Lundi 13 octobre, 23 h 30. Zenica l'embrasée, Zenica l'incandescente s'est tue depuis longtemps. Cette ville, encerclée de montagnes et traversée par la rivière Bosna, dont les charmes sont largement occultés par ces masses de bétons et ces usines rongées par la rouille, a perdu de son pouvoir d'hypnose. Cimetière des ambitions belges en 2005 et 2009, Zenica et son public fanatique mais pourtant bien moins hostile que lors des deux derniers affrontements, n'ont cette fois-ci pas réussi à déstabiliser nos Diables Rouges.
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Lundi 13 octobre, 23 h 30. Zenica l'embrasée, Zenica l'incandescente s'est tue depuis longtemps. Cette ville, encerclée de montagnes et traversée par la rivière Bosna, dont les charmes sont largement occultés par ces masses de bétons et ces usines rongées par la rouille, a perdu de son pouvoir d'hypnose. Cimetière des ambitions belges en 2005 et 2009, Zenica et son public fanatique mais pourtant bien moins hostile que lors des deux derniers affrontements, n'ont cette fois-ci pas réussi à déstabiliser nos Diables Rouges. C'est sur cette terre encore marquée par la guerre civile que Marc Wilmots a ouvert un nouveau chapitre, trois mois après le retour du Brésil. Un chapitre qu'il veut encore plus conquérant, plus joueur, plus dominateur. Un chapitre censé nous mener en France et nous offrir un visage plus séduisant. Pour le sélectionneur fédéral, les mois d'été ont été instructifs. Etonné par certaines critiques nées de la campagne brésilienne, alerté par le changement de statut de son équipe, désormais reçue partout avec les honneurs d'une formation classée quatrième mondiale, Wilmots a repensé l'animation. Pas le système, toujours orienté autour d'un 4-5-1/4-3-3. De cette façon, il a de nouveau fédéré un vestiaire duquel quelques voix s'étaient élevées en faveur d'un jeu plus rapide. Il a repensé son entrejeu et visé à des permutations permanentes. Premier essai contre l'Australie. Largement réussi mais éclipsé par le climat délétère qui règne alors autour de la Fédération. Mais pendant un mois, Wilmots continue à penser à sa nouvelle dynamique. L'absence d'Axel Witsel lui permet de tester d'autres hommes, aux qualités différentes. Witsel, chef d'orchestre, laisse la place aux roquets Steven Defour et Radja Nainggolan, plus accrocheurs et qui pressent plus haut mais qui n'ont pas autant cette capacité à conserver le ballon et à le ressortir proprement. Face aux amateurs d'Andorre, cette configuration fait merveille, comme d'ailleurs les montées des deux backs, Jan Vertonghen et Toby Alderweireld qui ont assimilé les nouvelles consignes du coach. 6-0. Alors qu'au départ cette rencontre face à Andorre ne devait pas nécessairement servir de répétition générale, Wilmots désirant faire tourner quelque peu son effectif entre les deux rencontres, la donne change. Nainggolan a marqué des points, les autres ont confirmé. Pourquoi modifier cette équipe ? Et on comprend au fil des jours qui séparent le match d'Andorre de celui de Zenica que seul finalement Hazard retrouvera sa place, au détriment d'un Dries Mertens, décevant en première mi-temps contre Andorre mais étincelant en deuxième. Et que Nacer Chadli aurait été maintenu, au détriment de RomeluLukaku, s'il ne s'était pas blessé in extremis. Zenica, veille de match. L'entraînement des Diables, prévu à huis clos, est finalement ouvert. Dans les oppositions sur un demi-terrain, Vincent Kompany se jette sur chaque ballon, effectuant à trois reprises des tacles à la limite de la correction (du moins pour un entraînement). On le sent autant déterminé que fâché. Ses opposants aussi qui se demandent pourquoi Kompany met à ce point leur intégrité physique en danger. Plus tard, alors que tous les autres joueurs continuent l'entraînement, il s'assied au milieu du terrain. L'absence des kinés et docteurs à ses côtés démontre que son comportement n'est pas dû à une gêne physique. Marc Wilmots le rejoint et discute avec lui pendant dix minutes. Cela ne fait que renforcer l'image qu'il traîne depuis plusieurs mois maintenant. Celui d'un capitaine qui s'isole de plus en plus de sa sélection. Irréprochable sur le terrain, on ne le voit quasiment jamais converser ou blaguer avec ses coéquipiers. Il est cependant conscient que ce comportement commence à agacer et tente de le modifier petit à petit. " Il se comporte de nouveau en patron en dehors du terrain. Il avait parfois un peu trop tendance à s'occuper de ses affaires financières. Désormais, on le voit jouer aux jeux de société avec les autres ", nous confie Philippe Collin, le président de la Commission Technique lorsqu'on évoque avec lui le cas Kompany. Zenica sert également de lieu de rédemption pour les crucifiés du mois de septembre. Ceux qui avaient subi de plein fouet le scandale né de la facture de 300.000 euros pour un hôtel qui aurait dû être annulé. Retour fin août. Suite à la divulgation de cette info, des membres du Conseil d'administration de l'Union Belge et du Comité exécutif demandent des comptes. Steven Martens est en première ligne mais bien vite apparaît le nom du directeur de la communication, Bob Madou. Les médias le dépeignent comme quelqu'un d'arrogant, une sorte d'éminence grise de Steven Martens qui l'a bien connu dans le monde du tennis et l'a fait venir à la Fédération de foot. Madou, l'homme de l'ombre, vit mal d'être montré du doigt. Il vit mal aussi les coups de téléphone de sa mère, inquiète par ce qu'elle lit dans les médias, et qui n'arrive plus à trouver le sommeil. " Evidemment que cette période ne fut pas facile à vivre. D'autant plus que mon job ne prévoyait pas d'être placé dans la lumière. Mais je préfère ne pas revenir là-dessus et rester discret, revenir petit à petit à ma place, dans l'ombre ", nous confie-t-il à la veille du match en Bosnie. Il a pourtant sauvé sa peau mais cette affaire a laissé des plaies béantes. Martens a également mal pris sa mise en cause. Sur le plateau de la Tribune du 7 septembre, en pleine tempête, il se fait quelque peu bousculer par le nouveau consultant, Stéphane Streker. A l'issue de l'émission, invités et journalistes se retrouvent autour d'un verre mais Martens snobe outrageusement Streker qui finit par venir vers lui pour lui expliquer que ses critiques n'avaient rien de personnel. Mauvais joueur, Martens lâche alors cette phrase malheureuse : " Ce que vous faites est beaucoup plus facile que ce que je fais. Et de toute façon, je gagne plus que vous ! ". Pendant quelques semaines, Martens et Madou sont scrutés et modifient quelques petites touches à leur comportement. Désormais, Madou dit bonjour et prend la peine de discuter avec les journalistes, expliquant mieux son travail. Il adopte la même approche devant le Conseil d'administration. Petit à petit, le soufflé retombe. Le climat n'est désormais plus à la suspicion. Comme le mode de fonctionnement a été revu et qu'une plus grande transparence est de mise, l'atmosphère est moins pesante. Le séminaire de Lokeren, début octobre, a été bénéfique. Autant pour le Conseil d'administration qui a pu voir les efforts consentis par le duo Martens-Madou que pour Bob Madou qui a été apaisé en se rendant compte qu'il n'était pas accablé de reproches. Il a démontré que son application pour smartphones, Everyday football, censée simplifier le quotidien des footballeurs amateurs mais dont la mise en place a coûté beaucoup d'argent, avait déjà des répercussions puisque 240.000 personnes l'avaient téléchargée. Lokeren, il s'applique donc à reconnaître qu'on ne doit pas s'attendre à un retour sur investissement dans ce projet mais que l'argent n'a pas été jeté par les fenêtres, son équipe ayant privilégié ce type d'investissement moderne et en phase avec la société actuelle plutôt qu'une refonte totale du site internet de la Fédération, projet qui aurait coûté de 300.000 à 500.000 euros. A Zenica, après avoir senti le souffle du boulet, le duo Martens-Madou peut donc respirer. La Fédération a tremblé mais n'a pas sombré. Et elle a décidé de tirer les enseignements de ce mois infernal en resserrant les vis en interne (clauses de confidentialité, transparence accrue) mais en faisant également son mea culpa, dans un mélange de séduction et de repentance. Au dîner de presse de Sarajevo qui réunit la presse et les pontes de la Fédération, hormis Philippe Collin, le président de la Commission technique, resté au chevet des Diables, le discours du président François de Keersmaecker est d'ailleurs très politique et balance entre défense vigoureuse de son bilan, explication de la politique dispendieuse et reconnaissance des erreurs récentes. " Nous avions choisi la voie du renouveau en 2011. Trois ans plus tard, nous avons progressé de la 62e à la 5e place moyenne, passant de 23.000 à 43.000 spectateurs et de 28 millions à 43 millions de budget, une diminution de la quote-part des clubs de 40 à 25 % du budget et une augmentation des licenciés de 390.000 à 430.000. " Plus loin, il ajoute : " Nous avons également commis des erreurs en cours de route. Parfois nous avons fait trop en même temps, commis une erreur de jugement dans certains dossiers, ici et là un manque de transparence ou de précisions et parfois un manque de discrétion, nous ont mis dans une situation compliquée ces dernières semaines. " Alors que la coutume veut que tout ce qui se dit dans ce type de dîner ne se dévoile pas, le président accepte de donner une copie de son discours à ceux qui le demandent. " Vous pouvez le publier sans problèmes ", ajoute-t-il. La campagne présidentielle en vue des élections de 2015 est donc lancée ! Et il faut aussi faire passer les 23 licenciements qui tomberont deux jours plus tard. Dans les travées du stade de Brasilia, à l'issue de l'élimination de la Belgique, Eden Hazard n'avait pas été tendre avec le système mis en place. " Pas assez de jeu, pas assez de mouvement ". La pique était adressée à Wilmots. Pourtant, nullement, cette phrase ne signe le début d'une brouille entre Wilmots et Hazard. Le meneur de jeu de Chelsea doit beaucoup à Wilmots qui en a fait une pierre angulaire de son système et l'a toujours protégé, malgré un jeu bien éloigné de ses standards (Wilmots était un joueur combatif, prêt à mourir sur un terrain alors qu'Hazard est un artiste, parfois bien peu concerné par les tâches défensives). Alors que Georges Leekens ne le comprenait pas, Wilmots multiplie les échanges avec l'ancien médian de Lille. En retour, Hazard a montré à la Coupe du Monde qu'il pouvait aussi servir l'équipe, ne rechignant nullement à venir prêter main forte à sa défense. Sa sortie à Brasilia pouvait donc signifier la fin de l'idylle entre les deux hommes. Mais Wilmots s'est employé à directement tuer dans l'oeuf un quelconque mécontentement. Il a parlé une première fois à Hazard avant le match amical contre l'Australie, lui expliquant qu'il comptait apporter quelques retouches au jeu belge. Il a ensuite eu une conversation plus longue et approfondie avec lui, les deux parties tentant de trouver des solutions pour que le potentiel d'Hazard s'exprime pleinement. Wilmots l'a laissé au repos contre Andorre, prétextant un ongle mal en point. Pourtant, il s'agissait avant tout de lui permettre de récupérer et d'aborder la rencontre en Bosnie à 100 %. Et cela a porté ses fruits puisque le meneur de jeu fut virevoltant en première mi-temps. En sortant un match nul en Bosnie, les Diables ont emporté avec eux beaucoup de mystère. " C'est le type même de match difficile à analyser ", nous lance Marc Degryse le lendemain de la rencontre. Parce que d'un côté, on voit des Diables dominateurs, qui osent jouer sans spéculer en terre étrangère et sous la pression d'un public assez chaud. Une possession de balle outrageuse, une première demi-heure excellente, une impression de facilité. Mais d'un autre côté, on voit aussi un entrejeu trop proche de sa défense, renvoyant l'image d'une équipe coupée en deux en perte de balle, et des individualités en méforme (ce qui peut être vu aussi de façon positive : même quand la moitié de l'équipe joue mal, on arrive encore à garder le contrôle du match, même à l'extérieur). En conférence de presse, Wilmots ne lâche rien. Comme à son habitude, pas question de charger ceux qui ne l'ont pas convaincu. Pourtant, à l'heure où Christian Benteke revient dans le coup et que Divock Origi dégage une impression d'aisance technique et de confiance en soi, il va lui falloir beaucoup de bagout pour sauver un RomeluLukaku, en perte de vitesse. Il sort également de Zenica avec le sentiment que nul autre joueur n'a une intelligence tactique supérieure à Witsel. Et que Marouane Fellaini a un profil dont on peut difficilement se passer. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: BELGAIMAGE" Ce que vous faites est plus facile que ce que je fais. Et de toute façon, je gagne plus que vous. " Steven Martens à Stéphane Streker Même quand la moitié de l'équipe joue mal, on arrive encore à garder le contrôle du match.