Tenir compagnie à Javier Martos en défense centrale a visiblement des vertus insoupçonnées. Trois ans après Sébastien Dewaest, c'est au tour de Dorian Dessoleil de réguler la circulation aérienne aux abords du rectangle carolo. Et comme son prédécesseur, le numéro 24 du Sporting voit désormais son nom cité par les médias au milieu des aspirants à une éventuelle sélection en équipe nationale.
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Tenir compagnie à Javier Martos en défense centrale a visiblement des vertus insoupçonnées. Trois ans après Sébastien Dewaest, c'est au tour de Dorian Dessoleil de réguler la circulation aérienne aux abords du rectangle carolo. Et comme son prédécesseur, le numéro 24 du Sporting voit désormais son nom cité par les médias au milieu des aspirants à une éventuelle sélection en équipe nationale. Arrivé de Virton pour remplacer Dewaest, le double D de la défense zébrée avait alors signé un retour aux sources, lui qui avait dû quitter le Mambour deux ans plus tôt pour chercher du temps de jeu dans les divisions inférieures. Parce qu'à la base, Dorian est un Carolo. Un vrai. " Un de derrière la gare ", comme on l'a déjà entendu dans les travées du Pays Noir. Forcément, dans la salle de presse du stade, Dessoleil reçoit comme chez lui pour évoquer sa jeunesse à Charleroi, son détour en Gaume et sa transformation en défenseur central. Comment le Sporting est-il entré dans ta vie ? DORIAN DESSOLEIL : Je suis né ici, à Charleroi. Et toute ma jeunesse, je l'ai vécue à Marcinelle, pas très loin. Mais je ne suis pas devenu supporter tout de suite. J'ai d'abord commencé le mini-foot, à cinq ans. À cet âge-là, on ne pouvait pas encore s'inscrire au football sur herbe. Du coup, c'est vraiment à six ans, quand j'ai rejoint le club, que je suis devenu supporter. Comme je jouais au Sporting, on avait l'abonnement, je venais au stade avec mon père. Toutes les deux semaines, on était là pour les matches à domicile. Ça t'a laissé des souvenirs particuliers ? DESSOLEIL : En fait, je n'ai pas d'énormes souvenirs, non. Je me rappelle de Bertrand Laquait dans les buts. Je me souviens aussi d'un match en particulier : on recevait Anderlecht, je crois que c'était le dernier match de championnat. Charleroi devait absolument gagner pour se sauver. Et ils ont gagné ! C'était la folie dans le stade après. Ce genre d'anecdote, ça fait rêver un gosse, non ? Tu te vois déjà joueur pro, à l'époque ? DESSOLEIL : Non, c'est trop tôt. Bien sûr, je me disais qu'être sur la pelouse, ça aurait été fantastique. Mais moi, à la base, j'ai commencé le football parce que mes frères y jouaient aussi. Je prenais du plaisir à monter sur le terrain pour jouer avec les copains, et c'est vraiment resté un loisir jusqu'au dernier moment. C'est quand, le dernier moment ? DESSOLEIL : C'est en équipe réserve que j'ai eu le déclic. J'y ai passé trois ou quatre ans, j'ai porté le brassard pendant trois saisons, et j'étais parfois appelé avec l'équipe première pour participer à certains entraînements. C'est là que j'ai compris qu'il y avait une possibilité d'arriver à quelque chose. Pourtant, après tes premiers matches en pro, tu ne trouves pas d'accord avec Mehdi Bayat pour un contrat, et tu quittes le club. Avec un pincement au coeur, je suppose ? DESSOLEIL : C'est clair que ça m'a fait quelque chose. Dans ma carrière, si on peut dire ça comme ça, je n'avais presque jamais changé de club. Partir du jour au lendemain pour Saint-Trond, qui était l'inconnue totale, ce n'est pas facile. Un an plus tard, tu te retrouves même à Virton. Un Carolo qui va jouer à l'autre bout de la Wallonie, c'est vraiment la preuve que c'est un gars prêt à tout pour réussir, non ? DESSOLEIL : J'avais joué pas mal de matches à Saint-Trond, mais en fait, je ne me retrouvais pas vraiment dans le projet du club. C'est là que j'ai appris qu'on me proposait de partir à Virton. Le coach, c'était Frank Defays, et il me voulait absolument. Son discours m'a plu. Alors, j'ai envisagé de faire une saison là-bas pour avoir un temps de jeu conséquent, me faire plaisir, et retrouver le plaisir de jouer que j'avais perdu en chemin. Cette saison, ça a été un déclic. Je me suis dit que je pourrais revenir en D1. Finalement, même à 150 kilomètres de Charleroi, tu te retrouves avec un homme du Sporting. DESSOLEIL : Frank (Defays, ndlr) avait eu une grosse carrière, c'est clairement pour ça aussi que j'ai décidé de rejoindre Virton. Je savais que c'était quelqu'un avec une énorme mentalité, et il voulait faire de moi un joueur important pour Virton. Passer par cette étape-là, ça a vraiment été important pour le jeune joueur que j'étais. Cette expérience m'a fait grandir. Tu t'imagines faire une carrière à la Defays ou à la Dante Brogno ? DESSOLEIL : Si le club continue à grandir et que je grandis avec lui, pas de souci. Mais il se passe tellement de choses dans le monde du foot, que c'est impossible d'être affirmatif là-dessus aujourd'hui. Mais bon, Frank et Dante sont des exemples pour les Carolos. Ce sont des gars qui ont fait une grosse carrière, qui ont apporté énormément au club... J'ai beaucoup de respect pour eux. Tu l'as vécu indirectement, donc tu as certainement un avis sur l'intégration des espoirs de D1 dans les divisions inférieures dans les saisons à venir. DESSOLEIL : Il y a un palier énorme entre le niveau du championnat de réserves de D1 et la Pro League. Franchement, pour un jeune, ce n'est pas facile de le franchir. La réforme va faire du bien, parce qu'ils vont pouvoir affronter des adultes ; ça fera la différence pour la suite de leur carrière. Moi, j'ai fait deux saisons en D2, et j'ai eu ce rôle important à Virton. C'est tout ça qui m'a permis de me développer. Et de revenir à Charleroi. Sans hésiter ? DESSOLEIL : Quand Mehdi est revenu vers moi, j'ai surtout pensé qu'un retour à Charleroi pouvait être un déclic supplémentaire dans ma carrière. Et puis, surtout, c'était bien de tourner cette page qui avait été entamée négativement. Ton père avait été avec toi en tribunes, il te voit maintenant sur le terrain. Comment il l'a vécu ? DESSOLEIL : Je crois que ça a dû lui faire pas mal d'émotions. On était trois frères, et je pense qu'il a toujours rêvé qu'un de ses fils fasse une carrière dans le football. Mes frères auraient pu le faire, mais ils n'ont peut-être pas eu l'envie nécessaire. Moi, je me suis accroché. Tu as dû sacrifier beaucoup de choses, pour devenir footballeur professionnel ? DESSOLEIL : On ne se rend pas compte de tout ce que ça implique. Tu dois avoir une hygiène de vie quasi irréprochable, ne pas sortir, aller dormir plus tôt, faire du travail invisible chez toi comme la récupération... Surtout dans une période comme celle qu'on traverse, avec ce froid. Ce sont des sacrifices énormes, mais ce sont aussi ceux-là qui font la différence. Généralement, les coaches préfèrent les joueurs avec une femme et des enfants, pour tout ce travail invisible hors du club... DESSOLEIL : Disons que quand tu es papa (il l'est depuis la saison dernière, ndlr), tu as plus envie de passer l'après-midi tranquille chez toi, avec ta femme et ton enfant. Alors que si tu es célibataire, que personne ne t'attend à la maison, c'est déjà un peu plus compliqué, on va dire. Le fait d'être un gars de Charleroi, ça te donne un statut particulier au sein du club ? DESSOLEIL : Quand Mehdi a pris le rôle qu'il occupe dans le club aujourd'hui, il a mis en place un projet qui s'appelle " Carolos are back ". J'imagine donc que ça lui fait entièrement plaisir de pouvoir parler de moi aux jeunes du club, qui rêvent d'un jour arriver dans le noyau pro. Comme je suis d'ici, j'ai le projet du club ancré en moi. Même les supporters, je pense qu'ils peuvent s'identifier à moi. Les jeunes du club, aussi. DESSOLEIL : S'il y a des joueurs qui évoluent en équipe de jeunes chez nous et qui demandent à me rencontrer pour donner des conseils, parce qu'ils jouent à la même place que moi, je le ferai volontiers. Tu insisterais sur quoi, dans tes conseils ? DESSOLEIL : Sur la façon de vivre son métier. Ce ne sont pas les plus doués qui réussissent, mais ceux qui ont la force de travail. Bien sûr, il faut avoir de la technique et de la vista, mais la mentalité, c'est ça qui fait la différence. C'est ça, l'identité carolo ? DESSOLEIL : C'est surtout une question de mentalité, oui. Il ne faut jamais oublier d'où l'on vient. Charleroi a traversé pas mal d'épreuves, un peu comme moi dans ma carrière, finalement. Quel que soit le classement, on se donnera toujours à fond. Le Carolo ne se prend jamais pour quelqu'un d'autre, donc. DESSOLEIL : Même si on lui dit qu'il est le meilleur, un Carolo va toujours continuer à travailler. Ton enfance à Charleroi, ça correspond aux années Abbas, à des affaires qui ont donné une mauvaise image de la ville en dehors du foot. C'était difficile, d'être un jeune de Charleroi ? DESSOLEIL : Tout ce que j'ai entendu sur la ville pendant ma jeunesse, c'était rarement du positif, c'est clair. C'était la génération Marc Dutroux. Partout dans le monde, on a critiqué Charleroi. Même en vacances, quand je disais aux gens d'où je venais, on me répondait : " Ah, Charleroi... " Mais bon, nous on connaissait très bien la ville, on y vivait. On savait très bien que ce n'était pas une seule personne, un type ainsi qui allait faire baisser la réputation de la ville. Charleroi, c'est une belle ville. Elle grandit, ça s'améliore. Je suis sûr que bientôt, des gens viendront de l'extérieur pour venir à Charleroi. Tu parles de la ville aux autres joueurs ? DESSOLEIL : Non, pas spécialement. Ceux qui arrivent dans le club aiment bien découvrir le pays par eux-mêmes, se faire leur propre opinion. Ils visitent Bruxelles, Anvers... et aussi Charleroi, évidemment. Mais ce n'est pas moi qui vais leur faire visiter. Comment tu présenterais la ville à quelqu'un qui ne la connaît pas ? DESSOLEIL : C'est avant tout une ville familiale. Ici, tout le monde parle avec tout le monde. Le bourgmestre dit souvent qu'à Charleroi, si on te vouvoie, c'est qu'on est fâché. DESSOLEIL : Moi, en tout cas, on ne m'a jamais vouvoyé. Mais bon, je parle moins souvent avec des gens que je ne connais pas que le bourgmestre (rires). Je n'ai jamais eu de problème, en tout cas. Tu arrives toujours à sortir normalement en ville ? DESSOLEIL : Pour l'instant, oui. Des gens viennent m'aborder, mais ils sont toujours agréables. Et tant qu'ils restent gentils, ça ne me dérange pas. C'est important pour moi de pouvoir continuer à aller en ville. Croiser des personnes mécontentes ou qui dépassent les limites pendant que je me promène, ça me dérangerait. Tu es devenu défenseur très tard dans ton parcours. Comment s'est passée ta reconversion ? DESSOLEIL : En équipes de jeunes, j'ai longtemps joué comme attaquant, ou bien sur le flanc. Et puis, lors de ma première année en réserves, c'est Dante Brogno qui m'a fait passer en défense centrale. Finalement, c'est un peu grâce à lui que je me suis découvert cette nouvelle vocation. Le fait d'être grand et gaucher, c'est un profil plus rare en défense centrale. Tu penses que c'est quelque chose qui t'a aidé à percer ? DESSOLEIL : Oui, parce que c'est assez rare dans le foot. Généralement, les gauchers, ils se retrouvent plutôt sur un flanc. C'est clair que c'est un avantage. À moi de faire en sorte de rester grand et costaud, maintenant (rires). Comment tu définirais le rôle d'un défenseur central, dans le football d'aujourd'hui ? DESSOLEIL : Avant tout, il faut gagner ses duels et récupérer les ballons. La relance a aussi son importance, évidemment. Tu dois être précis, pouvoir donner le ballon à tes milieux ou à tes latéraux, voire à tes flancs. Tout l'aspect défensif du jeu, ce sont des choses que tu as apprises très tard. DESSOLEIL : Mais d'un autre côté, mon passé d'attaquant m'a aidé à lire le jeu des adversaires. Je savais comment un attaquant se plaçait, donc je peux souvent anticiper ce qu'ils vont faire. C'est ce qui explique ton sens de l'anticipation, qui est un aspect important de ton jeu ? DESSOLEIL : En plus, comme attaquant, j'avais déjà cette faculté d'anticiper ce qui allait se passer pour marquer des buts. J'essaie vraiment de le faire le plus possible. Mais bon, il faut toujours faire gaffe et ne pas anticiper dans le vide. Sinon, l'attaquant est parti dans ton dos, et c'est caisse. Tu te considères comme un défenseur propre ? DESSOLEIL : Oui. C'est important pour une équipe d'avoir un défenseur qui ne sera pas suspendu six matches par an. Et puis, je ne suis pas un joueur vicieux. Mettre des coups en douce, ce serait vraiment me forcer, c'est contre ma nature. Je ne vois pas l'utilité de faire ça dans un match qui se déroule correctement. Les coups qui se perdent, ça arrive souvent ? DESSOLEIL : Des coups vicieux, j'en ai rarement eus. Il y a des attaquants qui aiment bien arriver au dernier moment sur toi et laisser traîner un petit coup, mais c'est plutôt rare. Tu arrives à prendre du plaisir, dans ton rôle de défenseur ? DESSOLEIL : Quand tu es dernier homme et que tu arrives quand même à récupérer le ballon. Ou quand tu gagnes ton duel défensif et qu'il y a but sur le contre, forcément c'est un peu grâce à toi aussi. Après, c'est clair que c'est plus difficile à gérer, parce que la moindre erreur peut se transformer en but encaissé. Pour un attaquant, ce n'est pas pareil. On va dire que c'est plus ingrat, mais bon, il en faut bien dans le métier (il sourit).