On sait maintenant qu'il ne s'agissait pas d'un miracle. En sauvant Charleroi sur trois matches, Jacky Mathijssen, 41 ans, avait déjà réussi une entrée triomphale dans le Pays de Charleroi. On se demandait comment cet entraîneur avait réussi à redonner une âme en si peu de temps à un club qui était au bord du gouffre. La greffe avait pris immédiatement. " Quand j'ai débarqué, j'ai vu un groupe en difficulté mais pas abattu. J'ai senti au fil des jours de plus en plus de joueurs adhérer à mon discours. Et puis, il y a eu la victoire face à Mouscron. A ce moment, j'ai senti que tout le noyau me faisait confiance ".
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On sait maintenant qu'il ne s'agissait pas d'un miracle. En sauvant Charleroi sur trois matches, Jacky Mathijssen, 41 ans, avait déjà réussi une entrée triomphale dans le Pays de Charleroi. On se demandait comment cet entraîneur avait réussi à redonner une âme en si peu de temps à un club qui était au bord du gouffre. La greffe avait pris immédiatement. " Quand j'ai débarqué, j'ai vu un groupe en difficulté mais pas abattu. J'ai senti au fil des jours de plus en plus de joueurs adhérer à mon discours. Et puis, il y a eu la victoire face à Mouscron. A ce moment, j'ai senti que tout le noyau me faisait confiance ". Le premier pari était réussi. Restait à convaincre. Mathijssen l'a fait en préparant un groupe capable d'aller au charbon. Résultat : un début de championnat réussi avec 13 points en huit rencontres. L'homme a pris un risque en quittant le Limbourg pour s'occuper de Charleroi à trois matches de l'issue du championnat. " Ce n'était pas mon choix de venir à ce moment-là. Cela aurait été plus confortable d'attendre l'issue de la compétition. Le club était en difficulté et je devais venir. Robert Waseige m'avait téléphoné pour me dire que la meilleure solution était que je vienne plus tôt. J'ai eu 24 heures pour me décider mais je savais que j'allais relever le défi ". Mathijssen retrouvait une ville où il avait officié de 1985 à 1990 comme gardien de but. Lui, le fils de mineur, revenait dans cette région façonnée par les terrils et les châssis à mollette. Sa deuxième région après ce Limbourg qu'il avait quitté une première fois pour rejoindre cette lointaine Wallonie avant de revenir en 1990 à Genk. Depuis lors, il s'était bien gardé de rester loin des tracas des Zèbres. Il avait joué à Lommel de 1993 à 2000 avant de terminer son parcours à St-Trond et d'embrasser la carrière d'entraîneur. Mais après trois saisons à fréquenter les couloirs du Staaienveld, il en connaissait les moindres recoins. " Je sentais que j'étais arrivé au bout de l'aventure trudonnaire. Cela faisait des mois que je voulais partir. Marc Wilmots m'a fait hésiter en me demandant de rester comme coach mais je savais que le cycle était terminé ". Il était temps de revenir voir ce qui avait remplacé le Mambourg d'antan. " J'ai eu plusieurs propositions mais celle de Charleroi avait ma préférence. J'ai parlé avec le président et j'ai senti toute la confiance qu'il plaçait en moi. C'était un risque mais j'étais prêt à le prendre, quitte à commencer mon travail carolo en D2. Certes, cela n'aurait pas été facile car je suis persuadé que rester en D1 s'avère plus évident que devenir champion en D2. De plus, je possédais déjà mes repères avec la D1 alors que j'aurais dû tout découvrir de la catégorie inférieure ". En trois matches, Mathijssen imposait sa griffe : " Le groupe avait juste besoin d'une ligne de conduite, d'un fil à suivre pour très vite retrouver la force de se battre. J'ai alors présenté une forme de jeu que je pensais bon pour tenir trois rencontres ". Mathijssen pouvait préparer la nouvelle saison en misant sur la notion de groupe : " Le travail en groupe est important. Les joueurs savent qu'ils ne réussiront qu'en groupe. Tout le monde un jour ou l'autre va se distinguer. Contre Anderlecht, c'était Abdelmajid Oulmers et à St-Trond Orlando. Le système mis en place pour sauver le club m'a servi de base pour la nouvelle saison. Un système où tu sais faire face aux attaques adverses sans trop laisser à l'adversaire de possibilités ". En rejetant la notion de schéma de jeu, il insiste sur les notions de récupération et d'organisation : " Le système n'est jamais un facteur déterminant. Ce qui importe, c'est la manière avec laquelle on l'applique. Il ne sert qu'à permettre aux joueurs de reconnaître leur position de départ et leurs devoirs. Mais d'autres paramètres interviennent comme l'animation, le jeu, la forme ou l'adversaire ". Avec de tels principes, Charleroi a réussi son début de championnat. " Chacun s'accordait pour dire que l'on avait un calendrier difficile. Mais j'avais senti une équipe qui voulait agir autrement. Les joueurs avaient perdu la joie d'être footballeur. Ce n'est pas une profession mais une manière de vivre. Tu dois accepter de faire des sacrifices mais quand tu vois que cela réussit, c'est le plus beau métier. J'aurais considéré qu'avec 9 points, on ne ratait pas notre début de championnat. Or, on en possède 4 de plus. Mais, il ne faut pas se tromper d'objectif. Le maintien est primordial. Pour ce faire, je pense qu'avec 20 points à Noël, on est bien parti ". Derrière un discours prudent, Mathijssen cherche pourtant la perfection pour son groupe. Si chacun se montre surpris par le jeu déployé par les Zèbres, lui cherche encore à le perfectionner. " Je ne suis pas encore satisfait. Je pense que le noyau recèle de la qualité et j'aimerais revoir en match certaines actions entraperçues à l'entraînement. Pour augmenter la qualité du jeu, il faut de la discipline. Les joueurs ne prennent pas encore le temps de simplifier le jeu. Lever la tête, donner la bonne passe. Attention, pas celle de 30 mètres. Non, simplement, regarder s'il n'y a pas un adversaire à 10 mètres ". Devant ce problème de précipitation encore présent, Mathijssen se concentre sur le jeu de l'adversaire. Déjouer avant de jouer. " On doit évidemment montrer du respect pour l'adversaire et son jeu. Mais la qualité de mes joueurs doit rester primordiale. L'objectif est de mettre sur pied un schéma dans lequel tous mes joueurs peuvent jouer en fonction de leurs propres qualités. Mais pour le moment, ce n'est pas encore possible. Alors, on fait un mélange : on trouve quelque chose pour bloquer le jeu de l'adversaire et en même temps, on essaie de miser sur nos propres qualités ". Autre défi à relever, une capacité à multiplier les réactions du groupe. " Arriver à avoir un groupe qui réagit à chaque instant. Tout le monde saurait ce que son copain va faire. Evidemment, il s'agit d'une utopie. Mais, il faut veiller à s'en rapprocher. Pour le moment, comme je le disais précédemment, on pense encore trop à ce que l'adversaire va faire. On doit pouvoir changer d'approche plus souvent. Je vois des périodes trop longues : pendant 20 minutes, les joueurs s'attachent à s'organiser puis pendant 20 minutes, ils construisent, etc. Moi, je voudrais évoluer vers des périodes de 5 minutes ". Dans la construction de l'équipe, le Limbourgeois se concentre fortement sur le milieu du terrain. " C'est la partie la plus importante du jeu. En privilégiant ce secteur, je sais que je prends plus de risques dans les autres parties. En défense, il arrive que l'on joue homme contre homme et en attaque, l'unique centre-avant doit se débrouiller face à deux stoppeurs. Je préfère avoir un homme supplémentaire dans l'entrejeu. Je demande à mon triangle (pour l'instant SébastienChabaud-Laurent Macquet-Oulmers) de bouger sans cesse, voire de permuter du moment que le triangle reste construit ". Pour avancer avec son noyau, Mathijs- sen veut également supprimer les déchets de jeu. " Privilégier la simplicité permettrait d'évoluer plus haut. Il ne faut pas être offensif pour être offensif. Si on joue plus haut, cela doit se faire en bloc. Pour sortir de la mêlée, il ne faut pas voir trop loin mais toujours jouer court. Choisir la solution simple pour monter avec tout le bloc 10-15 mètres plus haut. Et tout en gardant ses acquis défensifs. Car cela ne sert à rien de jouer haut pour encaisser plus de buts. Or, il faut savoir que si on monte d'un cran, on doit compter sur des défenseurs rapides. Il faut donc combiner qualité défensive et offensive : ne pas encaisser et être dangereux pour l'adversaire ". Pour inculquer ces notions à ses joueurs, Mathijssen a opté pour la proximité. Il vit pour et par le groupe. Il explique et communique ses choix. " Il faut toujours expliquer aux joueurs les options choisies ou pourquoi je n'ai pas tenu opportun de l'utiliser. Cela permet de maintenir en éveil les remplaçants qui savent toujours ce qu'ils doivent apporter à l'équipe une fois qu'ils montent au jeu. Ainsi, quand on doit marquer, cela n'est pas nécessaire de mettre un attaquant supplémentaire au jeu. Il suffit parfois d'intervertir deux attaquants pour avoir quelqu'un avec des qualités différentes. A St-Trond, j'ai retiré Giovanni Cacciatore pour le remplacer par Orlando car il me fallait quelqu'un de rapide pour profiter du retrait de Thomas Caers. Ainsi, là, le changement n'était pas spontané. Ce sont les circonstances qui ont décidé à ma place ". Enfin, si Mathijssen a été choisi pour opérer à Charleroi, c'est aussi en grande partie grâce à son profil d'entraîneur qui fait confiance aux jeunes. " On m'a demandé d'avoir très vite de plus en plus de joueurs régionaux dans le noyau. On en a intégré quelques-uns au noyau A en leur expliquant qu'ils restaient avec nous pendant deux ans. On leur donnera la chance de s'exprimer tout en sachant bien qu'on ne doit pas s'attendre à ce qu'un jeune tienne la distance durant tout un championnat et en pensant qu'il ne faut pas retirer de l'équipe un jeune qui a mal joué. Mais il faut lui laisser le temps. Laurent Ciman constitue pour le moment l'exception car, normalement, les jeunes connaissent un certain creux à cette période. Le contrecoup de la préparation. De plus, quand je parle de jeu simple, Ciman l'applique. Or, on pourrait s'attendre de la part d'un jeune qu'il en fasse un peu trop pour montrer ce dont il est capable ". Désormais, le Sporting se situe à un nouveau tournant. " La rencontre face à Beveren constitue un match-clé. On saura à ce moment-là si on fait partie du sub-top ou si on doit continuer à regarder derrière nous. Mais si on réussit ce match, on peut réaliser quelque chose de beau cette année ". Mathijssen continuera alors à faire passer son message. " Je pense que je suis un entraîneur à court terme. J'essaie de donner un style de jeu à Charleroi. Et une fois qu'on croit y être arrivé, il ne s'agit plus que de répéter la bonne formule. Et il faut donc continuer à captiver un auditoire qui sait ce qu'il doit faire. Ce qui explique qu'à un moment donné, le discours n'est plus écouté. A St-Trond, la lassitude s'était installée. Mon travail était terminé. Il fallait donc que je parte ". Inculquer une méthode avant de céder le relais... Stéphane Vande Velde" Le groupe avait juste besoin D'UN FIL à SUIVRE pour réapprendre à se battre "