Elle est venue de Ouarzazate, une petite ville située entre le Haut- Atlas et l'Anti-Atlas, au Maroc, avec son sourire en forme de soleil, sa force tranquille, son amour de l'athlétisme.
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Elle est venue de Ouarzazate, une petite ville située entre le Haut- Atlas et l'Anti-Atlas, au Maroc, avec son sourire en forme de soleil, sa force tranquille, son amour de l'athlétisme. Il fallait avoir envie de quitter la palmeraie de son enfance, afin de découvrir les frimas européens. " Je suis arrivée en Belgique le 25 avril 1999 ", se souvient Fatiha Baouf, 34 ans. " Je répondais à l'appel de mon oncle dont le fils, mon cousin, est connu dans le monde du football : Rachid Baouf. Une nouvelle vie commençait pour moi. Au départ, j'ai cru que mon séjour en Belgique serait limité dans le temps. C'était un choix de carrière qui est rapidement devenu un choix du c£ur. Mon présent et mon avenir se situent dans ce pays qui m'a accueillie les bras ouverts ". Pourtant, s'il y a bien un paradis des athlètes, c'est le Maroc où les surdoués et les championnes, de plus en plus nombreux, s'entraînent dans les meilleures conditions, surtout à Ifrane. Cette station de montagne située à une altitude de 1650 m possède, entre autres, une grande forêt de cèdres, d'immenses lacs qui offrent truites et brochets aux pêcheurs. Nawal el-Moutawakil y a perfectionné la foulée qui lui a permis, en 1984, à Los Angeles, de gagner l'or olympique sur 400 m haies. C'était un petit bout de jeune femme : 22 ans, 1, 59 m. Son exploit restera à jamais gravé dans la légende car elle a été la première athlète marocaine, musulmane et africaine à monter sur la plus haute marche d'un podium olympique. " Nawal el-Moutawakil a lancé l'athlétisme au Maroc ", avance Fatiha Baouf. " Elle était notre idole. Pour beaucoup de jeunes filles, le sport devint un théâtre d'expression. A l'école, je pratiquais pas mal de disciplines, surtout avec ballon, mais la course à pied prit le dessus après un cross-country organisé dans le cadre de jeux scolaires ". A Ouarzazate, certains voisins froncèrent les sourcils. Une jeune fille en short, ce n'était pas bien vu par tout le monde. " Mes parents m'ont tout de suite apporté leur soutien ", se souvient Fatiha Baouf. " Mon père estimait que c'était une bonne chose, une excellente école de la vie car il faut s'organiser, travailler, se dépasser. Les athlètes sont une source de motivation pour tout le Maroc. Les années ont passé et quand on se promène à Ouarzazate, plus personne ne réagit quand une fille s'entraîne. Les temps changent partout. C'est désormais normal et les mentalités anciennes s'effacent. Là-bas, les adolescentes ne portent pas le foulard. J'en ai vu beaucoup plus à Bruxelles et cela m'a étonné. Il y a plus de problèmes ici qu'au Maroc. Je me rends parfois dans des quartiers difficiles de la capitale afin de discuter avec les jeunes. J'espère que mon expérience est intéressante pour eux ". Petit à petit, Fatiha Baouf rejoint Marrakech, car il n'y avait pas de club d'athlétisme à Ouarzazate, puis rejoint le giron de l'équipe nationale du Maroc à Rabat. " Toute ma vie fut organisée autour de mon sport à partir de 1993 : entraînement, récupération, compétition ". Elle se multiplie entre la piste, les cross et même le terrible Marathon des Sables. En 1999, Fatiha Baouf fait le grand saut vers la Belgique afin de donner un autre élan à sa carrière. Elle s'affilie au CABW (Cercle Athlétique du Brabant Wallon) à Nivelles et trouve un logement à Chapelle-lez-Herlaimont, entre La Louvière et Charleroi. " Je m'y sens vraiment bien ", dit-elle. " Bruxelles est une ville trop grande, trop animée pour moi. A Chapelle-lez-Herlaimont, tout le monde se connaît et c'est mieux ainsi : le calme est un bien précieux pour les athlètes ". Les voisins lui apportent même les cassettes vidéo de ces courses. Il est vrai qu'on la voit partout, elle devient une des reines de la Cross Cup et de la piste. Sa gentillesse séduit et elle s'intègre à une vitesse phénoménale dans son milieu belge. Elle participe même à des élections sur une liste du PS. Son intégration dans son pays d'accueil est plus totale que celle de Mohammed Mouhrit. " Ici, tout va plus vite qu'au Maroc ", constate-t-elle en souriant. " A Ouarzazate, on remet facilement les choses au lendemain. Tout le monde a le temps. En Belgique, les gens sont toujours pressés ". Fondue dans notre société, elle obtient rapidement la nationalité belge et devient " la " représentante de l'athlétisme francophone en compétition. " J'ai tout de suite été étonnée par le fait que j'étais la seule francophone des pelotons ", avoue-t-elle. Son exemple sera-t-il suivi comme il le fut au Maroc ? Fatiha Baouf sourit. La relève se prépare dans le sud du pays mais ce n'est pas évident. " Je m'entends bien avec mes adversaires flamandes ", affirme-t-elle. " Quand nous sommes à l'étranger, Veerle Dejaeghere demande que nous partagions la même chambre. Il m'arrive de lui parler du Maroc, de ma région natale. Veerle veut aussi perfectionner son français et j'essaye de comprendre le flamand ". A 34 ans, Fatiha Baouf a des tas de projets en tête et s'entraîne dur sous la houlette d' André Mahy et de son mari, Jalil. Après l'hiver, elle se tournera vers la piste et les courses de fond. Elle s'est emparée du record de Belgique du 5.000 m en 15' 15'' 08. C'est une référence, un point d'appui pour les grands rendez-vous internationaux de l'été. Le ramadan lui a certainement compliqué les choses lors de certains cross. Si le jeûne diurne met parfois des footballeurs dans un état propice à l'effort, il n'en va pas de même dans les labourés. Mais Fatiha n'avancera jamais cette excuse pour expliquer une défaite ou des moments difficiles. Elle respecte trop ses adversaires pour cela. Ce goût pour les longues distances l'entraînera avant la fin de sa carrière vers le marathon où elle a déjà signé des temps prometteurs. Avec un peu de réussite, la souriante athlète pourrait représenter la Belgique au marathon de Pékin. Elle en aura parcouru du chemin la jeune fille d'Ouarzazate. Elle aura largement contribué au combat d'émancipation des femmes par le sport dans son pays natal avant de requinquer l'athlétisme féminin en Belgique. Pierre Bilic" Mon présent et mon avenir se situent dans cette Belgique qui M'A ACCUEILLIE LES BRAS OUVERTS "