Depuis la reprise, l'Excelsior Mouscron vit des moments difficiles. Les résultats sont loin de correspondre aux espérances. Et, forcément, l'entraîneur Philippe Saint-Jean se retrouve en ligne de mire...
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Depuis la reprise, l'Excelsior Mouscron vit des moments difficiles. Les résultats sont loin de correspondre aux espérances. Et, forcément, l'entraîneur Philippe Saint-Jean se retrouve en ligne de mire... Philippe Saint-Jean : Oui, je n'avais pas envisagé le départ de Steve Dugardein en juillet, la révélation des difficultés financières du club en décembre et le départ de Grégoire en janvier. Je savais que je devrais envisager le départ de certains joueurs importants sur le long terme, mais pas au cours de cette saison-ci. Les circonstances étant ce qu'elles sont, on essaie de s'en sortir ensemble, à tous les niveaux du club. Je suis très optimiste pour la suite de la saison. Mais c'est difficile, effectivement. Non. Par rapport à Tubize, je dispose à Mouscron d'une équipe plus performante mais sur le terrain, je n'ai plus des relais depuis les départs de Dugardein et Grégoire. Des Patrick Dimbala et Alexandre Lecomte à Mouscron devaient encore apprendre le métier mais ont rapidement atteint un très bon niveau. Mais, pour l'instant, l'équipe est confrontée à un manque de réussite et à un manque de punch dans le rectangle. Je sens que tout le monde bouge dans le bon sens. La révélation des difficultés financières semble avoir secoué beaucoup de personnes. On a pris conscience que, si l'on veut un club professionnel de D1 à Mouscron, il faut beaucoup travailler. Les Mouscronnois sont en train de se rassembler. Le président Jean-Pierre Detremmerie revient en pleine forme à la tête du club, et ce retour engendre à lui seul un regain d'optimisme : c'est le plus beau transfert du mercato. Avec lui, Roland Louf s'investit à 100 % dans le redressement. Je suis certain qu'on va prendre les choses par le bon bout, afin de ne plus commettre les mêmes bêtises qu'étaient les fastes d'antan. Parfois, il faut aller trop loin pour se rendre compte qu'effectivement, les limites ont été dépassées. Maintenant, on a compris. Le club va faire sa mue. En ce qui me concerne, on m'a confié la réalisation d'un objectif : celui de rebâtir sur le plan sportif. Celui qui va encaisser, c'est moi, puisque je suis le bouc émissaire lorsque les résultats ne correspondent pas aux attentes. Mais tant pis. C'est par la formation et la détection qu'il faudra s'en sortir. En recréant un esprit régional, qui existait autrefois parmi les supporters. L'avantage de Mouscron, c'est qu'il concerne à la fois le Hainaut Occidental, la Flandre et le Nord de la France. Son désavantage, c'est qu'il est coincé entre Waregem, Courtrai, Lille et Lens. Mouscron doit marquer son territoire en devenant le meilleur centre de formation de la région et en retrouvant un esprit convivial. Actuellement, pour être performant, il manque simplement un deuxième attaquant pour épauler Marcin Zewlakow. En raison de cette difficulté à propulser le ballon au fond des filets, l'équipe accuse un déficit de points par rapport aux prestations fournies. Non. Faruk Atalay doit apporter ce qu'apportait Christophe Grégoire : les assists. Mes autres attaquants sont en formation, mais c'est avec eux qu'il faudra s'en sortir. Actuellement, parmi Lecomte, Dimbala et Ricardo Magro, c'est le premier qui est le plus en forme et qui joue. A leur niveau, mes attaquants doivent faire face à une grande concurrence. Ils doivent tellement se battre pour figurer dans l'équipe que j'ai parfois l'impression qu'ils stressent lorsqu'ils y sont. Combien de fois n'a-t-il pas manqué cinq centimètres à leurs chaussures pour propulser le ballon au fond ? Ces cinq centimètres sont dramatiques, car ils nous coûtent énormément de points. Les deux. Je fais la même constatation qu'Emilio Ferrera au Brussels. Sauf que Mouscron aurait dû, depuis longtemps, avoir pris ses distances sur les clubs relégables. Il y a eu les deux points perdus sur ce penalty sifflé dans les arrêts de jeu à Lokeren. Il y a aussi eu le point perdu sur l'erreur grossière de Geoffrey Claeys dans les arrêts de jeu au Brussels. Avec uniquement ces trois points-là, on pourrait jouer plus sereinement. Au lieu de cela, la pression s'installe. Non. Ce qui m'inquiète plus, c'est que dans les semaines à venir, le programme s'annonce très délicat : on doit affronter La Louvière, La Gantoise, le Standard. Les matches-clefs arriveront à la fin. Ce n'est pas exactement cela. J'ai toujours déclaré que j'étais prêt à me sacrifier pour que le club se sauve... Mon sort personnel passe au second plan. Je ne suis pas obnubilé par un quelconque plan de carrière. Ne me comprenez pas mal : je voudrais rester de nombreuses années à Mouscron. C'était mon rêve, lorsque j'étais à Braine-l'Alleud : rester longtemps dans un seul club, quelle que soit la division dans laquelle il évolue, pour autant que je puisse bénéficier de conditions de travail impeccables. A Mouscron, l'entente û aussi bien avec Roland Louf qu'avec le président û est impeccable. Avec les supporters, le courant passe très bien également, même si je suis conscient que certains d'entre eux û qui viennent uniquement voir le match sans savoir ce qui s'est passé durant la semaine - grognent parce que les résultats ne répondent pas à leurs espérances. Il ne m'a, en tout cas, jamais formulé le moindre grief personnellement. On discute après le match et il est logique qu'il ait parfois un avis différent sur certains choix effectués. Mais je prends mes responsabilités. Non. Personne ne peut imaginer le défi que représentait le fait d'entraîner ce groupe hétéroclite. Huit ou neuf joueurs ont connu un passé extraordinaire avec ce club. Ils ont été rejoints par toute une série de néophytes. On s'est retrouvé avec deux ou trois mentalités très différentes et il a fallu faire un amalgame. Pourtant, il n'y a pas eu un jour où l'ambiance était mauvaise dans le vestiaire. Mon équipe n'a jamais été dominée tactiquement. Physiquement, elle est au point également. Mentalement, les joueurs restent hyper motivés. Je ne les ai sentis résignés qu'en deux occasions : pendant la deuxième mi-temps contre Charleroi, où ils avaient l'impression que le sort s'abattait sur eux, et pendant la deuxième mi-temps au Standard, où ils se sont sentis impuissants par rapport aux forces de la nature qu'ils avaient en face. Peut-être, oui. Mais on a besoin de formateurs en Belgique. Par ailleurs, j'aimerais voir certains entraîneurs de D1, qui ont davantage la cote dans la corporation, à la tête de cette équipe-ci. Feraient-ils mieux ? C'est facile lorsqu'on a les moyens de transférer tous les joueurs que l'on veut. Mais lorsqu'on doit se débrouiller avec les moyens du bord... Seulement, ces entraîneurs-là refuseraient d'endosser le rôle qui est le mien. J'avais effectué tout le travail de détection en vue du mercato. Une liste avait été établie, comprenant quantité de joueurs qui auraient pu faire le bonheur de l'équipe. Aucun n'a pu être engagé. Comme Igor De Camargo... Pourtant, ce genre de joueur, qui a de la bouteille, aurait été fort utile. Actuellement, il faut confier trop de responsabilités à des footballeurs qui ont trop peu d'expérience de la D1. On avait des vues sur l'attaquant brésilien du Servette Genève. Finalement, dans les derniers jours du mercato, on a encore pu engager Faruk Atalay et Jean-Félix Dorothée. C'est bien pour l'avenir, mais ils n'auront pas un rendement immédiat. C'est logique, on se base uniquement sur les résultats, pas sur le travail effectué. Si le sondage avait été réalisé en octobre, le classement aurait été différent. Il était peut-être trop compliqué au départ, effectivement. Pourtant, on a vu ce que ce système a donné lorsqu'il était respecté à la lettre : on jouait les premières places. Depuis plusieurs mois déjà, on est revenu à plus de simplicité : c'est quasiment le 4-4-2 de la saison dernière. L'excuse d'un système trop compliqué n'est donc plus valable. Tout est analysé, effectivement : les erreurs commises, le jeu de l'adversaire. Pour certains, c'est effectivement un gros changement. Mais, la semaine dernière, il y a eu 20 minutes de vidéo sur Lokeren et un quart d'heure sur Beveren. Est-ce trop ? Bien sûr, que je peux le comprendre. Et je fais tout pour gagner des matches et mettre les anciens à l'aise. Mais je dois aussi garder une ligne de conduite et préparer l'avenir. C'est là que cet amalgame entre deux ou trois mentalités différentes n'est pas toujours facile à gérer. Les deux cas sont différents. Schaessens devait former une paire avec Dugardein. Sans Steve, Marc a rencontré plus de difficultés. A Mons, il a trouvé un bon compère avec Junior. Au-delà de cela, le vrai problème qu'il a rencontré à Mouscron est qu'il pensait, au départ, être un patron dans l'équipe. Et certains anciens du club l'ont, je pense, mal accepté. Le problème de Claeys est que, mentalement, il n'est pas toujours prêt à prester avec une concentration maximale. Il n'a été performant qu'avec Leekens ? C'est vrai, mais pas longtemps, car Georges ne reste jamais longtemps dans un club. Mon prédécesseur traitait sans doute Geoffrey d'une autre façon, mais je ne veux pas entrer dans ce jeu-là. Je tiens toutefois à préciser que, sous ma direction, le joueur avait aussi atteint un très bon niveau cette saison. Jusqu'à cette bourde au Brussels. Elle m'est toujours restée sur l'estomac, car je tenais à tout prix à ramener un point de ce déplacement pour remercier les gens qui avaient sauvé le club financièrement, durant la nuit précédente. Lorsque Geoffrey s'en tient à un rôle strict, il est très bon. Lorsqu'il veut épater la galerie, il dérape. Dans la tribune du stade Edmond Machtens, il y avait un émissaire d'un club étranger, venu le visionner. Sachant cela, il a peut-être voulu en faire trop. Tout. Le travail au quotidien, le mental, la condition physique, le talent. Ce n'est pas pour rien que certains clubs auraient voulu s'assurer les services de Marcin et de Koen De Vleeschauwer. Lorsqu'ils auront sauvé le club, on verra ce qu'on peut faire pour leur transfert. Cette saison, on va tout entendre. Mais après, cela ira mieux. Daniel Devos" Mouscron doit FAIRE SA MUE "