A 25 ans, Dieudonné Kalulika , le nouvel avant des Coalisés, a déjà pas mal voyagé. Le club bruxellois est, en effet, son septième depuis le début d'une carrière professionnelle qu'il a entamée il y a près d'une décennie.
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A 25 ans, Dieudonné Kalulika , le nouvel avant des Coalisés, a déjà pas mal voyagé. Le club bruxellois est, en effet, son septième depuis le début d'une carrière professionnelle qu'il a entamée il y a près d'une décennie. " Originaire du Kivu, et plus particulièrement de son chef-lieu, Bukavu, c'est là que je me suis solidarisé avec le ballon rond ", raconte-t-il. " Vu l'absence de réelles compétitions pour les jeunes en raison de la situation instable du pays, la plupart des footballeurs en herbe n'avaient que les matches inter-quartiers ou interscolaires pour assouvir leur passion. C'est précisément à la faveur de l'un de ces tournois que j'ai été repéré par des émissaires du club de Maika. En dépit du fait que je comptabilisais 16 printemps à peine, je fus lancé du jour au lendemain dans le grand bain de l'équipe A. Non sans succès, quoique je le dise moi-même, car en deux temps trois mouvements, j'allais me signaler comme le buteur patenté de ce cercle de D2. Cette intégration rapide est, en quelque sorte, le fil rouge de ma trajectoire sportive jusqu'ici. Partout où je suis passé, j'ai chaque fois eu le bonheur de trouver rapidement mes marques ainsi que le chemin des filets. Comme cette saison encore, où je suis parvenu à faire trembler les filets montois dès ma première rencontre parmi l'élite du football belge, avec le Brussels ". Autrefois, il n'en avait déjà pas été autrement lorsque Dieudod - son surnom depuis toujours - délaissa, après une saison à peine, son Congo natal pour s'en aller tenter sa chance chez les voisins burundais et, plus précisément, au FC Atletico. " Pour moi, il s'agissait là, déjà, d'un fameux bond vers l'avant ", observe- t-il. " D'une modeste entité de D2, je passais dans les rangs de l'un des ténors burundais puisque seuls Prince Louis et le Vital'O de Bujumbura peuvent se targuer d'être plus populaires. Sur le terrain, tout allait bien pour moi et je faisais régulièrement parler la poudre. Mais dans la vie de tous les jours, je ne me sentais pas vraiment heureux. Il y a toujours eu une grande rivalité entre le Congo et ses pays limitrophes que sont, entre autres, le Burundi et le Rwanda. Pendant un an, malgré mes bonnes prestations, j'ai toujours été considéré comme un étranger. Alors que la plupart des gens connaissent le français, comme au Congo, ils prenaient toujours un malin plaisir à me parler en kirudi, le dialecte local, qui s'éloigne très fort du swahili auquel j'avais toujours été habitué. Au bout de quelques mois, j'en ai eu plus qu'assez et je suis rentré au Congo. L'US Safari fut mon point de chute et j'y suis resté une saison également. A ce moment-là, j'ai nourri des doutes quant à la possibilité de faire mon cheminement dans le monde du football et j'ai entamé des études de droit à l'université de Lubumbashi. Comme bien l'on pense, le virus du foot a souvent refait surface lors des heures creuses et c'est lors d'un match sur le campus que des scouts du Tout Puissant Mazembé ont noué des contacts avec moi. Du coup, j'ai laissé mes études en veilleuse après deux ans afin de reprendre le chemin des stades ". Le Tout-Puissant Mazembé, il est vrai, n'est pas le premier club venu au Congo. Porte-drapeau du football dans la province du Shaba, il s'érige comme le principal adversaire des grands clubs de la capitale que sont l'AS Vita Club et le Daring Club Motema Pembe. " J'ai rejoint ce club après qu'il eut réalisé le doublé championnat/Coupe en l'an 2000 ", confie Dieudod . " Avec lui, j'ai eu le bonheur de goûter à une victoire en championnat l'année suivante avant que les deux monstres sacrés de Kinshasa ne reprennent le dessus. Cette expérience au Tépé a surtout été bénéfique pour moi à l'échelon des Simbas , l'équipe nationale de la République Démocratique du Congo. Grâce à mes bonnes prestations avec ma formation de club, j'ai effectivement été repris en sélection lors des éliminatoires de la CAN 2004. J'ai même eu l'occasion de disputer, en cours de phase finale, le match-phare du groupe A face au pays hôte, la Tunisie, futur vainqueur de la compétition. Cette rencontre s'était malheureusement soldée par une lourde défaite 3-0. Malgré tout, il faut croire que j'avais montré des choses intéressantes car dans la foulée de cette épreuve, j'ai été approché par Luc Nilis , qui était manager de Beringen-Heusden-Zolder. L'ancien Diable Rouge m'a convié à un essai dans son club et l'affaire fut rondement menée en juin 2005. Pour moi, c'était un rêve qui se réalisait car tout footballeur africain caresse l'espoir d'évoluer un jour en Europe. La suite, hélas, allait être nettement moins réjouissante. Non pas que je ne me suis pas adapté là-bas. Au contraire, j'ai planté 8 buts, ce qui n'est quand même pas du tout négligeable pour un nouveau venu. Mais le club avait des problèmes de trésorerie et je n'ai jamais vu la couleur du moindre euro tout au long des neuf mois que j'ai passés là-bas. Sans mon homme de confiance, José De Medina , et sans Nilis, qui m'a à plus d'une reprise tendu la main, je ne sais pas ce qui serait advenu de moi ". Beringen-Heusden-Zolder devait finalement être déclaré en faillite au printemps passé. Du coup, ses joueurs devenaient libres comme l'air et avaient l'opportunité de se recaser. Dieudonné Kalulika aboutit, dans ces conditions, chez les voisins du KVSK United, à Lommel. " Dans un premier temps, l'Union Belge avait refusé mon affiliation, sous prétexte que j'y avais signé mon contrat un jour après la date fatidique du 15 mars ", se souvient-il. " Finalement, grâce à l'intervention du secrétaire du club, Paul Heylen , tout est rentré dans l'ordre et j'ai pu disputer le tour final. Les quatre buts que j'ai inscrits au cours de ces playoffs ont contribué à focaliser l'attention de plusieurs clubs sur moi. De Lokeren et du Brussels, notamment. J'ai préféré privilégier cette dernière piste car je n'entends pas brûler les étapes. J'ai toujours progressé de manière méthodique et je me suis fait la réflexion qu'il valait mieux commencer mon apprentissage dans un club qui désire gravir les échelons plutôt que dans un autre qui fait figure depuis longtemps de valeur confirmée en Belgique. Pour l'heure, je n'ai d'ailleurs qu'à me féliciter de mon choix car je me sens d'ores et déjà comme un poisson dans l'eau dans mon nouvel entourage. La preuve par mon premier but, synonyme des trois points, à l'occasion du match d'ouverture contre Mons. J'espère que d'autres suivront et que, de la sorte, je répondrai à l'attente. Je suis ambitieux et je veux mettre tout en £uvre pour réussir. Chez les Coalisés d'abord et puis ailleurs, qui sait ? Mes meilleures années sont encore à venir. Je tenterai de les mettre pleinement à profit avant de retourner un jour au Congo avec, je l'espère, le sentiment du devoir accompli. Là-bas, si Dieu le veut, je compte alors reprendre mes études de droit. Mon pays a besoin de juristes et j'escompte bien être l'un d'eux. Je suis d'ailleurs attentivement l'évolution politique à Kinshasa et, pourquoi le cacher, je ne suis pas déçu que Joseph Kabila fasse actuellement la course en tête dans le dépouillement des bulletins de vote. Cet homme politique a permis qu'il y ait des élections. Rien qu'à ce titre, il mérite déjà tout le respect ". BRUNO GOVERS