Le Hainaut du football a la gueule de bois. Depuis cinq ans, un lent et inexorable déclin touche la province la plus peuplée de Wallonie. Flash-back sur 2004. La Louvière, qui avait remporté la Coupe la saison précédente, se remettait de sa première campagne européenne, Mons vivait sa deuxième saison au sein de l'élite, Charleroi se préparait à l'ère JackyMathijssen et Mouscron venait de boucler une campagne à la cinquième place. C'était le bon temps. Aujourd'hui, Mons est retombé en D2, sa deuxième rétrogradation enquatre ans. Charleroi a vécu la saison la plus terne de ces cinq dernières années. La RAAL n'existe plus, après être tombée en D3 et avoir été emportée par les affaires chinoises. Quant à Mouscron, les exagérations financières des périodes fastes ont failli conduire le club au dépôt de bilan.
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Le Hainaut du football a la gueule de bois. Depuis cinq ans, un lent et inexorable déclin touche la province la plus peuplée de Wallonie. Flash-back sur 2004. La Louvière, qui avait remporté la Coupe la saison précédente, se remettait de sa première campagne européenne, Mons vivait sa deuxième saison au sein de l'élite, Charleroi se préparait à l'ère JackyMathijssen et Mouscron venait de boucler une campagne à la cinquième place. C'était le bon temps. Aujourd'hui, Mons est retombé en D2, sa deuxième rétrogradation enquatre ans. Charleroi a vécu la saison la plus terne de ces cinq dernières années. La RAAL n'existe plus, après être tombée en D3 et avoir été emportée par les affaires chinoises. Quant à Mouscron, les exagérations financières des périodes fastes ont failli conduire le club au dépôt de bilan. Les cadors sont tombés de leur piédestal et aucun autre club n'est venu les remplacer. Et les autres divisions suivent le même mouvement : en D2, l'Olympic n'a pas réussi à sur-vivre aux barrages et jouera la saison prochaine à l'échelon inférieur. En D3, La Louvière a dû fusionner avec Couillet et Peruwelz s'est sauvé par la voie des barrages. En Promotion, Bel£il ne termine que 12e et Couillet 13e. Bref, pas de quoi pavoiser. " Ce phénomène ne date pas seulement de cette année ", explique Jean-Claude Olio, président de l'Entente du Sud. " Lors des dernières réunions de notre association, nous avions déjà tiré la sonnette d'alarme mais nous n'avions trouvé aucun écho favorable. On ne peut donc que reconnaître la faiblesse financière et sportive de nos clubs. Ils ont beaucoup souffert mais ce n'est pas quand l'enterrement passe qu'il faut serendre compte qu'il y a un mort. " Certes, il y a cinq ans, si le Hainaut comptait quatre représentants au sein de l'élite, aucun ne jouait les premiers rôles. La province n'a jamais pu compter sur une locomotive. Charleroi alterne le bon et le moins bon et seule son assise populaire reste constante, même si l'érosion la guette également à ce niveau-là. Quant à Mouscron, son succès durant une décennie n'aura eu que peu de retentissement en dehors de la Wallonie picarde. Une fois la découverte de la D1 passée, Mouscron a perdu une partie de son public et s'est endormi sur son bel outil. Aucun club n'a développé de projets à long terme. Seul Tournai, alors qu'il venait de chuter en Promotion, a évoqué une viabilité en D1. Le club de la Cité aux cinq clochers a réussi une partie de son pari en accédant à la D2 et en participant au tour final mais son budget dérisoire fait passer ses succès sportifs pour des exploits. Partout, l'assistance baisse, les budgets rapetissent et les infrastructures vieillissent. " Aujourd'hui, ce sont des financiers qui sont à la tête des clubs via leurs sociétés et leur fortune personnelle ", explique David Delferière, vice-président de l'Union belge, hennuyer et qui fut autrefois appelé à la rescousse de La Louvière. " Mais ces gens ont des plans à plus ou moins long terme. Ils ont une vision comme à Lokeren ou au Standard. Si un club n'a pas ce genre de personnes à sa tête, il ne peut pas tenir. Or, on n'en trouve pas dans le Hainaut. Filippo Gaone était seul et faisait ce qu'il voulait. Les gens qui l'accompagnaient étaient davantage des copains que des personnes compétentes. Roger Lambrechts et Roland Duchâtelet à Saint-Trond sont seuls mais ils disposent de directeurs techniques et de comptables de haut vol. La communication, le marketing, la licence, la comptabilité, tout cela ne se gère pas à deux personnes. Le football ne peut donc plus être le hobby d'un seul homme. Réussir avec le boucher du coin, cela peut tenir en Promotion. Pas plus haut. " " Il faut que le sportif et l'administratif évoluent de concert ", affirme Olio. " A Mons, le club est très bien structuré mais il manquait une personne avec une vision sportive. A La Louvière, c'était l'inverse. "Il n'est pas rare de faire appel au passé pour expliquer le marasme actuel et d'entendre à droite et à gauche qu'il y avait bien plus de monde au stade, il y a dix ou 15 ans. " Avant, pour les gens, leur quotidien se limitait au foot et au boulot ", explique Dante Brogno. " Aujourd'hui, d'autres centres d'intérêt se sont greffés autour du foot. " " On parle sans cesse de région sinistrée en évoquant le Hainaut. Or, c'était une région ouvrière, pas sinistrée. C'est différent ", continue Delferière. " Les ouvriers allaient se détendre au football. Ils s'identifiaient avec le club de la région qui fonctionnait. Or, aujourd'hui, la région est la même mais la société a changé. Les gens disposent d'internet, de la télévision, d'une voiture. Le football n'est plus le loisir unique. Si on prend le basket, on se rend compte que c'est un sport plus propre pour les accompagnants. Pour les machines à laver des mamans, c'est un argument qui entre en ligne de compte. "Le football est devenu un sport plus bourgeois mais le confort dans les stades n'a pas suivi. La classe moyenne préfère donc le confort ouaté des salles et la classe ouvrière ne sait plus nécessairement suivre. " Nous sommes devenus des supporters assis et rassis ", dit Delferière. " Avant, on voyait encore beaucoup de jeunes jouer dans la rue ", ajoute Brogno. " Il y avait de moins bonnes infrastructures, des moins bons entraîneurs et moins d'heures d'entraînements mais on avait plus de bagage car on apprenait dans la rue, à la sauvage. "En D1, Charleroi connaît des problèmes criants d'installations. Le stade, pourtant jalousé en 2000, tombe en ruine et devra même être démonté en juin 2010. Quant au centre d'entraînement, il est indigne d'un club pro. " Pourquoi Charleroi s'entraîne-t-il dans de telles conditions ? Chaque année, on pose la même question mais personne n'y répond ", dit Brogno. " Depuis des années, on fait des appels du pied aux politiques pour qu'ils améliorent les infrastructures de toute une série de clubs ", renchérit Olio. " Les néerlandophones l'ont compris avant nous en mettant sur pied une ASBL. Mais nous sommes en train de réagir en projetant d'ériger une ASBL francophone, capable d'obtenir des subsides auprès de nos politiques. Car, les premiers responsables du marasme actuel sont les politiques. C'est bien de se pavaner dans les tribunes lorsqu'il y a un titre à fêter mais c'est mieux d'aider nos clubs. "Néanmoins, le manque d'infrastructures peut être un frein à l'émancipation d'un club mais il n'explique pas tout. Plus Mons se dote d'un stade correct et de terrains d'entraînements dignes de son statut, plus il foire sur le plan sportif. Quant à Mouscron, l'argent a été dilapidé dans les installations. On se rend compte aujourd'hui que cela s'est fait sans grande réflexion budgétaire. " Mouscron dispose du Futurosport mais on peut se demander pourquoi cet outil ne sort pas plus de jeunes ", lâche Brogno. Pour de nombreuses personnes, le salut passe par les jeunes, l'exemple du Standard s'inscrivant comme référence. " En jouant la carte jeunes ou la carte régionale, vous êtes gagnants au niveau sportif, financier mais également populaire puisque le public va revenir au stade et s'identifier à son équipe ", explique Brogno. " Formons nos jeunes ", continue Olio. " C'est le parterre de l'équipe première. Quand un club sort un jeune, il en parle pendant des mois tellement c'est devenu une exception. Ce n'est pas normal. "Pourtant, ce n'est pas si évident : " Il n'y a aucun projet Jeunes dans ces clubs ", lâche Delferière. " Pourquoi ? Car cela n'est pas certain du tout qu'une telle politique soit viable. Si on investit 100.000 euros, chaque année, dans l'école des jeunes, il faut au moins sortir un jeune par an. Certains se demandent quand lancer les jeunes. Des clubs comme Mons ou Charleroi ont lutté contre la descente. A ce moment-là, on a tendance à faire appel à des joueurs matures. De plus, quand un jeune perce, il a tendance à demander trop vite une revalorisation de salaire. Une école des jeunes, c'est du très long terme. Mons, Tubize ou Mouscron n'ont pas d'histoire. Ils ne savent donc pas attirer les meilleurs jeunes de la région. Le court et le long terme doivent se compléter. Or, les gens qui ar-rivent veulent des résultats tout de suite. Les entraîneurs car leur job en dépend, mais aussi les dirigeants qui ne savent pas s'ils seront encore là pour profiter des fruits d'une politique à long terme. Prenons le cas de Mons : ils prennent Christophe Dessy pour un travail à long terme à la tête de l'école des jeunes. Un an plus tard, il est à la tête de l'équipe première et six mois plus tard, il n'est plus là ! " " Mouscron, Mons et Charleroi ont fait appel à la filière française ", continue Brogno, " parce que ces joueurs ont une éducation sportive améliorée. On cherche le rendement immédiat. Mais peut-on dire que cela fonctionne ? Non. "" On amène énormément d'étrangers ", conclut Olio. " Cela prend le pas sur la formation. Tout cela est handicapant pour nos jeunes. Tant que nous ne limiterons pas le nombre d'étrangers par club, nous n'en sortirons pas. "Le manque de formateurs de jeunes est également un constat dans chacun des cercles hennuyers. " Dans certains clubs, on trouve des bénévoles avec un ventre comme Raymond Devos pour entraîner ", explique Olio. " On parlait des infrastructures mais on doit aussi se demander si on a de bons formateurs ", affirme Brogno. " Je suis frustré de lire dans la presse des annonces disant- Tel club recherche un entraîneur pour les -8 ans et -10 ans. Cela signifie que le boucher du coin qui a deux heures à perdre peut être engagé. Après, on s'étonnera que les garçons n'ont plus les bases ! " L'amateurisme est fustigé mais une certaine forme de professionnalisme aussi. " C'est bien d'avoir des diplômes mais tout cela reste théorique. Parfois, cela saute aux yeux. On voit très bien que tel ou tel formateur manque de vécu pour anticiper certaines choses ", ajoute Brogno. On pourrait croire que la crise économique joue également son rôle dans une région au fort taux de chômage. " Cela joue en défaveur du Hainaut. Si deux tiers des clubs de D1 se situent en Flandre, ce n'est pas un hasard. Quand on se déplace en Flandre, plus on avance, moins on voit de petites voitures et plus on rencontre de grosses maisons ", affirme Delferière. Pourtant ce constat est trop schématique. " C'est un argument qu'on me ressort souvent ", explique Virginie Parijs, directrice commerciale du RAEC Mons. " Mais on est dans une région ultra-dynamique sur le plan économique. Nos sponsors sont toutes des PME de la région. Je ne suis pas persuadée que Mons va pâtir de la descente. On nous avait dit, par exemple, qu'on récupérerait les sponsors de La Louvière quand ils sont descendus et ce ne fut pas le cas. Même si nous sommes dans une zone géographique très serrée, on se rend compte que les sponsors ont des affinités très personnelles. Il y a aussi une grande fidélité. Peu de sponsors nous ont quittés lorsque nous sommes descendus, il y a quatre ans. Soit ils revoient le package, soit ils revoient leur participation à la baisse mais ils ne partent pas. Par contre, c'est plus dur de convaincre des sponsors nationaux car il n'y a plus de visibilité médiatique en D2. Mais Dender va rencontrer les mêmes problèmes que Mons. Cela n'est pas lié à la région. " Charleroi a également agi de la sorte. Plutôt que de faire confiance à deux ou trois gros partenaires, le Sporting a multiplié le nombre de plus petits partenaires. Cela permet de faire face en pleine crise économique. Si un sponsor se retire, la pérennité du club est assurée grâce à la présence de nombreux autres sponsors. Une autre donne entre également en ligne de compte. Alors que le football hennuyer fait grise mine, le basket se porte comme un charme. La finale des playoffs opposait Mons à Charleroi. Ce succès peut-il éclipser le football puisque la Mons. Arena fait le plein alors que le stade Tondreau se vide ? " Non. Les supporters sont différents ", explique Jean-Michel Manderick, journaliste basket à Sud Presse. " Mais, c'est vrai qu'à Mons, les amateurs de sport sont tombés sur un produit bien vendu. Les temps morts sont comblés par des festivités. Cependant, si cette recette fonctionne si bien, c'est d'abord en fonction des résultats. Le club est stable et est en Coupe d'Europe depuis huit ans. De plus, il y a une grosse différence de communication entre le club de basket et celui de foot. " Stéphane Dupuis, son collègue à La Province, quotidien de Mons, approuve : " Malgré le succès du basket, le journal continue à donner autant d'importance au football car l'Albert Elisabeth reste un club phare de la région. Il n'y a pas eu glissement d'un sport à l'autre. Le public qui a déserté le stade Tondreau ne va pas nécessairement au basket. Il préfère aller voir les autres clubs de foot de la région, à des étages inférieurs. Cependant, le club de foot pourrait tirer quelques enseignements du fonctionnement de celui de basket. Il y a très peu de remous là-bas alors qu'à l'Albert Elisabeth, il y a pas mal de polémiques entre le club et la Ville. Et puis, au niveau de l'ambiance, Mons Hainaut a fait pas mal de progrès. La notion de fête y est importante. " Deux clubs de l'élite pour une seule ville, est-ce viable économiquement ? " Oui car les sponsors sont fidèles des deux côtés ", continue Dupuis. " Certes, on retrouve beaucoup de nos partenaires au basket également ", renchérit Parijs, " mais s'il n'y avait pas le basket, ces partenaires n'investiraient pas plus chez nous. Ils choisiraient par exemple la culture car les sponsors aiment la diversité. "" Il y a de la place pour deux clubs pour autant que chacun reste dans des normes financières acceptables ", dit Thierry Wilquin, manager de Mons Hainaut. " Nous n'avons jamais cherché à concurrencer le football. Nous voulons créer notre propre produit, ce qu'a très bien réussi Eric Somme à Charleroi. C'est pour cette raison que nous avons choisi l'appellation Mons Hainaut, pour ne pas être le club d'un village ou d'une ville. " Reste donc à imiter l'ambiance du basket : " Une soirée au foot se limite aux 90 minutes du match ", continue Wilquin. " Au basket, c'est bien plus que le match. "par stéphane vande velde - photos: belga