Ce devait être l'année MichyBatshuayi. Dix mois au terme desquels Michy devait remporter le titre avec un Taureau d'Or floqué dans le dos, double récompense qui devait inévitablement lui ouvrir les portes d'un grand club étranger, si possible en passant par un voyage au Brésil avec MarcWilmots et ses vingt-deux autres Diables.
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Ce devait être l'année MichyBatshuayi. Dix mois au terme desquels Michy devait remporter le titre avec un Taureau d'Or floqué dans le dos, double récompense qui devait inévitablement lui ouvrir les portes d'un grand club étranger, si possible en passant par un voyage au Brésil avec MarcWilmots et ses vingt-deux autres Diables. Finalement, les derniers touchers de balle du buteur ont été rythmés par les sifflets de Sclessin et les murmures agacés d'une bonne partie du vestiaire. À l'image de son club, à l'image de son coach, le numéro 23 des Rouches est passé à côté de ses play-offs. Retour sur une fin de saison pourrie. Pour comprendre les problèmes de Batshuayi, il faut inévitablement emprunter la machine à remonter le temps. Direction juillet et janvier, deux moments-clés de la saison puisqu'ils amènent Michy à rêver en grand... et en anglais. Swansea pour l'été, Everton en hiver. Deux histoires bien différentes. " Pour Swansea, c'était très concret ", explique José de Medina, alors agent du joueur. " Si Michy est finalement resté, c'est parce qu'il a été convaincu par le discours ambitieux du président RolandDuchâtelet, un homme qui a toujours tenu ses promesses. " Batshuayi reste à Sclessin, empile les buts pour se projeter tout en haut de l'affiche, et accumule les Unes des journaux au mois de janvier. L'histoire est bien plus complexe : on parle d'un transfert à Everton, qui prêterait le joueur à Anderlecht jusqu'en fin de saison. Derrière ce montage, il y a Christophe Henrotay, nouvel agent choisi par les parents de Michy pour réaliser ses rêves de Premier League (ou plutôt les leurs). Certains évoquent une offre concrète, d'autres un écran de fumée. José de Medina, toujours resté proche de Batshuayi, analyse : " Oui, il y a eu quelque chose de concret en hiver. Mais ce n'était pas intéressant pour Michy. Donc, finalement, c'était une tempête dans un verre d'eau. " Et d'évoquer les responsabilités des parents dans ce dossier :" Vous savez, les parents africains ont leur propre conception du football. Ils pensent avant tout à l'intérêt de leur fils, avant celui de tel ou tel club. Après, il y a des intervenants qui ne les influencent pas toujours à bon escient... " Batshuayi tient finalement à mettre les choses au clair : un but contre Ostende, suivi d'une déclaration limpide : " Je reste à Sclessin ". Un difficile désaveu des parents, mais une étape indispensable pour un joueur qui, selon des sources proches du club, n'a jamais pensé à un départ cet hiver. Mais après ce mois de janvier agité, on n'a que trop rarement revu le vrai Michy Batshuayi sur le terrain. " Je reste pour être champion avec le Standard et finir meilleur buteur. " Voilà les mots de Michy au soir de ce fameux succès face à Ostende. Dans l'esprit du buteur des Rouches, la quête du Taureau d'Or est devenue une obsession. Au point de tenter sa chance en solo. Souvent. Trop souvent pour le public, qui n'hésite pas à dégainer les sifflets pour flinguer sa star devenue diva. Trop souvent pour un vestiaire qui commence également à grincer des dents face aux excès de son attaquant. " Les meilleurs buteurs sont souvent des égoïstes. Ce sont des renards ", intervient Pino Batshuayi pour défendre sa progéniture. " Il ne faut pas condamner Michy à 100 %. Les derniers matches, je l'ai même trouvé trop collectif. Il m'a dit qu'il avait des idées, mais qu'il avait peur. " " Par définition, un attaquant de classe est individualiste ", surenchérit Jean-François Remy, qui retrouve Michy sur le terrain à chaque rassemblement des Diablotins. " C'est vrai que quand il reçoit un ballon dans les seize mètres, c'est rare qu'il le rende. " En guise d'exemple, le T2 des Espoirs belges évoque une action face à la Serbie : " Michy a une balle de 1-1 et il fait le choix de finir seul alors que Mpoku est là, mieux mis que lui. Polo, c'est son pote, je ne pense pas une seule seconde qu'il se dise qu'il ne veut pas le laisser marquer. Il est tout simplement obnubilé par le but. " " Je ne comprends pas ces critiques ", continue José de Medina. " Je trouve que ces derniers temps, Michy a initié beaucoup d'actions collectives. C'est vrai qu'il est parfois individualiste, mais personne n'est là pour siffler quand ça marche. Ce qu'il y a aussi, c'est que face à des situations complexes, il sent parfois qu'il doit faire la différence tout seul. " Une hypothèse confirmée par Jean-François Remy : " Aujourd'hui, Michy peut changer à lui seul le cours d'un match. Et quand le match est fermé, il tente de le faire sur chaque demi-possibilité. Et parfois, il en fait trop. " Agacé par ces critiques contre son fils, Pino Batshuayi soulève un autre problème : " Au Standard, ils veulent tous marquer. Ils ne cherchent pas à faire marquer leur buteur. Bia et Carcela tentent beaucoup leur chance. J'ai l'impression que dans les grands clubs, ça ne se passe pas comme ça. Mais c'est le jeu du Standard... " La dernière semaine de la saison aura cruellement résumé l'année de Michy Batshuayi : cinquième roue du carrosse offensif de Marc Wilmots pour le voyage au Brésil, deuxième du scrutin du Footballeur Pro, deuxième du championnat, et même doublé par Hamdi Harbaoui dans la course au titre de meilleur buteur, la faute à un penalty qui n'en était pas un. Quadruple désillusion. La sélection, d'abord, Batshuayi l'avait certainement dans un coin de la tête à force de voir sa photo faire la Une des quotidiens sportifs du sud du pays à la veille de chaque annonce de Marc Wilmots. Croatie, Colombie et Côte d'Ivoire, autant d'occasions où la présence du meilleur buteur du championnat chez les Diables semblait de plus en plus sûre. Et la désillusion qui s'en suivait de plus en plus grande. Ces absences à répétition, Pino Batshuayi ne les comprend pas : " Si je regarde dans d'autres pays, et je vais prendre l'exemple de la France, le meilleur buteur du championnat, s'il est français, sera toujours repris en équipe nationale. Il n'y a qu'en Belgique que ça ne se passe pas comme ça. " José de Medina est tout aussi dubitatif : " Je pense qu'il mérite d'être avec les Diables. C'est frustrant, parce que si on se base sur des critères purement sportifs, ça semble être une évidence. Peut-être Wilmots a-t-il entendu des choses sur Michy, qu'il fallait parfois le recadrer, et on sait que le sélectionneur ne transige pas avec la discipline. " L'allusion à la fameuse histoire des filles amenées à l'hôtel est clairement faite. " Il n'était pas tellement l'instigateur ", explique de Medina. " Quand il est revenu, tout le monde a fini par en sourire. Il a été puni, on est passé à autre chose ", ajoute Remy. Batshuayi, lui, n'a jamais revendiqué quoi que ce soit. Jean-François Remy, qui le voyait débarquer chez les Diablotins après chacune de ces " non-sélections ", est bien placé pour en témoigner : " Je ne l'ai jamais vu arriver en traînant les pieds. Si déception il y avait, alors il ne l'a pas laissé transparaître. " L'ultime coup de canif dans ce contrat toujours pas signé entre Batshuayi et les Diables a été le choix de Divock Origi pour intégrer les 23 " Brésiliens ". Le Lillois a joué à saute-mouton pour passer presque immédiatement des U19 aux Diables, sautant allégrement par-dessus un Batshuayi qui ne s'attendait sans doute pas à cela. " Je trouve ça un peu sévère parce que s'il fallait prendre un attaquant, ce devait être Michy ", peste José de Medina. Batshuayi avait pourtant fait preuve d'efforts collectifs après les critiques de Marc Wilmots par presse interposée. Ça n'a pas suffi pour prendre le meilleur sur un Divock Origi qu'en coulisses, certains connaisseurs ont déjà qualifié de " Batshuayi collectif ". Reste la question des récompenses individuelles. Cité parmi les favoris du Soulier d'Or et du Footballeur Pro, Batshuayi se retrouve finalement avec le seul Soulier d'Ébène pour garnir sa cheminée. " Ce qui reste un grand honneur pour lui, parce que c'est son premier trophée individuel, et qu'être reconnu par des gens qui ont les mêmes origines que lui l'a beaucoup touché ", explique de Medina. De quoi atténuer la déception de cette quatrième place au Soulier d'Or ? " Franchement, c'était normal qu'Hazard gagne ", pour Pino Batshuayi. " Le meilleur buteur n'est pas spécialement le meilleur joueur. Mais Michy méritait mieux qu'une quatrième place. " José de Medina va plus loin : " Je pense que Michy l'a vécu comme une injustice. Pour moi, c'est un problème de profil. Thorgan est un gentil garçon, poli, charmant avec les médias... Michy, lui, souffre un peu du même problème que Mbokani. Il y a des préjugés, qui ne sont pas méchants, mais des préjugés quand même. Sans cela, il aurait été au coude-à-coude avec Thorgan. " Finalement, la saison de Batshuayi a pris fin sous les sifflets. Fin novembre, Sclessin avait déjà hué son goleador au terme d'une prestation catastrophique de toute l'équipe face à Mons. Ce jour-là, toute l'équipe en avait pris pour son grade, mais le numéro 23 avait eu droit à un traitement de défaveur : " Le public est plus dur avec Michy qu'avec les autres, ça se voit ", se désole Pino Batshuayi. " Franchement, je ne comprends pas. Ils devraient plutôt le soutenir. Surtout que c'est un jeune du club. Ailleurs, ça ne se passe pas comme ça. " " Michy n'aime pas ces sifflets ", poursuit le paternel, appuyé par José de Medina : " Contre Mons, ça l'avait vraiment marqué, parce qu'il est très sensible à ça. Mais maintenant, je pense qu'il a grandi, il s'y est habitué et ne les écoute même plus. " Jean-François Remy a une autre analyse de la situation : " Il est parfois touché, mais pas tellement par les sifflets ou les critiques. C'est un garçon très lucide, il sait très bien quand il n'a pas fait un bon match, et c'est surtout ça qui le touche. Les sifflets, il les relativise. " Pour comprendre les mouvements d'humeur des tribunes, place à Gerard Vinx, fidèle de Sclessin depuis 44 ans et membre notoire d'un club de supporters du Brabant wallon : " Il a fait de mauvais play-offs, et les supporters du Standard sont devenus très exigeants. Oui, il est parfois trop personnel. Mais d'un autre côté, ses 21 buts, on ne peut pas lui enlever. " Pourquoi alors le prendre en grippe plus que les autres ? " Personnellement, je ne siffle jamais un de mes joueurs, mais je n'ai pas l'impression que Batshuayi ait été plus sifflé qu'Ezekiel, par exemple. "Ce comportement de Sclessin, Gerard Vinx l'explique tout à fait autrement : " Avant les deux titres, le public était beaucoup plus tolérant. Depuis, de nouveaux supporters sont arrivés, et le stade a changé. Avant 2008, Michy n'aurait jamais été sifflé. " À l'image d'un arbitre qui siffle trois fois, les coups de sifflets de Sclessin auront certainement mis un terme à la rencontre entre Batshuayi et le Standard. Avec la fin de saison, les rumeurs ont repris de plus belle sur le marché des transferts. Swansea est revenu à la charge, et aurait trouvé un accord avec la direction du Standard. Mais Michy se tâte. Le joueur se voit visiblement bien faire un saut un peu plus haut. Ce qui est sûr, c'est que l'avenir du joueur semble plus que jamais se dessiner loin des bords de Meuse : " Au Standard, il a beaucoup joué sur son talent ", explique de Medina. " Je pense que même en partant l'été dernier, il aurait fini par s'imposer à Swansea. C'est un joueur capable de se transcender dans les moments difficiles. " Pino Batshuayi confirme que son fils est prêt à franchir un palier : " Marquer autant de buts, c'est loin d'être facile. En marquant plus que tous les autres, ou presque, il a prouvé sa valeur. Pour moi, cette étape est déjà réussie. Michy est prêt pour l'étape suivante. " Une étape qu'il verrait donc plus haut qu'un passage par la case Swansea. Sur l'escalier qui mène au sommet du football mondial, Michy Batshuayi se voit visiblement bien franchir les marches quatre-à-quatre. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS: BELGAIMAGE" Au Standard, ils veulent tous marquer. Ils ne cherchent pas à faire marquer leur buteur. " Le père, Pino Batshuayi " Thorgan Hazard est un gentil garçon, poli, charmant avec les médias... Michy, lui, souffre un peu du même problème que Mbokani. " José De Medina, ex-agent du joueur