La semaine passée, notre planète foot a balancé entre modernité et archaïsme, esprit d'entreprise actuel et immobilisme d'un autre âge, sourires ambitieux et mines impuissantes, souvenirs agréables et avenir en point d'interrogation.
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La semaine passée, notre planète foot a balancé entre modernité et archaïsme, esprit d'entreprise actuel et immobilisme d'un autre âge, sourires ambitieux et mines impuissantes, souvenirs agréables et avenir en point d'interrogation. A Edegem, près d'Anvers, c'est avec une larme à l'£il qu'a été dévoilé un buste de Guy Thys en présence de Rik Coppens, Jan Ceulemans, Franky Van der Elst, Nico Claesen, etc. Le lendemain, le Comité Exécutif de l'Union Belge a approuvé l'analyse de la Commission Technique (présidée par le Brugeois Antoine Van Hove, elle chapeaute les équipes nationales) qui a maintenu sa confiance à René Vandereycken malgré ses résultats anorexiques à la tête des Diables Rouges. Voilà un manque sidérant d'esprit inventif qui contraste totalement avec le vent nouveau poussé par Jean-Marie Philips, secrétaire général de la fédération (il a rafraîchi l'organisation de l'assemblée générale) et l'optimisme sans borne du sénateur Alain Courtois, ancien secrétaire général de Maison de Verre. A Anvers, ce dernier qui joue au John Kennedy du football belge, a lancé le bureau qui étudiera la possibilité d'une candidature de la Belgique (unie aux Pays-Bas et au Grand-Duché de Luxembourg) à l'organisation de la phase finale de la Coupe du Monde 2018, le vote final se faisant en 2010. Parmi les personnalités, il y avait notamment François De Keersmaeker, Jan Peeters, Paul Van Himst, Jean-Marie Pfaff et Marc Wilmots. " It's now or never ", a déclaré (chanté) Alain Courtois pour paraphraser Elvis Presley. Maintenant ou jamais : il était rock and roll, Alain Courtois, en tête des hit-parades d'un optimisme tellement porteur qu'il estime que Sepp Blatter renoncera à l'alternance des continents en 2018 (normalement, ce serait le tour de l'Océanie avec l'Australie) et que le Benelux pourrait être plus attractif que l'Angleterre ou l'Espagne. Pour lui, la candidature sera un hit, mais pour que le projet avance, tout passe par la construction de nouveaux stades, un engagement fort des régions et des villes, le soutien du privé, etc. L'Union Belge était présente sous les magnifiques lambris de la maison communale de la cité portuaire. Le président fédéral De Keersmaeker était là afin de soutenir, comme il se doit, l'initiative d'Alain Courtois. En gros, ce dernier veut soulever des montagnes, séduire la FIFA, semer les pelouses et gâcher du ciment, s'il faut, mais une pièce importante, essentielle, fait défaut dans ce plan : la Belgique n'a pas d'équipe nationale. Les Diables Rouges de Vandereycken sont devenus des lanternes rouges. Ce chantier-là, c'est le boulot de la fédé. Elle a du pain sur la planche. La FIFA n'étudiera même pas la candidature du Benelux sans la promesse de construire cinq nouveaux stades en Belgique (Bruges, Bruxelles, Anvers, Liège et Gand ou Genk) mais si les Diables Rouges ne se redressent pas spectaculairement au baromètre des équipes nationales, ce sera peine perdue aussi. " It's now or never " qu'il faut une équipe nationale qui pète le feu. Demain, ce sera trop tard car le temps perdu ne se rattrape jamais. Or, en continuant sa route avec Vandereycken, le football belge est en panne d'avenir. Une Coupe du Monde serait un événement aussi gigantesque que l'Exposition Universelle de 1958 qui a permis à la Belgique de se moderniser avant de présenter son savoir-faire au monde entier, mais sera-ce... rien du côté de la fédé ? Il faut un Plan Marshall pour les Diables Rouges maintenant, tout de suite. La Commission Technique (présidée par le Brugeois Antoine Van Hove) n'a visiblement pas compris l'urgence de la situation. C'était le moment ou jamais de profiter de la vague porteuse qui est née lors de l'Euro des Espoirs aux Pays-Bas. Ils sont qualifiés pour les Jeux Olympiques de Pékin et c'est du tout bon terreau comme celui des -17 ans qu'on verra au Mondial en Corée. Il faudra entretenir la flamme afin d'espérer des lendemains qui chantent. Excellent entraîneur ayant réussi dans des clubs (Gand, Brussels, Standard, Twente, Genk), René Vandereycken est en situation d'échec en équipe nationale. Il estime avoir eu de la malchance (pas mal de blessés) et, pour lui, un coach fédéral a besoin d'autant de temps qu'un entraîneur de club. Il pense que 10 de ses matches à la tête de l'équipe nationale étaient, en gros, des rencontres de préparation. Faux, évidemment : après les deux débâcles d' Aimé Anthuenis (pas d'Euro 2004 et de Mondial 2006), le but était de qualifier la Belgique pour la phase finale de l'Euro 2008. Un échec peut arriver à tout le monde mais il était temps de passer le témoin à quelqu'un d'autre afin de redonner un style de jeu moderne et offensif aux Diables Rouges, de terminer la campagne de qualification de l'Euro 2008, d'aider les Espoirs à préparer les Jeux Olympiques de 2008, de se rendre le 23 novembre prochain à Durban en Afrique du Sud où aura lieu le tirage au sort des groupes de qualification de la Coupe du Monde 2010. Un entraîneur dans le doute peut-il relever tous ces défis ? Non. La Commission Technique le sait. Pourquoi a-t-elle dès lors fait bloc (en apparence) derrière VDE ? On parle d'unanimité mais la moue de certains voulait bien dire : " Mon £il, nous n'avons même pas voté alors comment peut-on parler d'unanimité ? On a lu un rapport et personne n'a ferraillé afin de démontrer que le bilan était mauvais. " Manque d'envie de se mouiller alors que le verdict était connu, manque de compétence, manque de vision à long terme, manque de courage de cette Commission d'apparatchiks ? Les grands clubs ne bougent pas. C'est une patate chaude. Le Standard est bloqué car Michel Preud'homme a installé VDE à ce poste. Anderlecht et Bruges ont d'autres chats à fouetter. Certaines huiles du football belge ne sont pas très pro-Vandereycken. C'est connu : il en va ainsi pour Jean-Marie Philips et Michel D'Hooghe. Mais ces personnages importants ne peuvent que suivre l'avis de la Commission Technique et du Comité Exécutif. Tout était-il pratiquement réglé avant la réunion de ces deux organes ? Probablement. Il y a certainement eu pas mal de contacts avant que Vandereycken ne commente son bilan. Le coach fédéral se serait bien défendu mais s'il reste en place jusqu'au terme de son contrat (juin 2008), ce n'est pas grâce à son analyse sportive. C'est son salaire (400.000 euros brut par an ?) qui aurait fait la différence avec une indemnité de rupture qui serait considérable. Or, les finances de la Maison de Verre piquent un peu du nez pour le moment. Elle devrait essuyer une perte de 1,5 millions d'euros en 2007-2008. Ce n'est pas énorme mais c'est la deuxième fois que cela arrive et cela donne des démangeaisons au trésorier Germain Landsheere, déjà obligé de " pomper " un peu plus les petits clubs. Si ces derniers entendaient parler d'un parachute doré pour VDE alors qu'on les saigne, ce serait la révolution. C'est uniquement l'argent qui a sauvé VDE, pas ses campagnes sportives évidemment même s'il a installé pas mal de jeunes parmi les Diables Rouges. Il lui reste un an de contrat qui ne devrait pas être prolongé. Une page est tournée et, quelque part, le coach fédéral est en période de préavis qu'il doit prester. Il lui reste un an pour trouver... un nouvel employeur. Comment peut-il dès lors se donner à 100 % pour ses patrons actuels ? Le Comité Exécutif demande que le coach fédéral travaille en harmonie avec Jean- François de Sart afin que les Espoirs puissent s'épanouir dans les meilleures conditions. Même si le courant est bien passé entre eux avant l'Euro des Espoirs, on sait que les deux hommes ont des caractères très différents. Vandereycken est têtu, de Sart pas. Leur philosophie du jeu n'est pas du tout la même. Vandereycken est un coach défensif, prudent qui calque son jeu sur celui des adversaires. de Sart est ouvert au dialogue, installe ses pions plus haut, ne corsète pas ses joueurs dans une organisation trop austère, met chacun à sa place, etc. On a vu la différence sur le terrain entre des Diables Rouges perdus et des Espoirs libérés. Les jeunes s'y retrouveront-ils dans deux conceptions aussi différentes ? Le gros des troupes pour la Chine peut-il avoir droit à une idée du football (celle de VDE) durant un an puis à une autre sur la route de Pékin (de Sart) ? C'est absurde et le risque de clash existe entre deux hommes qui n'auront pas les mêmes ambitions. Vandereycken a dû rendre des comptes tandis que le Liégeois a été applaudi par la Commission Technique et lors de l'assemblée générale de samedi passé : cherchez l'erreur de casting. Les jeunes joueurs de de Sart seront désormais répartis sur trois tableaux : ceux qui sont nés après 1986 (nouvelle campagne de qualification pour le prochain Euro), les Diables Rouges et la préparation du groupe olympique. Cela concerne en tout une grosse cinquantaine de joueurs. A l'heure actuelle, aucun programme n'a été défini pour les Espoirs qui iront aux Jeux et dont beaucoup sont désormais Diables Rouges. " Il est assez logique que de Sart surveille tout cela de très près si on veut signer de bons Jeux Olympiques. ", nous a affirmé un membre de la Commission Technique. " Il faut que quelqu'un s'occupe de tout durant un an : des Espoirs, des A, de ceux qui iront à Pékin mais qui ne sont plus des Espoirs ou pas encore des Diables Rouges. " Qui a dit qu'il y avait unanimité derrière Vandereycken ? Si c'était le cas, c'est lui seul qui ferait tout cela. L'homme indiqué pour ce travail d'un an (les Jeux sont la lueur d'espoir) aurait évidemment été de Sart car tout renouveau passe par les jeunes, ces ouailles qu'il connaît mieux que personne. " C'est une piste à creuser. ", nous a-t-on dit avant la réunion de la Commission Technique. Cela n'a pas été fait. C'est bien tout et rien : la Belgique rêve de la Coupe du Monde 2018 mais n'a pas les moyens de dessiner un grand projet sportif. Dans un peu plus d'un an, après les Jeux et avant le début des qualifications pour la prochaine Coupe du Monde, si les progrès affichés récemment en Hollande ne se confirment pas, il y aura un grand coupable : la Commission Technique... par pierre bilic - photos : reporters