Douze années plus tard, c'est en tant que capitaine, et fort de 125 sélections que Kesh remporta, à Tunis, la 19e édition de l'événement. Une consécration pour un joueur qui s'était fait, entre-temps, un fameux palmarès en Belgique mais qui, sur son propre continent, avait dû se satisfaire jusque-là de trois places de finaliste -1984 (3-1) et 1988 (1-0) contre le Cameroun et 1990 (1-0) face à l'Algérie- et d'une médaille de bronze -2-1 devant le Cameroun en 1992-.
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Douze années plus tard, c'est en tant que capitaine, et fort de 125 sélections que Kesh remporta, à Tunis, la 19e édition de l'événement. Une consécration pour un joueur qui s'était fait, entre-temps, un fameux palmarès en Belgique mais qui, sur son propre continent, avait dû se satisfaire jusque-là de trois places de finaliste -1984 (3-1) et 1988 (1-0) contre le Cameroun et 1990 (1-0) face à l'Algérie- et d'une médaille de bronze -2-1 devant le Cameroun en 1992-. Après sa carrière active, le plus prestigieux footballeur nigérian de tous les temps fut incorporé au sein de la direction technique de sa fédération. Si le Nigeria dut faire l'impasse sur la CAN 1996 en raison de son refus de rencontrer le Zaïre touché par le virus d'Ebola et s'il fut suspendu deux années plus tard pour ne pas avoir abrité le tournoi, il se chargea de cette organisation en 2000.Avec Stephen Keshi dans le rôle d'assistant du coach principal, le Hollandais Jo Bonfrère, les Super Eagles furent battus en finale aux tirs au but (4-3) par le Cameroun, après avoir partagé l'enjeu (2-2) au bout du temps réglementaire. En 2002, c'est une fois encore comme entraîneur-adjoint, mais de son compatriote Shuaibu Amodu, ce coup-ci, que Kesh répondit présent à la tête des Super Eagles au Mali. Un épisode qui se sera malheureusement terminé en eau de boudin puisque le duo fut récemment démis de ses fonctions. Ce qui peut surprendre, dans la mesure où le Nigeria termina troisième, devant le pays organisateur, en n'ayant été battu qu'une fois tout au long de l'épreuve: par le Sénégal (2-1) en demi-finales. Stephen Keshi: Depuis que les Super Eagles ont remporté la CAN 1994, nos dirigeants ne s'accommodent plus d'une place d'honneur. Evidemment, deux années plus tard, le Nigeria fut sacré champion olympique à Atlanta et, en 2000, seule une erreur d'interprétation de l'arbitre nous avait privés de la victoire finale contre le Cameroun. La dernière frappe de Victor Ikpeba avait bel et bien franchi la ligne, comme les images de la télévision l'ont suffisamment prouvé. Ce goal aurait donc dû être validé. Malgré une plainte auprès de la FIFA, la victoire du Cameroun n'en fut pas moins entérinée, puisque seul le jugement de l'arbitre a valeur de loi. Inutile de dire que, depuis ce moment, tout le pays ne songeait qu'à savourer une éclatante revanche. C'est pourquoi les Super Eagles devaient décrocher la victoire à tout prix. Dans la mesure où nous n'y sommes pas parvenus, c'est le staff technique qui a trinqué. En Afrique, et surtout au Nigeria, il n'en va jamais autrement. "Les joueurs ciblent leurs priorités"Je suis partiellement de cet avis. Le Cameroun a survolé les débats lors de la récente CAN, mais sa fédération n'a pas dû remuer ciel et terre pour obtenir le concours de ses meilleurs joueurs. Ce n'est pas anormal, en ce sens que les Lions Indomptables constituent un groupe récent, qui s'éveille à peine aux ambitions alors que chez nous, bon nombre de joueurs faisaient déjà partie du noyau de l'équipe nationale à l'époque des premiers succès, au beau milieu des années 90. Je ne prétends pas que tous ces garçons sont repus mais ils ont appris à cibler leurs priorités. Et, dans une année qui prévoit leurs participations à deux phases finales -la CAN et la Coupe du Monde- certains ont voulu privilégier l'épreuve asiatique. Le coach Amodu et moi étions conscients de cette problématique et nous les avions avisés que la Coupe d'Afrique des Nations 2002 servirait de tremplin pour la Coupe du Monde. Malgré cet avertissement, beaucoup se sont fait tirer l'oreille. Notamment ceux qui jouent en Premier League comme Nwankwo Kanu ou encore Celestine Babayaro, qui avaient davantage à coeur d'aider Arsenal et Chelsea, que les Super Eagles. Compte tenu de leurs qualités, ils se rendent évidemment fort bien compte qu'il ne pourra jamais rien leur arriver de fâcheux. Je reste donc persuadé que le véritable Nigeria, on le verra à la Coupe du Monde. Je vous donne entièrement raison. A la fin des années 80 et au début des nineties, les Super Eagles ont vraiment pu compter sur ces deux finisseurs hors-pair, qui n'ont hélas pas fait d'émules. De Nwankwo Kanu à Finidi George, en passant par Victor Ikpeba ou Victor Agali, le Nigeria dispose d'une brochette de bons attaquants. Mais ils sont davantage des constructeurs et des passeurs que des buteurs. A la CAN, nous avons pu compter sur les coups de patte de Julius Aghahowa qui a terminé en tête du classement des meilleurs réalisateurs avec le Camerounais Patrick Mboma. Mais Mboma est actif à Sunderland, après avoir milité à Parme, tandis que mon compatriote est actif à Shakhtor Donetsk, en Ukraine. Inutile de faire un dessin... En réserve, nous avons encore le jeune Yakubu Ayegbeni, qui évolue au Maccabi Haïfa et qui, à terme, peut devenir le nouveau Daniel Amokachi. Mais son éclosion ne se fera pas cette année. Il est réellement dommage que nous soyons limités à l'avant. Car, dans les autres secteurs, c'est toujours l'opulence. Lors du match d'ouverture de la CAN, contre l'Algérie, il n'y avait pas de place dans notre équipe pour deux joueurs que vous connaissez bien en Belgique: Celestine Babayaro et Rabiu Afolabi. Il serait parfaitement possible, actuellement, de composer trois équipes nigérianes de valeur sensiblement égale s'il ne fallait meubler que les lignes défensive et médiane. Devant, malheureusement, il n'en est pas du tout ainsi. "Les anciens voudront se sublimer au Japon"A l'occasion de notre première participation à la phase finale de la Coupe du Monde, en 1994, nous n'avions guère été mieux lotis puisque nous faisions partie d'une poule avec la Bulgarie, emmenée à l'époque par Hristo Stoïchkov, l'Argentine et la Grèce. En dépit du fait que nous n'avions pas la cote auprès des suiveurs, nous nous étions qualifiés pour le deuxième tour de l'épreuve, où l'Italie s'était révélée plus futée que nous. En 1998, dans un groupe avec à nouveau la Bulgarie et, plus encore, l'Espagne, beaucoup ne donnaient pas cher de nos chances non plus. Pourtant, nous nous étions une fois de plus assurés d'une place en huitièmes de finale où le Danemark nous avait finalement barré la route. Le Nigeria aura fort à faire pour réaliser la passe de trois. Mais ce n'est pas impossible. Tout d'abord, comme je viens de l'expliquer, la plupart des joueurs seront beaucoup plus motivés par la Coupe du Monde que par la CAN où ils ont déjà tout vécu. D'autre part, il ne faut quand même pas oublier que pour bon nombre d'entre eux, qui frôlent la limite d'âge, la Coupe du Monde sera la toute dernière occasion de se distinguer au plus haut niveau. Je songe notamment à ceux qui se retrouveront probablement pour la troisième fois d'affilée en phase finale, à l'image de Sunday Oliseh, Finidi George, Jay-Jay Okocha et Victor Ikpeba. Victor revient de très loin. Il a été très affecté par la mort de son épouse Victoria, il y a deux ans. Depuis lors, il a eu pas mal de déboires sur le plan sportif. Au Borussia Dortmund d'abord et, à présent, au Betis Séville. Mais au Nigeria, personne n'a oublié qu'il fut l'un des hommes-clé de la qualification pour la CAN en empilant quatre buts contre la Namibie. En raison des précieux services qu'il nous a rendus, sa place était parmi nous, même s'il est encore loin de son meilleur niveau. Il rebondira cette année encore, c'est sûr.Bruno Govers, envoyé spécial au Mali, ,"Le véritable Nigeria, on le verra à la Coupe du Monde"