Bertrand Laquait n'est à Charleroi que depuis le mois de décembre dernier mais on a déjà l'impression que, le jour où Frank Defays sera blessé ou suspendu, c'est lui qui prendra le relais comme capitaine. Tellement il dégage des qualités de leader, de chef de bande. Ce fut frappant lors d'une pause boisson contre le Lierse : le gardien français passa toute cette interruption à remonter les bretelles de ses coéquipiers. " Je sentais que notre entre jeu commençait à prendre l'eau et j'estimais utile de remettre chacun face à ses responsabilités ", explique- t-il. " C'est mon rôle d'engueuler, d'encourager, de féliciter, de replacer ".
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Bertrand Laquait n'est à Charleroi que depuis le mois de décembre dernier mais on a déjà l'impression que, le jour où Frank Defays sera blessé ou suspendu, c'est lui qui prendra le relais comme capitaine. Tellement il dégage des qualités de leader, de chef de bande. Ce fut frappant lors d'une pause boisson contre le Lierse : le gardien français passa toute cette interruption à remonter les bretelles de ses coéquipiers. " Je sentais que notre entre jeu commençait à prendre l'eau et j'estimais utile de remettre chacun face à ses responsabilités ", explique- t-il. " C'est mon rôle d'engueuler, d'encourager, de féliciter, de replacer ". Comment a-t-il fait pour devenir, en moins de 15 matches, un des patrons de ce groupe ? Profite-t-il de son nouveau maillot orange fluo, du plus bel effet, pour montrer qu'il est là et bien là ? Il se marre : " Ce n'est pas moi qui ai choisi cette couleur inhabituelle. C'est sûrement une demande du nouvel équipementier du Sporting. Je devine qu'on me confond avec les stewards... Non, non : je suis gardien de but, je ne fais pas partie de l'équipe de sécurité. Au moins, avec cette tenue, je ne passe pas inaperçu. Si je passe à travers, on saura que c'est moi ! " Bertrand Laquait : Pas du tout, je vous le jure. Il n'y a, chez moi, aucune tactique dumaillot. Je ne suis de toute façon pas persuadé que le jaune ou l'orange suffise pour déstabiliser un attaquant. Je sais qu'on attend énormément de moi. Je le remarque chaque jour quand j'arrive au stade. Pas de problème, je suis prêt à répondre à ces attentes. Mon objectif est clair : être meilleur que la saison dernière. Je pars du principe que, si on ne progresse pas, on régresse inévitablement. Cette année, je veux gagner un paquet de points pour le Sporting. Je suis conscient que j'ai un concurrent redoutable dans le dos : tant mieux, cela ne pourra que m'aider à rester attentif. Je me mets parfois à la place de Dudas, j'imagine ce qu'il ressent. Mais il ne le montre pas. Il continue à travailler comme un pro exemplaire et, si le coach le lance un jour dans la bagarre, il sera parfaitement prêt. A moi de garder le poste. Il est clair que je connaîtrai des hauts et des bas. Tout l'art consiste à tomber... le moins bas possible. C'est effectivement une de mes marques de fabrique. J'ai toujours été très fort sur ma ligne. Je sais que, si je veux devenir plus complet, je dois encore progresser pas mal sur les balles hautes. Mais il est tout à fait normal que je ne sois pas encore extrêmement performant dans ce domaine : quand on reste une année complète sans jouer, comme ce fut mon cas, on perd ses repères. Je dois encore retrouver ces sensations. J'espère que les Belges n'ont pas encore vu le meilleur Bertrand Laquait. Probablement. Ces joueurs ont vu qu'il était possible de prendre un nouveau départ dans le championnat de Belgique. Personnellement, je ne connaissais que Chabaud. Nous avons passé trois ans ensemble à Nancy et, chaque fois que j'y retournais, la saison dernière, nous nous faisions un petit resto. Ce n'est pas moi qui l'ai renseigné au Sporting mais, quand j'ai su qu'il y avait des contacts, je l'ai appelé et je lui ai dit : -Viens à Charleroi, tu vas t'éclater. Comme moi, il a compris que la D1 belge valait mieux que la D2 française. Sur le plan sportif en tout cas. C'est clair qu'on peut gagner plus d'argent en D2 française. Vous savez, plusieurs clubs de cette série ont le même budget qu'Anderlecht. Le foot est plus agréable ici : on va de l'avant, on joue, presque toutes les équipes cherchent à assurer leur part de spectacle. Ce n'est plus le cas en France. J'ai un décodeur : si je dois choisir entre un match belge et un match français, je n'hésite pas. Parce que je sais que je verrai plusieurs buts, presque à coup sûr. Un foot vivant. Plein. En suivant un match français, je vais probablement m'emmerder pendant une heure, puis je verrai deux coups francs qui en valent la peine et ça se terminera par une victoire 1-0. Tout y est devenu beaucoup trop tactique. L'aspect tactique n'est pas encore au même niveau en Belgique mais c'est ça qui fait le charme de votre championnat. Oui, mais en perdant des finales de Coupe d'Europe, les Français ont fini par comprendre... Aujourd'hui, même Auxerre pratique un jeu réaliste. Le beau 4-3-3, c'est fini. C'est devenu un 4-4-2, voire un 4-5-1. Je dirais que ce fut une grosse rumeur. Oui, j'ai eu des contacts officiels. Pour jouer à Anderlecht tout court... Il y avait une somme de transfert et cela a freiné les négociations. En plus, je sentais ici une vraie volonté de me conserver. Je suis donc resté, sans regrets. Certainement. Etre courtisé par un club comme Anderlecht, c'est toujours flatteur. Cela prouve la valeur de ma progression. Il y a six bons mois, je n'étais plus nulle part et je ne m'attendais pas à vivre autant de belles choses en aussi peu de temps. Quand Charleroi m'a contacté, je n'ai pas hésité une seule seconde. Pour une raison toute simple : c'était le Sporting ou rien du tout. J'étais sans boulot et personne ne s'intéressait à moi. Dès mon premier jour de test, ce fut le coup de foudre. Il dure toujours. Pour l'instant, je n'ai pas envie de quitter la Belgique. J'ai eu plusieurs offres de D2 française durant l'été, mais j'avais de toute façon donné ma parole au Sporting : je ne partirais pas pour la D2. Je n'ai pas encore fait le tour de votre football. Il me reste plein de choses à découvrir, il y a des stades qui me font une excellente impression mais où je n'ai pas encore joué. Il y a un peu de tout ici : Charleroi, Genk, Anderlecht, St-Trond, c'est partout très différent, mais très sympa. Si je dois être revanchard, c'est uniquement vis-à-vis de Nancy, qui m'a viré alors que je m'étais blessé aux ligaments du genou. J'avoue que j'ai encore un peu de haine envers ce club. J'y avais passé 11 ans et il est vraiment dommage que notre histoire se soit terminée comme ça. Mais, pour le reste, je n'estime pas que je prends actuellement une revanche vis-à-vis de mon pays. ... et pourtant, nous ne faisons pas bande à part. Que ce soit clair : il n'y a pas de clan français dans ce noyau. Et pas de mercenaires non plus. Il y a eu un début de polémique dans la presse mais il était urgent d'y mettre fin le plus vite possible. Je sais comment ça va : si l'équipe tourne bien, on dira que c'est grâce aux Français ; mais, si elle patauge, ce sera pour notre poire. Il m'a appris à mieux aborder la préparation mentale de mes matches. Quand je suis arrivé, j'avais tendance à laisser énormément d'influx dans les entraînements, en m'énervant pour un oui, pour un non. Cette énergie, je ne l'avais plus le jour du match. Gulyas a su me canaliser. Pierre Danvoye