Un mois avant le football, le basket belge vivra la première apothéose de sa saison : la finale de la Coupe de Belgique, organisée pour la troisième fois d'affilée dans la mythique salle de spectacle bruxelloise de Forest National, opposera dimanche prochain Ostende à Limburg United. Ostende, c'est l'ogre de la compétition : depuis 2012, et l'arrivée du coach croate DarioGjergja (qui, pour l'anecdote, a été assistant-coach à Charleroi mais n'y a jamais reçu l'opportunité de devenir coach principal), les Côtiers ont tout raflé, que ce soit en coupe ou en championnat. Limburg United c'est le petit nouveau. Créé de toutes pièces il y a quatre ans, pour combler le vide laissé dans la province après la faillite de Bree, il évolue à Hasselt et a intégré la D1 en même temps que le Brussels. Il est coaché par BrianLynch, alias MonsieurKimClijsters, et fera clairement figure d'outsider.
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Un mois avant le football, le basket belge vivra la première apothéose de sa saison : la finale de la Coupe de Belgique, organisée pour la troisième fois d'affilée dans la mythique salle de spectacle bruxelloise de Forest National, opposera dimanche prochain Ostende à Limburg United. Ostende, c'est l'ogre de la compétition : depuis 2012, et l'arrivée du coach croate DarioGjergja (qui, pour l'anecdote, a été assistant-coach à Charleroi mais n'y a jamais reçu l'opportunité de devenir coach principal), les Côtiers ont tout raflé, que ce soit en coupe ou en championnat. Limburg United c'est le petit nouveau. Créé de toutes pièces il y a quatre ans, pour combler le vide laissé dans la province après la faillite de Bree, il évolue à Hasselt et a intégré la D1 en même temps que le Brussels. Il est coaché par BrianLynch, alias MonsieurKimClijsters, et fera clairement figure d'outsider. Mais où sont les clubs wallons ? Le dernier représentant francophone dans l'épreuve était bruxellois : le Brussels a été éliminé en demi-finale par Ostende. Mons et Charleroi ont été éliminés en quart de finale par les deux futurs finalistes, et Liège a été éliminé en huitième de finale par Louvain. Pepinster, lui, ne participe plus à la compétition professionnelle. Il pourrait revenir la saison prochaine - il a en tout cas demandé les conditions d'obtention de la licence - mais rien n'est moins sûr. Lorsqu'on songe à la perte de compétitivité des clubs francophones, on songe en premier lieu au Spirou Charleroi. C'était le club phare du basket belge avant l'hégémonie d'Ostende : dix titres et six coupes entre 1996 et 2011. Mais voilà : Charleroi a longtemps jeté l'argent par les fenêtres, au point que le club a failli disparaître. Il ne doit sa survie qu'à l'intervention de ses nouveaux dirigeants : le président Jean-JacquesCloquet (ex-footballeur au Sporting Charleroi et aujourd'hui CEO de Charleroi-Airport) et l'administrateur délégué GabrielJean, qui ont remis de l'ordre dans la maison. " Le boulet est passé tout près ", a reconnu Cloquet lors de sa nomination en août 2015. " Désormais, un plan d'apurement des dettes a été mis en place et il sera respecté. " En ancien footballeur qu'il est, il veut prendre La Gantoise en exemple. " Les Buffalos ont enregistré, jadis, un déficit de 22 millions d'euros. Ils ont progressivement assaini leurs finances pour remporter le titre de champion de Belgique dans un stade flambant neuf. " Le Spirou se reconstruit donc, en s'inspirant désormais de la politique d'Ostende (de très bons joueurs belges encadrés par quelques étrangers, et pas l'inverse), mais il faut du temps pour redevenir un candidat au titre. En outre, le club a été victime d'une insigne malchance : l'infirmerie n'a jamais désempli depuis trois ans, et il y a même eu un décès (le jeune pivot danois RasmusLarsen, retrouvé mort dans son appartement le matin d'un match de play-offs à Ostende en juin 2015). La mentalité est peut-être en cause également. Le coach FulvioBastianini, arrivé de Liège l'été dernier, l'a souligné en démissionnant après une défaite humiliante contre Willebroek, en novembre 2016. Une démission refusée par la direction, et qui a eu le mérite de provoquer une prise de conscience chez les joueurs, mais que le coach avait justifiée en ces termes : " Certains devraient prendre conscience de la chance qu'ils ont de porter le maillot du Spirou et mouiller ce maillot. Ils sont redevables vis-à-vis des personnes qui ont investi pour sauver le club et sans qui ils ne seraient pas basketteurs professionnels à Charleroi. " En dehors de Charleroi, les autres clubs francophones ont toujours eu davantage un rôle d'outsider. Mons a toujours été géré en bon père de famille : jamais un euro n'a été dépensé s'il n'était pas en caisse. Et donc, le club était " toujours placé, jamais gagnant " (deux coupes quand même, en 2006 et 2011). En 2014, un président fraîchement élu, DominiqueBalcaen, a essayé de prendre un peu plus de risques, mais il a vite été désavoué par le Conseil d'administration et a dû quitter la barre après quelques semaines. Le président actuel, RonaldGobert, a réinstauré une politique sage. Mons a encore joué une finale de play-offs en 2014, mais les deux dernières saisons ont été décevantes. Il ne parvient même plus à être " placé ". Et le budget a encore été raboté de 25 %... Liège a été vice-champion de Belgique en 2011, alors qu'il était coaché par... Dario Gjergja. Il possède un bon centre de formation, mais ses moyens financiers sont limités et le club voit donc partir ses meilleurs éléments dans des clubs plus huppés (Pierre-AntoineGillet à Ostende, OlivierTroisfontaines à Alost, IoannIarochevitch et MaximeGaudoux à Charleroi). Le réservoir n'est pas inépuisable, et cette saison, les Principautaires partagent la lanterne rouge avec Louvain. Le Brussels, enfin, est un nouveau club qui a obtenu sa licence pour la D1 il y a quatre ans et qui grandit : demi-finale des play-offs l'an passé, demi-finale de coupe cette saison. Le 18 mars, il organisera son deuxième WilinkGame au Palais 12, face à Anvers, en espérant battre le record de spectateurs enregistré la saison dernière à Forest National (un peu moins de 7.000 personnes). Mais il est confronté à un gros problème d'infrastructures dans sa petite salle de Neder-over-Heembeek. Et donc, la tendance n'est pas près de s'inverser. On pense plutôt que, s'il devait y avoir une nouvelle passation de pouvoirs, ce serait plutôt entre Ostende et... Anvers. On prête d'ailleurs à Telenet, le sponsor principal d'Ostende, de quitter la Côte pour rejoindre la Métropole. La direction des Giants a réagi en affirmant que " c'était prématuré " et que " la presse sera avertie lorsque ce sera officiel ", mais il n'y a pas de fumée sans feu. Et le BCO n'a visiblement pas l'intention de revoir ses ambitions à la baisse : le coach Gjergja vient de prolonger son contrat de quatre années supplémentaires. Cette " crise " du basket francophone touche surtout les clubs, moins les joueurs. Le Joueurdel'Année 2016, QuentinSerron (à l'époque à Ostende, aujourd'hui à Gravelines en France), est bruxellois. Celui de 2015, Pierre-Antoine Gillet (toujours à Ostende), est liégeois. Et celui de 2014, MaximeDeZeeuw (à l'époque à Anvers, aujourd'hui à Oldenburg en Allemagne), est bruxellois également. En équipe nationale, on trouve aussi pas mal de francophones. À commencer par AxelHervelle (Bilbao), mais aussi JonathanTabu (Bilbao également), KevinTumba (à Murcie depuis peu), Ioann Iarochevitch (Charleroi), LionelBosco (Mons) et peut-être bientôt le tout jeune ManuLecomte (actif dans le championnat universitaire américain). La liste n'est pas exhaustive. Quatre des dix coaches de D1 sont francophones, soit la même proportion que le nombre de clubs. Et le meilleur arbitre belge est, lui aussi, wallon : c'est le Liégeois RenaudGeller, qui a sifflé au dernier Championnat d'Europe. Si les clubs francophones de l'élite sont moins compétitifs qu'autrefois, ils sont encore relativement bien représentés au niveau de la D1 : trois clubs wallons et un bruxellois, sur les dix équipes engagées. Par contre, en D2, c'est quasiment le désert : sur les 14 équipes engagées, il n'y a qu'un seul club wallon (le BC Ninane en région liégeoise) et deux clubs bruxellois qui viennent d'être promus l'été dernier (le mythique Royal IV qui revit et le RPC Anderlecht). Et donc, 11 clubs flamands, dont cinq anversois. En D3, c'est un peu plus équilibré : 12 clubs francophones sur les 28 (deux séries de 14), mais à l'exception de l'équipe B du Spirou Charleroi, aucun n'a l'ambition de monter. Les divisions inférieures sont régionalisées. Comment expliquer le déclin des clubs wallons ? Nous avons posé la question à trois coaches de différents niveaux, à un journaliste attitré de télévision et au président de la fédération francophone. DanielGoethals est un coach wallon qui officie en Flandre. Avec Willebroek, le plus petit budget de l'élite, il pourrait se qualifier pour les play-offs, pour la première fois dans l'histoire des Kangoeroes. " Mais le championnat est encore long ", relativise-t-il. " En ce qui concerne la Coupe de Belgique, on ne doit pas tirer de conclusions hâtives et surtout ne pas généraliser, car c'est souvent le tirage et la forme du moment qui décident de l'affiche de la finale. Sur une compétition aussi courte, tout le monde peut atteindre Forest National. Liège l'a fait en 2015 et avait même contraint Ostende à une prolongation. Seulement voilà : pour aller jusque-là, il faut éviter de croiser Ostende sur sa route. Pas de chance pour Mons et le Brussels, cette saison : ils se sont heurtés aux Côtiers dès les quarts et les demi-finales, respectivement. Quant à l'absence de Charleroi, elle s'explique aussi par une question de moment : le Spirou a affronté Limburg United entre deux déplacements de Champions League, à Istanbul et à Athènes. " MarkHawley, un ancien joueur britannique de Liège désormais bien établi en Belgique, est le coach du BC Ninane, l'unique club wallon de l'antichambre. Chaque semaine, il affronte donc un club flamand ou bruxellois. " Pourquoi les clubs du sud sont-ils à la traîne ? C'est un ensemble de circonstances. Le budget, d'abord. Récemment, on a affronté Gand, actuellement en tête de la D2. Je suis certain qu'avec deux ou trois de leurs joueurs, on pourrait payer l'ensemble de notre effectif. Les infrastructures, ensuite. Lorsqu'on se déplace en Flandre, on joue la plupart du temps dans de très belles salles. C'est loin d'être le cas en Wallonie. Et puis, à la base, il y a la formation : le vivier, à Anvers, est incroyable. Chaque année, on voit éclore de nouveaux talents. À l'époque où j'étais moi-même joueur, c'était plutôt le basket wallon qui avait le vent en poupe. Au niveau de la mentalité, je ne peux pas comparer car je n'ai jamais entraîné dans le nord du pays. Mais je constate néanmoins que l'une des premières questions qui vient sur le tapis, lorsque nous contactons un joueur dans l'optique d'un transfert, est : -À combien de minutes de jeu aurai-je droit ? Avant que le joueur en question n'ait prouvé quoi que ce soit. " FabienMuylaert, le coach de Nivelles (qui joue cette saison en Régionale 1 mais a longtemps évolué en D2 et D3 nationale), n'hésite pas à se prononcer au sujet de la mentalité. Et il n'est pas tendre. " Il y a clairement une différence entre un jeune joueur flamand et un jeune joueur wallon ", estime-t-il. " À l'entrainement, lorsqu'on demande à un jeune Flamand d'effectuer dix sprints en posant à chaque fois le pied sur la ligne de fond, il le fera dix fois. Le jeune Wallon, à la troisième fois, se dira : -C'est bon, je l'ai fait ! Et il se relâchera un mètre avant la ligne de fond. Or, si l'on veut réussir au plus haut niveau, à talent égal, c'est le travail qui fait la différence. En ce qui concerne la formation, l'AWBB a certes créé le centre de formation à Jambes, mais à l'une ou l'autre exception près comme Pierre-Antoine Gillet (Ostende) ou TerryDeroover (Willebroek), il n'a jamais produit que des joueurs de D2 ou de D3. En outre, comme les clubs flamands ont plus de moyens financiers, ils peuvent se permettre d'attirer les meilleurs jeunes, y compris francophones. Les clubs wallons doivent se contenter de ceux qui restent, qui sont moins performants. Lorsque le Spirou Charleroi avait de l'argent, il n'a jamais réellement investi dans la formation. Aujourd'hui, il le fait, mais il accuse dix ans de retard sur Ostende dans ce domaine. Enfin, si l'on trouve moins de clubs wallons à l'échelon national, c'est aussi une question de mentalité : ils préfèrent accumuler les titres dans une série inférieure que jouer les faire-valoir un étage plus haut. Ils veulent aussi conserver des derbies, qui attirent du monde et font marcher la buvette... " PierreRobert commentera donc en intégralité, sur la RTBF, une finale 100 % flamande. " Je ne cache pas qu'au vu de l'affiche des demi-finales, on avait secrètement espéré une présence du Brussels à Forest National. Et on y a encore cru davantage après la belle prestation des Bruxellois lors du match aller à Ostende. Ce jour-là, je crois que les Côtiers l'avaient pris à la légère. Du style : balade sur la plage, et cela ira tout seul. Lors du match retour, Dario Gjergja avait rappelé tout le monde à l'ordre, et lorsqu'Ostende joue sérieusement, personne en Belgique ne peut lui résister. On aura donc une finale 100 % flamande, qu'on diffusera en différé, avec un reportage sur l'arbitrage à la mi-temps. Ce pourrait être une belle finale malgré tout. Et sur un match, tout est possible. Même une victoire de Limburg United. " PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS BELGAIMAGE