Fulham, l'ancien club de Moussa Dembélé et de Philippe Albert, a quitté la Premier League en 2014 et évolue depuis lors en Championship, comme l'on appelle désormais la deuxième division anglaise. La nouvelle saison, qui doit marquer le renouveau du club, a été inaugurée par une victoire de prestige contre Newcastle, le nouvel employeur de Matz Sels et grand favori pour le titre, sur le score de 1-0.
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Fulham, l'ancien club de Moussa Dembélé et de Philippe Albert, a quitté la Premier League en 2014 et évolue depuis lors en Championship, comme l'on appelle désormais la deuxième division anglaise. La nouvelle saison, qui doit marquer le renouveau du club, a été inaugurée par une victoire de prestige contre Newcastle, le nouvel employeur de Matz Sels et grand favori pour le titre, sur le score de 1-0. Pourtant, ce n'est pas de cela que les supporters parlent le plus, mais bien du geste technique de Denis Odoi à la 80e minute : sur une diagonale de Scott Parker, le défenseur latéral belge a laissé rebondir le ballon sur son dos, et a passé ainsi son adversaire direct Paul Dummett. On a rarement entendu une telle clameur dans un stade. Odoi sera élu homme du match par les supporters. Quel contraste avec l'ambiance qui régnait avant le match. Interrogés sur leurs attentes pour cette saison, Jamie et Dave, abonnés à Fulham depuis toujours, avaient répondu sèchement : 'Not much'. Les supporters sont fâchés sur la direction, qui a laissé partir le buteur Ross McCormack (21 buts en championnat l'an passé) à Aston Villa et s'impatientent face aux renforts qui se font attendre. Odoi était, pour Jamie et Dave, un illustre inconnu. Quelques heures plus tard, le quartier de Fulham - un endroit où il fait bon vivre pour la classe moyenne, juste en dehors du centre de Londres - s'anime, comme chaque vendredi soir. Le nom d'Odoi est sur toutes les lèvres, certains envisagent même déjà de se faire tatouer le nom de leur joueur favori. Il n'aura fallu qu'un seul match officiel pour que l'ancien Diable Rouge parvienne à conquérir les coeurs des supporters. Après avoir serré les mains des notables du club - c'est le lot d'un nouveau joueur qui réussit ses débuts - Odoi nous raconte sa prise de contact avec le Championship : " Se prendre un carton jaune après dix minutes, ce n'est pas l'idéal, mais après, je me suis senti de mieux en mieux dans le match. Défensivement, je peux encore m'améliorer. Je manque encore d'automatismes avec le défenseur central TomásKalas, c'est normal. Mais, après le repos surtout, cela allait très bien, j'ai été de plus en plus impliqué dans le jeu. Je sentais que je pouvais faire mal, offensivement, à mon opposant direct. " Mais fallait-il nécessairement l'humilier ? Odoi fronce les sourcils : " L'idée de cette feinte avec le ballon m'est venue subitement à l'esprit. J'avais vu DriesMertens la réaliser autrefois en salle, je me suis donc dit : pourquoi ne la tenterais-je pas à mon tour ? Mes coéquipiers ont été impressionnés. Notre arrière gauche m'a même confié, dans le vestiaire, que c'était le plus beau dribble qu'il avait jamais vu (il sourit). Le problème, c'est qu'ils attendront que je réédite cet exploit chaque semaine. " Denis s'est alors subitement éclipsé, il avait d'autres mains à serrer. Deux jours avant ses débuts fracassants, c'est un Odoi un peu plus prudent que nous avions rencontré au café thématique de Craven Cottage, le stade de Fulham. Enthousiaste et curieux, mais pas encore totalement rassuré sur son choix d'opter pour l'Angleterre. Les contacts avec Fulham ont été établis au début de l'année et sont devenus très concrets durant les premières semaines de la préparation à cette saison-ci. C'est alors que, subitement, le Legia Varsovie et Gand sont entrés dans la danse. Deux options qui ont inséré le doute dans son esprit. Odoi : " Besnik Hasi aurait bien aimé m'avoir à Varsovie et je n'étais pas réfractaire à l'idée. Je connais Besnik depuis l'époque où je jouais à Anderlecht, nous nous entendions bien. En outre, le Legia est un beau club, avec des supporters fanatiques, et Varsovie est une belle ville. Je l'avais découverte lorsque nous nous y étions rendus avec Lokeren dans le cadre de l'Europa League. Le problème, c'est que le club devait d'abord vendre un joueur avant de pouvoir faire une proposition. " Gand était une autre option. Odoi : " Hein Vanhaezebrouck insistait pour que la direction fasse l'effort. Il me considérait comme un leader potentiel de l'équipe. J'étais flatté, et je suis convaincu que j'aurais pu beaucoup apprendre à Gand. Hein m'a encore envoyé un SMS à une heure du matin pour essayer de me convaincre. Les Buffalos ont fait une très belle proposition, mais elle est arrivée trop tard. Le fait qu'ils ne voulaient travailler qu'avec un seul agent, qui pense que l'argent peut tout régler, a aussi joué un rôle. J'ai pourtant longtemps hésité avant d'effectuer mon choix. Mais ma petite amie et moi avons finalement opté pour l'étranger. Sinon, j'aurais regretté plus tard de ne pas avoir tenté l'aventure. Je ressentais le besoin de découvrir autre chose, de ne pas évoluer toujours dans les mêmes stades, avec les mêmes arbitres et les mêmes adversaires. " Ce fut donc Fulham, en deuxième division anglaise. Un club qui le suivait depuis un bon bout de temps, mais sans que ce soit une requête du coach. " Je n'ai jamais discuté avec le coach, Slavisa Jokanovic, avant d'avoir signé à Fulham ", admet Odoi. " Le coach détaille le profil de chaque joueur dont il a besoin, mais ce sont les scouts et le directeur sportif qui se chargent de le trouver. Je dois reconnaître que cela m'a fait hésiter. Depuis mon transfert d'Anderlecht à Lokeren, où Peter Maes me réclamait, je sais qu'il est très important d'avoir la confiance de l'entraîneur. " A Fulham, on le considère d'abord comme un arrière droit, alors qu'à Lokeren, il avait finalement trouvé sa place comme arrière gauche. " Le directeur sportif, Mike Rigg, m'a expliqué qu'il me considérait comme une possibilité pour les deux flancs. C'est un rôle très exigeant à Fulham, car l'entraîneur demande qu'on participe aux actions offensives tout en protégeant le flanc défensivement. Et, en Angleterre, les débordements suivis de centres sont très importants. Je dois encore trouver le bon équilibre, entre couvrir l'intérieur et protéger le flanc. Et j'ai déjà pu constater que tous les joueurs sont plus rapides et plus athlétiques qu'en Belgique ". Pour l'instant, Odoi ne doit en tout cas pas craindre pour sa place, car son concurrent à l'arrière droit, Ryan Fredericks, est blessé. " Mais mon passage à Anderlecht m'a beaucoup appris ", tempère-t-il. " Je sais désormais qu'il ne faut jamais se montrer trop impatient. Même si l'on passe une saison entière sur le banc, tout peut changer la saison suivante. Mon ami Sacha Kljestan en est un bon exemple. Il est resté positif et n'a laissé apparaître aucune frustration. Donc, si je devais un jour me retrouver sur le banc ici, j'essaierai de relativiser et de prendre mon mal en patience. Avec l'âge, je suis sans doute devenu plus sage. " A Fulham, le Louvaniste a signé un contrat de trois ans plus une année en option. Il découvre un autre monde. Craven Cottage est l'un des stades historiques d'Angleterre. Depuis plus d'un siècle, 1896 pour être précis, le club y dispute ses matches à domicile. Via Fulham Road, il n'y a qu'une longue ligne droite jusqu'à Stamford Bridge, avec la Tamise en toile de fond. Les sièges en bois respirent la tradition, les tribunes sont proches de la pelouse, les supporters sont entassés les uns sur les autres et il n'y a pas de skyboxes luxueuses. C'est le football à l'état pur. Avant le coup d'envoi, on diffuse les chansons préférées des joueurs. Le massif attaquant Matt Smith, auteur du but victorieux contre Newcastle, a étonnamment opté pour KC & The Sunshine Band. Et lorsque les joueurs remontent sur la pelouse pour la deuxième mi-temps, c'est London Calling de The Clash qui retentit. Les 23.000 Londoniens l'entonnent à gorge déployée. A donner la chair de poule. Quand on a joué trois ans à Daknam, cela doit tout de même faire une sacrée différence. " Fulham est un club de deuxième division, mais il dispose de toutes les facilités d'un club de Premier League ", confirme Odoi. " Le président, Shahid Khan (numéro 205 sur la liste Forbes des hommes les plus riches de la planète et également propriétaire du club de NFL des Jacksonville Jaguars, ndlr), envisage de moderniser le centre d'entraînement. Notre public se compose de véritables amateurs de football, pas de hooligans. Moussa (Dembélé) m'a vanté le caractère familial du club. Extra. " La manière dont on s'occupe des joueurs est aussi très différente en Angleterre. Odoi : " En Belgique, il faut serrer la main de tout le monde lorsqu'on arrive au club. Pas ici. On ne voit parfois certains équipiers qu'en pénétrant sur le terrain. Et lorsqu'il y a deux entraînements par jour, on peut rentrer à la maison entre les deux. C'est un peu bizarre. Les joueurs s'habillent et vont manger un bout en ville. Chacun fait ce qui lui plaît, et pourtant, le vestiaire semble très uni. En Belgique, on est obligé de rester toute la journée au club. " Le football anglais a la réputation d'avoir des entraînements très légers, pour compenser un calendrier surchargé. On dit aussi qu'on ne fait pas très attention aux habitudes alimentaires : du ketchup sur la table, des pizzas après le match et souvent une petite bière pour décompresser. Un mythe qu'Odoi s'empresse de démentir : " Les joueurs sont suivis de très près. Après chaque jour de repos, il y a des tests salivaires pour contrôler le système immunitaire. En fonction des résultats, on adapte la cure de vitamines. Les entraînements sont plus courts, c'est vrai, mais ils sont très intensifs. Certains garçons de 16 ou 17 ans pourraient déjà évoluer dans le championnat de Belgique, tant ils sont costauds. Les cuisses de Ryan Sessegnon sont déjà plus grosses que les miennes. Il est suivi par plusieurs grands clubs. Les joueurs font beaucoup de musculation, ici. Ils préfèrent soulever des poids que s'adonner à des exercices de stabilisation. Moi aussi, j'ai pris l'habitude de me rendre plus régulièrement à la salle de muscu, mais je dois faire attention, car je souffre rapidement des épaules. " Le cliché d'un football anglais très physique, surtout en deuxième division, correspond en revanche à la réalité. Odoi en a déjà fait l'expérience. " Certains de mes coéquipiers m'ont déjà averti que la plupart des équipes pratiquaient souvent le kick and rush. On trouve vraiment des bûcherons sur les pelouses, ici. Parfois, j'ai l'impression d'être redevenu un enfant de 16 ans (il soupire). Lors des exercices de sprint et de saut, je n'ai terminé qu'une seule fois dans le Top 3, alors qu'à Lokeren, j'étais presque toujours premier. " Les premières semaines, Odoi a séjourné dans un hôtel à Richmond, un quartier un peu à l'écart du centre. Il n'a pas encore eu beaucoup de temps pour visiter Londres. " Au début, nous nous sommes souvent entraînés deux fois par jour, et je devais rechercher une maison. Certains jours, j'en ai visité jusqu'à neuf. " Depuis la semaine dernière, il a enfin trouvé son nid. " Mais que c'est cher ici ! " Odoi n'est pas encore remis du choc initial. " Pour l'appartement que j'habitais à Anvers, on demande facilement quatre fois le prix ici. Mais Londres est une grande métropole qui offre beaucoup de possibilités. Ma petite amie tient absolument à aller au théâtre, un de ces prochains jours. " Avec le contingent de joueurs belges à Londres, Odoi aura certainement l'occasion d'aller prendre un café dans les quartiers huppés de Shoreditch ou de King's Cross. " Moussa m'a déjà proposé d'aller prendre un verre, mais Jan Vertonghen et lui habitent au nord de Londres. En voiture, ce n'est pas facile de se déplacer, la plupart des gens empruntent les transports en commun. Parfois, il faut une heure et demie pour traverser la ville. Certains de mes coéquipiers utilisent même Uber pour rentrer chez eux après l'entraînement et les kinés viennent à vélo. " Des déplacements sont prévus, avec le bus des joueurs, vers Newcastle, Aston Villa, Nottingham Forest, QPR et Leeds United. Des noms connus dans le football anglais. Le Championship est une compétition très attrayante. Pour le Belge, c'est un rêve de gosse qui devient réalité. " Lorsque j'étais enfant, je regardais souvent Match of the Day. J'étais fan de Thierry Henry et de Dennis Bergkamp, et plus tard de Michaël Essien. Ce qui m'avait frappé, c'est qu'à chaque émission, on voyait énormément de buts de classe mondiale. Comme s'il y avait une commande à distance dans les ballons. " Entre-temps, Odoi a déjà réalisé un geste digne de Match of the Day. Lors de la 80e minute du match contre Newcastle. Dans la tribune de presse, le consultant de la BBC et ancien international anglais Jermaine Jenas s'est levé, s'est pris la tête et a regardé autour de lui. Un débutant qui réalise une telle prouesse lors de son premier match, devant son public. Il n'avait qu'un mot à la bouche : 'Amazing ! ' PAR MATTHIAS STOCKMANS À LONDRES - PHOTOS MATTHIAS STOCKMANS" Lors des exercices de sprint et de saut, je n'ai terminé qu'une fois dans le Top 3, alors qu'à Lokeren j'étais presque toujours premier. " - DENIS ODOI