En battant le Club Bruges (2-0) au Parc Astrid, Anderlecht ne s'est pas seulement vengé de la courte défaite (1-0) qu'il avait endurée dans la Venise du Nord au match aller, il a surtout pris une option sur la deuxième place, celle qui est synonyme de participation à la lucrative Ligue des Champions. Le Sporting est plutôt bien placé pour mesurer la différence, au niveau financier, qui existe entre le gratin du football européen et la Coupe de l'UEFA.
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En battant le Club Bruges (2-0) au Parc Astrid, Anderlecht ne s'est pas seulement vengé de la courte défaite (1-0) qu'il avait endurée dans la Venise du Nord au match aller, il a surtout pris une option sur la deuxième place, celle qui est synonyme de participation à la lucrative Ligue des Champions. Le Sporting est plutôt bien placé pour mesurer la différence, au niveau financier, qui existe entre le gratin du football européen et la Coupe de l'UEFA. Ces deux dernières saisons, il a effectivement été appelé à s'exprimer dans chacune d'elles et le contraste est saisissant : dans un groupe où il a terminé bon dernier derrière l'AC Milan, l'AEK Athènes et Lille, le RSCA n'en avait pas moins engrangé au bout du compte la bagatelle de 13,412 millions d'euros (v. cadre) Ce coup-ci, malgré des matches de rabiot contre les Girondins Bordeaux et le Bayern Munich, les Mauve et Blanc n'ont guère réalisé une affaire pécuniaire juteuse : 3,425 millions d'euros à peine. D'une compétition à l'autre, c'est donc 10 millions de plus ou de moins qui sont en jeu. On comprend, dans ces conditions, pourquoi dans les plus hautes sphères du stade Constant Vanden Stock, le statut de dauphin du Standard importe plus qu'une victoire en Coupe de Belgique, même si l'ultime succès dans cette épreuve remonte à l'année 1994 déjà. De tous les clubs belges engagés en poules de la Ligue des Champions jusqu'à présent (Anderlecht, le Club Bruges, le Lierse et Genk), c'est le Sporting qui a réalisé les affaires les plus juteuses. En neuf participations, ce sont quelque 48 millions d'euros qui sont venus grossir ses caisses rien qu'en matière de participation. Malgré tout, force est de constater que le RSCA n'est pas parvenu à prendre ses distances par rapport à la concurrence en Belgique. C'est qu'il y a un revers à la médaille : de bonnes prestations européennes suscitent inévitablement des convoitises. Et les Mauve et Blanc l'ont bel et bien vérifié à leurs dépens aussi. Dans les lignes qui suivent, nous sommes revenus sur les diverses participations du RSCA en Ligue des Champions. En nous arrêtant au contexte, aux enjeux financiers et aux conséquences... La Coupe d'Europe des Clubs Champions a définitivement vécu à partir de cette saison-là et cédé le relais à la Ligue des Champions d'Europe, mieux connue à l'époque sous son nom anglais de Champions League. Vainqueur du titre au printemps 1991 sous la coupe de l'entraîneur hollandais Aad de Mos, Anderlecht a l'honneur d'être la première équipe belge à se qualifier pour le prestigieux rendez-vous. Mais l'affaire ne se réalise pas sans mal, loin s'en faut. Lors du tour initial, le RSCA commet d'emblée un faux-pas face aux Grasshoppers Zurich : 1-1 au Parc Astrid. Au retour, les Mauves prennent heureusement une éclatante revanche : 0-3. Il leur reste alors un dernier cap à franchir avant d'accéder à la cour des grands : le PSV Eindhoven. Aux dires du manager du club, Michel Verschueren, c'est la double confrontation de l'année. L'enjeu dépasse effectivement le cadre purement sportif car une participation à la CE1 nouvelle mouture est tout simplement synonyme, selon Mister Michel d'un jackpot de 4 millions d'euros. Une manne céleste qui permettrait, pour le Sporting, d'amortir les derniers travaux de rénovation du stade, commencés dix ans plus tôt. A l'aller, au Philips-Stadion, les deux équipes jouent essentiellement pour ne pas perdre et le 0-0 final atteste de cette prudence. Au retour, les nerfs sont encore plus à fleur de peau. Afin de détendre l'atmosphère, conscient qu'il n'y a de toute façon plus rien à faire avant le match, de Mos invite d'ailleurs son homologue du PSV, l'Anglais Bobby Robson, à prendre un whisky dans son vestiaire. Dans un match à nouveau fermé, Marc Degryse et Danny Boffin sont synonymes de délivrance et le RSCA, pour ses débuts, va alors en découdre en poules contre le Panathinaikos, l'Etoile Rouge Belgrade et la Sampdoria. L'argent récolté permet au club de la capitale de poursuivre ses emplettes au FC Malines, principal rival des Mauves à cette époque. Après BrunoVersavel, ce sont Philippe Albert et Marc Emmers qui rallient le stade Constant Vanden Stock. Avec Peter Van Vossen, le débours se monte à quelque 4 millions d'euros, précisément ! Avec ses matches agencés de l'automne au printemps, la première Ligue des Champions a eu une telle incidence au double échelon physique et nerveux que les Sportingmen, en fin de saison 1991-92, ont dû se contenter de la deuxième place en championnat. Exit Aad de Mos et place à Luka Peruzovic, remplacé lui-même en cours de campagne par Johan Boskamp. Le Hollandais réussit la gageure de conduire d'emblée ses ouailles au titre. Le prélude, d'ailleurs, à ce qui sera le dernier triptyque du RSCA à ce jour. En septembre 1993, Bossie fait à son tour connaissance des préliminaires de la Champions League. La première sortie ne pose pas problème puisqu'elle se solde par 2 victoires par 3 buts d'écart face au HJK Helsinki. La deuxième manche, en revanche, s'annonce plus corsée face au Sparta Prague. Cette joute coïncide avec le 45e anniversaire de l'ancien demi du RWDM qui, pas stressé pour un sou, lance en guise de boutade qu'un cadeau de 5 millions, ce serait pas mal. Eh oui, entre-temps la compétition est devenue encore plus intéressante au plan pécuniaire. D'autant plus qu'après la qualification contre les Tchèques, le Parc Astrid affiche trois fois complet face à l'AC Milan, le Werder Brême et le FC Porto. Auteur d'un draw à domicile contre les Rossoneri et vainqueur des Portugais, le Sporting aurait pu prétendre à davantage cette année-là, s'il n'y avait pas eu son fameux couac au Weser-Stadion. On se souviendra qu'après avoir mené par 0-3, Anderlecht craqua d'une pièce dans les vingt dernières minutes, au point de perdre la rencontre par 5-3 sous le déluge. On s'oriente tout doucement vers la fin d'un cycle prestigieux. Philippe Albert et Luc Nilis sont partis et Marc Degryse est en passe de les imiter. Afin de conserver suffisamment de percussion, le Sporting jette son dévolu sur le puncheur du Cercle Bruges, Josip Weber. Le Croate, naturalisé belge entre-temps, réussit à convaincre les derniers sceptiques, au Parc Astrid, en plantant cinq buts sur neuf à la défense zambienne lors d'un match de préparation à la Coupe du Monde 1994. Du coup, l'argent de la Ligue des Champions aidant, le président du RSCA, Constant Vanden Stock, est disposé, pour la deuxième fois depuis le début de son mandat, à délier généreusement les cordons de la bourse puisqu'il lui en coûtera 2,25 millions d'euros pour acquérir le joueur. Auparavant, il n'avait cassé sa tirelire de semblable manière qu'à une seule reprise : pour le transfert du milieu offensif du Club Bruges, Marc Degryse, en 1989. Signe des temps, déjà : Anderlecht ne remporte pas un seul de ses matches à domicile puisqu'il est contraint au partage par le Steaua Bucarest (0-0), Hajduk Split (0-0) et Benfica (1-1). En dehors de ses terres, il ne prendra d'ailleurs qu'une seule unité : dans la capitale roumaine. Anderlecht doit patienter un lustre avant de renouer avec la plus prestigieuse des compétitions européennes. Il aurait, certes, pu réaliser la passe de trois en 1996 si un certain Herbert Neumann, appelé à remplacer Johan Boskamp, n'avait pas gâché la fête. Le Sporting avait, en effet, hérité des modestes Hongrois de Ferencvaros au stade des préliminaires. Pas de quoi en faire un plat mais l'Allemand, qui n'avait pas daigné visionner l'adversaire sur place, fut surpris d'emblée avec ses joueurs au Parc Astrid : 0-1. Hélé à la rescousse, Raymond Goethals n'avait pu redresser la barre au retour. Il s'ensuivit une longue disette stoppée par Aimé Anthuenis en l'an 2000. Afin de mettre le maximum d'atouts de son côté, la direction n'avait pas fait dans la dentelle cet été-là. Au lieu d'un demi récupérateur, elle en transféra deux avec YvesVanderhaeghe et Besnik Hasi. Un luxe peut-être pas superflu, car couplés à Walter Baseggio, les deux gaillards allaient permettre au RSCA de franchir le FC Porto au stade des qualifs. La suite, ce fut la campagne la plus aboutie des Sportingmen, avec une accession historique au deuxième groupe des poules après avoir terminé en tête de la première devant Manchester United, le PSV Eindhoven et le Dinamo Kiev. Le Sporting entretint longtemps l'illusion dans cette seconde phase mais Leeds United allait stopper net son élan. Finalement, les Mauves clôturèrent la marche après le Real Madrid, la Lazio Rome et les Anglais. Financièrement, ce fut la poule aux £ufs d'or cette saison-là : 3 millions d'euros de prime de participation, à majorer de 300.000 euros par victoire et 150.000 par partage Comme il y eut six succès (Manchester United, le PSV, le Dinamo Kiev, le PSV away, la Lazio et le Real Madrid en guise de clôture) sans compter les droits télé, le RSCA vit gonfler ses caisses de plus de 6 millions d'euros. Dans un premier temps, du moins. Car cette campagne allait avoir aussi des répercussions sur la vente des joueurs. Jan Koller (au Borussia Dortmund), Tomasz Radzinski (Everton), Bart Goor (Hertha Berlin) et Didier Dheedene (Austria Vienne) profitèrent de cette saison européenne pour réaliser des transferts juteux qui rapportèrent 20 millions d'euros au RSCA. Un peu plus de 26 millions d'euros de rentrées, c'était plus que le budget du club en ce temps-là. Privé de quatre éléments qui constituaient 70 % de son rendement offensif, le RSCA se rend compte qu'il est peut-être riche mais pas sur le terrain. Histoire de meubler son attaque, il rêve d'associer Nenad Jestrovic, le puncheur de Mouscron, à Mido, le coming man de La Gantoise. Mais l'Egyptien, malgré une cour assidue, préfère se lier à l'Ajax Amsterdam. Le seul Pharaon de l'équipe sera finalement Tarek El Saïd, censé remplacer Bart Goor, mais qui se révélera un bide de dimension. Champion en titre à défaut de concurrence, Anderlecht ne fait pas le poids en Ligue des Champions malgré un tirage plus ou moins favorable car hormis le Real Madrid, l'AS Rome et le Lokomotiv Moscou semblent du même acabit. Mais tout est définitivement dit quand on sait que face aux Moscovites, de loin l'adversaire le plus faible rencontré en Ligue des Champions jusque-là, les troupes d'Aimé Anthuenis encaissent un sévère 1-5. C'est leur défaite la plus cuisante avant le 0-5 concédé devant le Bayern Munich cette saison. Historique : le RSCA est à l'aube de sa 40e campagne européenne d'affilée. Seuls le FC Barcelone et le Benfica Lisbonne, deux ex-vainqueurs de la CE1, affichent une série en cours plus longue. Anderlecht se frotte les mains car le tirage au sort des préliminaires lui a été favorable avec le Rapid Bucarest. A l'aller, en déplacement, les Sportingmen se contentent de gérer sagement la rencontre : 0-0. Mais au retour, contre toute attente, les Roumains mènent par 0-2 au repos. Les Mauves frisent alors la même situation que huit ans plus tôt, lorsque Ferencvaros le bouta hors de l'épreuve sans gilet de sauvetage, lisez un repêchage en Coupe de l'UEFA. Sous l'impulsion de Pär Zetterberg, revenu aux affaires après trois saisons à l'Olympiacos du Pirée, les Bruxellois redressent alors la barre avant de plier le match grâce à Ki-Hyeon Seol. Ils ne seront plus inquiétés, par la suite, par le Wisla Cracovie et c'est Lyon, le Celtic et le Bayern Munich qui les attend au stade des poules. Jusqu'au bout, les Mauves vont lutter pour leur pérennité européenne. Sans une parade phénoménale d' Oliver Kahn sur une reprise d' Oleg Iachtchouk lors du match de clôture, en Allemagne, c'est le RSCA qui aurait poursuivi son aventure en UEFA et non le Celtic. Au passage, les hommes d' Hugo Broos auront eu le mérite de battre les Ecossais et, surtout, Lyon. Une performance d'autant plus remarquable que le Sporting disposait alors d'un budget de 20 millions d'euros, pour une manne 5 fois plus élevée à l'OL. Le décalage s'agrandira par la suite au point qu'un succès des Mauves contre les footballeurs de Gerland apparait comme très utopique aujourd'hui. C'est que les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres plus pauvres. La preuve par les gains des quatre adversaires cette année-là : 5,8 millions d'euros pour le RSCA, 7, 12 pour le Celtic, 18,27 millions pour le Bayern Munich, éliminé en huitièmes de finale et 18, 45 millions pour l'OL, quart de finaliste. Le budget du RSCA est passé entre-temps à 26,8 millions d'euros. Il pourrait même franchir pour la première fois la barre des 30 millions si les Mauves s'inscrivent dans la durée en Ligue des Champions. Mais ce ne sera pas le cas. La saison européenne se révélera un couac de dimension : pas le moindre point engrangé en six matches contre Valence, l'Inter Milan et le Werder Brême. La seule satisfaction, c'est la qualification obtenue lors du dernier tour préliminaire face au Benfica Lisbonne. Pour la première fois, Anderlecht fait sienne la devise de Pierre de Coubertin : l'important, c'est de participer. Il est vrai que cette campagne désastreuse se solde par une encaisse d'un peu plus de 6 millions d'euros grâce aux primes : 3 millions pour la participation, 3 autres pour les 6 matches, le reste provenant du market pool. Que du bonheur. De fait, la seule ombre au tableau a pour nom Aruna Dindane. Déçu de ne pas avoir obtenu son bon de sortie après la qualification contre les Portugais, l'Ivoirien traînera son spleen tout au long de la saison. La direction des Mauves jure, dans la foulée, de ne plus jamais retenir un joueur contre son gré. Il est vrai qu'elle a perdu pas mal d'argent dans l'aventure : au moment de l'élimination des Lisboètes, l'ancien joueur de l'ASEC valait encore 8 millions d'euros. Au moment de sa vente au Racing Club de Lens, un an plus tard, ce chiffre était tombé à 3,5 millions... La saison européenne d'Anderlecht n'est guère plus enthousiasmante que la précédente : un total de trois points seulement, acquis lors de l'ultime journée au Betis Séville, alors que tout était déjà consommé dans le groupe. Auparavant, en effet, le Sporting s'était cassé les dents sur le FC Liverpool, Chelsea et les mêmes Espagnols, qui l'avaient emporté 0-1 au Parc Astrid. Une fois encore, les gars d' Hugo Broos vérifient qu'une simple figuration en Ligue des Champions vaut mieux qu'une longue aventure en Coupe de l'UEFA. Les Mauves perçoivent effectivement 11,5 millions d'euros cette saison-là, qui se ventilent comme suit : 6,6 millions en primes de participation et de matches, à majorer de 4,9 millions via le fameux market pool qui diffère d'un pays à l'autre. A l'heure des bilans chiffrés, le club bruxellois termine 22e sur 32 participants. Versé en Coupe de l'UEFA, le Club Bruges, lui, fait figure de parent pauvre puisqu'il doit se contenter de 210.000 euros à peine en guise de prime de participation. Zulte Waregem, qui accède à la phase des poules, est un peu plus verni avec ses 320.000 euros au total. Le FC Séville, futur vainqueur de l'épreuve, empoche 6,25 millions d'euros. Une aumône par rapport aux gains en Ligue des Champions... par bruno govers - photos: reporters