Mbo Mpenza faisait peine à voir, jeudi dernier, sur la pelouse du Slavia Prague. Son regard trahissait son impuissance. Sa bonne volonté n'était pas en cause, mais il avait l'impression de prêcher dans le désert. Ses efforts pour tenter de sauver au moins l'honneur et les apparences se révélaient vains. Il avait du mérite à se démener en front de bandière. Mais que faire lorsque chaque contre-attaque des Tchèques, à la fois plus rapides, plus physiques et plus solidaires que les Hurlus, se traduisait par un but? Si, après le match aller, on avait pu se dire que Mouscron avait laissé passer sa chance face à une formation à sa portée, il n'y avait plus photo au terme du match retour. Le talentueux attaquant de l'Excel devra donc se contenter, désormais, du championnat de Belgique... et de l'équipe nationale.
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Mbo Mpenza faisait peine à voir, jeudi dernier, sur la pelouse du Slavia Prague. Son regard trahissait son impuissance. Sa bonne volonté n'était pas en cause, mais il avait l'impression de prêcher dans le désert. Ses efforts pour tenter de sauver au moins l'honneur et les apparences se révélaient vains. Il avait du mérite à se démener en front de bandière. Mais que faire lorsque chaque contre-attaque des Tchèques, à la fois plus rapides, plus physiques et plus solidaires que les Hurlus, se traduisait par un but? Si, après le match aller, on avait pu se dire que Mouscron avait laissé passer sa chance face à une formation à sa portée, il n'y avait plus photo au terme du match retour. Le talentueux attaquant de l'Excel devra donc se contenter, désormais, du championnat de Belgique... et de l'équipe nationale.MboMpenza: J'étais surtout revenu pour retrouver la forme. En mon for intérieur, et même si je ne pouvais pas l'avouer trop ouvertement, j'espérais secrètement attirer l'attention du sélectionneur afin de participer à la Coupe du Monde. Sur ce plan, j'ai réussi mon pari. Je le dois au club, au staff médical et à Hugo Broos, qui m'a donné carte blanche pour décider moi-même du moment où je m'estimais prêt pour rejouer, mais aussi à moi-même, car j'ai bien bossé pour atteindre mon objectif en compagnie de Gil Vandenbrouck. C'est une réussite collective. Au-delà de la Coupe du Monde, je pense avoir contribué à la belle fin de saison réussie par Mouscron. Malheureusement, il a manqué la cerise sur le gâteau. L'échec en finale de la Coupe de Belgique laisse toujours l'Excel sans le moindre trophée à l'heure actuelle. Que gardez-vous comme souvenir de la Coupe du Monde?Pour la première fois, j'ai pu disputer certains matches (deux sur les quatre des Diables Rouges) dans la peau d'un titulaire et on a vraiment cru en moi. J'avais déjà participé à l'édition 1998, en France, mais j'étais encore trop jeune. J'étais surtout là pour regarder et apprendre. Une Coupe du Monde, quoi qu'il arrive, c'est un sommet dans la carrière d'un footballeur. L'élimination contre le Brésil a fait mal, mais le fait d'avoir montré à la planète entière ce dont un petit pays était capable face au futur champion du monde nous remplit d'orgueil.Lors de vos deux titularisations, vous étiez aligné sur le flanc droit...( Ilrit) Je m'attendais à cette question-là! Elle revient sans cesse lors de chaque interview. Oui, j'ai joué sur le flanc droit, mais en équipe nationale on ne peut pas poser d'exigences sur la place que l'on souhaite occuper. Et à Mouscron, peut-on poser des exigences? Car, là aussi, vous avez été aligné sur le flanc droit en début de saison...C'était pour permettre à un autre attaquant de s'exprimer. Et aussi, en déplacement, pour renforcer le milieu de terrain en plaçant Koen De Vleeschauwer en position plus centrale. Si on me demande de jouer à droite pour le bien de l'équipe ou pour des raisons tactiques, pas de problèmes: je le fais! Cette expérience n'a toutefois plus été renouvelée ces dernières semaines. Si tout le monde prétend que je suis meilleur en pointe, cela doit être vrai. Mais il y a un sélectionneur qui connaît son métier. Il faut lui faire confiance. Et jouer aux côtés d'Emile en équipe nationale? C'est aussi une ambition que vous poursuivez...Voilà un autre point que l'on aborde régulièrement. Forcément, cela me plairait. Ces derniers temps, le sort s'est souvent acharné sur Emile. Chaque fois que j'étais repris, il était blessé et vice-versa. Contre la Bulgarie, il est sorti du terrain lorsque je suis entré. Le jour où nous pourrons évoluer ensemble arrivera, j'en suis persuadé. Il faut être patient.Au moins jusqu'en décembreJ'ai signé jusqu'en 2006.D'accord, mais encore?Une certitude: je resterai au moins à Mouscron jusqu'en... décembre. Pour le reste, je ne peux rien affirmer. Sinon ceci: pour que je parte, il faudra que tout le monde soit d'accord. Le club, qui devra s'y retrouver financièrement. Ma famille, qui devra accepter un nouveau déménagement. Moi-même, qui devrai avoir l'assurance d'une promotion sportive, d'un temps de jeu suffisant, d'un rôle qui me convient. De nombreuses conditions devront être réunies. Je ne partirai pas pour le plaisir de partir.Au vu du match contre Charleroi, par exemple, n'avez-vous pas l'impression que le championnat de Belgique soit trop petit pour vous?Je dois bien admettre que ce n'est pas le meilleur championnat d'Europe. Chaque joueur belge un tantinet ambitieux a l'envie de tenter sa chance à l'étranger. Je mentirais en affirmant que, moi aussi, j'ai l'envie de goûter à nouveau à l'atmosphère d'un grand championnat. Je fais tout pour essayer de partir. Mais je ne suis pas pressé. Je partirai peut-être en janvier. Ou alors, dans trois ou quatre ans. Ou peut-être plus jamais. Si l'opportunité d'un départ ne se présentait plus, je ne pleurerai pas. Car, sincèrement, je me plais à Mouscron. Je suis chez moi ici. Il faudra vraiment une belle offre, à tous les niveaux, pour que je parte.Une offre de Schalke 04, par exemple? Avouez que cette perspective ne vous aurait pas déplu!C'est vrai que j'aurais aimé rejouer aux côtés d'Emile. C'est humain, je pense. D'après ce que l'on m'a dit, Schalke 04 aurait demandé des cassettes et serait venu voir la finale de la Coupe de Belgique. Je n'en sais pas plus. J'ignore si l'Excel a été contacté. Finalement, c'est peut-être mieux ainsi. J'aurais été très embêté de partir après six mois. C'eût été de l'ingratitude. -Merci de m'avoir remis sur pied et de m'avoir aidé à participer à la Coupe du Monde! Maintenant, débrouillez-vous sans moi... Ce n'est pas mon genre. J'avais tenu à apaiser le président, et Hugo Broos à l'époque, à ce sujet.Garder le zéroOui, comme j'ai regretté les départs de Jonathan Blondel et de Michal Zewlakow. On regrette toujours le départ des personnes qu'on apprécie. Mais il faut se mettre à leur place. Si j'avais reçu une proposition d'Anderlecht, et que l'Excel avait marqué son accord pour me laisser partir, je crois que j'aurais difficilement pu refuser également. Pour Mouscron, la vie continue. Le club doit continuer à grandir à son rythme. Il a déjà bien progressé depuis mon premier passage, dans tous les domaines. Une seule chose n'a pas changé: la pelouse. Elle est toujours dans un état aussi impeccable.Qu'avez-vous pensé en apprenant que Lorenzo Staelens était le successeur d'Hugo Broos?Je crois qu'au départ, tout le monde était sceptique. C'est trop facile, aujourd'hui, de prétendre le contraire. Il n'avait aucune expérience dans le métier et personne ne savait ce que cela allait donner. Mais il faut bien commencer un jour. Lorenzo Staelens figurait parmi ces joueurs dont on devinait qu'après leur carrière, ils allaient passer de l'autre côté de la barrière. J'ai encore joué avec lui en équipe nationale. Déjà, à l'époque, on se rendait compte qu'il était très attentif au positionnement et à l'aspect tactique. Il donnait des consignes tout en jouant. Je crois que ses débuts comme entraîneur sont réussis. Avec lui, on travaille bien à l'entraînement tout en s'amusant. Il est encore joueur dans l'âme. Il parle énormément, comme s'il était encore le libero qui essaye de mieux positionner son stoppeur. Il a rapporté certains jeux du Japon. C'est vraiment très agréable. Vous vous êtes également épanoui sous sa direction. Avec trois buts et trois assists contre Charleroi, avez-vous disputé ce jour-là votre meilleur matchdepuis votre retour en Belgique?Je ne m'attarderai pas sur ma prestation personnelle. Je retiendrai simplement que c'est l'un des rares matches, cette saison, où nous sommes parvenus à garder le zéro derrière. A partir de là, tout devient plus facile pour un attaquant.Garder le zéro, cela semble précisément être le problème de Mouscron...Oui. Nous l'avons fait au Standard et nous sommes revenus avec les trois points. Nous l'avons fait contre Charleroi, et après avoir ouvert la marque, toute l'équipe s'est libérée. On a vu le résultat. En d'autres occasions, malheureusement, ce ne fut pas le cas. Nous avons souvent dû courir après le score. On a mis en exergue notre force de caractère. C'est vrai qu'à plusieurs reprises, nous sommes parvenus à revenir. On l'a fait contre Genk et au match aller contre le Slavia Prague. Je suis persuadé que nous aurions pu revenir à l'Antwerp également si le but du 3-1 était tombé plus tôt. Mais pourquoi faut-il toujours attendre d'être mené pour réagir? Où serions-nous si nous n'avions pas encaissé autant de buts? C'est d'autant plus dommage que beaucoup de ces buts étaient parfaitement évitables. A Anderlecht, par contre, nous avons ouvert la marque. Mais le but égalisateur est tombé beaucoup trop rapidement. C'était une jolie frappe de Walter Baseggio, mais il a eu tout le loisir d'armer son tir. Comment expliquer toutes ces erreurs? La défense a souvent dû être remaniée, depuis le début de la saison. Il y a un manque de communication. On doit parler, savoir qui prend qui. Si la composition de la défense change chaque semaine, c'est difficile de trouver des automatismes. Ce n'est pas un choix de l'entraîneur, de modifier sans cesse son arrière-garde. C'est la fatalité. Les blessures, les suspensions l'y obligent.Malgré tout, Lorenzo Staelens modifie plus rapidement son onze de départ qu'Hugo Broos...Effectivement, il a plus tendance à accorder une chance à un joueur qu'il juge en forme ou qui s'est donné à fond à l'entraînement. C'est comme cela que Claude Bakadal est entré dans l'équipe. Asanda Sishuba également. Hugo Broos avait une équipe-type qu'il modifiait uniquement lorsqu'il était contraint par les circonstances. Il était plus conservateur. L'optique prise par Lorenzo Staelens a peut-être réveillé certains joueurs qui étaient un peu trop sûrs de leur place.Staelens ose toutEn attaque, ce n'est pas grave. On peut permuter des joueurs. En principe, le rendementne s'en ressent pas. En défense, l'important est de conserver un quatre arrière. C'est ce qui a été fait. C'est bien de jouer sur la motivation: cela oblige tout le monde a rester éveillé et à se remettre en question. Si l'on se laisse aller, Lorenzo Staelens le remarquera tout de suite. Et il viendra parler avec le joueur concerné. C'est ce que j'apprécie également chez Lorenzo Staelens: il parle beaucoup avec son groupe et en particulier avec les jeunes. Il les stimule. Et il ose prendre des risques. Au Standard, lorsque Alexandre Teklak s'est blessé, il n'a pas hésité à lancer Bevan Fransman dans la bagarre: un gamin de 18 ans qui était à Mouscron depuis trois semaines. Confronté à ce genre de situation, Hugo Broos aurait probablement introduit Olivier Besengez. Idem à Anderlecht: il fallait oser offrir une première titularisation à Tidiany Coulibaly dans un match pareil.Tactiquement aussi, Lorenzo Staelens est plus enclin à innover.Hugo Broos avait, en effet, conservé pratiquement le même système de jeu durant les cinq années qu'il a passées à Mouscron. Lorenzo Staelens est plus enclin à s'adapter aux circonstances. Notamment avec ce triangle sur sa pointe qu'il a imaginé dans l'entrejeu: Steve Dugardein en demi défensif et le duo De Vleeschauwer-Martic devant lui. Un système qui a parfois été appliqué en déplacement pour meubler le milieu de terrain. Dans ce système, je suis attaquant de pointe en possession de balle et demi droit en perte de balle. Il apporte aussi des variations tactiques en cours de match. Contre Mons, Asanda Sishuba avait au départ un rôle d'attaquant en retrait. Après dix minutes, Lorenzo Staelens lui a demandé de se poster comme ailier droit. Que peut espérer Mouscron cette saison?Si nous sommes épargnés par les blessures, nous pouvons espérer réaliser une bonne saison. Une bonne saison, cela signifie terminer parmi les trois ou quatre premiers. Il faut se dire une chose: Mouscron n'a pas une équipe capable de jouer le titre. Beaucoup de personnes semblent l'oublier. Il faut être indulgent lorsqu'on nous juge.Pourtant, il y a du potentiel dans cette équipe.Oui, mais Mouscron n'est ni Bruges, ni Anderlecht. Notre noyau n'est pas aussi étoffé. Lorsque l'équipe est au complet et tourne à bien régime, nous pouvons probablement rivaliser. Mais pas sur la durée. A Anderlecht, lorsque Glen De Boeck est indisponible, on le remplace par Aleksandar Ilic. A Mouscron, on introduit un jeune. Ces jeunes ont du mérite, et ils n'ont certainement pas loupé leur début de saison, mais à un moment donné, l'expérience parle.La Coupe de l'UEFA est déjà terminée...Sur la scène européenne, Mouscron n'est encore nulle part, il faut avoir l'honnêteté de le dire. A Prague, c'était le huitième match européen du club, tours préliminaires compris. Peu de joueurs ont l'expérience des joutes européennes. On l'a ressenti. Il faudra essayer de grandir, à l'avenir. En prenant le temps qu'il faudra. C'est en commettant des erreurs qu'on apprend. La structure est là. Mais cela ne suffit pas. A l'heure actuelle, l'Excel n'a pas un noyau qui lui permettrait d'ambitionner de franchir trois tours en Coupe de l'UEFA. Il y a beaucoup de jeunes. Beaucoup de blessés aussi, malheureusement. On aurait bien aimé aller plus loin. Mais il faut rester réaliste.Daniel Devos"Chaque footballeur belge d'un certain niveau rêve de l'étranger"