L'Amsterdam Arena baigne dans l'euphorie. La veille, l'Ajax a gagné avec panache son propre tournoi. Mené 1-3 par Barcelone, il s'est battu pour revenir puis gagner. Le club a retrouvé sa confiance. Dire qu'il y a un an, tout le monde avait froncé les sourcils quand Co Adriaanse, l'entraîneur, avait affirmé viser le titre. Malgré l'embauche, au prix fort, de Hossam et d'Ibrahimovic, il jouait mal. Eliminé de la Coupe d'Europe par le Celtic, Adriaanse avait dû abandonner le 4-3-3 ajacide au profit de plus de sécurité. L'arrivée de Koeman a rendu sa sérénité puis sa confiance à l'équipe. L'Ajax a d'emblée gagné le championnat et la Coupe. Il en faut plus pour contenter Koeman.
...

L'Amsterdam Arena baigne dans l'euphorie. La veille, l'Ajax a gagné avec panache son propre tournoi. Mené 1-3 par Barcelone, il s'est battu pour revenir puis gagner. Le club a retrouvé sa confiance. Dire qu'il y a un an, tout le monde avait froncé les sourcils quand Co Adriaanse, l'entraîneur, avait affirmé viser le titre. Malgré l'embauche, au prix fort, de Hossam et d'Ibrahimovic, il jouait mal. Eliminé de la Coupe d'Europe par le Celtic, Adriaanse avait dû abandonner le 4-3-3 ajacide au profit de plus de sécurité. L'arrivée de Koeman a rendu sa sérénité puis sa confiance à l'équipe. L'Ajax a d'emblée gagné le championnat et la Coupe. Il en faut plus pour contenter Koeman.Ronald Koeman: Nous avons progressé car le doublé a insufflé confiance aux joueurs mais nous restons trop courts pour les ambitions du club, comme je l'ai parfois constaté contre de grandes équipes, durant la préparation. Mais nous progressons. Il est normal que l'Ajax fasse partie de l'élite néerlandaise mais je veux qu'il retrouve l'aura qu'il avait en dehors de nos frontières en 1995. Nous avons acquis plus de caractère. Nous sommes difficiles à battre. Notre organisation laisse peu de failles. Que manque-t-il à l'Ajax?Sur le plan européen, de l'expérience. Seuls quatre joueurs du noyau ont déjà pris part à la Ligue des Champions. Le noyau est jeune mais doué. Depuis mon arrivée, les jeunes ont progressé, et pas seulement grâce à la confiance engendrée par le doublé.Quand je suis arrivé, avec Ruud Krol, l'Ajax était sans cesse critiqué. Nous avons rendu leur plaisir de jouer aux footballeurs, détendu l'atmosphère. L'équipe a prouvé contre Barcelone qu'elle ne manquait pas de caractère. Nous nous entraînons à 100%. Mes séances ne sont pas longues mais j'exige une concentration totale. Les joueurs qui ne me suivent pas sont écartés. La concurrence ne manque pas. Du coup, le niveau s'élève de lui-même.Quel football voulez-vous pratiquer?En principe, l'Ajax joue offensivement, avec des ailiers, mais ce n'est possible que sept fois sur dix aux Pays-Bas. Il faut nuancer cette tactique quand l'adversaire est plus dangereux, sans pour autant renoncer à un jeu attrayant. Aligner des ailiers sur le plan européen est trop dangereux à votre gré?Non, à condition qu'ils jouent un peu plus en arrière. Il est bon de maîtriser plusieurs tactiques.L'année dernière, tout le pays s'est demandé s'il devait se faire plus réaliste. Votre opinion?On juge un club sur ses résultats. Je veux les obtenir avec un jeu agréable mais si la tactique ne produit aucun résultat, personne n'est content. Les nuances dont je vous parlais sont nécessaires en Coupe d'Europe. Je n'ai pas l'arrogance de clamer: -L'Ajax impose toujours son style. Je m'adapte. Est-ce vraiment possible à l'Ajax?Je vais essayer. Parfois, on peut aligner deux médians au lieu de deux ailiers. Si ça marche, les critiques se taisent, même aux Pays-Bas."Je voulais un ailier gauche"Tous les clubs ont trop de joueurs mais nous étions bien parés à beaucoup de postes. Je voulais un extérieur gauche. éa a traîné à cause de la situation financière. J'ai repris deux joueurs écartés par mon prédécesseur pour doubler toutes les positions. A part Maxwell, nous n'avions pas de demi gauche. La créativité de Witschge peut être utile. Winter ne voulait plus être loué. On ne peut remballer en Réserves un homme qui a tant signifié pour l'Ajax. Je lui ai expliqué ce que j'attends de lui, bien qu'il ne soit que le troisième choix à sa place. La saison passée, l'Ajax n'avait pas de leader. Un nouveau Ronald Koeman émerge-t-il?La progression de Chivu est porteuse d'espoirs. Il est capitaine. Après tout, il est international roumain. A 21 ans, il a de la personnalité et il compte, au sein de l'équipe. Sans lui, la défense perd beaucoup. Il se manifeste également hors du terrain. J'en suis d'autant plus heureux que c'est plus difficile pour un étranger.Quelle est la langue véhiculaire, à l'Ajax?Le néerlandais. Tous les étrangers suivent des cours. Je suis aussi sévère qu'à Vitesse. Les étrangers doivent s'adapter à la culture néerlandaise. J'estime normal que tout le monde parle néerlandais, même s'il m'arrive de prendre quelqu'un à part et de m'adresser à lui en anglais, pour des détails. Mais jamais devant le groupe.Beaucoup de joueurs vous respectent car ils vous ont admiré quand étiez joueur. Est-ce un avantage?Il est toujours agréable de jouir d'un certain crédit, surtout en début de carrière mais je serai jugé sur mes qualités d'entraîneur, pas sur mes anciennes performances. Le monde du football est dur: sans résultats, on perd très vite tout crédit.L'Ajax vous a proposé de devenir l'adjoint de Jan Wouters. Pourquoi avez-vous refusé, à l'époque?J'étais l'adjoint de Van Gaal à Barcelone. Je ne m'estimais pas trop bon pour être celui de Wouters mais je pensais que l'étape suivante serait de devenir entraîneur en chef à Barcelone. Cette opportunité m'a finalement été offerte par Vitesse.Travail technique intensifAu début, c'était difficile: je voyais des fautes incompréhensibles à mes yeux. Je me suis rapidement adapté. Sans accepter ces fautes comme ça. Je me dis que le joueur en question peut mieux et j'essaie de l'améliorer.Vitesse s'est rapidement avéré moins prometteur que prévu. Vous ne vous êtes pas senti trompé?Non. Je ne regrette pas mon passage là-bas. Ce fut une expérience positive dans ma carrière. J'ai été obligé de m'intéresser à toutes les facettes de mon métier, pas seulement au terrain. J'ai dû prendre des décisions graves. Parfois bonnes, parfois pas, mais cette situation m'a beaucoup appris. Le premier club que vous entraînez peut infléchir le cours de votre carrière. Ceux qui s'y brûlent reviennent rarement dans le coup mais je n'ai jamais eu peur car j'entretenais d'excellents rapports avec les joueurs. L'Ajax m'a fait confiance. Si j'avais été mauvais à Vitesse, jamais il ne m'aurait engagé.Il n'y avait guère de différence entre les deux équipes. Pas à ce moment. L'Ajax était meilleur le plan offensif. Il marquait plus facilement. Nous avons rendu une organisation à l'Ajax. Je souhaite travailler quelques années avec les joueurs actuels, même si je sais qu'il est utopique d'espérer garder trois ans ici un joueur qui aligne des performances superbes.Avez-vous pensé à un titre direct quand vous être revenu à l'Ajax?Je me suis dit: pourquoi pas? Le PSV et Feyenoord n'étaient pas beaucoup plus forts. C'est pareil maintenant: on dit que le PSV a le meilleur groupe mais je ne suis pas d'accord. Je dirais que nous nous tenons de près. Souvent, ce sont des détails qui déterminent l'identité du champion.Vous avez vécu à l'étranger. Le football néerlandais a-t-il changé, en votre absence?Le niveau du championnat a baissé. C'est logique, au vu du nombre de Néerlandais qui se sont expatriés. La courbe s'inverse: Feyenoord a gagné la Coupe UEFA, l'Ajax pointe à nouveau du nez. Mes compatriotes ont ouvert les yeux. Ils acceptent qu'on se fasse plus réaliste pour progresser. Sur la scène internationale, bien sûr.Ne pas oublier le caractèreTout doit être trop offensif, trop beau, trop technique, au détriment de la puissance et du caractère. On doit sélectionner les jeunes qui ont du caractère. Votre coup de pied n'est pas tombé du ciel.Mes coups francs étaient surtout bourrés d'énergie. Trois fois par semaine, je m'exerçais au moins une demi-heure après l'entraînement. J'y investissais deux heures par semaine. éa porte ses fruits. Je ne pense pas que Van Hooydonk marquerait autant sur les phases arrêtées s'il ne s'y entraînait pas. C'est ce que je regrette chez les joueurs actuels: ils ne travaillent pas assez leurs points faibles ni leurs qualités. A Vitesse, j'obligeais mes joueurs à faire des heures supplémentaires. Il ne s'agit pas de travail physique mais technique.Permettez-vous à des joueurs aussi capricieux que Mido Hossam ou Ibrahimovic de trouver leur voie ou les remettez-vous sur le bon chemin?Il faut les guider. Ibrahimovic ne jouait pas comme on l'attend du numéro neuf de l'Ajax. Il était trop enfantin: il réalisait son action, comme un junior, au mauvais moment. Mido gaspille aussi son énergie. Il a une mentalité fantastique mais il n'utilise pas assez son cerveau. On ne le lui a pas appris jusqu'à présent. Nous nous en occupons. Il est très ouvert, même s'il lui est difficile de progresser de ce point de vue. Je lui ai cité Kluivert en exemple, durant notre tournoi. Qu'a-t-il fait, par exemple, pour entrer en possession du ballon? C'est instructif.Vous avez été en conflit avec Hossam.L'Ajax l'a enrôlé comme ailier gauche. Une erreur, à mes yeux. Un jour, il m'a avoué:- Je ne suis pas un ailier mais un avant. Il ne devait pas pour autant espérer être immédiatement titularisé à ce poste. Il devait le mériter en s'entraînant et en faisant ses preuves avec l'équipe B car il ne constituait pas un premier choix. Il m'a convaincu, je le reconnais. Il a saisi sa chance contre Heerenveen et depuis, il n'a plus quitté l'équipe. Est-il un leader?Il est sûr de lui. J'aime ça, tant que ça ne nuit pas à l'équipe, mais il n'est pas un meneur car il est trop occupé par sa propre personne.Après l'Ajax, Barcelone constitue votre objectif. Vous ne voulez pas travailler en Angleterre ni en Italie. Pourquoi?Je ne veux pas infliger une nouvelle langue, une nouvelle culture à ma famille. Le football anglais est fantastique mais avec tout mon respect, le niveau de vie britannique est moindre , comme je viens encore de le réaliser en passant quelques jours à Glasgow. Geert Foutré, envoyé spécial à Amsterdam"Mido a une mentalité fantastique mais il doit apprendre à utiliser son cerveau"