cette première étape. La deuxième, c'était de franchir le cap de cette préparation qui constitue, à mon avis, la plus grosse différence entre un club de D3 et un de D1. A l'époque, le staff sportif de Charleroi était composé de Luka Peruzovic et de Michel Bertinchamps, qui sont reconnus pour être particulièrement exigeants. Le fait d'avoir réussi mon stage à Sittard, aux Pays-Bas, était pour moi une première victoire. J'en étais ressorti sans blessure, j'étais resté accroché au groupe et je gardais l'espoir d'un jour figurer, dans un premier temps sur la feuille, ensuite peut-être sur le terrain. J'ai bénéficié, alors, du brin de chance nécessaire. C'est malheureux à dire, mais c'est grâce à la blessure de Roch Gérard - un cadre de l'équipe - que je suis devenu un titulaire. J'ai pris sa place et je ne l'ai plus quittée, mais je dois souligner la grande correction de ce gentleman qui, malgré le mauvais sort qui s'était acharné sur lui, n'a jamais cessé de m'encourager. Dans les grandes lignes, oui. J'ai toujours pensé que le métier de footballeur professionnel était très exigeant et qu'il fallait vivre en conséquence. Cela s'est vérifié. A partir du moment où l'on adopte l'hygiène de vie qui sied à la profession, c'est un métier de privilégiés, mais pas aussi facile que beaucoup de monde l'imagine. Là où il y a de l'argent en jeu, il y a toujours le risque d'une dérive. Mais il en va en football comme dans les autres secteurs : il y a des gens honnêtes et malhonnêtes partout. Oui et non. J'ai connu, à Namur, une époque où l'on avait formé une belle bande de copains. Jadis, Charleroi était également réputé pour son ambiance familiale. L'histoire du sport carolo est pleine d'images de gens qui sont des bons vivants, qui aiment s'amuser et qui ne s'en sont pas cachés. Cette ambiance-là est en train de revenir. La majorité des joueurs qui sont arrivés, les Français y compris, sont imprégnés de la même mentalité : ils vivent à fond pour leur sport mais savent aussi créer une ambiance, sur et en dehors du terrain. Ce groupe vit. J'essaie de garder l'église au milieu du village. En quatre saisons et demie de capitanat, j'ai appris à gérer ce rôle. Au début, je pensais que je devais me comporter comme un chef. Au fil des années, je me suis rendu compte qu'être trop autoritaire n'était pas la bonne méthode. Aujourd'hui, j'essaie d'être l'ami de tout le monde et d'anticiper les petits problèmes qui pourraient survenir. Jadis, lorsqu'il fallait prendre quelqu'un par l'oreille, je le faisais n'importe où et n'importe quand. Désormais, j'essaie de choisir mon moment, de prendre le joueur concerné sur le côté et de toucher les points sensibles. Je crois que, lorsqu'on fait une remarque devant tout le groupe, le joueur va l'entendre mais pas de la bonne oreille. Lorsqu'on le prend à part, il comprend mieux. J'essaie aussi de calmer tout le monde dans les moments d'euphorie ou, au contraire, de dédramatiser des situations que l'on pourrait considérer comme catastrophiques. Humainement, je ne pense pas avoir changé. Footballistiquement, j'ai forcément acquis de l'expérience. Lorsque j'ai commencé en D3 avec Namur, alors que je n'avais que 16 ou 17 ans, j'avais les jambes qui tremblaient. Aujourd'hui, lorsque je joue au match à Anderlecht ou au Standard, je ressens certes une poussée d'adrénaline mais je n'ai plus de craintes. Le choix serait difficile. Mais peut-être ce 200e match, justement, qui restera un moment spécial pour moi car il s'est terminé par une victoire, avec un but et un assist de ma part, ce qui n'arrive pas tous les jours. En plus, il y avait l'accueil du public, le cadeau du club et des dirigeants : tout cela m'a touché. Cela prouve que, dans ce milieu et quoi qu'on en dise, on peut retirer pas mal de satisfactions humaines et sentimentales. D'autres matches me restent en mémoire, bien sûr. Dans une autre catégorie, je me souviens d'avoir passé un très mauvais moment lorsqu'on avait encaissé une raclée, 1-7, des £uvres de Saint-Trond. Je ne veux pas oublier ce match-là, car c'est peut-être le fait d'avoir traversé des moments difficiles comme celui-là qui m'a permis d'être plus fort, par la suite. En football, il y a des jours où cela va, et d'autres où cela ne va pas. Mais, pendant ces 200 matches, j'ai toujours tout donné et j'ai toujours pu quitter le terrain la tête haute. Même si, parfois, j'ai été très mauvais au point d'avoir permis à l'adversaire de repartir avec une victoire, on n'a jamais pu me reprocher de ne pas avoir mouillé mon maillot. Depuis que je suis père de famille, j'ai aussi appris à relativiser. Lorsque je rentre à la maison, je ne peux pas être fâchés sur mes enfants. Je suis donc obligé de sourire, de jouer avec eux, et c'est très bien ainsi. Tout le monde ne l'a peut-être pas toujours compris, mais j'ai besoin d'être soutenu par les gens qui m'entourent. La confiance qu'on peut mettre en moi, c'est l'essence de mon moteur. Je suis sensible à la critique. Peut-être pas à celle de la presse. Je comprends que les journalistes doivent faire leur métier, et je me rends compte que ce n'est pas toujours facile de devoir attribuer une cotation à 22 joueurs, de surcroît sans connaître les consignes des entraîneurs. Les critiques des supporters ? Je suis capable de me mettre à leur place. Celles d'un entraîneur ? Je pars du principe qu'elles sont constructives, car c'est le rôle de l'entraîneur de mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Par contre, lorsque le club a connu des moments difficiles et que j'ai moi-même disputé mes deux moins bonnes saisons, j'ai subi des critiques de mon employeur qui m'ont fait très mal. Plutôt que de bouder et de m'enfoncer, j'ai choisi la voie de la raison et j'ai réuni les personnes concernées. On en a parlé ouvertement, on a joué cartes sur table et on en est sorti vainqueurs, tous ensemble. Le club a compris que je défendrai toujours ses couleurs avec acharnement. Et, de mon côté, j'ai compris que s'il y avait des critiques, c'était parce qu'on comptait beaucoup sur moi et que je ne répondais pas à l'attente. Mon ambition, c'est d'aller le plus haut et le plus loin possible, mais toujours en gardant les pieds sur terre. Mon père m'a inculqué un principe : on sait où on est, mais on ne sait pas où on va. J'aurais peut-être pu partir ailleurs. On m'a parfois cité dans des clubs plus huppés, mais je n'ai jamais rien vu de concret. Je ne nourris pas de regrets. J'arrive en fin de contrat à Charleroi. Si je peux poursuivre l'aventure avec les Zèbres, tant mieux. En cas contraire, je n'en ferai pas une maladie. On a déjà discuté d'une prolongation, oui. Sur la durée du contrat, je suis d'accord. Pour le reste, je ne veux pas trop en parler : c'est du ressort de mon agent. D'abord, je reste persuadé que l'Intertoto n'est pas la meilleure préparation possible pour un club. Ensuite, je constate que les adversaires ne considèrent plus Charleroi comme une petite équipe de D1 et prennent les précautions nécessaires lorsqu'ils nous affrontent. De notre côté, j'estime que nous avons disputé des rencontres de même niveau que la saison dernière, mais sans être récompensés de la même manière au niveau des points. Lorsqu'on perd des points qu'on estime avoir mérités, on se pose des questions. Un doute s'installe et ce n'est jamais bon. J'ai aussi senti cette équipe un peu embourgeoisée. Après une saison un peu folle, on s'est cru plus grand et plus fort qu'on ne l'était. Il faut revenir les pieds sur terre et retrouver la concentration qui était la nôtre la saison dernière. C'est la preuve que Charleroi reste ambitieux. Ce joueur a montré de belles choses avec Bruges. Le fait que Jacky Matthijssen a resigné pour un an est une autre preuve d'ambition. Il n'aurait pas signé dans un club qui va stagner. Le Sporting sait ce qu'il doit à cet entraîneur. Il a transmis au groupe sa sérénité, sa force de travail. Si je devais définir sa principale qualité, je dirais simplement que c'est un entraîneur complet. Si certains pensent que Charleroi n'a plus aucun rôle à jouer, c'est peut-être la meilleure manière de surprendre. Certains, à Charleroi, se disent sans doute qu'on a hérité d'un bon tirage. Mais je suis sûr qu'à Saint-Trond, on se dit la même chose. La Coupe a rarement réussi au Sporting. Personnellement, depuis que je suis là, je n'ai jamais franchi le cap des quarts de finale. C'est peut-être pour cette année-ci, mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué. DANIEL DEVOS