Novembre 2014. L'ancien international anglais Terry Fenwick, qui fut un jour ridiculisé par Diego Maradona,frappe à la porte de Sport/Foot Magazine. Il veut parler de la faillite du CS Visé, ce club de D3 dont il a été l'entraîneur pendant quelques mois. Fenwick veut témoigner contre les anciens propriétaires du club. Ce sont, dit-il, des individus que les autorités du football devraient pourchasser. Il veut éviter que d'autres clubs ne tombent dans le même piège. Accompagné par sa femme et son chien, Fenwick raconte qu'il est frustré. Un journal a publié une photo de lui pour illustrer un article sur la faillite de Visé, ce qui donne l'impression, estime-t-il, qu'il est l'un des responsables. Fenwick craint que la faillite de Visé ne le poursuive tout au long de sa carrière.
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Novembre 2014. L'ancien international anglais Terry Fenwick, qui fut un jour ridiculisé par Diego Maradona,frappe à la porte de Sport/Foot Magazine. Il veut parler de la faillite du CS Visé, ce club de D3 dont il a été l'entraîneur pendant quelques mois. Fenwick veut témoigner contre les anciens propriétaires du club. Ce sont, dit-il, des individus que les autorités du football devraient pourchasser. Il veut éviter que d'autres clubs ne tombent dans le même piège. Accompagné par sa femme et son chien, Fenwick raconte qu'il est frustré. Un journal a publié une photo de lui pour illustrer un article sur la faillite de Visé, ce qui donne l'impression, estime-t-il, qu'il est l'un des responsables. Fenwick craint que la faillite de Visé ne le poursuive tout au long de sa carrière. Une carrière qu'il aimerait prolonger en Europe, visiblement. A Trinidad et Tobago, le pays natal de sa compagne, il affirme avoir volé de succès en succès comme entraîneur au cours des dix dernières années, mais cela ne l'a pas empêché de disparaître progressivement de " la carte du football ". C'est l'une des raisons, affirme-t-il, pour lesquelles il a accepté de devenir l'entraîneur de Visé : son but était de se remettre en vitrine, dans un petit coin de la province de Liège. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Visé a rapidement rétrogradé après son arrivée. Et ce n'est pas de sa faute, répète-t-il à maintes reprises. Les responsables, ce sont Mike Scanlan, Steve Davies et Tonny Dullers, selon lui : les deux Britanniques et le Belge qui ont racheté le CS Visé, au début du mois de mai 2014, par l'intermédiaire de la petite entreprise SDD. Fenwick montre des documents censés accréditer sa version. Et il prend la pose pour le photographe, avec un surprenant sourire. Quelques jours plus tard, l'ambiance change. Fenwick fait savoir qu'il a reçu des menaces de Davies. Notre magazine avait contacté Davies, tout comme Scanlan et Dullers d'ailleurs, afin d'obtenir une réaction au sujet des déclarations de Fenwick. Subitement, l'ancien international anglais est devenu réfractaire à l'idée de publier l'interview qu'il avait lui-même sollicitée. Terry Fenwick : Exact. Avant que j'arrive, le CS Visé était aux mains de la famille indonésienne Bakrie. En trois saisons, cette famille a dépensé 28 millions d'euros, c'est une somme énorme pour un club belge de D2. La famille Bakrie a loué 17 appartements destinés aux joueurs et aux membres du staff. Alors qu'un appartement équipé de deux chambres coûte de 500 à 700 euros dans les environs de Liège, le CS Visé a payé entre 1.400 et 1.800 euros pour ses appartements. Tous les membres du personnel percevaient des salaires très élevés. Le club glissait petit à petit vers la D3, mais personne ne s'en préoccupait, car chacun voulait profiter de l'argent indonésien. Je ne le savais pas en arrivant. Lorsqu'on effectue des recherches sur la famille Bakrie, on découvre surtout qu'elle est immensément riche. Et qu'elle jouit d'un statut important en Indonésie. Des élections se sont tenues dans ce pays, l'an passé. Les Bakrie ont soutenu le parti qui les a remportées. Leurs manigances à Visé auraient pu avoir un impact négatif sur la campagne électorale. Mais ils ont discrètement cédé leurs actions visétoises à SDD. Il y avait un trou de 600 à 700.000 euros et les Bakrie ont laissé entendre qu'ils verseraient encore 850.000 euros. Ils se sont ainsi départis de leurs responsabilités, ce n'était plus leur problème. Davies m'a dit qu'il allait prendre le contrôle d'un club belge et qu'il souhaitait m'engager comme entraîneur. Il avait remarqué que j'avais effectué du bon travail à Trinidad et Tobago dans le domaine de la formation. Six ou sept de mes joueurs ont atteint l'équipe nationale. Davies était impliqué dans le transfert de KhaleemHyland, en 2009, de San Juan Jablotech - le club que j'entraînais à l'époque - à Zulte Waregem. Il avait donc, déjà, gagné indirectement de l'argent grâce à moi. Cela lui a apparemment donné des idées. Le business-plan imaginé par SDD pour Visé était simple : dénicher des joueurs dans les Caraïbes, leur donner une courte formation et les revendre avec plus-value. Selon leurs estimations, ces messieurs de SDD auraient déjà dû gagner trois millions d'euros en janvier 2015. Malheureusement, je n'ai découvert ce business-plan que deux mois après mon arrivée à Visé. Il avait gagné ma confiance avec le transfert de Hyland. Par ailleurs, ce n'est pas facile de trouver des informations sur lui. Chez SDD, il réglait quasiment tout, mais il ne signait aucun document. Il est resté sous le radar. Scanlan a dit à tout le monde qu'il y avait de l'argent sur un compte. J'ai découvert par la suite qu'il avait menti. Scanlan se faisait fort d'amener des investisseurs, mais plus le temps avançait, plus le doute s'immisçait. J'ai fini par chercher moi-même des investisseurs. Mais qui voudrait d'un club qui a 1,4 ou 1,5 million d'euros de dettes ? Davies l'utilisait notamment pour acheter des vêtements chez Harrods à Londres, on s'en est aperçu en découvrant les dépenses sur les cartes de crédit. Ces messieurs de SDD ont aussi parcouru le monde avec l'argent des Bakrie, et ils voyageaient toujours en première classe. Dans le contrat signé avec les Indonésiens, il n'était pas spécifiquement mentionné que l'argent des Bakrie devait être utilisé pour éponger les dettes, ce qui les arrangeait bien. Donc, ils prenaient 3.000 euros par ci, 5.000 euros par là. En revanche, ce qui figurait bien dans le contrat passé entre SDD et les Bakrie, c'est que l'argent devait être versé sur un compte du CS Visé auprès de Belfius. Mais ces messieurs de SDD ont supprimé ce compte et l'ont remplacé par un autre compte auquel eux seuls avaient accès. Lorsqu'on demande à Dullers comment il est arrivé à Visé, il répond qu'il est ami avec Hyland et que Davies est le manager de ce joueur. " C'est pour cette raison que Davies m'a contacté lorsque lui et Scanlan cherchaient un club. Et moi, je lui ai renseigné Visé sur l'avis de Gunther Thiebaut. Davies et Scanlan allaient s'occuper de tout à Visé, je n'aurais dû me charger que de l'aspect sportif, ce que j'ai d'ailleurs fait. Mais apparemment, Davies et Scanlan n'ont pas trop respecté leurs obligations financières. Ce domaine n'était pas dans mes attributions. Scanlan avait promis de réunir un budget, mais n'y est jamais parvenu. Scanlan et Davies avaient trouvé des investisseurs : des gens d'une raffinerie nigériane. Ils auraient dû payer une partie de la dette, et les Bakrie, l'autre partie. Finalement, seuls les Bakrie ont payé leur part. Affirmer que SDD aurait détourné l'argent payé par les Bakrie est faux. Les 534.000 euros payés par les Bakrie ont servi à éponger des dettes du passé. Scanlan et Davies ont également utilisé une partie de cet argent pour payer leurs voyages, à Trinidad notamment. Mais ces voyages étaient nécessaires pour réaliser des transferts. Moi non plus, je n'ai pas pris d'argent pour m'enrichir. Ou plutôt si : deux euros, pour boire un café dans un gobelet en carton sur la route. (il rit) Il n'est pas correct de pointer un doigt accusateur en direction de SDD. A Visé, des personnes locales avaient reçu trop de liberté des Indonésiens et avaient facturé en proportion de ce qu'elles prestaient. Comme ces personnes sentaient que SDD n'était pas d'accord avec les indemnisations existantes, elles se sont montrées réticentes dès le départ. " Davies minimalise son rôle à Visé. " Je n'ai jamais été administrateur de ce club ", dit-il, " et pas davantage de SDD. " Lorsqu'on lui fait remarquer que l'un des D de SDD fait référence à son nom, Davies rétorque : " Daddy commence aussi par un D. " On ne peut nier, cependant, que le nom de Davies figure dans le document mentionnant la cession des parts entre les Bakrie et SDD, même si c'est avec une orthographe légèrement différente : StephenDavis. " Vous ne trouverez nulle part ma signature ", insiste Davies. " Je suis arrivé à Visé en qualité de scout. J'ai fait gagner de l'argent au club. J'ai, par exemple, vendu Jonathan Benteke à Zulte Waregem. J'ai aussi amené un joueur à Visé, mais je m'en suis ensuite abstenu lorsque j'ai constaté que ce club faisait signer des contrats à des joueurs alors qu'il n'y avait pas d'argent. Je me suis dit que c'était criminel et je ne voulais pas être associé à cette combine. Au départ, Scanlan avait des investisseurs, mais ils ont renoncé lorsque des problèmes ont surgi avec les paiements des Bakrie. Mais Fenwick voulait à tout prix continuer, il prétendait avoir lui-même des investisseurs. Dès lors, selon moi, c'est la faute à Fenwick si Visé est tombé en faillite. Fenwick tenait à faire venir ou à conserver des joueurs, même si ceux-ci devaient dormir à même le sol. Il voulait obtenir rapidement de bons résultats afin d'être engagé par un autre club. Et si, aujourd'hui, il critique SDD, c'est parce qu'il n'a pas reçu de carte pour faire le plein d'essence en plus de son salaire astronomique de 80.000 euros par an. 80 % de l'argent des Bakrie a servi à éponger des dettes, le reste à voyager. Scanlan affirme que SDD avait déjà été approché par Visé en 2013, afin de chercher un repreneur pour le club. " Mais SDD n'a trouvé aucun acheteur ", prétend Scanlan. " A cause des dettes et au fait que les personnes locales étaient trop payées. On nous a alors demandé si SDD ne pourrait pas mettre en place un consortium pour acheter le club. Cela ne nous intéressait pas, mais on nous a proposé d'acheter le club pour un euro. On a ajouté que les Bakrie verseraient encore 800.000 euros dans un délai de quatre mois pour rembourser la dette historique. Nous n'avons jamais eu l'intention de rester longtemps, mais nous pensions que nous aurions pu gérer le club pendant ces quatre mois. Nous pensions qu'avec les 800.000 euros des Bakrie, avec les revenus de quelques transferts sortants, et avec un nouvel entraîneur et de nouveaux joueurs, nous aurions réussi à rendre le club plus attractif pour des investisseurs. Surtout si nous parvenions à diminuer fortement les importants frais de fonctionnement du personnel de Visé. Mais nos réformes se sont heurtées à une opposition farouche. Je ne me souviens pas qu'il ait été dit, un jour, que SDD allait réunir un budget suffisant pour terminer la saison. Notre scénario se basait sur la supposition que les Bakrie paieraient leur dû, comme convenu. Mais il y a rapidement eu des problèmes avec ces paiements. Je suis parti, et à partir de ce moment, Fenwick a pris le relais dans la recherche d'investisseurs. Je ne me sens pas responsable de la faillite de Visé. En fait, le club était déjà en faillite en 2013 et a continué à sombrer. " L'avocat Laurent Stas de Richelle est le curateur du CS Visé. A propos des 800.000 euros que les Bakrie auraient dû verser à SDD, il affirme : " Selon mes informations, les Bakrie ont respecté leurs obligations, à 166.000 euros près. " Stas de Richelle affirme ne pas encore pouvoir expliquer ce que SDD a fait de l'argent indonésien. " Je suis encore en train d'analyser tout cela. Des paiements ont été effectués après l'arrivée de Scanlan, c'est sûr. Je suppose que c'était de l'argent provenant des Bakrie. Ces paiements ont servi à différentes choses, aussi bien au remboursement de dettes qu'au versement des salaires de cette saison. " A la question de savoir si ces messieurs de SDD auraient détourné une partie de l'argent, Stas de Richelle répond : " Dans les comptes, on peut voir que les cartes de banque du club ont été utilisées, mais était-ce au bénéfice du club ou à leur bénéfice propre ? Je n'ai pas encore la réponse. " PAR KRISTOF DE RYCK - PHOTOS: BELGAIMAGEFenwick affirme avoir agi pour avertir d'autres clubs du danger que représentent Scanlan, Davies et Dullers, alias SDD. " Ces messieurs de SDD prenaient 3.000 euros par-ci, 5.000 euros par-là. " - Terry Fenwick