M ichael Clepkens : " Jusqu'à l'âge de 22 ans, j'ai vécu chez mes parents, à Ganshoren, puis j'ai emménagé dans un appartement avec mon amie. Depuis un an, nous vivons à Meldert, à vingt minutes de Bruxelles. Nous voulions une maison, avec un jardin et des espaces pour le chien et les enfants. Nathan, notre premier fils, va naître d'ici deux mois.
...

M ichael Clepkens : " Jusqu'à l'âge de 22 ans, j'ai vécu chez mes parents, à Ganshoren, puis j'ai emménagé dans un appartement avec mon amie. Depuis un an, nous vivons à Meldert, à vingt minutes de Bruxelles. Nous voulions une maison, avec un jardin et des espaces pour le chien et les enfants. Nathan, notre premier fils, va naître d'ici deux mois. Je suis issu d'une famille de travailleurs. Mon père est employé par une société allemande qui fabrique des thermostats et ma mère est enseignante. Elle apprend l'informatique aux enfants de toutes les classes. Mon père a joué au foot en salle et il m'a soutenu dans mes choix sportifs, tandis que ma mère insistait sur l'importance des études. En quatrième humanités, alors que j'étais au RWDM, j'ai opté pour une école de sport. Un an plus tard, j'étais dans le noyau A sous la direction d' Emilio Ferrera. Je n'ai pas joué plus de dix minutes en équipe A car je n'étais que le deuxième gardien et en plus, Patrick Nys est revenu. Dimitri Mbuyu, notre manager sportif, m'a donné le choix : rester comme numéro trois ou profiter de la collaboration du club avec le White Star. Pour jouer, je suis parti. Le White Star m'a trouvé un job à la comptabilité d'Electrabel et je m'entraînais le soir. J'ai bénéficié de moins de séances spécifiques qu'au RWDM, même si Luc Duville a fait de l'excellent travail. Pendant deux ans, j'ai découvert ce qu'est la vraie vie. Gunter Magits, un monument qui avait joué un rôle dans chaque montée, s'est blessé et j'ai pu prendre place dans le but après six ou sept journées. Plusieurs clubs de D1 se sont manifestés, dont Gand, mais le club a refusé de me laisser partir. Cela m'est monté à la tête, je me suis retrouvé sur le banc et j'ai même été renvoyé en juniors alors que je rêvais d'une carrière pro... Ma destination suivante n'a pas été Gand mais Diegem : l'accord avec le Brussels a été rompu et il m'a fallu trouver un club. J'ai joué un an et j'ai été élu meilleur gardien de la série. Le RC Malines s'est intéressé à moi. Nous avons atteint les quarts de finale de la Coupe et contraint Zulte Waregem aux tirs au but. J'en ai intercepté un et j'en ai marqué un autre dans la foulée. Cela reste le grand moment médiatique de ma carrière. Zulte Waregem m'a contacté mais je n'aurais été que deuxième ou troisième gardien. Le Racing était ambitieux, je m'y plaisais et je suis resté. Tout est tombé à l'eau avec l'arrivée au pouvoir d'un Mexicain. J'étais presque le seul Belge sur le terrain, le vestiaire parlait espagnol, il n'y avait pas d'esprit d'équipe. C'était la foire. Regi Van Acker, l'entraîneur, n'avait rien à dire. Le Racing a été rétrogradé en Promotion et n'a plus voulu de moi mais encore fallait-il monnayer mon transfert... Waasland-Beveren m'a fait passer un test avant de m'offrir un contrat d'un an. En guise d'indemnité, le Racing a obtenu la recette d'un match amical. J'ai ainsi découvert la D2. Physiquement, j'étais en retard, faute d'entraînement spécifique : à Malines, je m'entraînais avec les joueurs de champ. Je dois beaucoup à mon coach actuel, Eric Amelinckx : au début, il a fait preuve de patience. J'étais fatigué après six ou sept ballons et j'avais perdu une partie de mon explosivité. Finalement, j'ai été titularisé et ces deux saisons en D2 se sont bien déroulées : j'ai été élu meilleur gardien à deux reprises, nous avons disputé le tour final deux fois. Avec succès l'été dernier. À la fin de la première saison, j'ai même marqué de la tête contre Mons, ce qui les a empêchés d'être sacrés champions ce jour-là. Nous avons ensuite acheté une équipe capable de monter, avec Cavens et Radzinski. Cette saison, nous avons dû former une nouvelle équipe. Je suis un des rares anciens, avec Doumbia, et nous essayons de souder le groupe, pour qu'il ait une chance de se maintenir. Personne ne veut descendre. Jouer devant 500 personnes contre Wetteren ou affronter Genk devant 25.000 spectateurs, ça fait une différence ! Le groupe recèle de caractères. Il vaut mieux respecter Belhocine. Une machine, une bête. Lardenoit, le capitaine, est calme. Moi aussi car parler me fait perdre ma concentration. Sibum se charge de crier - sur moi aussi. Lepoint revient de loin et il a de la chance de ne pas être resté handicapé. Ceci dit, c'est l'esprit de groupe qui nous sauvera. Or, l'intégration de certains n'est pas évidente. Notre Slovène et nos Israéliens ne parlent ni français ni néerlandais, ils ne connaissent pas notre championnat non plus. Il ne faut pas les laisser dans leur coin mais ils doivent aussi fournir un effort. L'entraîneur est parfois impulsif mais il est aussi fin psychologue, à sa façon. Il essaie de rester positif et nous accorde de longs entretiens privés. Il sait relativiser. A Genk, j'ai intercepté un but tout fait après sept minutes. Ensuite, il m'a dit : - Heureusement que nous avons marqué sinon personne n'aurait parlé de ton match. Il voulait me garder les pieds sur terre. Pendant la trêve estivale, le club a pris contact avec Colin Coosemans. C'est un journaliste qui me l'a appris car je ne lis pas la presse : je sais quand j'ai commis une erreur et parfois, un article peut vous déstabiliser. J'ai compris l'embauche de Coosemans. Vermeylen, l'autre gardien, est encore trop jeune. La saison passée, j'ai été sur la touche huit semaines et cela a fait réfléchir le club. Si j'ai douté ? Un peu, pendant la préparation, car nous ignorions qui serait le numéro un. Colin a fait remarquer qu'il n'avait encore jamais eu de séances aussi dures. Puis, à quelques jours du début du championnat, j'ai été désigné. J'ai 26 ans, j'ai disputé dix matches en D1. Ce n'est rien du tout. Vous ne m'entendrez jamais prétendre que je suis titulaire car je sais que tout peut changer du jour au lendemain. J'apprends à bien me placer : hormis une certaine base, tout est question de travail, d'audace aussi, sur les hauts ballons par exemple. En fait, initialement, j'étais arrière au Black Star, pour calmer mon hyperactivité plus qu'autre chose. Je passais mon temps à tackler... Mon père était content que je ne sois pas en rue : Bruxelles est dangereuse et puis il y a eu la disparition de Julie et Melissa... J'étais mieux dans un club. Mon père aurait préféré que je devienne attaquant. Il paraît que Renard a des problèmes de dos et cela peut m'arriver aussi. Tomber 200 fois par jour à l'entraînement, ce n'est pas l'idéal. En fait, je me suis retrouvé dans la cage par hasard, un jour qu'il n'y avait personne d'autre. Comme j'aimais tackler, je me suis mis à plonger vers le ballon. J'ai ensuite rejoint l'école de gardiens d' Eric Deleu. Celui-ci m'a donné une bonne base et m'a ensuite emmené au RWDM. " PAR PETER T'KINT - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Je me suis retrouvé au but par hasard. "