On peut s'y prendre de manière plus subtile mais la façon dont le gardien nigérian Austin Ejide a propulsé le ballon dans son propre but lors du match de préparation au Mondial de son équipe contre l'Ecosse, il y a trois semaines, à Londres, relevait du grand art. Les services secrets britanniques avaient déjà prévenu que ce match pourrait être manipulé. Le but a été annulé mais la FIFA est désormais convaincue que même la Coupe du Monde peut constituer une cible pour ceux qui falsifient des matches. Pour la première fois de l'histoire d'un grand tournoi, le service de sécurité de la fédération mondiale, placé sous la direction de l'Allemand Ralf Mutschke, a organisé des séances d'information à l'intention des arbitres et de tous les joueurs des 32 pays participants, dès leur arrivée au Brésil. Mutschke a déclaré à la BBC qu'il connaissait des joueurs auxquels on avait déjà proposé de l'argent. La surveillance accrue de la FIFA fait suite à une révélation : pendant sa propre Coupe du Monde, la Fédération sud-africaine était corrompue jusqu'à la moelle par Wilson Raj Perumal, le truqueur désormais bien connu qui purge maintenant sa peine de prison en Finlande.
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On peut s'y prendre de manière plus subtile mais la façon dont le gardien nigérian Austin Ejide a propulsé le ballon dans son propre but lors du match de préparation au Mondial de son équipe contre l'Ecosse, il y a trois semaines, à Londres, relevait du grand art. Les services secrets britanniques avaient déjà prévenu que ce match pourrait être manipulé. Le but a été annulé mais la FIFA est désormais convaincue que même la Coupe du Monde peut constituer une cible pour ceux qui falsifient des matches. Pour la première fois de l'histoire d'un grand tournoi, le service de sécurité de la fédération mondiale, placé sous la direction de l'Allemand Ralf Mutschke, a organisé des séances d'information à l'intention des arbitres et de tous les joueurs des 32 pays participants, dès leur arrivée au Brésil. Mutschke a déclaré à la BBC qu'il connaissait des joueurs auxquels on avait déjà proposé de l'argent. La surveillance accrue de la FIFA fait suite à une révélation : pendant sa propre Coupe du Monde, la Fédération sud-africaine était corrompue jusqu'à la moelle par Wilson Raj Perumal, le truqueur désormais bien connu qui purge maintenant sa peine de prison en Finlande. Le 10 avril 2010, à deux mois du coup d'envoi du Mondial, Football 4U, une agence parfaitement inconnue, envoie une lettre au président de la Fédération sud-africaine. La missive est signée par Wilson Perumal, " directeur d'événements et de projets ". Perumal propose de mettre sur pied des matches internationaux en fournissant même les arbitres, en assurant les frais de voyage et de séjour des adversaires et en négociant lui-même les droits de retransmission et le sponsoring. La Fédération sud-africaine est alors en proie à des difficultés financières et s'en inquiète d'autant plus que le Mondial approche. Un des hommes de main de Perumal rencontre les dirigeants et le responsable des arbitres, qui acceptent la proposition. D'après le journaliste d'investigation Brett Forrest, auteur du livre Sombres Jeux, Football 4U signe des accords similaires avec la Sierra Leone, la Bolivie, le Salvador et le Zimbabwe, entre autres. Toutes ces fédérations sont pauvres et perçoivent jusqu'à 100.000 dollars si elles acceptent l'offre de Perumal. Deux ans après la Coupe du Monde, un rapport de la FIFA conclut qu'il existe de solides indices de corruption quant à la préparation de l'Afrique du Sud. Ils concernent au moins cinq matches, peut-être même quinze. Le rapport cite les matches contre la Thaïlande (4-0), la Bulgarie (1-1), la Colombie (2-1) et le Guatemala (5-0), tous disputés en mai 2010. On a sifflé trois penalties douteux contre le Guatemala et contre la Colombie. Lors du premier match, c'est l'arbitre nigérian Ibrahim Chaibou qui sévit. Il apparaît dans de nombreux matches trafiqués par Perumal et ses sbires mais il a toujours clamé son innocence. Il met un terme à sa carrière arbitrale en décembre 2011 et la FIFA décide de le laisser tranquille. Par contre, les têtes roulent au pays organisateur. En décembre 2012, la Fédération sud-africaine suspend cinq officiels, dont son propre président. Un mois plus tard, le ministre du Sport annule la sanction. Perumal parle. Le Honduras et le Nigeria se sont qualifiés pour la phase finale grâce à lui. Dans le livre de Forrest, Chris Eaton, le prédécesseur de Mutschke, affirme être certain que Perumal a été présent pendant tout le tournoi sud-africain. Il s'est servi d'un passeport établi au nom de Raja Morgan Chelliah, soit le faux nom sous lequel il a été arrêté en Finlande en février 2011. Eaton a repéré un autre sujet louche au Mondial africain : RobinBoksic.Boksic a été arrêté en 2006 dans l'affaire de corruption orchestrée par Ante Sapina. Il a infiltré la FIFA et a fourni à Eaton une liste de six pays qui ont été achetés, selon lui. Eaton suppose que Boksic s'est rendu en Afrique du Sud dans le but de manipuler des matches. Un an après la révélation par notre magazine de l'existence du Chinois Ye Zheyun et l'inculpation en Allemagne de l'arbitre corrompu Robert Hoyzer, le Mondial se déroule en Allemagne. Le match-fixing n'est pas encore aussi présent que de nos jours mais des rumeurs font état de matches manipulés du Togo et du Ghana. C'est la première fois que le Ghana participe à une phase finale. Le défenseur Dare Nibombé joue à Mons. Son manager ? Pietro Allatta, qui a d'ailleurs obtenu sa licence de manager au Togo et dont on sait qu'il a déjà été le bras droit de Ye. La sélection togolaise s'en moque éperdument : elle est en pétard avec ses dirigeants à cause de problèmes financiers et elle menace même de quitter le tournoi. Le sélectionneur Otto Pfister démissionne puis revient. Le Togo perd ses trois matches. Deux ans plus tard, un livre de l'enquêteur canadien Declan Hill concrétise les rumeurs sur la corruption du Ghana, pas du Togo. Selon Hill, des joueurs de trois pays (le Ghana, l'Equateur et l'Ukraine) ont été approchés par un syndicat asiatique du pari. Trois rencontres auraient été falsifiées : le match de poule Ghana-Italie (0-2), le seizième de finale opposant le Brésil au Ghana (3-0) et le quart de finale entre l'Italie et l'Ukraine (3-0). Angleterre-Equateur (1-0) est également entaché de soupçons. Pour confirmer ses dires, Hill se base sur une rencontre avec un fixeur de Bangkok, quelques semaines avant la Coupe du Monde. Celui-ci lui aurait pronostiqué correctement les résultats de ces matches. La manière dont le Brésil marque ses buts dissipe les derniers doutes de Hill. Après le tournoi, le capitaine du Ghana, Stephen Appiah, confirme qu'il a bien été approché et qu'on lui a proposé de l'argent. Il prétend ne pas avoir accepté mais affirme avoir déjà rencontré l'homme lors d'autres tournois, dont les Jeux olympiques 2004. Il a accepté 20.000 dollars et dit les avoir distribués à ses coéquipiers. Avant la parution du livre de Hill, un an après le Mondial allemand, l'entraîneur des gardiens ghanéens, Abukari Damba, est limogé. On le soupçonne d'avoir été complice d'une défaite sur commande contre l'Iran, en match amical. Il reconnaît collaborer avec le cartel asiatique du pari depuis dix ans. Six ans plus tard, le gardien ghanéen Richard Kingson avoue également s'être vu proposer 300.000 dollars pour perdre le match de poule contre la Tchéquie. Kingston précise avoir refusé après en avoir discuté avec sa femme. Le Ghana a gagné le match 2-0. Hill publie son livre en 2008. Cette fois, ses révélations viennent de sources inattendues. Dans ses mémoires, Perumal confirme que quelques fixeurs, des amis, ont effectivement falsifié le match Brésil-Ghana. Lui-même purgeait alors une peine de prison de trois ans et demi à Singapour et n'était donc pas impliqué. D'après Perumal, la falsification n'aurait réussi qu'en partie. Lu Jun est le premier arbitre chinois à officier en Coupe du Monde. Il est un héros dans son pays. On l'y surnomme Sifflet d'Or. Lu dirige deux matches au Japon. Il sort la première carte rouge du tournoi pendant Mexique-Croatie. Le penalty est justifié et le Mexique s'impose 1-0. Lu est satisfait, les Croates le sont moins. Le Chinois s'attire également les foudres du perdant au match suivant : la Pologne mène 1-0 face aux Etats-Unis quand il annule le but égalisateur des Américains. La Pologne double la marque en contre, la messe est dite. C'est la dernière apparition de Lu au Mondial. Huit ans plus tard, il est arrêté dans le cadre d'un grand scandale de corruption en Chine. Il reconnaît que le patron des arbitres l'a contraint à accepter de l'argent pendant des années pour obtenir le résultat souhaité dans des matches nationaux et internationaux. Lors de ses débuts en Coupe du Monde, il faisait déjà partie d'un réseau mafieux depuis trois ans, ce que la FIFA ignorait au moment de le sélectionner. Sifflet d'Or a été condamné à cinq ans et demi de prison en 2012 et suspendu à vie. Byron Moreno fait encore mieux au Japon et en Corée du Sud. L'Equatorien siffle le huitième de finale entre la Corée, entraînée par Guus Hiddink, et l'Italie. Il refuse le but en or des Italiens dans les prolongations puis il montre à Francesco Totti une deuxième carte jaune pour une pseudo-simulation. En supériorité numérique, les Coréens s'imposent. Ils sont en quarts de finale. Moreno s'en tire mais quelques années plus tard, il accorde treize minutes d'arrêt de jeu lors d'un match de son championnat domestique, jusqu'à ce qu'une des équipes, menée, prenne l'avantage. Il siffle alors la fin de la partie. L'enquête entraîne une suspension de vingt journées et signifie la fin de sa carrière. Il tente sa chance en politique mais c'est un fiasco, puisque sa réputation est ruinée. Il touche le fond quand il est arrêté à l'aéroport JFK, en possession de six kilos d'héroïne. " L'ange gardien de Guus Hiddink était un trafiquant d'héroïne ", concluent Tom Knipping et Iwan van Duren dans leur livre " Le Football et la Mafia. Nous te flinguons. " Un dealer de drogue grâce auquel la carrière d'Hiddink, au point mort, a été relancée, soulignent les deux auteurs.PAR JAN HAUSPIEL'ange gardien de Hiddink était un trafiquant d'héroïne. Ghana - Italie, Brésil - Ghana, Italie - Ukraine, Angleterre - Equateur : tous des matches suspects au Mondial 2006.