Un but du droit, un autre du gauche et une passe décisive, le tout il y a dix jours face au Standard... Depuis que le coach du RSCA, Ariel Jacobs, a troqué son 4-3-3 contre un 4-2-3-1 nettement plus moderne, Mbark Boussoufa se sent manifestement pousser des ailes. Au point de rêver d'un nouveau titre, le 30e dans l'histoire du Sporting. " Je veux jouer la saison prochaine, au Parc Astrid, avec un nouveau maillot floqué de trois étoiles ", dit-il.
...

Un but du droit, un autre du gauche et une passe décisive, le tout il y a dix jours face au Standard... Depuis que le coach du RSCA, Ariel Jacobs, a troqué son 4-3-3 contre un 4-2-3-1 nettement plus moderne, Mbark Boussoufa se sent manifestement pousser des ailes. Au point de rêver d'un nouveau titre, le 30e dans l'histoire du Sporting. " Je veux jouer la saison prochaine, au Parc Astrid, avec un nouveau maillot floqué de trois étoiles ", dit-il. Mbark Boussoufa : Je le classe en troisième position. Ma prestation la plus aboutie, je l'ai livrée contre le Club Bruges en Supercoupe il y a deux ans. Ensuite, je retiendrai ma toute bonne performance face aux Girondins Bordeaux la saison passée. Les Rouches complètent ce podium. Dans les rencontres au sommet, du moins. Je ne tiens pas compte dans cette énumération de mes performances contre les sans-grades. C'est une légende qui a la vie dure car je réponds toujours présent à la faveur de tels événements. La preuve au Club, où j'arrache un point lors du premier tour, voire la finale de la Coupe de Belgique, que je fais basculer avec l'égalisation de la tête et un coup de patte pour Guillaume Gillet. J'en viens dès lors à me poser quelquefois des questions sur la perception de certains analystes. Ce pourcentage monte même à 50 % si l'on prend en considération l'avant-dernière passe... En matière de chiffres, aucun autre joueur ne fait mieux que moi. J'en suis au même stade, actuellement, qu'en 2007-08, alors qu'il reste un tiers de compétition à jouer. Je peux d'autant plus espérer améliorer ces chiffres que j'occupe un nouveau poste, plus central, sur le terrain. Opérant plus près du but adverse, je devrais être, logiquement, encore plus décisif. Non seulement chez les Buffalos mais précédemment aussi, à l'Ajax, où j'opérais comme régisseur avec, à mes côtés, ces vieilles connaissances d'Anderlecht que sont Sergio Hellings et Sherjill Mc Donald, plus Nigel De Jong en pare-chocs devant la défense. J'ai toujours dit que c'est à ce poste-là que j'étais susceptible d'apporter un plus à l'équipe. Mais tant qu'Ahmed Hassan était là, je n'avais rien à revendiquer. L'Egyptien, vu son bagage et son expérience, conférait une dimension supérieure encore par rapport à moi. J'espère que je me rendrai un jour tout aussi précieux que lui. Magic avait à la fois l'art de distiller des bons ballons et d'éviter les coups. Je n'en suis pas encore au même stade. Surtout au niveau des frictions. A gauche, j'en avais déjà parfois plein les pieds avec le marquage. Mais dans un rôle plus axial, je suis carrément passé entre-temps au matraquage systématique. A Gand Christophe Grondin m'a chatouillé les tibias du début à la fin de la rencontre. Chez nous, face au Standard, Eliaquim Mangala ne m'a pas lâché d'une semelle. Si j'avais dû faire un arrêt-pipi, il m'aurait suivi, j'en suis sûr. Il faudra que je m'accommode de cette nouvelle situation. Je ne sais pas si, comme Herman Van Holsbeeck l'a soutenu, notre système en 4-3-3 était vraiment devenu trop prévisible. Hormis notre revers contre le Cercle Bruges, nous avions quand même tout gagné jusque-là. C'est une approche qui avait fait ses preuves et il n'est pas impensable qu'on y revienne un jour pour les besoins de telle ou telle rencontre. Personnellement, je suis d'avis que le 4-2-3-1 est plus malléable. Dans un 4-3-3, tout est pour le moins rigide, tant au plan global qu'individuel. Si je prends en considération mon propre cas, j'officiais en tant qu'ailier, avec pour mission de débouler le long de la ligne de touche ou de rentrer dans le jeu. A l'analyse, je me rends compte que j'arrivais rarement à la ligne de but pour délivrer un centre. Depuis que nous avons changé de dispositif, au Mambourg, je remarque que l'adversaire éprouve plus de difficultés à contenir ceux qui sont chargés chez nous des incursions par les flancs, Jonathan Legear à gauche et Gillet à droite. A Gand, c'est sur une percée de ce dernier, suivie d'un service depuis la ligne de but, que Tom De Sutter avait paraphé notre deuxième but. Face au Standard, Jo a amené le troisième et moi le quatrième dans des conditions similaires. En vérité, avec une seule pointe et trois hommes qui gravitent juste derrière lui, il est difficile pour l'adversaire d'opérer un marquage réellement judicieux. Les défenseurs nagent constamment entre deux eaux. Pour nous, c'est du pain bénit : il n'est pas rare de se retrouver aujourd'hui à quatre aux abords de la surface de réparation ou des seize mètres adverses. Et en phase de repli, l'entrejeu à trois en vigueur sous l'ancien régime, passe aujourd'hui à quatre ou cinq hommes dès l'instant où les pare-chocs Jan Polak et Lucas Biglia sont épaulés par une partie, voire l'ensemble du trio qui les précède. Ce n'est pas négligeable car notre entrejeu s'est quand même souvent trouvé en infériorité numérique devant une opposition n'hésitant pas à renforcer son milieu. Peut-être faut-il voir là les raisons de quelques déboires. Voilà. A une dizaine de reprises déjà, cette saison, l'équipe a été menée à la marque. Les trois quarts du temps, on a su redresser la barre mais les autres fois on a été submergés. Ce n'est tout simplement pas permis. Quand on s'appelle Anderlecht, il faut dicter les événements au lieu de les subir. Agir plutôt que réagir, en quelque sorte. Depuis le début du championnat, on a couru trop souvent derrière le score. C'est en effet une constante sans qu'on sache pourquoi. L'entraîneur essaie d'y remédier en multipliant les variantes d'avant-match, rien n'y fait. Musique, discours, vidéo : toute la gamme y est passée cette saison. Tantôt une bonne marche militaire, tantôt un langage guerrier, tantôt une analyse de circonstance. On ne devrait jamais avoir besoin d'une mi-temps pour rentrer dans le match. Et pourtant, ça s'est vérifié très souvent ces derniers mois. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté, je crois que c'est surtout le profil des joueurs qui l'explique. Oui et non. Je dirais plutôt de forts en gueule. Le Sporting dispose de bons joueurs mais bien peu haussent le ton. Il m'arrive de le faire, au même titre que Polak ou Jelle Van Damme, mais c'est à peu près tout chez nous. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas si le Sporting n'est pas vraiment le même avec ou sans le Tchèque et, dans le même ordre d'idées, je suis sûr qu'on sera plus fort aussi dès que l'autre sera redevenu opérationnel. Pour moi, le meilleur est encore à venir. Et c'est de bon augure pour l'ultime volet de la compétition. Bonne question. A priori, je pensais qu'il s'agissait d'une question d'automatismes. A l'intersaison, le noyau change chaque fois de physionomie et il convient de partir sur de nouvelles bases. C'était encore le cas cette saison avec les arrivées de Hernan Losada, Arnold Kruiswijk et Nemanja Rnic, par exemple. Sans faire leur procès, leur imbrication nous a sans doute joué un mauvais tour à l'occasion de nos débuts sur la scène européenne face à Borisov. Par la suite, l'entraîneur en est revenu à son équipe-type de l'année passée et nos prestations ont toujours été tout aussi laborieuses. Honnêtement, je ne sais trop que retenir de cette situation. Je ne parviens pas à l'expliquer. Elle échappe complètement à mon entendement. Je me demande quand même dans quelle mesure, elles ne sont pas inscrites dans les gènes du club... La génération actuelle n'a pas le monopole des faux-pas contre les sans-grade. Filip De Wilde m'a déjà dit souvent qu'à son époque, le RSCA trébuchait également dans des matches faciles. Et j'ai cru comprendre qu'au cours de l'âge d'or du club, dans les années 70 et 80, il n'en allait déjà pas autrement. En 2008, Anderlecht a fêté son centenaire. J'en ai profité pour en savoir davantage sur l'histoire du club. Ce que j'ai retenu, notamment, c'est que les Mauves ont été privés à un moment donné du titre pendant sept ans, entre 1974 et 81... malgré la présence de vedettes comme Robby Rensenbrink ou Arie Haan. Nous, si on ne remporte pas deux titres sur trois, les gens font la fine bouche. Ce n'est pas normal. Les suiveurs sont plus exigeants avec nous qu'avec nos devanciers, mais ils oublient que le football a changé. Il n'y a plus de petits matches. Je n'en veux pour preuve que Roulers. Mal en point, il s'est renforcé à la trêve avec Mc Donald, mon ancien complice à l'Ajax et Abdessalam Benjelloun, mon coéquipier en sélection marocaine. Comment voudriez-vous qu'Anderlecht fasse de ce match un walk-over ? Oui, vous avez raison. La direction a tapé dans le mille avec l'avant du Cercle Bruges. Il fallait une solution de rechange pour Nicolas Frutos et le club a eu la main heureuse. Tom est un meilleur manieur de ballons que l'Argentin. Il possède une maîtrise individuelle que l'autre n'a pas. Par contre, Nicolas a vraisemblablement un sens du but plus aiguisé. De Sutter est un joueur-buteur alors que Frutos est un buteur-joueur. Je reste persuadé qu'un garçon comme lui, voire un Hassan nous seraient toujours d'utilité. Les meilleures rencontres qu'on a faites sans Frutos, c'était avec moi à gauche, Tchité au centre-avant et Hassan à droite. S'il n'avait pas rallié Santander, on serait tout simplement imbattables aujourd'hui. Le tandem qu'il formerait avec De Sutter aurait fière allure en tout cas. Par contre, je crois nettement moins en une association entre Tom et Nicolas. Ce sera sans doute l'un ou l'autre, sauf si le coach est obligé de jeter toutes ses forces dans la bataille. Comme l'année passée, lorsque nous avions plié le match contre Saint-Trond suite à l'introduction au jeu de Luigi Pieroni au côté de Frutos. Mais dans l'état actuel des choses, je privilégierais une pointe et non deux. J'ai été confronté à une question oui-non dans cette émission TV et dans la mesure où je suis encore toujours sous contrat à Anderlecht la saison prochaine, je n'allais pas répondre par la négative. Je pars du principe que je serai toujours là mais en football, on ne peut jurer de rien. Si une bonne offre est susceptible d'agréer toutes les parties, il n'est pas impossible que j'aille tenter ma chance sous d'autres cieux. Mais jusqu'à preuve du contraire, je reprendrai le collier au Sporting l'été prochain. Je suis très loin d'avoir fait le tour du propriétaire. Ce qui me reste en travers de la gorge, c'est notre élimination européenne face au BATE Borisov. Je suis passé à deux reprises à côté de mon match à cette époque. Et je m'en veux toujours aujourd'hui. J'estime avoir une dette envers Anderlecht. Je tiens franchement à laver cet affront. L'idéal, ce serait par le biais d'un 30e titre et d'une participation à la phase des poules de la Ligue des Champions, vu qu'il y a de grandes chances d'y accéder cette année. On va tout mettre en £uvre pour y parvenir. Et je pense qu'on tiendra le bon bout à l'heure de la remise des prix. Parce que depuis que je suis ici, le Sporting s'est toujours plu à terminer la saison en boulet de canon. Et il n'en sera pas autrement cette année. Il conviendra toutefois de s'arracher, sans doute davantage encore que par le passé, en raison de l'opposition du Standard. Au premier tour, les Liégeois avaient perdu une dizaine d'unités suite à leur implication européenne. A présent, ils vont se concentrer à fond sur le seul objectif, le championnat. Mais je les sens quand même un peu moins fringants par rapport aux matches aller. C'est possible. Pour être passé moi-même par là, je sais combien cette distinction est lourde de conséquences. Les sollicitations pleuvent et il s'agit d'être très sélectif si on ne veut pas être submergé. J'ai eu la chance que le RSCA avait de l'expérience en la matière. Le club a retenu la leçon de ce qui s'était passé avec Aruna Dindane en détachant Yvon Verhoeven auprès de Vincent Kompany pour régler son agenda. Le même homme s'est occupé de moi et ce n'était sûrement pas du luxe. Dès la remise du prix, les premières demandes d'interviews ont suivi. Le lendemain, par exemple, c'est Q-Music qui me réclamait déjà pour une émission matinale. Si j'ai bonne souvenance, je crois avoir eu au total 62 requêtes en l'espace de trois mois. Sans tri, je me serais sûrement dispersé. Aujourd'hui, je suis toujours reconnaissant à cet homme de m'avoir épaulé. Les Rouches devraient songer à une même forme d'encadrement pour leur récent lauréat. Il m'a été d'une aide précieuse aussi longtemps que je ne maîtrisais pas le français. Mais à présent je me débrouille et je fais de moins en moins appel à lui. J'ai appris à voler de mes propres ailes. Je l'ai appris sur le tas, au contact de mes coéquipiers francophones. Avec les Lions de l'Atlas, la langue véhiculaire est le français aussi puisque notre coach est Roger Lemerre. Je me surprends quelquefois à utiliser de plus en plus de termes ou d'expressions tirées de cette langue, même quand je suis aux Pays-Bas. Je dis Chef à mon frère, par exemple, ou je réponds A l'aise quand on me demande comment ça va. Tout à fait. Quand il vient nous saluer et qu'on lui demande comment il se porte, c'est toujours la même rengaine : - A l'aise, cool. Tant mieux pour lui, mais je ne suis pas jaloux. Il faut faire le grand saut au bon moment. Personnellement, j'étais beaucoup trop jeune à l'heure de tenter l'aventure à Chelsea. Si je repars, je veux être mûr. Je suis sur le bon chemin mais tout n'est pas encore parfait. Je veux encore gagner à tout prix en régularité. Si je suis déjà devenu plus constant par rapport au passé, ce n'est pas encore parfait. J'espère y arriver la saison prochaine. par bruno govers - photos: belga