La pancarte accueille avec distinction : " Jodoigne, terre de patrimoine ". Plus loin, à un vol de canari, surnom des pensionnaires jaune et noir du stade de La Cabouse, Quentin Lisman se charge de jouer les monuments pour une première historique. Le penalty de l'infatigable milieu trouve le petit filet de Meix-devant-Virton et signe la victoire des locaux, 3-1, pour l'ouverture de la D3 Amateur. Un niveau national que le matricule 199, fondé en 1922, n'avait jamais atteint jusqu'ici. Autant dire que l'acronyme de l'entité brabançonne, siglée d'un grand " RAS ", ne signifie certainement pas qu'il n'y a rien à y signaler.
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La pancarte accueille avec distinction : " Jodoigne, terre de patrimoine ". Plus loin, à un vol de canari, surnom des pensionnaires jaune et noir du stade de La Cabouse, Quentin Lisman se charge de jouer les monuments pour une première historique. Le penalty de l'infatigable milieu trouve le petit filet de Meix-devant-Virton et signe la victoire des locaux, 3-1, pour l'ouverture de la D3 Amateur. Un niveau national que le matricule 199, fondé en 1922, n'avait jamais atteint jusqu'ici. Autant dire que l'acronyme de l'entité brabançonne, siglée d'un grand " RAS ", ne signifie certainement pas qu'il n'y a rien à y signaler. Initialement Royal Sporting Club Jodoignois avant de fusionner avec deux bleds voisins et de devenir Association Sportive, la fine équipe postée à la frontière linguistique reçoit avec le sourire. Celui de José Bauwin, le chapeau jaune fluo vissé sur la tignasse. Pendant trois ans, il a coaché un certain Marc Wilmots, gamin du coin parti vers Saint-Trond et son rêve professionnel au milieu des eighties. " Marc marquait 80 goals par saison, il avait déjà un sens du but extraordinaire. Il est ensuite parti à Saint-Trond parce que son père, agriculteur, avait de très bons contacts avec les Limbourgeois. " Une suite logique pour le Taureau de Dongelberg, section de la commune qui s'apprête à fêter sa kermesse. " Moi, j'ai joué dix-huit ans pour le club et j'ai marqué plus de goals que Willy ", lâche Jacques Lion. " Tout le mérite revenait à Michel Bauwin, le frère de José, qui passait tout le monde pour me la donner. Il avait le même physique que Wilfried Van Moer. À l'époque, ce n'était pas le même terrain et on avait deux bassines par équipe pour se laver. Si on ne se dépêchait pas, on se lavait dans les affaires des autres ", rigole-t-il. Le match bat entre-temps son plein. Les Canaris papillonnent et mènent 2-1 sur les coups de tambour d'un minot taquin, capable de frapper encore plus fort lorsqu'un quinqua lui demande de baisser le volume. À la reprise, Fabrice Silvagni, l'entraîneur qui a assuré l'essentiel de sa carrière de footeux au Sporting Charleroi, préfère que ses hommes augmentent en pression. " Come on ! ", hurle-t-il sur l'un de ses remplaçants. " J'ai rien dit, coach ! Je suis bon ! ", rétorque le principal intéressé, déjà bien transpirant le long de la ligne de touche, alors que son capitaine de gardien sort quelques beaux arrêts, dont une sortie autoritaire qui laisse son vis-à-vis au sol. " C'est un ancien catcheur ", lance un supporter, jazzant tour à tour en wallon, en français et en néerlandais. Le keeper n'est autre que Bertrand Bauwin, fils de José, neveu de Michel et fierté de la fratrie revenu à des bases plus sereines après des déceptions, plus haut. Il y a neuf ans, il réenfile les couleurs du fanion familial pour participer à la remontée de cette " bonne bande de potes " depuis la troisième provinciale. Et souligner au passage le travail de Sven Vandeput, le Kompany de Jodoigne, ex-pro passé entraîneur-joueur avant de rallier sa Flandre originelle, cet été. " Cette équipe, c'est une base de camarades et de beau jeu. La camaraderie, c'est un point essentiel. Celui qui ne passe pas dans ce mood, on ne le transfère pas ", tranche Jean Winnepenninckx, le président au nom imbattable au Scrabble. Posté dans les cuisines de la buvette, au frais, une serviette mouillée sur la nuque et la victoire - modeste - en poche, le patron des lieux salue la besogne de ses multiples bénévoles, mais regrette une chose : la disparation d'une espèce rare, Willy, alias Marc Wilmots. " C'est un regret, voire même une grande déception. Il a inscrit ses deux enfants ici, il a été leur entraîneur et il a préféré qu'ils aillent ailleurs. C'est son choix. Mais depuis, on ne l'a plus vu une seule fois, pas même pour donner un coup d'envoi. " À Jodoigne, l'actuel sélectionneur de l'Iran est bien le seul au sujet duquel il n'y a rien à signaler.