On ne fait pas ce qu'on veut dans la vie. Cette chronique par exemple, j'aurais voulu vous l'écrire ce matin. Et donc savoir si nous allons jouer une finale de Coupe du Monde. Si on a la gueule de bois ou la gueule de joie. Ou les deux.
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On ne fait pas ce qu'on veut dans la vie. Cette chronique par exemple, j'aurais voulu vous l'écrire ce matin. Et donc savoir si nous allons jouer une finale de Coupe du Monde. Si on a la gueule de bois ou la gueule de joie. Ou les deux. Quoi qu'il en soit, depuis le début de cette Coupe du Monde, notre foi en a pris un coup. Un coup d'folie, un coup d'jeune, un coup d'bonheur. Ça part dans tous les sens et ça nous offre donc de belles découvertes. De belles histoires. De belles remises en cause aussi. Et là, on est des millions à se dire dans les trois langues nationales : " Perdona nos Roberto ". Eh oui, excuse-nous d'avoir un peu douté. Mais bon, on a des... excuses. L'enfumage de ton discours a camouflé la pertinence de ta méthode. La maîtrise et la profondeur de ta réflexion qui a, maintenant c'est sûr, un coup d'avance sur notre réflexion. Le déclencheur de tout, c'est justement ta longue réflexion quand les Japonais nous font hara-kiri. Une heure de calvaire qui ne faisait pas rire du tout. Une équipe belge désespérante dans tout. Qui pousse au constat : " Rien n'a changé. On n'a pas évolué d'une ambition et d'une maturité en deux ans. " Et puis, tout a changé, parce que tu as changé le cours d'une déroute annoncée. Deux soldats ont ouvert les sentiers de la gloire. Deux parias devenus divas grâce à toi. Faut quand même savoir que Fellaini et Chadli reviennent de loin. En direct sur les réseaux sociaux, les médias et surtout les fans anglais se déchaînent : " Martinez est fou. Mené 2-0 il compte sur Fellaini et Chadli pour sauver la Belgique... " Nos deux héros sont l'objet depuis de longs mois de railleries. Quand Manchester United annonce que Marouane a prolongé son contrat, les fans des Red Devils hurlent leur désaccord. Moqueries, insultes. Ils n'en veulent pas. Fellaini a subi tout cela. Nacer, lui, est le disparu de WBA. Le joueur tout le temps blessé, l'homme qui a joué cinq matches cette saison. Ces deux hommes ont encaissé et puis.. marqué deux buts, notre esprit, notre coeur et notre respect. Et puis y a eu le Brésil. Ils ont prouvé qu'une place de titulaire leur allait aussi très bien. Marouane, le couteau suisse le plus belge du monde. L'homme aux mille solutions. Nacer, la fine lame...de fond qui a créé une vague qui a déferlé sur les plus belles plages brésiliennes. Le foot, c'est la vie. Des hauts, des bas et beaucoup trop de débats. Le foot, c'est sur le terrain. D'abord et avant tout. Un terrain où écrire comme un pied nous offre les plus belles histoires. Des histoires d'hommes. Celle d' HarryMaguire est aussi magnifique. Moins joli pour les yeux qu'un Kompany, par exemple, mais un destin fabuleux. Maguire buteur en Coupe du Monde. Là aussi, beaucoup ont ravalé leur cynisme. Lui aussi moqué quand GarethSouthgate le prend dans les 23. Depuis, l'Angleterre a composé le 22 et " Docteur Harry " a ouvert la voie des demi-finales. Ce type qui a plus un physique à jouer dans les Sopranos ou Mad Men que celui de jouer au football. Son parcours est fabuleux : aucun club de Premier League ne le veut dans son centre de formation. En 2012, il descend en division 3 avec Sheffield, en 2015 il descend en division 2 avec Hull. En 2018, il est un héros de la nation. Tout ça, parce que cet anonyme du foot anglais sort le match de sa vie un soir de FA Cup. Il défie Aston Villa et " bouffe " la star des Villains. Un certain ChristianBenteke. Un jour, un destin. Qui bascule. En 90 minutes. Il devient une évidence. Le foot permet tous les rêves. Qu'il avait perdus depuis longtemps. En 2012 il est sélectionné pour la seule et unique fois avec les espoirs anglais. Et puis plus rien jusqu'en octobre passé. Southgate l'appelle, il répond. Cinq ans à l'ombre. Un coup de boule plus tard, la lumière jaillit. On saura ce soir si elle l'emmène jusqu'au paroxysme de la vie d'un footballeur : jouer une finale de Coupe du Monde. Nous, on sait déjà si nous en serons. Mais, quoi qu'il en soit, nos Diables nous ont déjà offert un coin de Paradis. Paroles d'hommes.