Pascal Dias est vite passé du paradis en enfer. Il y a deux ans, il terminait le championnat à la cinquième place avec Lokeren, dont il était l'un des joueurs les plus réguliers. Sa première saison en D1 avait été une réussite totale: 28 matches joués, 6 buts inscrits et un statut de révélation. On lui trouvait des points communs avec Ronaldo, il était cité à l'Ajax, il avait fait aussi forte impression que son équipier Jan Koller tout au long du premier tour.
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Pascal Dias est vite passé du paradis en enfer. Il y a deux ans, il terminait le championnat à la cinquième place avec Lokeren, dont il était l'un des joueurs les plus réguliers. Sa première saison en D1 avait été une réussite totale: 28 matches joués, 6 buts inscrits et un statut de révélation. On lui trouvait des points communs avec Ronaldo, il était cité à l'Ajax, il avait fait aussi forte impression que son équipier Jan Koller tout au long du premier tour. Aujourd'hui, le même attaquant traîne son ennui à Charleroi. Entre-temps, il a aussi connu une cruelle désillusion au Standard. "On exagère vite", dit-il. "Il fallait être fou pour me comparer à Ronaldo. Mais il est tout aussi ridicule de dire maintenant que je ne vaux plus rien. La vérité se situe entre les deux. Je ne peux pas avoir perdu toutes mes qualités en deux ans. J'ai même progressé, sur le plan mental notamment". Le Français du Sporting parle sur un ton triste et résigné. L'incertitude qui entoure son avenir le ronge. Le Standard, qui l'avait acheté pour 30 millions à Lokeren et lui avait fait signer un contrat de cinq ans, l'a prêté pour une saison à Charleroi. Il existe une option d'achat : 60 millions! "Même le meilleur Dias ne vaut certainement pas autant d'argent", reconnaît-il. "Alors, vous imaginez la valeur marchande du Dias actuel. En attendant, le prix mis sur ma tête risque de me handicaper très fort. Qui va prendre le risque de dépenser tout cet argent pour un joueur qui est dans le trou depuis deux ans?" Il retournera au Standard à la fin de cette saison. En transit, sans aucun doute. "Les dirigeants de Charleroi n'ont pas l'intention de me conserver et je les comprends parfaitement. Et je suppose qu'on n'a plus besoin de moi au Standard. J'imagine mal un transfert dans un autre club belge après ce que j'ai montré depuis mon départ de Lokeren. Mais si je n'ai pas assez de qualités pour le championnat de Belgique, où pourrais-je aller? Je ne veux pas être méchant ou paraître prétentieux, mais le niveau n'a rien de comparable dans les pays voisins... Si je ne suis pas assez bon pour ce championnat, il vaut mieux que j'arrête de jouer!"Lorsque Manu Ferrera et Enzo Scifo étaient allés à sa rencontre, en fin de saison dernière, Pascal Dias s'était pourtant senti revivre. Il en avait marre de tous les bouleversements qui avaient touché le Standard. "J'étais déjà arrivé à Sclessin dans de mauvaises conditions. Les négociations avec Lokeren s'étaient éternisées et je n'avais finalement signé qu'à trois jours du premier match de championnat. J'avais stressé pendant tout le mois de juillet et je n'avais effectué la préparation ni avec Lokeren, ni avec le Standard. Ça commençait donc mal. On attendait beaucoup de moi dans mon nouveau club. Normal: j'avais coûté 30 millions et j'arrivais avec une très bonne réputation de Lokeren. Il y a eu la mise à l'écart de Guy Hellers, puis les changements d'entraîneurs, les réactions négatives du public, la concurrence de Selymes et Dimas sur le flanc gauche: j'ai mal digéré tout cela. Le Standard a l'air plus stable depuis le retour de Michel Preud'homme. Mais l'année dernière, on était très loin de la stabilité. Je n'avais pourtant pas l'impression d'avoir démérité, en marquant notamment quelques buts quand on m'avait lancé en cours de match. Malgré cela, les supporters ne m'appréciaient pas. Je ne dis pas qu'ils m'en voulaient autant qu'à Ali Lukunku, mais on ne peut sûrement pas dire que j'étais leur chouchou. Vous imaginez, si j'y retourne pour la saison prochaine, après avoir passé un an à Charleroi? Allez faire un tour sur les sites Internet des supporters du Standard et vous comprendrez que la rivalité entre les deux clubs est plus féroce que jamais". Laurent Wuillot et Daniel Van Buyten, eux aussi transférés de Charleroi, ne peuvent quand même pas se plaindre du comportement des supporters du Standard à leur égard? "C'est vrai, mais ce sont de bons Belges et ça change tout", signale Dias... Il n'est pas loin de penser qu'il a été trompé sur la marchandise en signant à Charleroi. "On m'avait dit que le style de jeu de cette équipe me permettrait de faire jouer à fond mes qualités de sprinter. On m'avait parlé d'un football en contre-attaque. Parfait pour moi. Mais j'ai vite compris qu'on allait ailleurs. Le Sporting combinait beaucoup dans un entrejeu très fourni en début de saison. C'était un jeu bien léché, je le reconnais. Mais moi, je devais attendre que les ballons arrivent devant. Ce jeu en combinaisons n'était pas fait pour mes qualités! Il me faut, dans chaque match, quelques bonnes balles en profondeur pour pouvoir donner ma pleine mesure. C'était plus à moi de m'adapter au style de ma nouvelle équipe, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Je ne pouvais pas montrer mon meilleur visage dans ces conditions et, après avoir joué les premiers matches sans briller, j'ai logiquement disparu de l'équipe". En octobre, il s'occasionna une vilaine déchirure (17 centimètres!) à la cuisse, juste après être monté au jeu contre Lokeren. Manu Ferrera n'apprécia pas du tout et lui reprocha de ne pas s'être suffisamment échauffé. "Il faut arrêter de rire", explique Dias. "Si Ferrera jugeait que je n'étais pas encore chaud, il devait attendre cinq minutes de plus avant de me lancer dans la bagarre. J'ai été obligé de sprinter dès ma première action et ce fut la catastrophe. Si cette balle était venue quelques minutes plus tard, je ne me serais pas abîmé la cuisse. Je refuse l'étiquette d'éternel blessé. Ma musculature n'est pas plus fragile que celle d'un autre joueur. Je l'ai prouvé en disputant une saison complète avec Lokeren sans souffrir de la moindre blessure".Pascal Dias a le bon goût de procéder à une bonne autocritique, à une sérieuse remise en question de sa mentalité de footballeur. C'est rare chez un réserviste! "Quand un joueur est sur le banc, il crie toujours que c'est la faute d'Untel ou Untel. Je ne joue pas dans cette pièce-là. J'estime que je n'ai pas toujours été traité comme je devais l'être à Charleroi, mais j'ai aussi une grande part de responsabilité dans mon échec. Au début de cette saison, je n'ai pas vécu comme un professionnel. Je venais de perdre ma grand-mère et cela m'a beaucoup marqué. Au lieu de mordre sur ma chique, je me suis laissé aller. J'ai fait tout ce qu'un pro ne peut pas faire: des sorties, une alimentation pas du tout indiquée, un gros manque de motivation aux entraînements, etc. Tous des écarts impardonnables, même s'ils sont compréhensibles. Le réserviste a deux choix: se battre comme un fou pour montrer à l'entraîneur qu'il a tort de ne pas lui faire confiance, ou prendre son métier à la légère. Dans un premier temps, j'ai voulu prouver à Manu Ferrera que je méritais de jouer. Mais il ne m'a pas donné une réponse concrète sous la forme d'une place de titulaire. Je me suis alors découragé et je venais à l'entraînement en traînant les pieds et j'avais une hygiène de vie indigne d'un footballeur professionnel. Ce n'est pas facile de rester motivé quand on n'est pas titulaire, mais nous avons l'obligation morale de le faire. Un footballeur doit penser au football, point à la ligne. Mea culpa! La différence par rapport à mon échec au Standard, c'est que je suis conscient de n'avoir pas tout fait pour m'imposer dans l'équipe de Charleroi". Ces deux saisons difficiles ont changé Pascal Dias. Du moins, il l'affirme. "Mentalement, j'ai beaucoup mûri. Je suis conscient que j'ai commis des erreurs. C'est la première étape, et certainement la plus importante. Je veux maintenant tirer profit de mes fautes et repartir de l'avant. Ma descente aux enfers a été aussi vertigineuse que mon ascension avec Lokeren. J'espère avoir stoppé l'hémorragie, mais il ne me reste malheureusement que trois matches pour prouver que j'ai encore toutes mes qualités. Ce sera un peu juste. Mon premier tour a été aussi pourri que celui de Roberto Bisconti. Malheureusement, je me suis remis en évidence beaucoup plus tard que lui. Aujourd'hui, Roberto est en position de force pour négocier avec un autre club alors que j'ai très peu d'arguments à faire valoir. Je n'ai rien prouvé avec Charleroi: je suis donc un transfert raté. Je ne serais pas crédible si je disais autre chose". Pierre Danvoye