Durant les jours précédant la Noël, l'Allemagne est empreinte d'une ambiance particulière. Même en cette journée pluvieuse, les artères commerciales de Dortmund sont combles. Weihnachten arrive et il s'agit d'effectuer ses ultimes achats. Au marché de Noël du centre-ville, au pied de l'importante église Reinold, les saucisses se vendent à la chaîne, Glühwein et schnaps coulent à flots. Apparemment, il n'est pas question de crise dans la Ruhr : les gens sont couverts de paquets.
...

Durant les jours précédant la Noël, l'Allemagne est empreinte d'une ambiance particulière. Même en cette journée pluvieuse, les artères commerciales de Dortmund sont combles. Weihnachten arrive et il s'agit d'effectuer ses ultimes achats. Au marché de Noël du centre-ville, au pied de l'importante église Reinold, les saucisses se vendent à la chaîne, Glühwein et schnaps coulent à flots. Apparemment, il n'est pas question de crise dans la Ruhr : les gens sont couverts de paquets. L'imposant Signal Iduna Park se dresse à quatre kilomètres du centre. Nous sommes le 17 décembre et le Borussia Dortmund dispute son dernier match à domicile de l'année face au numéro deux de Bundesliga, l'étonnant VfL Wolfsbourg. 80.467 spectateurs assistent à la partie. Une fois de plus, le stade est comble. On chante et on fait la fête, bien que le club vive des temps difficiles. Pendant l'échauffement, Kevin De Bruyne embrasse du regard les supporters. Il avait un accord de principe avec le Borussia mais Wolfsbourg lui a offert de meilleures conditions financières, in fine. Le Diable Rouge a donc rejoint une équipe formée d'une façon quelque peu clinique et pas une métropole respirant le football. Kevin De Bruyne doit-il s'en plaindre ? Après des débuts difficiles, il trouve ses marques au Nord. Après la Coupe du Monde, le médian a subi une métamorphose. Non qu'il ait commencé à s'entraîner d'arrache-pied car d'après son entraîneur, Dieter Hecking, il n'est pas un champion du monde de l'entraînement, mais il s'est fait plus bavard, plus assuré. Par exemple, pendant l'intersaison, il a déclaré que le VfL Wolfsbourg, accablé par les blessures, avait besoin de renforts s'il voulait obtenir un billet européen. Des transferts, il y en a eu. Wolfsbourg est devenu une des équipes développant le meilleur football de Bundesliga. Il reprend en fait le rôle du... Borussia Dortmund, puisqu'il est le premier poursuivant du Bayern. Dieter Hecking a mué le VfL Wolfsbourg en ensemble solide, alliage de technique, de mouvement, d'abattage et de vitesse. Hecking s'appuie sur un concept défensif qui consiste à gagner les duels dans son propre camp avant d'opérer une transition rapide. Le danger doit surgir de toutes parts, ne serait-ce que parce que la formation ne recèle pas de véritable finisseur et que le Néerlandais Bas Dost, à l'allure maladroite, ne peut y apporter d'élan suffisant. Pour renforcer le club en profondeur, on a présenté mardi dernier un médian chinois de 23 ans, Xizhe Zhang. Celui-ci ne va pas immédiatement entrer en compte pour une sélection mais sa présence permet au sponsor, Volkswagen, de s'introduire sur un marché important. Dieter Hecking, un ancien attaquant qui s'est notamment produit pour le Borussia Mönchengladbach, ne s'en soucie pas. Pour l'heure, il veut surtout que son équipe gagne en stabilité. Il rappelle régulièrement que celle-ci se développe extrêmement vite. Il y a un an et demi, elle lutait encore contre la relégation. Le match contre le Borussia Dortmund, en pleine crise, constituait un test important. Le VfL Wolfsbourg a entamé la joute sans complexe, dans ce stade comble. Kevin De Bruyne a joué au coeur de l'entrejeu, dans un registre libre, juste derrière le trio d'attaquants, se mouvant aisément entre ses adversaires Sebastian Kehl et Sven Bender, qui n'appliquaient pas de marquage à la culotte, tentant de le neutraliser en zone. Sans succès. De Bruyne se meut avec trop d'intuition entre les lignes. Il n'a pas toujours été bien approvisionné et à quelques reprises, on l'a vu gesticuler quand le ballon avait été mal expédié mais il s'est toujours bien placé, cherchant immédiatement la profondeur. Il n'est pas de ceux qui écartent le jeu ou qui renvoient le ballon en arrière. Le football est un jeu simple, quand on s'appelle Kevin De Bruyne. Dès le coup d'envoi, l'équipe locale a tenté de prendre Wolfsbourg à la gorge mais à la troisième minute, le score aurait déjà dû être de 0-1 : De Bruyne a amorcé une première belle action, son tir a été bloqué et le rebond est passé un rien à côté du but. L'aisance avec laquelle il maîtrise le ballon et exécute son action est frappante. Dortmund cherche son salut dans le labeur mais De Bruyne joue au football. Cette action constitue un avertissement et donne le ton du match. Dortmund met la pression, travaille, sue mais manque clairement d'idées et de talent alors que les visiteurs, dotés d'un meilleur bagage technique mais parfois nonchalants, se créent des occasions et... permettent à l'équipe locale d'ouvrir la marque. Ce retard n'affecte pas le moins du monde Wolfsburg. Toutes les actions transitent par De Bruyne, qui dispute contre Dortmund une des meilleures mi-temps de sa carrière, comme s'il voulait montrer à Jürgen Klopp, l'entraîneur du Borussia Dortmund, bras croisés le long de la ligne, l'occasion qu'il a loupée quand le transfert a capoté il y a près d'un an. Avec un De Bruyne dans sa forme actuelle, jamais Dortmund ne serait lanterne rouge de Bundesliga. C'est finalement lui qui égalise, sur coup franc. Dans le camp des visiteurs, on agite trois drapeaux belges. Après la mi-temps, le VfL souffle le chaud et le froid, le beau jeu et les épisodes brouillons, qui lui valent un deuxième but du Borussia. De Bruyne ne reçoit presque plus le ballon mais le rythme des échanges reste très levé, selon les normes belges. En fin de partie, Wolfsbourg égalise, via le défenseur brésilien Naldo. Ce 2-2 constitue le juste reflet de la rencontre. Kevin De Bruyne est satisfait en rentrant au vestiaire. Les supporters chantent : le match nul n'a pas entamé leur humeur. On n'entend pas la moindre huée. De Bruyne consulte le télétexte avec ses coéquipiers, afin de prendre connaissance des autres résultats. Des brins d'herbe couvrent son visage. Il transpire toujours. " Ce match a été d'un niveau très élevé ", explique-t-il dans la mixed zone, " mais nous l'avons dominé. " Il est content de sa propre prestation. " J'ai atteint le niveau que j'escomptais. Nous avons joué en équipe. " Il a été moins brillant en seconde période. Il hausse les épaules. " La fatigue commence à se faire sentir. Il est temps que la trêve hivernale arrive, pour moi comme pour l'équipe. " Est-il fatigué ? Il soupire. " Oui, vraiment. " Trois jours plus tard, il doit disputer l'ultime match du premier tour, contre le FC Cologne. Ensuite, il sera en vacances. Le championnat reprend ses droits le 30 janvier, avec un match à domicile contre le Bayern. En février, Wolfsbourg devra aussi disputer un double duel contre le Sporting Lisbonne, en Europa League. Durant la conférence de presser, Dieter Hecking livre sa première analyse du match. Il vante le jeu de son équipe et ajoute spontanément : " Mettre un joueur en évidence n'est pas dans mes habitudes mis si je dois en sortir un du lot aujourd'hui, c'est Kevin De Bruyne. Il a disputé un match fantastique ici. " A ses côtés, Jürgen Klopp opine avant d'entamer un monologue de près de dix minutes sur le jeu du Borussia. Ce Klopp est aussi un artiste du verbe. Le lendemain, le Westdeutsche Allgemeine Zeitung résume le match de Kevin De Bruyne en ces termes : " Chaque fois que De Bruyne était en possession du ballon, le Borussia tirait la sonnette d'alarme. " On ne peut mieux résumer sa performance. PAR GEERT FOUTRÉ ET JACQUES SYS À DORTMUND - PHOTOS: BELGAIMAGEQuand De Bruyne marque, on agite des drapeaux belges dans le camp visiteur.