P aris Foot, c'est le surnom que Filippo Gaone a donné à Sport/Foot Magazine il y a plusieurs mois. Une référence à Ici Paris, aux médias purement populaires, aux journaux à scandales, à la presse de caniveau. Dans le contexte actuel, la dénomination Paris Foot va plutôt comme un gant à La Louvière...
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P aris Foot, c'est le surnom que Filippo Gaone a donné à Sport/Foot Magazine il y a plusieurs mois. Une référence à Ici Paris, aux médias purement populaires, aux journaux à scandales, à la presse de caniveau. Dans le contexte actuel, la dénomination Paris Foot va plutôt comme un gant à La Louvière... Depuis la double diffusion de l'émission Le tackle de la mafia (2 x 450.000 téléspectateurs !), on ne compte plus les promesses d'attaque en justice (contre le témoin anonyme qui a rapidement perdu son anonymat, contre la VRT) et les personnes citées qui perdent les pédales. Un de ces acteurs présumés a fait déménager son enfant. Un autre s'est effondré face à un journaliste en priant pour que son père, malade et vivant assez loin d'ici, n'apprenne pas ce qui se raconte dans la presse. D'autres encore sont sous protection policière. Le plus triste polar de l'histoire du football belge n'a encore tué personne, mais quand on entend que la mafia chinoise n'a rien à envier aux pires mafias européennes, et les liaisons récentes évoquées par un journaliste flamand d'une des personnes les plus citées en Belgique avec des affaires de meurtre, il y a effectivement de quoi prendre peur. A La Louvière, toutes les personnes mises en cause nient évidemment en bloc. Qu'il s'agisse du coach Gilbert Bodart, de l'avocat Laurent Denis, du joueur Martin Ekani ou du manager Chris Benoît, le mot d'ordre est identique : " Rien vu, rien entendu ". La justice a relevé des faits troublants et son enquête a maintenant pris un rythme de croisière intéressant. Les journalistes qui sont sur l'affaire depuis plusieurs mois sont sûrs qu'il y a eu manipulation de matches à grande échelle. Des joueurs louviérois confirment en privé que des rencontres ont été arrangées. Mais le discours officiel ne varie pas au Tivoli : tout est clean. Le président Gaone a bien été obligé de sortir du bois pour défendre son entourage, son staff et ses joueurs. Depuis dix jours, il est une des pièces centrales de la stratégie défensive de la RAAL. Avec ses mots à lui, dans ce langage gaonien qu'il entretient savamment, l'homme a raison sur certains points. Tort sur d'autres. Promenons-nous sur l'axe de sa défense... " La cible est choisie, c'est La Louvière. Nous estimons qu'il s'agit là d'une attaque orientée vers un unique but, celui de ternir l'image et la réputation d'un club familial animé par le véritable esprit sportif de toujours mieux faire. Nous dérangeons l'institution en faisant valoir notre droit d'exister. Les exemples pour nous déstabiliser sont nombreux. Souvenons-nous des bâtons dans les roues de l'Union Belge dans le cadre de l'obtention de la licence et dans des affaires à l'image du ballon éclaté ". Ce texte est extrait d'une lettre ouverte de Gaone aux supporters de La Louvière, publiée sur le site Internet du club. Gaone n'est pas le seul dirigeant d'un club belge ayant l'impression que la terre entière lui en veut. C'est aussi le cas, pour d'autres épisodes, au Standard ou à Charleroi. Il ajoute, dans la presse : " Il y a six ans que La Louvière est en D1 et cela fait six ans qu'on dérange ". Il se trompe. Ce club a un certain capital sympathie, justement pour son côté familial et amateur. On ne s'y prend pas au sérieux. Pour ce qui est de " l'esprit sportif qui consiste à toujours mieux faire ", le président devrait nuancer : l'objectif en début de saison est le maintien en D1, et une fois ce maintien acquis, Gaone préfère terminer 12e que 6e, histoire de payer moins de primes aux joueurs. Les ventes réalisées au mercato hivernal de l'année dernière - qui ont en outre permis à Gaone de récupérer une petite partie de ses investissements - n'ont fait que confirmer cette stratégie. En ce qui concerne l'affaire du ballon éclaté, le président devrait se souvenir que c'est son club qui, in fine, a décidé de jeter le gant alors qu'il avait toujours des chances de gagner ce dossier. Mais à partir du moment où Laurent Denis déclarait qu'il était supporter d'Anderlecht et que la RAAL ne voulait pas priver le Sporting du titre pour une histoire de ballon crevé, comment garder une image sérieuse et crédible ? Dans la conclusion de sa lettre aux supporters, Gaone affirme aussi : " Vous êtes nombreux à avoir compris le manège qui va à l'encontre de la RAAL (...) Nous résisterons ensemble à toutes ces tentatives de déstabilisation ". Quand Caliméro s'habille en vert et blanc... " Cette affaire est communautaire ". Gaone n'est pas le seul à l'affirmer : c'est l'avis de plusieurs personnes citées dans le scandale des paris. Pour tous ceux-là, la VRT a pris un malin plaisir à enfoncer le foot wallon. Une déduction pareille trahit une vision tronquée de l'émission Panorama. En effet, ses journalistes estiment qu'il y a également pas mal de brebis galeuses au nord du pays : St-Trond, le Lierse, Westerlo, Dusan Belic, PaulPut, Jonathan Bourdon, etc. Tout ramener systématiquement sur le plan communautaire, c'est une erreur. A La Louvière, des supporters sont eux aussi convaincus que la Flandre entière en veut à leur club. Il a fallu les dissuader de prévoir des actions fortes contre les voitures de journalistes flamands lors du match du week-end prochain contre le Germinal Beerschot ! A Charleroi aussi, on a tendance à se réfugier derrière l'excuse communautaire. Après la divulgation des mises " anormalement élevées " sur le match récent contre le Brussels, Pierre-Yves Hendrickx, le secrétaire général du Sporting, a déclaré : " Ça vient de journalistes flamands qui cherchent à foutre la merde (sic) dans notre club ". Martin Ekani, un joueur louviérois au centre du scandale, est au club depuis novembre dernier et a chaque semaine les faveurs de Gilbert Bodart. Comment est-il arrivé chez nous ? Via Pietro Allatta, ce qui accréditerait la thèse selon laquelle Zheyun Ye se sert de cet agent de joueurs pour placer des footballeurs corrompus dans certains clubs ? Interrogé sur ce point, Gaone a subitement semblé frappé d'amnésie. " Non, je ne me souviens plus de l'agent qui nous a amené Ekani ". Dans la même émission ( Studio 1 sur la RTBF), il dit : " La Louvière, c'est moi ". C'est paradoxal : si La Louvière, c'est lui, et si c'est donc lui qui prend toutes les décisions (personne n'en doute), il doit avoir suivi le dossier du transfert d'Ekani et donc savoir qui l'a fait venir chez nous. Gaone dit : " Je n'ai plus de contacts avec Pietro Allatta depuis que Silvio Proto est à Anderlecht. Je ne sais même pas s'il a encore des joueurs sous contrat chez nous. Peut-être le petit Julien Pinelli, mais je n'en suis même pas sûr ". Les gens qui fréquentent le club au quotidien sont très sceptiques sur l'absence de liens entre Gaone et Allatta. Ye qui a mis de l'argent à La Louvière il y a plusieurs mois, c'est une rumeur qui a la peau dure. On soupçonne le Chinois d'avoir investi à la RAAL, comme il l'a fait au Lierse, avec une intention bien précise : pouvoir ensuite y placer ses joueurs et faire jouer à ceux-ci un rôle clé dans le trucage de matches. Quand, sur le plateau de la RTBF, Michel Lecomte a demandé à Filippo Gaone si, oui ou non, le Chinois avait investi dans son club, il y a eu un blanc, suivi d'un " Pas du tout " qui n'a guère convaincu. Mogi Bayat a récemment dit au président des Loups : " Allez Filippo, avoue, tout le monde sait que le Chinois t'a filé 500.000 euros "... La fin de l'ère Gaone au Tivoli, ce n'est sans doute pas pour demain. L'industriel a plus d'une fois déclaré ses intentions de prendre du recul, et les nombreuses ventes de joueurs réalisées depuis un peu plus d'un an accréditent cette thèse : il essayerait de récupérer une (petite) partie de ses investissements avant de céder le club. Aujourd'hui, il dit : " J'aime autant partir quand je suis au sommet que quand je suis dans la cave comme maintenant ". Sur ce point, il a entièrement raison. Actuellement, la valeur marchande de la RAAL est proche de zéro. Pourquoi La Louvière n'a-t-elle pas transféré, au premier tour, un renfort souhaité par Emilio Ferrera ? Réponse de Gaone : " Parce que c'était un joueur italien, et les Italiens ne s'adaptent pas chez nous ". Une conclusion bizarre quand on connaît l'importance de la colonie italienne dans la région. Et Gaone lui-même n'est-il pas un des plus beaux exemples d'intégration ? Autre temps fort de la défense médiatique de Filippo Gaone : " J'ai totalement confiance en tout le monde... jusqu'à nouvel ordre ". Cela sent la confiance... mesurée. Cette confiance, on l'a perdue depuis longtemps, au Lierse, à St-Trond ou à Westerlo, vis-à-vis de personnes citées dans le scandale des matches truqués. Le Lierse a débarqué PaulPut. St-Trond a fait valoir une maladie (diplomatique ?) de Dusan Belic pour l'écarter de l'équipe, puis le vendre. Westerlo n'a plus aligné Jonathan Bourdon une fois qu'il a été soupçonné d'avoir laissé filer un match - et le même Bourdon a failli rebondir... à La Louvière. Chez les Loups, personne n'a encore perdu les faveurs du président. A raison si les joueurs incriminés sont innocents. A tort s'ils sont coupables. La communication y est en tout cas plus folklorique et moins efficace que dans les autres clubs cités. Au Lierse et à St-Trond, deux autres brebis présumées galeuses, on a fermé toutes les portes, le grand patron contrôle tout ce qui sort. A La Louvière, ça part dans tous les sens, avec certaines justifications assez maladroites. Les médias jouent évidemment dans ce jeu. On leur fournit de la matière croustillante, ils ne vont pas s'en priver. Gaone l'a compris à sa manière quand il a déclaré, le lendemain de la première diffusion de l'émission de la VRT : " Je remercie les journalistes d'être venus en plus grand nombre qu'au lendemain du succès en Coupe de Belgique ". PIERRE DANVOYE