J'aime le foot : il a beau m'énerver souvent, il me passionne depuis un demi-siècle. Et peut-être est-ce parce qu'il m'énerve qu'il m'exalte encore, tant j'espère toujours mordicus des améliorations : un sport qui fourguerait de plus intenses frissons, et les pitoyables horreurs entourant ce beau jeu qui s'amenuiseraient... MAIS je n'aime pas QUE le foot ! Et sans vous énumérer mes passions annexes, je dois ici révéler celle qui me colle à la peau pour la langue française, sa grammaire, ses mots, ses tournures, son argot aussi ! Or, il arrive que ces deux amours s'entrechoquent et que mon plaisir s'en trouve tout embrouillé...
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J'aime le foot : il a beau m'énerver souvent, il me passionne depuis un demi-siècle. Et peut-être est-ce parce qu'il m'énerve qu'il m'exalte encore, tant j'espère toujours mordicus des améliorations : un sport qui fourguerait de plus intenses frissons, et les pitoyables horreurs entourant ce beau jeu qui s'amenuiseraient... MAIS je n'aime pas QUE le foot ! Et sans vous énumérer mes passions annexes, je dois ici révéler celle qui me colle à la peau pour la langue française, sa grammaire, ses mots, ses tournures, son argot aussi ! Or, il arrive que ces deux amours s'entrechoquent et que mon plaisir s'en trouve tout embrouillé... Ne m'imaginez pas intégriste du verbe, à l'affût de la moindre peccadille. On ne peut pas tout aimer, ni avoir tous traversé les mêmes apprentissages : le boulot des pros du foot est d'abord d'aimer le foot et d'y bien jouer, pas d'en bien causer ! J'admets qu'à mes yeux, et pour reprendre un mot chébran, certains foirent un tantinet leur com : Twitter est un champ de mines où explose l'orthographe ! Et être happé tout dégoulinant à la sortie du terrain peut se résumer à transpirer pour ne rien dire, se faire dribbler par la syntaxe, aligner les banalités, reprendre haleine en répétant dix fois Voilà en 50 secondes d'interview. Mais cela n'est pas grave : rien ne m'oblige à écouter les interviews d'après-match ; et même aux récents Magritte du cinéma belge, j'ai ouï des vainqueurs (pourtant des ACTEURS ! ) qui remerciaient ... en bégayant autant d'Euh Voilà que des footballeurs ! Par contre, ce qui peut me torturer les tympans, ce sont les errements langagiers de consultants durant un match. Et je ne parle pas ici du fond des avis exprimés, là où il y a logiquement à boire et à manger, tant le foot est interprétable selon les sensibilités. Je parle de la forme. Et sans citer de noms, lesdits consultants ne sont pas coupables d'avoir été choisis ! Mais ils me flanquent parfois d'insupportables stridences dans les pavillons, en s'emmêlant les pinceaux dans leur langue pourtant maternelle ... et en étant payés pour, ce qui n'est pas anecdotique : si l'invité/foot livrant bénévolement un avis a le droit de ne pas être brillant causeur et homme de médias, le mec rétribué le devient, et ça lui impose un minimum de maîtrise de la langue ; sans lui prescrire de parler comme un livre, mais au moins comme un gamin ayant réussi son CEB les doigts dans le nez... Ce n'est pas toujours le cas. En presse écrite, l'avis des consultants est réécrit en français lisible par des journalistes de métier. Mais en presse audiovisuelle, bernique : le journaliste entend comme nous son consultant, mais sans rien oser rectifier : et allons-y Alonso pour des " S'il aurait rentré dans le jeu ouski faut " et autres facéties, j'en reste là mais il y a matière à florilège ! Alors pitié, grâce, J'AI MAL ET J'EN AI LE DROIT : ça ressemble à une accumulation de passes foireuses par un gars qui refuserait de s'entraîner ! Et ça me martyrise les écoutilles en bousillant ma concentration, je ne vois plus le match qu'en brouillé ! Et je pense aux mômes qui dévorent des yeux pour apprendre à mieux jouer, mais qui désapprennent à parler... Je voudrais m'en foutre et rien qu'ironiser. Impossible : ça me fait d'autant plus flipper que je n'arrive pas à en vouloir aux gars mêmes qui salopent ma langue. C'est MA faute, je n'avais qu'à aimer QUE le foot, et prendre tout le reste par-dessus la jambe. À propos de jambe, un mot du Soulier d'Or à José Izquierdo et ce mot, ce sera Bof : ce trophée me désole, quelles que soient les qualités du vainqueur. Ça va faire dix ans qu'on n'élit plus que deux catégories de footballeurs : soit des non-Belges qui ne font que transiter par chez nous pour raisons professionnelles, puis qui nous ont quittés pour les mêmes raisons, et sans pour autant être devenus des stars : Milan Jovanovic, Mbark Boussoufa, Matias Suarez, Dieumerci Mbokani... Soit des p'tits gars de chez nous qui n'arrivent pas vraiment à prester chez les Diables : Thorgan Hazard, Dennis Praet, Sven Kums... Okay, ça désigne peut-être le meilleur joueur d'une année (civile) de foot sur le sol de notre pays petit, et ça peut faire chaud au coeur vu que multiculturalité ou vivre ensemble sont très tendance... N'empêche que, question carte de visite du foot belge, mieux vaut compulser le ranking FIFA que le récent palmarès de notre godasse. Deviendrais-je protectionniste ? PAR BERNARD JEUNEJEAN