La Ligue pro américaine vient de vivre sa quatrième crise depuis 1995. Une crise annoncée depuis belle lurette par toutes les parties concernées : les dirigeants, les propriétaires des 30 clubs, les joueurs et leur représentation syndicale. Et même si son issue est moins grave que prévue - on va rejouer - elle laisse malgré tout quelques stigmates.
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La Ligue pro américaine vient de vivre sa quatrième crise depuis 1995. Une crise annoncée depuis belle lurette par toutes les parties concernées : les dirigeants, les propriétaires des 30 clubs, les joueurs et leur représentation syndicale. Et même si son issue est moins grave que prévue - on va rejouer - elle laisse malgré tout quelques stigmates. Plusieurs mois avant les négociations qui devaient mener cet été à une nouvelle convention collective, les clubs, soutenus par David Stern, le commissaire de la Ligue, avaient tiré la première salve en martelant qu'ils perdaient collectivement 300 millions de dollars par saison. Selon eux, 22 des 30 équipes étaient déficitaires. La solution préconisée ne versait pas dans la philanthropie : une réduction des salaires de 40 % - soit 800 millions de dollars - et un plafond salarial fixé à 45 millions par équipe au lieu des 58 millions de mise. Pour Billy Hunter, le directeur de la National Basketball Players Association, et Derek Fisher (L.A. Lakers), son président, ces conditions avaient des airs d'ultimatum inacceptable. Cela signifiait notamment que les joueurs devaient abandonner une bonne part du gâteau, soit le droit aux 57 % des revenus générés par les activités purement sportives des clubs. On parlait tantôt de 47 %, tantôt de 50. Soit, en clair une réduction des émoluments de quelque 3 milliards de dollars étalés sur la dizaine d'années de validité de l'accord syndical ! Le bras de fer pouvait commencer... Il allait durer 149 jours, émaillés de réunions interminables, de palabres, de prises de bec, de menaces, de man£uvres, de propositions, de contre-offres, de tentatives de compromis... Mille fois les joueurs ont quitté la table des négociations. Mille fois les propriétaires leur ont emboîté le pas. Stern, pourtant rompu aux négociations - lui qui les vit de près depuis son avènement à la tête de la NBA en 1984 déjà - s'est plusieurs fois déclaré triste, déçu et découragé par les positions inflexibles des uns et des autres. Tout en penchant lourdement toutefois du côté des... propriétaires, garants de la santé de la NBA. Bref, au beau milieu de l'été, personne n'aurait osé parier un seul dollar sur la tenue de la saison 2011-2012. Et surtout pas Bryant Gumbel, célèbre journaliste de HBO Real Sports qui n'a pas hésité à mettre le feu aux poudres en accusant la Ligue pro d'exploitation et de racisme envers ses joueurs, très majoritairement noirs comme on le sait. Dans ce climat incertain et délétère, l'exode pouvait commencer. Le premier à mettre les voiles dès le 16 juillet fut Deron Williams (New Jersey Nets) qui émigra en Turquie, au Besiktas. Ensuite Mehmut Okur (Utah Jazz) pour le Turk Telekom, suivi de Kenyon Martin (Denver Nuggets) au Xinjian Flying Tigers (Chine), Andrei Kirilenko (Utah) au CSKA Moscou et Tony Parker (San Antonio) à Lyon-Villeurbanne. En prenant bien soin de bétonner une clause du dédit au cas où le championnat NBA aurait tout de même cours. Pas folles, les guêpes ! Mais il est écrit quelque part que le bon sens, même forcé, allait prévaloir. Après cinq mois de crise, un accord fut conclu, comme par enchantement symbolique, le week-end de Thanksgiving ou fête de l'Action de grâces. Et comme pour mieux encore remercier le ciel pour ce miracle, il fut décidé de commencer le championnat le jour même de Noël avec un quintette de belles affiches : Boston-New York, Miami-Dallas, Chicago-L.A. Lakers, L.A. Clippers-Golden Gate et Orlando-Oklahoma. Bref, un exercice 2011-2012 durant lequel chaque équipe jouera 66 matches au lieu de 82, où les pauvres petits joueurs (qui engrangent tout de même chacun 5,15 millions de dollars de salaire moyen par saison) devront se contenter de 51 % seulement des recettes et où finalement, tout le monde semble avoir sauvé la face. Et surtout le pactole. Car la NBA est d'abord et avant tout une fantastique cash machine. Son chiffre d'affaires dépasse les 4 milliards de dollars. Rien que les revenus télévisés générés par les trois chaînes nationales qui diffusent les matches ( ABC, ESPN et TNT) atteignent 930 millions de dollars. Elle sert aussi une myriade de secteurs connexes (transports, hôtellerie, restauration, publicité...). Un exemple entre mille : on estime que les fabricants de chaussures de sport auraient perdu 500 millions de dollars (soit OE de leurs revenus annuels) si la saison avait été annulée. On aurait pu croire le public lassé par la passion du lucre tant des clubs que des joueurs. Il n'en est rien. Les chiffres laissent rêveur. Lors du black Friday, le lendemain de Thanksgiving - et donc de l'annonce de la tenue du championnat - le magasin NBA de Manhattan a enregistré une hausse de 38 % de ses ventes par rapport à 2010. Les ventes des tickets pour les matches de pré-saison sont en augmentation de 16 % par rapport à l'an dernier. Et les ventes de marchandises officielles griffées NBA explosent avec un bonus de 43 %. Le supporter est tolérant. Tout est pardonné. C'est de saison. Et elle peut commencer sous les meilleurs auspices. PAR BERNARD GEENEN - PHOTO: IMAGEGLOBE