"C'est qui, lui ?", demande une maman. " C'est le nouvel entraîneur ", répond un policier. " Michel Preud'homme. C'était un grand gardien dans les années 90. " " Je vais aller lui demander une photo, alors ", renchérit la maman avant de s'exécuter. La scène se passe à Bennekom, petit patelin hollandais, à quelques encablures d'Arnhem, dans une région verte davantage connue pour sa culture des cerises que pour son club de football. Le VV Bennekom local évolue en quatrième division et c'est là, dans une ambiance frôlant la kermesse populaire que le FC Twente va étrenner son titre de champion, disputant son premier match amical, quatre jours après la reprise des entraînements.
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"C'est qui, lui ?", demande une maman. " C'est le nouvel entraîneur ", répond un policier. " Michel Preud'homme. C'était un grand gardien dans les années 90. " " Je vais aller lui demander une photo, alors ", renchérit la maman avant de s'exécuter. La scène se passe à Bennekom, petit patelin hollandais, à quelques encablures d'Arnhem, dans une région verte davantage connue pour sa culture des cerises que pour son club de football. Le VV Bennekom local évolue en quatrième division et c'est là, dans une ambiance frôlant la kermesse populaire que le FC Twente va étrenner son titre de champion, disputant son premier match amical, quatre jours après la reprise des entraînements. A Bennekom, le public, et surtout les jeunes gamins, sont venus saluer et admirer les nouveaux champions. Dans cette cohue, Preud'homme doit encore trouver sa place, comme en témoigne la réflexion de la jeune maman. Il est encore en phase de découverte. " J'ai déjà pu tâter l'engouement né du sacre ", explique l'ancien coach de Gand. " Même si, depuis quelques jours, Twente a quelque peu laissé place dans le c£ur des gens à la sélection hollandaise. "A 115 kilomètres plus à l'est, au c£ur de la région de Twente, Enschede vit sur un petit nuage. Même si le FC était en progression constante depuis plusieurs années, on imaginait mal le club décrocher le premier titre de son histoire au nez et à la barbe des cadors hollandais que sont le PSV et l'Ajax. D'autant plus que ces derniers avaient déjà été privés de la récompense suprême l'année précédente de la faute de l'AZ. Alors, vous imaginez ! Depuis un mois, l'ivresse ne quitte plus les habitants d'Enschede. Coincée aux portes de la frontière allemande, cette petite ville de 157.000 habitants n'avait jusqu'alors défrayé la chronique que le 13 mai 2000 à la suite d'une explosion d'une usine de feux d'artifice, qui a détruit tout un quartier et fait 22 morts. Pourtant, une fois les vapeurs de l'ivresse envolées, c'est sans doute la gueule de bois qui a saisi les supporters des Tukkers, surnom de ce club qui évolue sans interruption en Eredivisie depuis 1984. Car, le mage s'en est allé. Steve McClaren a monnayé son talent en Bundesliga, à Wolfsburg, après avoir effectué deux ans de formidable boulot aux Pays-Bas et tiré la quintessence de son groupe. " McClaren était un homme flamboyant. Toujours souriant et positif ", dit Henk van Schuppen, chef des sports du quotidien De Twentsche Courant Tubantia. Voilà donc le défi auquel est confronté Preud'homme, icône belge. Il devra non seulement remplacer l'artisan du succès dans le c£ur des supporters mais également pérenniser le succès du club, là où l'AZ s'est cassé les dents. " La tâche est immense ", explique Bart Jungmann, journaliste au Volkskrant. " Je sais que Preud'homme jouit d'une image extraordinaire en Belgique mais aux Pays-Bas, on est davantage circonspect. On ne met certainement pas en doute ses qualités mais on se dit que faire mieux que McClaren relève de l'exploit. Que son successeur s'appelle Louis van Gaal ou Preud'homme, la mission s'avère très ardue. Voire impossible. " A Bennekom, on ne se pose pas encore de question. Une échoppe borde le petit stade. On y trouve déjà les écharpes du titre mais également un livre souvenir ( Het officiële kampioensboek). " C'est un gros nom du football qui arrive à Twente et pour nous, c'est un immense plaisir de l'accueillir ", explique Marco Munnink qui s'occupe du site internet du club. " Tout le monde sait que cela va être difficile de faire mieux mais ce n'est pas l'objectif du club. Si on arrive à terminer à une place européenne et à arracher la troisième place des poules de Ligue des Champions, la saison sera réussie. " " C'est malgré tout un choix surprenant ", tempère van Schuppen, " Je m'attendais davantage à un entraîneur anglo-saxon ou à Frank Rijkaard ou Co Adriaanse, des entraîneurs néerlandais qui ont une certaine réputation. On connaît Preud'homme de nom. Son rayonnement comme gardien et surtout sa prestation contre les Pays-Bas à la Coupe du Monde 1994 mais nous n'avons pas suivi sa carrière d'entraîneur. Nous n'en connaissons que ce que les statistiques veulent bien nous apprendre. On a vu qu'il avait réussi au Standard de Liège et à Gand sur des périodes très courtes. Mais nous n'avions jamais entendu parler de sa ligne de conduite, de sa philosophie. Cependant, on ne demande qu'à voir et à être séduit. On se retrouve finalement dans la même position qu'il y a deux ans. Sauf qu'à l'époque, on se demandait pourquoi Twente avait donné sa chance à McClaren qui avait une image de loser. Aujourd'hui, on voit que cela a bien fonctionné avec le technicien anglais, alors on se dit pourquoi pas avec Preud'homme ? C'est un challenge très difficile qui l'attend mais le club a d'ores et déjà enlevé toute pression de ses épaules. Ce qu'on a réalisé la saison précédente est tout simplement extraordinaire et cela ne risque pas de se reproduire de si tôt. Twente ne sera plus champion. C'est une certitude. Personne n'attend un tel résultat de Preud'homme. C'est pour cette raison que le président lui a fixé un seul objectif : finir dans les cinq premiers. " Un peu plus loin, Ronnie Stam, défenseur de 26 ans, nous aborde en nous demandant si on vient de Belgique pour rencontrer Preud'homme. De sa carrière, il sait juste qu'il a été champion avec le Standard et qu'il fut un grand gardien. " Mais pourquoi a-t-il quitté le Standard pour Gand ?", questionne-t-il. Et quand on lui dit qu'il s'agit d'un des meilleurs entraîneurs belges, cela ne l'étonne pas. " Cela ne fait que quelques jours qu'on le côtoie mais il fait déjà preuve d'un grand fanatisme ", affirme Stam. " On voit qu'il connaît le football et qu'il a une grand expérience internationale. Il étudie tous les détails. Ses entraînements sont dosés mais il insiste beaucoup sur les plages de repos entre les sessions quotidiennes. Il veille à ce que tous les joueurs soient bien reposés pour éviter tout risque de blessure. Il s'enquiert aussi de notre alimentation. " Contre l'équipe de Bennekom, Twente remporte son premier match amical. Sans bien jouer. 3-1. L'essentiel n'est pas là. Une partie de l'équipe est en Afrique du Sud (comme l'Australien David Carney, le troisième gardien néerlandais Sander Boschker, le Sud-Africain Bernard Parker, l'Ivoirien Cheik Tioté, le Slovaque Miroslav Stoch ou le Suisse Blaise Nkufo qui ne reviendra pas puisqu'il a décidé de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis) ; une autre encore en vacances comme le Costaricain Bryan Ruiz, le Suédois Emir Bajrami ou l'Azéri Vagif Javadov. " On s'entraîne chaque jour deux fois pour se mettre en condition et retrouver le rythme ", explique Preud'homme devant la presse néerlandaise. " On doit peaufiner la condition et nous savons très bien que les joueurs ont vécu une très belle saison, qu'ils reviennent de vacances et qu'ils ont un peu décompressé. C'est donc normal qu'ils manquent de condition et de fraîcheur mentale. "Cela fait donc quatre jours que Preud'homme découvre son nouvel environnement. Pour un peu mieux s'imprégner de la culture néerlandaise, il a fait appel à Jos Daerden pour le seconder. " J'étais en contact avec le Cercle Bruges ", explique Daerden. " Ils restaient deux noms : le mien et celui de Bob Peeters. Les dirigeants brugeois ont été très clairs sur la situation et ont finalement choisi Peeters. Ils ont toutefois fait preuve de correction contrairement à ceux de Courtrai qui m'ont fait lanterner alors qu'ils savaient qu'ils allaient rappeler Hein Van Haezebrouck dès le début. J'avais aussi des contacts avec Eupen mais lorsque Preud'homme m'a appelé, je n'ai pas hésité. Son coup de téléphone est survenu le mardi et le vendredi, tout était réglé avec le club. Je connais bien le football néerlandais. J'ai entraîné Roda JC, j'ai été l'adjoint d'Adriaanse et je suis abonné au magazine hebdo Voetbal International. Je suis donc au courant de tout ce qui se passe aux Pays-Bas. " D'autant plus que Daerden fut le premier étranger en compagnie d' Eric Gerets à passer son diplôme d'entraîneur aux Pays-Bas. A l'époque, engagé par le PSV, Gerets s'était vu offrir les portes de la KNVB par le président d'Eindhoven, Harry van Raaij et avait passé les cours en compagnie de son ami de longue date, Jos. En quatre jours, le duo belge s'est déjà rendu compte de la qualité des infrastructures. " Rien n'est comparable à la Belgique ", dit Daerden. " Il suffit de regarder autour de vous : on est à Bennekom, un club de 4e division qui a... deux terrains synthétiques à disposition. "" Les premiers jours ont filé et se sont très bien passés ", renchérit Preud'homme. " J'ai d'abord eu un contact avec la direction, puis avec les adjoints, les joueurs et l'entourage. On voit immédiatement que le club dispose d'une très belle structure. Même si j'ai quitté la Belgique, le processus d'adaptation est le même que lorsque j'avais abandonné le Standard pour Gand. Je sais qu'au départ, on attend de moi que je donne les grandes lignes. Mais en dehors du sportif, je ne dois pas m'occuper de tout : ici, tout est pensé, organisé et très bien en place. "Avant la rencontre, Preud'homme est égal à lui-même. Bonjour rapide. Rien de plus. Il est déjà dans sa bulle. Même si l'atmosphère est davantage à la décontraction qu'à la fête. Après, l'attitude change. Une fois le match terminé, le voilà affable, en pleine opération séduction auprès des médias néerlandais. Dix minutes plus tard, le team manager le conduit à une tente d'invités VIP. Sur le chemin, il s'arrête pour distribuer les autographes. " La première impression est positive ", résume van Schuppen. " Lors de sa présentation, il était très calme, sympathique et dégageait une grande confiance en lui. Certes, on attend avant d'être conquis mais il a déjà attiré beaucoup de sympathie grâce à sa connaissance de la langue. On savait qu'il avait entraîné Gand mais on ne pensait pas qu'il maitrisait aussi bien le néerlandais. De plus, il a directement rigolé de son accent et a ajouté que si on voulait, il pouvait s'exprimer en anglais, portugais ou français. C'était une façon, en toute décontraction, de poser son CV sur la table.... "lPar Stéphane Vande Velde - Photos: Reporters/GouverneurC'est un fanatique, qui veille à tous les détails. (Ronnie Stam, défenseur de Twente)