C'est jour de congé à Ostende et DavidRozehnal nous reçoit chez lui, à Marcq-en-Baroeul, dans la banlieue lilloise, où il s'est établi en 2010. Il ne lui faut que trois-quarts d'heure de voiture pour rejoindre la côte belge. A la lecture de son parcours, on pourrait croire que les conditions de travail rencontrées à Ostende l'ont choqué mais il ne s'en plaint pas. Il faut dire qu'Ostende n'est pas un petit club comme les autres. Avec MarcCoucke, il progresse à grands pas.
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C'est jour de congé à Ostende et DavidRozehnal nous reçoit chez lui, à Marcq-en-Baroeul, dans la banlieue lilloise, où il s'est établi en 2010. Il ne lui faut que trois-quarts d'heure de voiture pour rejoindre la côte belge. A la lecture de son parcours, on pourrait croire que les conditions de travail rencontrées à Ostende l'ont choqué mais il ne s'en plaint pas. Il faut dire qu'Ostende n'est pas un petit club comme les autres. Avec MarcCoucke, il progresse à grands pas. " Au début, ça n'a pas été facile ", reconnaît l'international tchèque (60 sélections). " Je pensais rester à Lille, le team manager m'avait dit que le club voulait me garder mais que c'est le nouvel entraîneur qui déciderait. Manifestement, celui-ci ne voulait plus de moi. Quand ma femme a appris cela, elle a pleuré. Aujourd'hui que j'ai avalé ma déception, je peux dire que j'ai pris une des meilleures décisions de ma carrière en signant à Ostende. " DAVID ROZEHNAL : Parce que je suis heureux : je joue, le coach et mes équipiers me font confiance. Je sens qu'on compte davantage sur moi qu'à Lille, notamment en aidant les jeunes à progresser. De plus, je peux continuer à vivre ici, où nous avons beaucoup d'amis. Lukaest resté dans la même école, il joue à Marcq-en-Baroeul et s'entraîne une fois par semaine à l'académie de futsal de FlorentBalmont. DAVID : Je n'en sais encore rien. Pour moi, non. Mais ma femme veut rester. PETRA: J'écoute. (elle rit) DAVID : Elle aime la mentalité d'ici. Moi aussi, mais je suis là pour travailler. La République tchèque est un beau pays mais le niveau de vie y est moins élevé et les gens sont plus renfermés. Sauf à Prague, qui est une ville internationale. C'est ma treizième année à l'étranger. J'espère que je serai encore à Ostende l'an prochain. Après, on verra. Je ne suis pas contre le fait de rester mais chez moi, c'est en République tchèque. PETRA : Ce n'est plus chez nous : il y a douze ans que nous sommes partis. DAVID : Mais ça reste mon pays, toute ma famille est là. Je suis né et j'ai grandi à Kozusany-Tazaly, un village de 800 habitants près d'Olomouc. C'était comme une grande famille et je m'y sens bien. J'aime être proche de ces gens. DAVID : Ouvrir un petit salon de dégustation à la française avec des croissants, des pains au chocolat et du bon café. Ou une salle de futsal avec des terrains synthétiques pour petits et grands. Je ne cherche pas à gagner beaucoup d'argent, je veux juste prendre du plaisir. DAVID : Non, l'avenir de ma famille est assuré et j'espère que celui de mes enfants aussi. Mais je me connais : je ne pourrais pas rester sans rien faire. DAVID : Je pense que oui. Et si ça continue comme ça, j'aurai peut-être droit à une fin de carrière en apothéose. J'ai poursuivi un rêve à la fois. Il n'y en a qu'un qui ne s'est pas réalisé : j'aurais voulu jouer en Espagne. A Barcelone, de préférence. Ce sera pour mon fils. (il rit). PETRA : Je vais vous le dire : lorsque nous avons quitté Paris, il aurait pu aller à Séville mais Newcastle s'est montré plus rapide et, comme il n'était pas très patient, il a opté pour l'Angleterre. DAVID : Oui et non : Luka est né là-bas. PETRA : Il serait né n'importe où ailleurs, hein. (elle rit)David : Mais le football anglais... PETRA : Et le mode de vie ! DAVID : Oui, aussi ! Mais frapper le ballon le plus fort possible et courir derrière... Je n'ai jamais aimé ça. Je préfère construire. Nous avions pourtant bien commencé mais nous avons sombré et SamAllardyce, qui m'avait fait venir, a été limogé. KevinKeegan, son successeur, m'a aligné dans l'entrejeu et quand il m'a écarté, j'ai préféré aller voir ailleurs. A refaire, je serais sans doute resté mais je voulais jouer et, après six mois, je suis parti à l'AS Roma. Là aussi, c'était spécial. (il rit)DAVID : Tout ! Y compris l'entraîneur, DelioRossi. Il fumait même à l'entraînement ! (il rit). Nous jouions très défensivement, la tactique était sacrée. C'était du catenaccio. Nous avons joué la finale de la coupe à domicile devant 70.000 personnes, contre la Sampdoria. La décision est tombée aux tirs au but. Il m'a demandé si je voulais tirer. J'ai dit oui. Après coup, je me suis demandé pourquoi j'avais accepté car ce n'est pas mon job. L'adrénaline, sans doute ! Dans la tribune, ma femme devenait folle. Heureusement, j'ai marqué. Sans quoi j'aurais pu avoir des problèmes avec les supporters. C'est comme ça que ça marche en Italie, surtout à Rome. Mais j'ai vu pire encore à Paris où, après une défaite européenne, un fan a été tué par un policier : une bavure. DAVID : L'entraîneur de l'époque, BrunoLabbadia, me voulait. Mais la deuxième saison, après son limogeage, il a été remplacé par ArminVeh qui, à une semaine de la fermeture du mercato, m'a dit qu'il n'avait plus besoin de moi. A mon arrivée à Hambourg, on m'avait dit que la presse mettait la pression sur les joueurs étrangers parce que les journalistes étaient copains avec les joueurs allemands. J'ai pu m'en apercevoir. Finalement, le dernier jour de la période des transferts, mon agent m'a dit que Lille était intéressé. J'avais une demi-heure pour me décider. J'ai rarement dû aller aussi vite mais pour ma première saison, nous avons réussi le doublé et j'habite toujours ici. DAVID : A l'époque, je cherchais parfois à trop soigner la relance et je commettais des erreurs. Aujourd'hui, si c'est 1-0 à dix minutes de la fin, je balance dans la tribune. Je sens aussi que je ne suis plus tout jeune (il rit). Il me faut plus de temps pour tourner à plein régime. Mais je me suis toujours soigné et je connais mon corps. Lorsque je suis arrivé à Bruges, ma femme était toujours étudiante et elle ne pouvait me rejoindre qu'une fois par mois. Je dois reconnaître que je mangeais des frites et des carbonades flamandes à la béarnaise tous les deux jours. J'étais aussi accro au chocolat et je buvais beaucoup de coca. Mais dès qu'elle s'est installée avec moi, je me suis mis à manger sainement. Je pense que c'est une des raisons pour lesquelles j'ai rarement été blessé. DAVID : Un peu de stress n'a jamais fait de tort, ça aide à rester concentré. Seuls Messiet Hazard n'ont pas besoin de ça car ils savent qu'ils peuvent faire la différence. Avec l'âge, on se calme. J'apprécie chaque minute passée sur le terrain et j'essaye d'en faire autant dans la vie. Le football est le plus beau sport au monde, c'est mon boulot mais ce n'est pas le plus important pour moi. Il y a des choses plus graves dans la vie : l'an dernier, mon meilleur ami a perdu un enfant. DAVID : J'étais surpris, évidemment. Rien à voir avec le domaine de Luchin, le plus beau centre d'entraînement que je connaisse. C'était un peu un retour aux sources. Mais le projet dont le président m'a parlé m'intéressait. DAVID : L'an dernier, il nous avait accompagnés à Porto et je savais qu'il était spécial. Quand j'ai passé les tests médicaux à Ostende, il m'a dit : On t'a peut-être dit que j'étais fou mais je fais le maximum pour mon club. Pour moi, il n'en faut pas plus. Après le match amical contre Lille, je l'ai vu chanter et ça m'a semblé bizarre mais j'ai compris qu'il faisait cela pour créer un état d'esprit autour du club. Il est généreux mais il s'amuse. C'est un homme d'affaires mais il aime le football et ça se sent. Il y a une bonne ambiance à Ostende et c'est pour cela que je m'y amuse. On peut dire que le centre d'entraînement est basique mais l'entraîneur est bon, les joueurs aussi, je suis en forme et je sens que je peux aider le président à développer son projet. Les terrains d'entraînement sont bons aussi, les gens sont gentils, normaux quoi. C'est la base de tout et j'aime ça car ça me rappelle ce que j'ai connu à Olomouc. DAVID : C'est une surprise mais nous sommes forts. Et c'est notre état d'esprit qui nous a permis de gagner au Standard après avoir été menés rapidement. DAVID : Si vous me promettez de ne pas titrer là-dessus, je vais vous répondre de façon nuancée. Ostende compte de nombreux jeunes qui ont du potentiel. S'il garde les pieds sur terre et continue de la sorte, JordanLukaku ira loin. Pareil pour Cyriac, Musonaet Jali. A moins de les aider à ne pas être trop gourmands car je veux qu'Ostende reste en tête. DAVID : Non. DAVID : Ce sera un match un peu spécial mais je n'y pense pas. Nous avons déjà battu Anderlecht et le Standard mais nous devons surtout veiller à gagner contre les plus petits clubs. DAVID : Non, je ne me tracasse pas car je m'amuse. Ce serait sans doute différent si j'étais sur le banc. DAVID : Peut-être mais pas sur le terrain, je pense. Plus tard, sur ma terrasse, quand je me demanderai ce que je vais faire. J'aimerais préparer l'avenir mais, tant que je prends du plaisir sur un terrain, je ne veux pas trop y penser non plus. Je resterai peut-être deux ou trois ans à Ostende. Si c'est moins, je serai triste. Mais ce ne serait pas la fin du monde non plus, hein ! DAVID : Question difficile mais je vais vous dire la vérité : même lorsque j'étais titulaire, je ne m'amusais pas toujours, à cause de la tactique ou du système de jeu. Surtout en Angleterre, où je touchais rarement le ballon. Mais sur l'ensemble de ma carrière, j'ai quand même pris mon pied pendant 70 % du temps. ?PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS CHRISTOPHE KETELS" J'ai réalisé tous mes rêves sauf un : jouer en Espagne. De préférence à Barcelone. Ce sera pour mon fils. " DAVID ROZEHNAL " A Bruges, au début, je mangeais des frites et des carbonades flamandes à la béarnaise tous les deux jours. " DAVID ROZEHNAL