Sûr qu'on a trouvé le truc pour crisper le sourire légendaire de Jérôme Efong Nzolo (34 ans). En lui demandant son avis sur la santé actuelle de notre arbitrage, ça ne peut que marcher. L'institution est dans un tel état... Eh bien non, même pas. La bonne humeur reste à l'affiche, même quand on aborde les floches hebdomadaires et les critiques qui pleuvent.
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Sûr qu'on a trouvé le truc pour crisper le sourire légendaire de Jérôme Efong Nzolo (34 ans). En lui demandant son avis sur la santé actuelle de notre arbitrage, ça ne peut que marcher. L'institution est dans un tel état... Eh bien non, même pas. La bonne humeur reste à l'affiche, même quand on aborde les floches hebdomadaires et les critiques qui pleuvent. Jérôme Nzolo : J'ai envie de dire qu'il va bien. Les gens ont l'impression qu'il se porte mal mais il faut vivre avec son temps : la technologie a terriblement évolué, il y a des caméras partout, chaque décision discutable est décortiquée, donc on voit nécessairement les erreurs et il y a des critiques. Je rappelle que Frank De Bleeckere est le troisième meilleur arbitre du monde. J'insiste : le niveau général est bon. Rien n'a changé dans le foot belge : des présidents font signer des entraîneurs qui ne conviennent pas, des managers se plantent sur des transferts, des attaquants ratent des occasions immanquables et des arbitres prennent des mauvaises décisions. Cela a toujours existé car nous sommes tous humains. Les arbitres d'aujourd'hui ne font pas plus d'erreurs que ceux d'hier mais il y a cette exposition qui complique tout. Si tu ne supportes pas d'être critiqué, tu choisis un autre job. Je n'ai aucun problème avec les commentaires négatifs. Par contre, j'ai du mal quand on attaque l'homme. Et ça arrive. Je lis et j'entends parfois des aberrations dans les médias. Par exemple : tel arbitre était en méforme le week-end dernier. Tout cela parce que le gars s'est trompé sur une phase importante. Une mauvaise décision en 90 minutes et on l'accuse de ne pas être en forme : c'est ridicule. Si tu commences à te poser des questions, à te demander comment ça va se passer, tu n'as qu'une décision à prendre : rester chez toi. Pour être bon, un arbitre doit être au-dessus de la mêlée : ne pas tenir compte des commentaires et oublier tous ses problèmes, professionnels et privés, dès qu'il monte sur le terrain. A tous ceux qui nous attaquent sans arrêt, j'ai envie de proposer ceci : -Allez arbitrer un match de Minimes, ne fût-ce que 10 minutes, et vous comprendrez mieux nos difficultés. Quand j'étais étudiant, j'ai travaillé à la caisse du GB pour me faire de l'argent de poche. J'ai alors compris que le job apparemment le plus simple pouvait être compliqué. Après cela, j'ai arrêté de râler quand j'allais au magasin et que la file n'avançait pas, ou quand la caissière fouillait dans son petit bouquin pour trouver le prix d'un légume... En attendant, toutes ces critiques provoquent un gros problème de vocations. Il y a des fils à papa et des fils à maman qui se lancent dans l'arbitrage, mais dès qu'on les met en cause, ils jettent leur sac à la cave et arrêtent tout. Tous les spots ont été braqués sur moi dès mon premier match de D1 : normal, j'étais le premier arbitre noir du championnat de Belgique. Quand l'équipe nationale a fait jouer pour la première fois un joueur d'origine africaine, on en a aussi énormément parlé. C'est partout pareil : quand tu es le premier dans quelque chose, tout le monde en parle. Entre-temps, on a continué à s'intéresser à moi. Parce que je suis né sous une bonne étoile, j'en suis certain. On parle toujours de Pierluigi Collina alors qu'il n'arbitre plus depuis plusieurs années. Parce qu'il était bon mais aussi parce qu'il avait une bonne étoile. Quand je suis arrivé en Belgique, je me suis retrouvé au secrétariat des étudiants. Je devais y aller pour obtenir ma carte. J'arrive là-bas, il y a une longue file. La dame du bureau m'appelle, me fait passer devant tout le monde, m'offre un café et des croissants. Je ne te dis pas la tête des autres gars qui attendaient leur tour. Pourquoi moi ? Toujours cette étoile... Comment peut-on jalouser ça ? Il y a eu des Arbitres de l'Année avant moi, il y en aura après moi. Celui qui est battu se dit certainement qu'il aurait bien aimé avoir le prix, mais ça reste humain. J'ai été directement félicité par les autres arbitres, c'est ce que je retiens. Dans ce métier comme dans beaucoup d'autres, on peut avoir de bonnes relations mais peu d'amis. J'en ai eu deux au Gabon : celui qui m'a formé et un international qui a fait des Coupes du Monde. En arrivant en Europe, j'ai découvert Collina. Il m'impressionnait d'abord par son côté naturel. Ce n'est pas toujours facile de rester soi-même dans ce métier. Collina y parvenait. Mais à chacun son style : si j'essaye de faire comme lui, d'ouvrir de grands yeux pour faire reculer les joueurs qui rouspètent, ça ne marchera jamais. J'avais aussi un faible pour Anders Frisk : il souriait souvent et on voyait que ce n'était pas un masque. Pour moi, ce n'est pas un mauvais souvenir. C'était mon premier gros sommet, donc un moment important. Le problème dans ce genre de match, c'est que tu ne peux rien rater. Rien du tout ! Ce jour-là, j'ai fait une erreur : je devais exclure Wesley Sonck pour son agression sur Marcos Camozzato. C'est cette phase-là qui a déclenché toutes les critiques. Mal. C'était aussi une faute rare : un tackle debout. Sonck met le pied sur Marcos en courant. S'il le tackle de façon classique, c'est clair pour tout le monde, il est exclu. Mais là, c'était plus difficile à voir. Finalement, toutes les conditions étaient réunies pour qu'on parle longtemps de mon erreur : c'était un match à gros enjeu sur lequel la presse avait tartiné à l'avance pendant deux semaines, il s'est terminé sur une grosse claque historique pour Bruges et Marcos s'est retrouvé à l'infirmerie pour un bout de temps. C'était impossible d'être mieux placé que mon assistant. Il m'a signalé un hors-jeu, je l'ai suivi. Pour désavouer son assistant, il faut être tout à fait sûr de soi : je ne l'étais pas. J'ai été totalement rassuré en regardant Studio 1 le lundi : Marcel Javaux a décortiqué toute la phase et il y avait bel et bien hors-jeu. Le lendemain, plusieurs journalistes m'ont téléphoné : -Tu as lu les journaux ? Preud'homme et De Witte te démolissent. Je n'ai qu'une réponse : - No comment. Ils sont allés beaucoup trop loin. On peut critiquer ma façon d'arbitrer mais il y a des limites. J'ai déjà lu que je n'étais pas en bonne condition physique : ça me fait rire. Ceux qui écrivent cela doivent venir voir les entraînements des internationaux à Louvain : c'est quelque chose. Mais si on me demande d'être près du rectangle d'où un joueur dégage le ballon, puis dans le rectangle adverse où il retombe, désolé, impossible, je ne cours pas à la vitesse de la lumière. Qu'on me laisse au moins le temps de me retourner, de démarrer et de prendre ma vitesse de course ! Toutes les critiques me confirment une chose : le respect se perd, l'individualisme gagne sans cesse du terrain. Je n'aurai jamais peur de personne. Certains essayent peut-être de m'influencer mais j'ai bien peur pour eux qu'ils n'arrivent à aucun résultat. J'aime ce que je fais, je suis heureux sur un terrain et je suis naturellement de bonne humeur. Le jour où je ne sourirai plus, cela voudra dire que je serai entre quatre planches. Et encore, je parie que les gens qui viendront à la mortuaire auront l'impression que je continue à rire. Mon héros de cinéma, c'est Louis de Funès : ça, c'est l'homme... par pierre danvoye- photos: reporters/ guerdin