Le départ de Steven Martens semblait inéluctable. Il ne restait plus qu'à savoir quand le couperet allait tomber. La réunion du Comité exécutif du vendredi 6 février, se concluant par la mise à l'agenda d'un vote de défiance, l'a définitivement convaincu de quitter ses fonctions. Quitter n'est pas vraiment le mot. Il a plutôt négocié son départ puisqu'il touche 250.000 euros d'indemnités, et est parti à l'image de son règne : sans vergogne.
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Le départ de Steven Martens semblait inéluctable. Il ne restait plus qu'à savoir quand le couperet allait tomber. La réunion du Comité exécutif du vendredi 6 février, se concluant par la mise à l'agenda d'un vote de défiance, l'a définitivement convaincu de quitter ses fonctions. Quitter n'est pas vraiment le mot. Il a plutôt négocié son départ puisqu'il touche 250.000 euros d'indemnités, et est parti à l'image de son règne : sans vergogne. Préférant la lumière à l'ombre, Martens a eu le toupet d'écrire une lettre, défendant un bilan largement terni ces derniers mois, mais surtout soulignant la grandeur d'homme dont il a fait preuve en choisissant de partir. Tout cela en omettant le parachute doré dont il s'était paré. Ce départ a d'ailleurs parfaitement été résumé par Marc Coucke, qui a souvent l'art de la bonne formule : " Ou tu démissionnes, ou tu pars avec une prime de licenciement. Mais pas les deux à la fois ! " Au final, c'est sa gestion dispendieuse qui l'a mené dans le mur. Critiqué autant pour les bonus qu'il s'octroyait alors que l'Union Belge entamait une restructuration douloureuse qui allait conduire au licenciement d'une vingtaine de personnes, que pour les sommes parfois consenties pour des campagnes marketing, Martens a finalement oublié qu'il travaillait pour une ASBL. Le budget communication était ainsi passé en quelques années de 25.000 euros à 600.000 euros. " A ce prix-là, heureusement que les campagnes publicitaires sont bonnes ! ", a lancé un membre de l'Union Belge. Ce licenciement déguisé aura alourdi une nouvelle fois une facture qui devient inquiétante. Aux 300.000 euros de l'hôtel impayé, aux 100.000 euros du vol pour Israël, aux dépenses incontrôlées par carte de crédit, il faut donc ajouter les indemnités de départ de Martens. Certes, désormais, l'Union Belge ne devra plus payer son salaire qui ne sera pas remplacé puisque ses tâches sont partagées sur quatre têtes mais cela commence à faire lourd. D'autant plus qu'au sein de l'Union Belge, on considère comme perdu le procès intenté par Nicolas Cornu, l'ex-team manager, qui fut licencié suite à l'histoire de l'hôtel des femmes des joueurs. La faute grave n'a pas été déclarée à temps et il n'a pas reçu les allocations qui lui étaient dues. Cela devrait donc coûter de nouveau 300.000 euros à l'Union Belge. Le départ de Martens a lancé une véritable campagne électorale, déliant quelques langues. D'autres dépenses royales sont venues garnir la longue liste de l'ère Martens, à charge du président François De Keersmaecker de se défendre pour sauver sa peau. Le président de l'Union Belge l'a sauvée mais cette affaire a certainement nui à sa réélection en juin 2015. En ne mettant pas assez Martens sous tutelle, il s'est affaibli. Aujourd'hui, ses chances de reconduire son mandat paraissent minces et la Pro League est en train de mettre la main sur l'Union Belge. Pour être élu président, il faut faire partie du Comité exécutif de l'Union Belge (23 membres). Celui-ci est composé de représentants de l'ACFF, l'aile francophone (ce qu'on appelle les amateurs francophones), de la VFV, l'aile flamande (les amateurs néerlandophones) et de six membres de la Pro League (les pros). Il est de tradition que la parité linguistique et statutaire soit respectée (si le président est flamand, le vice-président doit être francophone ; si le président appartient au monde amateur, le vice-président doit venir du monde pro). Or, il semble que la manne financière attire de plus en plus le monde pro. Les membres de la Pro League estiment qu'ils participent plus qu'activement au financement de la Fédération sans en retirer quelque chose. " On voudrait que l'argent soit mieux utilisé ", explique l'un des membres de la Pro League. Une façon de dire que l'argent ne revient pas assez aux clubs pros. Pour faire valoir leurs droits, les membres de la Pro League comptent présenter un candidat face à François De Keersmaecker. Ce candidat sera choisi par le Conseil d'administration de la Pro League mais deux hommes ont décidé d'avancer leur pion. Joseph Allijns, le président de Courtrai, veut ce poste de président. Il est soutenu par le Club Bruges qui voit en lui le membre le plus malléable. Quant à Allijns, son poste de président du Kavé, lui laisse beaucoup de temps libre puisque la gestion quotidienne des Flandriens est aux mains de la famille Degryse et de Patrick Turcq. De plus, comme Courtrai est à vendre, il anticipe en se cherchant déjà un nouveau poste. Johan Timmermans est le deuxième candidat. Il a débuté une opération charme en sortant du bois, donnant une interview très " politique " à Sporza et une autre à Sud Presse. Timmermans est parfait bilingue, charismatique et a davantage de soutiens au sein de la Pro League qu'Allijns. Mais malgré le fait qu'il soit président de l'aile flamande - assez bizarre qu'un président d'un club pro soit président des Amateurs flamands mais c'est prévu de la sorte par les statuts - il ne compte pas beaucoup de partisans au sein des Amateurs flamands. Le profilage des deux hommes comme candidats potentiels ne plaît pas à tout le monde, au sein de la Pro League. Certains estiment qu'ils n'auraient pas dû faire de sortie médiatique, laissant le soin au Conseil d'administration de mener les débats à huis clos afin de se mettre d'accord sur le nom d'un candidat. Pour connaître le nom de celui-ci, il conviendra d'attendre qu'Anderlecht se soit positionné sur une personne. Pour le moment, le Sporting bruxellois suit les débats mais n'a pas encore pris de décision. Face au candidat des pros, les amateurs voudront faire valoir leurs droits. L'aile flamande a décidé de soutenir encore De Keersmaecker. Mais les francophones ne sont plus convaincus par FDK. Ils n'ont pour le moment pas décidé de présenter un candidat francophone et seront donc courtisés tant par les amateurs flamands que par les pros qui voudront récupérer les voix francophones. C'est dans cette optique que la Pro League a avancé le nom de Gérard Linard pour superviser les quatre directeurs jusqu'à l'élection. Au départ, il était prévu que les quatre directeurs soient supervisés à la fois par un francophone (Linard) et par un néerlandophone (Gilbert Timmermans, à ne pas confondre avec Johan !). Mais sur l'insistance de la Pro League, Linard a été choisi pour effectuer cette mission, seul. Les amateurs francophones avaient déjà épousé la cause de la Pro League pour faire tomber Steven Martens. Vont-ils maintenir leur alliance lors de l'élection présidentielle ? Rien n'est moins sûr. David Delferière, vice-président, avait émis ses préférences pour De Keersmaeker avant d'être désavoué par Linard. Quant au poste de CEO, il ne devrait pas y en avoir de nouveau avant l'élection présidentielle. La Pro League estime normal que le président ait son mot à dire dans le choix de son CEO. Dans un souci de cohérence, ce serait en effet justifié que le choix du CEO soit postposé de quelques mois. A charge aux directeurs qui reprennent provisoirement la tâche de Steven Martens de se positionner (ou pas). Si Bob Madou (directeur de la communication)semble grillé, si pour Filip Van Doorslaer, directeur marketing et events, et Tom Borgions, directeur financier, c'est encore un peu tôt, ce n'est pas le cas de Paul Allaerts. L'ancien arbitre constituait déjà le deuxième choix derrière Martens lors de l'arrivée de celui-ci. Certains le pousseraient et lui-même aurait déjà passé quelques coups de téléphone pour lancer sa candidature. Si Allaerts ne reçoit pas assez de back-up, l'Union Belge se tournerait alors, comme ce fut le cas pour Martens, vers une candidature extérieure.PAR STÉPHANE VANDE VELDE ET PETER T'KINTAnderlecht suit attentivement les débats mais ne s'est pas encore manifesté.