Mercredi matin. Lendemain d'élimination à Anderlecht. Hugo Broos doit, une nouvelle fois, s'expliquer sur les carences de son équipe devant un parterre de journalistes flairant un parfum de crise. Paradoxalement, Yves Vanderhaeghe (34 ans) a l'impression de revivre. La défaite l'a pourtant touché autant que les autres. Et lui-même avait été roulé dans la farine par Thomas Chatelle sur la phase ayant amené le deuxième but limbourgeois. Mais, d'une part, le fait que c'est lui qui se trouvait là, à même la ligne de but, démontre tout le terrain qu'il avait couvert au stade Fenix. Et, d'autre part, le fait qu'il ait été aussi souvent privé de match au cours des deux dernières années l'amène à apprécier pleinement son statut actuel de titulaire. " Cela peut effectivement paraître paradoxal, mais au lendemain de cette défaite à Genk, je me suis rendu à l'entraînement avec autant de plaisir que les jours précédents ", affirme-t-il. " J'ai loupé tellement de matches, au cours des deux dernières années, que je goûte chaque moment passé sur la pelouse avec délectation ". Pendant deux ans, il fut réduit à la portion congrue. Mais, à l'âge où beaucoup de ses collègues songent à la retraite ou, au minimum, à revoir leurs ambitions à la baisse, il se sent, plus que jamais, des fourmis dans les jambes.
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Mercredi matin. Lendemain d'élimination à Anderlecht. Hugo Broos doit, une nouvelle fois, s'expliquer sur les carences de son équipe devant un parterre de journalistes flairant un parfum de crise. Paradoxalement, Yves Vanderhaeghe (34 ans) a l'impression de revivre. La défaite l'a pourtant touché autant que les autres. Et lui-même avait été roulé dans la farine par Thomas Chatelle sur la phase ayant amené le deuxième but limbourgeois. Mais, d'une part, le fait que c'est lui qui se trouvait là, à même la ligne de but, démontre tout le terrain qu'il avait couvert au stade Fenix. Et, d'autre part, le fait qu'il ait été aussi souvent privé de match au cours des deux dernières années l'amène à apprécier pleinement son statut actuel de titulaire. " Cela peut effectivement paraître paradoxal, mais au lendemain de cette défaite à Genk, je me suis rendu à l'entraînement avec autant de plaisir que les jours précédents ", affirme-t-il. " J'ai loupé tellement de matches, au cours des deux dernières années, que je goûte chaque moment passé sur la pelouse avec délectation ". Pendant deux ans, il fut réduit à la portion congrue. Mais, à l'âge où beaucoup de ses collègues songent à la retraite ou, au minimum, à revoir leurs ambitions à la baisse, il se sent, plus que jamais, des fourmis dans les jambes. Yves Vanderhaeghe : La période que j'ai traversée, je ne souhaiterais la revivre pour rien au monde. Mais, d'un autre côté, je suis content de l'avoir vécue, car je sais désormais ce qu'éprouve un footballeur dans ces moments-là. En mars 2003, pour la première fois de ma carrière, j'ai été confronté à une grave blessure au genou. J'ai craint de ne plus jamais retrouver mon meilleur niveau. Mais je n'ai jamais voulu admettre l'idée d'une retraite anticipée. Pourtant, j'ai dû suivre un programme de rééducation particulièrement pénible. A chaque mouvement, je ressentais une douleur atroce. Lorsque j'avais achevé ma rééducation et que je pensais être sorti du tunnel, j'ai découvert l'autre côté du métier de footballeur : alors que j'avais pratiquement toujours été titulaire jusque-là, et que j'avais été davantage habitué aux louanges qu'aux critiques, j'ai fait la connaissance du petit banc et j'ai entendu des voix insinuant que ma fin de carrière était proche. Mentalement, ce fut difficile à vivre. Lorsque je me suis blessé face au Panathinaikos, j'étais l'un des moteurs de l'équipe. L'entraîneur m'avait conseillé de prendre mon temps pour revenir. En m'assurant que, lorsque je serais de nouveau à 100 %, je retrouverais ma place. Or, six mois plus tard, alors que je m'estimais être guéri, je ne quittais toujours pas le banc. Je constatais, moi aussi, que Besnik Hasi livrait de très bonnes prestations et qu'il était difficile de le déloger. Je ne demandais d'ailleurs pas nécessairement de la prendre. C'est un joueur que j'apprécie énormément. Un vrai professionnel, qui se donne toujours à fond. Mais j'estimais qu'en certaines occasions, j'aurais peut-être pu être utile. Et, pourquoi pas, aux côtés de Besnik Hasi. Comme lors du déplacement au Bayern Munich, lorsqu'il fallait absolument prendre un point pour atteindre le deuxième tour de la Ligue des Champions. Cette possibilité m'était refusée et je ressentais une immense frustration. J'ai fini par rejouer en championnat, face à Lokeren, grâce à une suspension de Besnik Hasi. Malgré le masque que j'avais dû porter pour protéger une pommette endommagée, j'avais livré une très bonne prestation. Mais le genou, pas encore assez consolidé, n'a pas tenu le coup et j'ai subi une rechute. J'étais encore capable de courir, mais pas d'accélérer ou de pivoter. J'ai insisté pour pouvoir continuer à m'entraîner, mais j'étais dépassé de tous les côtés. J'avais beau m'astreindre à des joggings, tant et plus, je ne constatais aucune amélioration. A ce moment-là, j'ai pensé que je ne jouerais plus jamais en D1. Finalement, je me suis tout de même résolu à entamer une nouvelle période de rééducation. Et, vers le mois de mai, j'ai enfin senti une amélioration. Entre-temps, Besnik Hasi était devenu un titulaire incontestable. J'ai encore dû ronger mon frein. J'ai tout de même reçu ma chance : à l'Inter Milan et contre Valence, notamment. On a perdu, mais j'ai fait mieux que tirer mon épingle du jeu. Livrer une bonne prestation dans une équipe qui se cherche, c'était un signe encourageant pour moi. Ce fut, effectivement, un moment de jouissance pour moi. On peut presque dire que la frustration que j'avais emmagasinée pendant deux ans s'est évacuée d'un coup. C'est vrai, beaucoup de personnes semblent avoir découvert en moi des qualités qu'elles ne soupçonnaient pas. D'autant que j'ai confirmé, lors du match de reprise contre Mouscron, en inscrivant un autre but de très jolie facture : un crochet, suivi d'un tir placé. C'est un cliché qui m'a poursuivi tout au long de ma carrière : celui d'un footballeur uniquement capable de courir, de tackler et de jouer des coudes. Mais on n'est pas international pendant quatre ans si l'on ne possède pas certaines qualités footballistiques. Oui, ce fut très dur à accepter pour moi. Au cours des six ou sept premières journées, je n'étais même pas repris dans les 18. Sur base de mes états de service et des prestations que j'avais livrées dans les matches amicaux de début de saison, contre West Ham et Lyon notamment, j'estimais avoir droit à plus d'égards. Certes, je sortais d'une longue période de convalescence, mais c'était exactement pareil pour Junior. La seule raison pour laquelle il obtenait la préséance, c'était le fait qu'il est plus jeune. Non, je ne trouve pas cela logique. Je peux comprendre qu'au contraire de Junior, je ne représente pas l'avenir. Mais j'estime qu'il faut toujours privilégier le rendement. Je n'ai rien contre tous les jeunes qu'on intègre en équipe Première. Au contraire, je serai le premier à les encourager. Mais on a peut-être été trop vite dans le rajeunissement, en sous-estimant l'importance d'avoir une base de joueurs expérimentés. J'admets volontiers que Vincent Kompany a énormément de talent. C'est peut-être le plus grand talent qu'il m'ait été donné de côtoyer et il résout beaucoup de situations délicates grâce à sa classe. Mais il commet encore des petites erreurs. S'il veut définitivement s'imposer au plus haut niveau européen, il doit apprendre à les gommer de son jeu. Pour cela, il a encore besoin d'avoir un routinier à ses côtés. J'applaudis son éclosion des deux mains. Mais que voulez-vous ? Qu'on ajoute encore Anthony Vanden Borre et un autre gamin de 15 ans dans l'équipe ? Croyez-moi, on perdra encore plus de matches. Les blessures ont joué un rôle. On ne remplace pas l'expérience de Hannu Tihinen et de Glen De Boeck du jour au lendemain. Leur apport a peut-être été sous-estimé. Ce n'est pas la seule explication, bien sûr. La saison dernière, le Sporting a remporté le titre grâce à la classe de ses joueurs. Celle d'Aruna Dindane, notamment. Et de Vincent Kompany, qui venait d'intégrer l'équipe et apportait un vent de fraîcheur. Au début, tout le monde débordait d'enthousiasme. Les jeunes étaient ambitieux, mordaient dans le ballon. Il y a aussi eu des matches que l'on a gagnés au petit trot, en se contentant de gérer un avantage au marquoir, parce qu'on avait un match de Ligue des Champions trois jours plus tard. J'avais l'impression qu'on pouvait marquer à tout moment, quand on le décidait. Une accélération suffisait. Peut-être a-t-on cru que tout coulerait à nouveau de source cette année. Mais ce n'est pas le cas. J'avais déjà constaté une baisse d'engagement en fin de saison dernière, lorsqu'on a compté huit ou dix points d'avance. Cette tendance s'est confirmée dans les matches amicaux lors de la préparation. On s'est mis, de plus en plus, à jouer au rythme de l'adversaire. Et cela me dérange. J'estime qu'Anderlecht devrait toujours entamer les rencontres pied au plancher. Quitte à gérer par la suite. Je suis peut-être un joueur qui base son jeu sur le physique et sur le travail de récupération, mais tout le monde devrait faire l'effort nécessaire pour défendre en bloc. On possède de très bons footballeurs, mais on éprouve des difficultés à imposer nos vues. De plus en plus, je constate aussi que les joueurs se préoccupent trop de leur propre prestation. Alors que chacun devrait s'entraider, se couvrir mutuellement. Chez moi, cette envie d'aider les autres, de crier, d'encourager, est presque naturelle. Cela ne semble pas être le cas chez tout le monde. En Ligue des Champions, on a été surclassé dans tous les domaines : technique, vitesse d'exécution, relance et... jeu collectif. Aujourd'hui, après l'élimination en Coupe de Belgique, il ne reste plus que le championnat pour sauver la saison. J'aurai 35 ans dimanche prochain. Mais l'âge n'a aucune importance à mes yeux. Franky Van der Elst a aussi joué jusqu'à 38 ans à Bruges. Aussi longtemps que les jambes suivent, il faudra compter avec moi. Je vois des joueurs qui ont 15 ans de moins que moi et qui, le lendemain d'un match, ne sont plus capables de mettre un pied devant l'autre. C'est un sentiment qui ne m'a jamais envahi. Je m'entraîne toujours avec le même enthousiasme. On voudrait peut-être que je revoie mes ambitions à la baisse. Mais, là encore, je risque d'en décevoir beaucoup : ce n'est pas dans mon tempérament. Lorsque je m'estime être en état de jouer, j'aspire à me retrouver sur le terrain. Mon contrat s'achève en juin 2006. Il me reste donc une saison après celle-ci. Si j'espère une prolongation ? Je n'ai pas encore envisagé cette perspective, mais j'admets que cela ne me déplairait pas. Ce serait fantastique. En tout cas, si mon genou tient le coup, il n'entre pas dans mon intention de mettre un terme à ma carrière à 36 ans. Si je ne peux pas continuer à Anderlecht, je joue ailleurs. Mes ambitions sont toujours intactes. Je n'ai même pas renoncé à... l'équipe nationale. J'ai disputé mon dernier match en Algérie, il y a deux ans, lorsque les Diables Rouges ont gagné 1-3. Par la suite, j'ai encore été invité à accompagner l'équipe nationale à deux reprises, par un sponsor : en Bulgarie et en Croatie. Cela m'a fait terriblement mal au c£ur de devoir assister au match depuis la tribune. Depuis, j'ai rarement été titulaire à Anderlecht et il était donc logique que je ne sois plus appelé par Aimé Anthuenis. Mais je trouverais dommage que ma carrière internationale se termine sur une blessure. Je viens de très bien jouer en Ligue des Champions et contre Bruges, en décembre. Je poursuis actuellement sur ma lancée. J'estime donc pouvoir, à nouveau, reposer ma candidature. Je ne parviens pas à me résoudre de tourner la page.Daniel Devos" J'ai pensé que je ne rejouerais PLUS EN DIVISION 1 " " Mes ambitions sont intactes : JE N'AI PAS RENONCé à L'éQUIPE NATIONALE "