Dessine-moi un coup franc. Johan Walem a certainement lu le Petit Prince durant ses humanités et comme Antoine de Saint-Exupéry, racontant l'aventure d'un aviateur perdu dans le désert, il savait que tout pouvait changer d'un coup de plume. C'est le Johan du Japon, comme contre la Russie, qui a dessiné deux nuages, deux merveilles de coups francs.
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Dessine-moi un coup franc. Johan Walem a certainement lu le Petit Prince durant ses humanités et comme Antoine de Saint-Exupéry, racontant l'aventure d'un aviateur perdu dans le désert, il savait que tout pouvait changer d'un coup de plume. C'est le Johan du Japon, comme contre la Russie, qui a dessiné deux nuages, deux merveilles de coups francs. Et, paradoxalement, c'est le plus doux et le plus sensible des joueurs du Standard qui a requinqué un groupe fragilisé depuis belle lurette. Les rudes, les malabars, kings versatiles du vestiaire, doivent désormais beaucoup à un gars qui n'aime pas cette tension. Ce n'est un secret pour personne, le gars d'Ecaussinnes avait été ébranlé par la violence qui régna au Standard. Cette ambiance tendue, n'est pas du tout sa tasse de thé. C'est pour cela qu'il avait demandé de jouer en Réserve, afin de se refaire un moral. Tactiquement, même si ce ne fut pas un grand match, surtout en première mi-temps, le bon coaching de Dominique D'Onofrio avait libéré Johan, ravitailleur de l'attaque avec trois médians derrière lui: Aleksandar Mutavdzic, Frederik Söderström et IvicaDragutinovic. Walem en a profité pour prouver que personne ne pouvait avoir la prétention de distribuer le jeu aussi bien que lui au Standard. Cela dit, même s'il a permis de renouer avec un succès en championnat qui n'avait plus figuré à l'ordre du jour depuis le 21 avril 2002, contre le... GBA, le petit architecte ne revendiqua aucune part de gloire. Il estima simplement que ce groupe, suffisamment riche, devait confirmer, notamment lors du prochain déplacement à Lommel. Pour cela, DD devra absolument revoir sa défense, qui ne dégage aucune impression de stabilité. De même, sans les deux coups de patte de Johan Walem, on se demande qui aurait pu marquer contre le GBA. Cela dit, ce groupe sort petit à petit du trou. La spirale des défaites a été brisée et le public, toujours présent, a apprécié. L'équipe se bat même si ce n'est pas encore comparable à ce qui se passe à Rennes où Vahid Halilhodzic a transformé, en une semaine, des moutons en lions qui ont dévoré Sedan au point de ne laisser que de petits os. Halilhodzic avait été cité au Standard mais était probablement trop cher. Une rumeur lança le nom de Michel Le Flochmoann, le coach à succès de Virton: Michel Preud'homme a démenti. Tout a commencé après un match à l'OlympicLa direction du Standard a visiblement choisi de redresser le tir, via DD, avant de s'orienter (fin décembre?) vers d'autres choix. Il fallait éteindre l'incendie (qui crépita bien avant l'arrivée de Robert Waseige) et puis, seulement, penser à d'autres solutions. Cela se défend même si ce n'est pas facile. Anderlecht avait également agi en interne avant que le duo Jean Dockx- Franky Vercauteren ne cède sa place à un certain Aimé Anthuenis. Les trois points obtenus face au GBA ont valeur d'or car les ambitions sont restructurées. Cela dit, tout aussi important, le groupe a repris le dialogue avec la presse. Ce silence laissera des traces car les journalistes n'étaient pas responsables de la cascade de mauvais résultats des joueurs. Ils se devaient d'être critiques et n'oublieront pas de l'être à nouveau en cas de nécessité. En réalité, cette affaire commença après un match amical du Standard à l'Olympic de Charleroi où Fabien Carini et Aleksandar Mutavdzic firent leurs débuts. A leur retour au stade de Sclessin, les joueurs retrouvèrent leurs voitures maquillées de farine et de cambouis. Des supporters (?) ont franchi les barrières (pourtant l'enceinte ressemble de plus en plus à un fort militaire) pour commettre leur geste fou. Certains auraient même eu l'intention de jeter de l'huile de frein sur les véhicules, ce qui aurait eu pour effet de provoquer d'importants dégâts aux carrosseries. Les joueurs eurent une frousse bleue qui fut multipliée par 1.000 après la défaite au Lierse. Au retour du Lisp, l'autocar fut suivi par des voitures de hooligans. Ils canardèrent le bus. Là, cela dépassait les bornes. Avertis par la police, les joueurs préférèrent débarquer à Grâce-Hollogne. Des proches vinrent les chercher tandis que les forces de l'ordre investissaient Sclessin. Il y a quelques années, ces tensions auraient pu être plus graves. On se souvient que le chaudron liégeois déborda comme un volcan à plus d'une reprise. Par rapport à cela, même s'il y a les gros excès déjà cités, le stade est demeuré calme au coeur des mauvais résultats. Qui ne dit mot, consentAu Lierse, dès la fin du match, Louis Smal, poids lourd de la Famille des Rouches, insista pour organiser une réunion entre la direction, les joueurs et les supporters. Les heures qui suivirent lui donnèrent raison. Le lundi matin, les parties concernées se sont réunies. Sans la présence de la presse car, selon Louis Smal, les joueurs craignaient que leurs propos soient repris dans les journaux. Etrange. Le ton baissa et Louis Smal, un Liégeois à la tête aussi dure que celle de Tchantchès, avait gagné: la tension retomba, le dialogue était renoué entre les joueurs et les fans. Smal affirme, et cela peut se comprendre, que le groupe avait besoin de tranquillité pour se resituer. Les joueurs entendaient faire le gros dos, cicatriser les plaies. Sur cette lancée, ils exprimèrent le désir de ne plus parler à la presse. Pour peu, ils auraient cité le cas de l'équipe nationale qui avait eu des "mots" avec la presse populaire au Japon. C'est différent. Suite à la réunion suivant la défaite au Lierse, les joueurs évitèrent la presse. Toujours pour préserver ou retrouver un climat de travail plus serein. Louis Smal insista pour expliquer que la décision venait du groupe, sans pression aucune du club. Mais qui ne dit mot consent, approuve, tire profit d'une situation ou ne la comprend pas bien. Michel Preud'homme rappela à plus d'une reprise que cela ne concernait que les joueurs. Smal souligna que le capitaine, Ivica Dragutinovic, avait pris part à l'élaboration de cette décision approuvée par le groupe. Exact et Michaël Goossens le fit aussi même si on peut croire qu'il aurait mieux fait de ne pas bouger car on connaît ses liens avec le Hell Side. On peut imaginer, par exemple, que le noyau dur du groupe des supporters l'a un peu conditionné. En provoquant le boycott de la presse, le noyau dur a peut-être gagné sur plusieurs tableaux et prouve son importance dans la vie du Standard au point de perturber le jeu démocratique. Son régime de la terreur a payé car il a un peu contrôlé le groupe, donc le Standard, privé de la voix de ses principaux ambassadeurs. Une immense majorité de fidèles supporters du Standard a été prise en otage par une poignée de violents. Ce sont, hélas, les vrais vainqueurs et ils peuvent à nouveau agir du jour au lendemain même si Smal est le seul, avec ses amis de la Famille des Rouches, qui puisse les raisonner. La direction a parlé, pendant ce temps-là, en estimant peut-être que le groupe s'exposait plus qu'elle via son silence. Erreur...Dangers anti-démocratiques?Une direction forte, et à la hauteur, aurait devinéles dangers, quasiment anti-démocratiques, des têtes brûlées. A Marseille, tout commença de la sorte et des hooligans, parfois très peu recommandables, ont pris la direction de pans entiers du club.Michel Preud'homme a fait état d'un article de la presse liégeoise, selon lequel les journaux pourraient s'intéresser à la vie privée des joueurs à défaut de parler de sport à leurs lecteurs. Selon lui, cela conditionna l'attitude du vestiaire. Ce n'est pas exact car d'après l'auteur, son article fut publié après la décision des joueurs et que le but était de citer ce qui passe, par exemple, en Angleterre. Derrière le silence se cachaient donc des enjeux plus compliqués que cela ne paraissait au premier coup d'oeil. Samedi dernier, les joueurs avaient décidéde reparler à la presse avant de s'emparer des trois ponts contre le GBA: Johan Walem y a ajouté sa touche de génie pour mettre le stade dans sa poche. Louis Smal ne pouvait espérer meilleur allié pour garder le contrôle sur le stade. Le sport a eu le dernier mot: les deux buts de Johan seront-ils paroles d'évangile après un long silence?Pierre BilicLe régime de la terreur a-t-il payé?Walem met le stade dans sa poche...