Le tout nouveau complexe d'entraînement du Club Bruges, à Knokke-Heist, reste accessible. Les vestiaires sont fermés, on ne peut plus s'y entraîner en groupes, mais les joueurs qui le souhaitent peuvent y emporter des repas. Les terrains sont accessibles pour des exercices de course et de coordination, pour les joueurs qui ne peuvent pas faire ça chez eux. Le tout se fait évidemment en individuel. Devy Rigaux, le team manager, est en contact régulier avec eux via WhatsApp et Facetime. Il s'entretient aussi par téléphone avec ceux qui en ont besoin. Ceux qu'ils qualifient de " profils vulnérables ", surtout. Des gars qui sont seuls ici, sans leur famille. Ou des jeunes dont la famille vit dans des endroits particulièrement exposés à la crise sanitaire. " Tout le monde est resté en Belgique. C'était une bonne décision parce qu'au moment où le championnat a été suspendu, on ne savait pas où on en était et on ne savait pas non plus que la situation allait empirer à ce point. Avoir tout le monde ici, c'est avoir l'assurance que les joueurs sont toujours dans un environnement vivable et qu'ils peuvent suivre le programme qu'on leur a donné. Et puis, vu qu'ils vivent presque tous près d'ici, on peut encore avoir des contacts sociaux, en respectant les consignes d'usage. "

Le plus difficile, c'est pour nos deux Bosniens et nos deux Iraniens qui sont seuls ici, sans famille. " Michael Radermacher, team manager d'Eupen

Le Club accompagne ses joueurs au quotidien. Il y a le suivi physique, un suivi mental et une aide au niveau de la nutrition. Ceux qui le souhaitaient ont reçu un vélo d'appartement doté d'une application grâce à laquelle les exercices à faire leur sont expliqués par des images.

À Eupen, on se promène sans peine...

Pour son dernier match de la phase classique, Bruges aurait dû se rendre à l'autre bout du pays, au Kehrweg eupenois. Là-bas, le team manager Michael Radermacher n'est pas surmené. Et ça ne lui convient pas trop. " J'ai toujours besoin de travailler beaucoup, j'adore m'occuper d'un tas de choses. Là, je n'ai pas trop ce que je veux ! " Il reçoit quand même des coups de fil réguliers. " On me pose des questions différentes de celles qu'on me pose quand tout est normal. Depuis l'arrêt, des joueurs m'appellent surtout pour me demander quand ils vont reprendre les entraînements et les matches. Ils sont impatients que ça recommence. Ils sont tous restés en Belgique, le staff technique aussi. Les joueurs belges sont en famille. Andreas Beck aussi, il vit tout près d'ici. Le plus difficile, c'est pour nos deux Bosniens et nos deux Iraniens qui sont seuls ici, sans famille. Ils n'ont heureusement pas de cas positifs dans leur famille au pays, ça les aide. Sinon, ils s'entraident. Danijel Milicevic collabore avec Smail Prevljak, Saeid Ezatokhi fait la même chose avec Omid Ebrahimi. "

Michael Radermacher, BELGAIMAGE
Michael Radermacher © BELGAIMAGE

Dans une situation comme celle que l'on vit actuellement, le fait qu'Eupen soit une petite ville est un avantage. Les gens ne se marchent pas sur les pieds et ils ont tout à disposition. Tout le monde peut se promener sans craindre de se retrouver dans la foule. " Se promener ou faire du vélo n'est pas un problème, on ne doit pas respecter un certain périmètre. Il y a des bois et les Hautes Fagnes à proximité. "

Le team manager est en contact journalier avec la direction. Il discute avec le capitaine Siebe Blondelle de ce que les joueurs peuvent mettre sur leurs réseaux sociaux pour soigner le moral des gens de la région. " Nous sommes persuadés que les footballeurs ont un rôle d'exemples à jouer. Quand des gens sont confinés chez eux et souffrent, ça peut les aider de voir ce que des joueurs de foot connus font dans les mêmes circonstances. C'est pour ça que nous postons des photos et des petits films impliquant les joueurs. "

Le Cercle voit tous les hôtels fermer

Le Cercle a le "privilège" d'être, jusqu'à présent, le seul club de D1A belge à avoir eu un cas positif au coronavirus. Un membre du staff médical a été testé positif après l'arrêt des entraînements. " Il se sent mieux entre-temps, il est guéri ", nous signale Sven Vandendriessche. Ces derniers jours, il a fourni du matériel aux joueurs. " Nous avons fourni un spinning bike à ceux qui le souhaitaient, et aussi des poids et des tapis. Johanna Omolo a aussi demandé une balle de notre salle de musculation. Nous restons en contact surtout via notre groupe WhatsApp. Il arrive que l'entraîneur poste quelque chose, ou quelqu'un de l'équipe médicale, et on propose aussi des challenges. C'est une façon de maintenir une vie de groupe. J'ai vu que certains joueurs allaient courir sur la plage. Il y en a un qui a un souci avec sa voiture, un pneu crevé, donc il ne sait aller nulle part. "

La crise sanitaire provoque aussi son lot de soucis administratifs. " Guy Mbenza est arrivé en Belgique tout récemment et nous devons régler son permis de séjour. Il attend d'avoir un numéro national pour pouvoir ouvrir un compte bancaire. Ça a pris plus longtemps que prévu, donc ça été difficile de lui verser son salaire et de lui louer un appartement. Quand on n'a pas de passeport ni aucun autre document valide, c'est compliqué. Dans un premier temps, il était hébergé à l'hôtel, mais ça a fermé entre-temps. Nous l'avons alors hébergé dans un aparthotel à Jabbeke, mais il a aussi fermé. Après ça, il s'est retrouvé dans un autre aparthotel à Westende, mais là aussi, on a stoppé les activités. Alors, je l'ai pris chez moi. On ne peut quand même pas laisser un de nos joueurs à la rue. Maintenant, il est dans une famille d'accueil qui lui cherche un logement. "

Le Bosuil déserté offre une image un peu désolante., BELGAIMAGE
Le Bosuil déserté offre une image un peu désolante. © BELGAIMAGE

Le personnel du Cercle est aussi occupé à prolonger les permis de joueurs pour la saison prochaine. C'est une formalité qui doit se faire en avril. " Notre gardien brésilien doit se rendre dans un bureau à Bruges pour avoir ses papiers, mais il n'arrive pas à obtenir un rendez-vous. J'ai pourtant besoin de ces papiers pour pouvoir prolonger son permis. Je comprends tout ça mais, c'est quand même un peu dingue. "

De nombreux joueurs du Cercle ont regagné la France avant la fermeture des frontières. " Si on nous autorise à reprendre les entraînements, mais si les frontières n'ont pas été rouvertes à ce moment-là, on aura un problème. Ce sera aussi problématique pour nos coaches, qui sont rentrés en Allemagne. Mais ils ne pouvaient de toute façon pas rester ici parce que l'hôtel où ils séjournaient a aussi été fermé. "

Malines content d'avoir gardé les étrangers en Belgique

Michael Vijverman, team manager de Malines, rencontre aussi son lot de problèmes administratifs. " La femme de Sheldon Bateau aurait dû repartir à Trinité-et-Tobago le 22 mars, avec leur petit garçon, mais elle n'a finalement pas voulu prendre le risque. Le souci, c'est que leur visa expire le 2 avril. Je dois donc régler ça, mais la prochaine date disponible pour le faire en ligne, c'est le 18 avril. Je suppose que les autorités vont tenir compte des circonstances et que je pourrai plus facilement prolonger leur visa. "

J'ai dû annuler tout ce qui était prévu autour de la finale de la Coupe. " Frédéric Leidgens, team manager de l'Antwerp

Les joueurs étrangers n'ont pas eu l'autorisation de rentrer dans leur pays. Une décision commune du coach et de la direction. " Je ne comprends pas que certains clubs aient laissé faire ça ", poursuit le team manager. " Imaginez qu'au moment de la reprise des entraînements pour la saison prochaine, certains joueurs soient dans des pays où les mesures sont plus strictes, des pays qui interdiraient aux gens de quitter le territoire. Je prends l'exemple d'un joueur ivoirien qui devrait rester plus longtemps dans son pays, puis encore passer par une période de quarantaine en rentrant en Belgique. D'après ce que je vois dans les médias, il est fort possible que des choses importantes se passent dans le futur en Afrique et en Amérique. "

Frédéric Leidgens, BELGAIMAGE
Frédéric Leidgens © BELGAIMAGE

Malines a beaucoup de joueurs belges dans son noyau, ça facilite quand même la tâche du team manager. " Tous les deux jours, je prends contact avec les étrangers, je leur demande si le club peut les aider, je vois si je dois leur expliquer les dernières mesures qui ont été prises. Nous avons proposé plusieurs fois de préparer des repas, mais nos joueurs étrangers sont ici en couple et ils nous répondent que ce n'est pas nécessaire. Même chose pour les Belges. Au niveau des voitures, je ne prévois pas de difficultés non plus parce que nous avons reçu les nouvelles une semaine avant le déclenchement de la crise. Et puis, de toute façon, il y a les limites que le gouvernement a imposées au niveau des déplacements ! "

Il attend les prochaines décisions de la Pro League, qui se réunira à nouveau ce jeudi. " Notre campagne de préparation pour la saison prochaine est déjà ficelée, le stage est fixé. On ira aux Pays-Bas à partir du 29 juin. Je ne pense pas que le championnat sera toujours en cours à ce moment-là, mais quand même, on ne sait jamais. Pour le moment, on n'annule rien. Mais il viendra bien un moment où il faudra prendre des décisions sur la suite du programme. Heureusement, on n'avait pas planifié de stage à l'étranger entre la fin de la phase classique et le début des play-offs. Pour ça, on attendait le résultat de notre dernier match à Genk. Je m'étais déjà renseigné où on avait fait notre stage de janvier, en Espagne, le complexe était libre pour quatre, cinq jours. Tout pouvait être réglé très vite mais je n'avais pas encore réservé de vols. "

À l'Antwerp, on passe son temps à tout annuler

Réserver des vols, ça avait déjà été fait du côté de l'Antwerp. Après la finale de Coupe, le noyau (amputé de ses internationaux) aurait dû gagner l'Espagne pour un stage / team building. Le team manager, Frédéric Leidgens, a dû tout annuler. " C'est fait depuis un bon moment. Maintenant, on essaie de trouver un arrangement avec la compagnie aérienne pour ne pas devoir payer les billets. " Annuler, on ne fait pour ainsi dire que ça, ces derniers temps, du côté du premier matricule du pays. " J'ai dû annuler tout ce qui était prévu autour de la finale de la Coupe, et pour le moment, j'essaie de m'arranger avec l'hôtel où l'équipe devait séjourner avant le match, le but est de trouver un accord à une nouvelle date si la finale se joue quand même. Pareil avec le stage d'été. Là aussi, j'ai mis les choses en suspens pour ne pas devoir signer de contrats pour le moment. L'hôtel qu'on aurait voulu au départ, aux Pays-Bas, était réservé à cause de l'EURO. On en avait trouvé un autre mais on n'a rien confirmé entre-temps parce qu'il y a trop d'incertitudes concernant la suite. Est-ce qu'on va reprendre le championnat, et si oui, jusqu'à quand ? Quand est-ce qu'on pourra faire un stage ? Est-ce qu'on pourra en faire un ? On liste toutes les possibilités et on prend des options, en fonction des différents scénarios. J'ai déjà annulé mes vacances, en tout cas. Est-ce qu'on aura la possibilité d'en prendre ? Peut-être pas. Et de toute façon, si ça peut se faire, elles ne seront pas longues. "

Pierre Denier, BELGAIMAGE
Pierre Denier © BELGAIMAGE

Comme dans les autres clubs, il y a un groupe WhatsApp reprenant les joueurs de l'Antwerp. " Il est strictement réservé à des messages professionnels. Moi, j'envoie régulièrement des messages privés aux joueurs ou je les appelle pour m'assurer qu'ils ne manquent de rien. Dans ces messages privés, c'est parfois un peu plus léger parce qu'il faut aussi continuer à vivre. Pour ceux qui le souhaitent, on a organisé un service traiteur. Il est possible de commander tous les jours le petit-déjeuner, le repas de midi et celui du soir. Tous les joueurs sont restés en Belgique. De toute façon, il est maintenant interdit de passer les frontières. Au moment où il était encore possible de quitter le pays, on espérait que les entraînements allaient reprendre rapidement. On suit les directives à la lettre. Par exemple, quand les joueurs sont venus chercher leur polar qui doit leur permettre de s'entraîner individuellement chez eux, on les a convoqués deux par deux, avec des coupures d'un quart d'heure. "

J'ai l'impression d'avoir été mis subitement à la retraite. J'ai déjà reconditionné deux fois mon jardin avec ma femme." Pierre Denier, team manager de Genk

Waasland-Beveren tient toujours compte d'un match pour le maintien

Pour le club dernier du classement, il y a encore un enjeu énorme cette saison. Martijn De Jonge est en contact très régulier avec les joueurs, il tient à ce qu'ils reçoivent les infos les plus précises. " Dès qu'il y a une annonce officielle, je la fais suivre au groupe. Je communique en anglais parce qu'il y a des joueurs qui ne parlent pas néerlandais. Je leur ai expliqué toutes les mesures de lockdown. Nos Balkan boys habitent à trois dans le même bloc d'appartements mais en principe, ils ne peuvent pas se balader ensemble. Ce serait bête qu'ils se fassent arrêter et qu'ils doivent payer une amende pour ça. "

Daam Foulon (à gauche) et Martijn De Jonge, le team manager de Waasland-Beveren, célèbrent la victoire contre le Standard., BELGAIMAGE
Daam Foulon (à gauche) et Martijn De Jonge, le team manager de Waasland-Beveren, célèbrent la victoire contre le Standard. © BELGAIMAGE

Ce sont les seuls étrangers du noyau qui sont restés en Belgique. " C'était compliqué pour eux de rentrer parce que les règles chez eux étaient très strictes ", continue le team manager. " Presque partout, la quarantaine quand on franchit les frontières est de quatorze jours, mais en Serbie, c'était une quarantaine de 28 jours pour ceux qui revenaient de zones fort contaminées. "

" Les joueurs belges me contactent surtout avec des questions sur la façon de rester en forme. Daan Heymans m'a demandé s'il pouvait jouer au foot avec Bent Gabriel sur notre terrain synthétique. J'ai posé la question à la police et on a eu le feu vert. Ça peut se faire à condition qu'il n'y ait personne d'autre sur le terrain au même moment. Nos synthés sont accessibles, mais ils sont réservés aux joueurs qui habitent tout près, vu que les longs déplacements ne sont pas autorisés. Beaucoup de joueurs sont retournés chez leurs parents. Côté souci technique, il y a eu un pneu crevé pour Denzel Jubitana, mais tout s'est arrangé parce que les garages travaillent encore sur rendez-vous. "

Les GSM ne sonnent plus à Genk

Pierre Denier, team manager à Genk, est un peu surpris quand il reçoit notre appel. Parce que, depuis deux bonnes semaines, son GSM ne sonne plus qu'exceptionnellement. " En temps normal, je reçois 140 appels par jour. Maintenant, c'est en moyenne... zéro. J'ai l'impression d'avoir été mis subitement à la retraite. J'ai déjà reconditionné deux fois mon jardin avec ma femme. J'ai l'habitude de faire tous les jours une balade, mais à cause de la fermeture de la frontière avec les Pays-Bas, j'ai dû changer mon itinéraire. " C'est surtout avec le préparateur physique et le coach mental que les joueurs ont maintenant des contacts directs. Le premier leur a donné un programme individuel, le second s'assure qu'aucun gars du Racing ne sombre psychologiquement.

Wout Maris, qui s'occupe notamment des logements et des formalités administratives, ne reçoit plus, lui aussi, qu'un minimum de coups de fil depuis le début de la crise. " Environ deux fois moins qu'en temps normal. Mais, d'avance, mars et avril, c'est une période plus calme pour moi. Parce que tous les joueurs arrivés pendant le mercato de janvier ont entre-temps été logés. "

Tous les étrangers du noyau sont restés en Belgique et ils habitent à Genk ou pas très loin. " Un accompagnateur de nos Colombiens est parti là-bas, et quand il a atterri, on l'a placé en quarantaine pour deux semaines. À ce moment-là, tous nos joueurs ont compris qu'ils avaient intérêt à rester ici. On a proposé des repas, et les neuf ou dix gars qui vivent seuls reçoivent tous les jours une livraison de notre cuisinier. "

Maris reçoit surtout des demandes pratiques et administratives. " Quelques joueurs ont suivi les cours d'auto-école via le club et ils attendent maintenant pour passer l'examen pratique. Ils ont évidemment envie de pouvoir prendre la route dès que possible. " L'homme s'attend à être bombardé de questions dès qu'une décision sur la suite des événements au niveau du foot aura été prise. " Pour le moment, tout le monde part du principe que le championnat reprendra dans quelques semaines. Mais si on annonce que la saison s'arrête définitivement, là ma ligne va vite chauffer. "

Mathieu Maertens (OHL) à la lutte avec Joren Dom (Beerschot), BELGAIMAGE
Mathieu Maertens (OHL) à la lutte avec Joren Dom (Beerschot) © BELGAIMAGE

Et la vie d'un team manager en D1B, c'est comment ?

Il y aura encore, en théorie, un match hyper important en D1B : l'affrontement retour entre Louvain et le Beerschot pour la montée. Comment les team managers de ces clubs gèrent-ils leurs joueurs ?

Nicolas Cornu, team manager de Louvain : " On organise des discussions en ligne, en plusieurs groupes, selon la langue des joueurs. Ce sont des groupes de quatre ou cinq. Trois fois par semaine, on les informe sur l'évolution de la situation, les décisions de la Pro League, des conseils de notre médecin, de notre diététicien. Ils peuvent poser des questions. On envoie des plans d'entraînement individualisés. On poste aussi des défis et des images via WhatsApp, histoire d'entretenir l'esprit d'équipe. Les étrangers, à part les Français, sont restés ici. Aussi longtemps qu'il n'y aura pas eu une décision sur la suite des événements, on ne les laissera pas partir. On a essayé de tout régler. Notre traiteur fournit des repas à ceux qui l'ont demandé. On a aussi fait livrer du matériel de fitness, surtout des vélos d'appartement de notre salle. Quelques joueurs, surtout ceux qui habitent à Bruxelles, ont eu des soucis quand ils sortaient, ils ont été contrôlés par la police. On leur a fourni une attestation disant qu'ils devaient s'oxygéner dans le cadre de leur métier. Des joueurs nous ont aussi demandé s'ils pouvaient aller jouer au foot sur les terrains de nos deux centres d'entraînement. Les autorités ont refusé. "

Olivier Dieltjens, team manager du Beerschot : " Vu la suspension des entraînements, j'ai beaucoup moins de choses à faire. Mais je suis aussi membre de la cellule de scouting, et à ce niveau-là, il y a du boulot pour préparer la saison prochaine. Je suis en contact avec les jours avec les joueurs, je m'assure qu'ils ne manquent de rien. Ils savent aussi qu'ils peuvent me contacter jour et nuit. On programme régulièrement des discussions en vidéo avec le noyau et le staff. Et tout récemment, je suis allé livrer des vélos de notre salle de muscu. "

Le tout nouveau complexe d'entraînement du Club Bruges, à Knokke-Heist, reste accessible. Les vestiaires sont fermés, on ne peut plus s'y entraîner en groupes, mais les joueurs qui le souhaitent peuvent y emporter des repas. Les terrains sont accessibles pour des exercices de course et de coordination, pour les joueurs qui ne peuvent pas faire ça chez eux. Le tout se fait évidemment en individuel. Devy Rigaux, le team manager, est en contact régulier avec eux via WhatsApp et Facetime. Il s'entretient aussi par téléphone avec ceux qui en ont besoin. Ceux qu'ils qualifient de " profils vulnérables ", surtout. Des gars qui sont seuls ici, sans leur famille. Ou des jeunes dont la famille vit dans des endroits particulièrement exposés à la crise sanitaire. " Tout le monde est resté en Belgique. C'était une bonne décision parce qu'au moment où le championnat a été suspendu, on ne savait pas où on en était et on ne savait pas non plus que la situation allait empirer à ce point. Avoir tout le monde ici, c'est avoir l'assurance que les joueurs sont toujours dans un environnement vivable et qu'ils peuvent suivre le programme qu'on leur a donné. Et puis, vu qu'ils vivent presque tous près d'ici, on peut encore avoir des contacts sociaux, en respectant les consignes d'usage. " Le Club accompagne ses joueurs au quotidien. Il y a le suivi physique, un suivi mental et une aide au niveau de la nutrition. Ceux qui le souhaitaient ont reçu un vélo d'appartement doté d'une application grâce à laquelle les exercices à faire leur sont expliqués par des images. Pour son dernier match de la phase classique, Bruges aurait dû se rendre à l'autre bout du pays, au Kehrweg eupenois. Là-bas, le team manager Michael Radermacher n'est pas surmené. Et ça ne lui convient pas trop. " J'ai toujours besoin de travailler beaucoup, j'adore m'occuper d'un tas de choses. Là, je n'ai pas trop ce que je veux ! " Il reçoit quand même des coups de fil réguliers. " On me pose des questions différentes de celles qu'on me pose quand tout est normal. Depuis l'arrêt, des joueurs m'appellent surtout pour me demander quand ils vont reprendre les entraînements et les matches. Ils sont impatients que ça recommence. Ils sont tous restés en Belgique, le staff technique aussi. Les joueurs belges sont en famille. Andreas Beck aussi, il vit tout près d'ici. Le plus difficile, c'est pour nos deux Bosniens et nos deux Iraniens qui sont seuls ici, sans famille. Ils n'ont heureusement pas de cas positifs dans leur famille au pays, ça les aide. Sinon, ils s'entraident. Danijel Milicevic collabore avec Smail Prevljak, Saeid Ezatokhi fait la même chose avec Omid Ebrahimi. " Dans une situation comme celle que l'on vit actuellement, le fait qu'Eupen soit une petite ville est un avantage. Les gens ne se marchent pas sur les pieds et ils ont tout à disposition. Tout le monde peut se promener sans craindre de se retrouver dans la foule. " Se promener ou faire du vélo n'est pas un problème, on ne doit pas respecter un certain périmètre. Il y a des bois et les Hautes Fagnes à proximité. " Le team manager est en contact journalier avec la direction. Il discute avec le capitaine Siebe Blondelle de ce que les joueurs peuvent mettre sur leurs réseaux sociaux pour soigner le moral des gens de la région. " Nous sommes persuadés que les footballeurs ont un rôle d'exemples à jouer. Quand des gens sont confinés chez eux et souffrent, ça peut les aider de voir ce que des joueurs de foot connus font dans les mêmes circonstances. C'est pour ça que nous postons des photos et des petits films impliquant les joueurs. " Le Cercle a le "privilège" d'être, jusqu'à présent, le seul club de D1A belge à avoir eu un cas positif au coronavirus. Un membre du staff médical a été testé positif après l'arrêt des entraînements. " Il se sent mieux entre-temps, il est guéri ", nous signale Sven Vandendriessche. Ces derniers jours, il a fourni du matériel aux joueurs. " Nous avons fourni un spinning bike à ceux qui le souhaitaient, et aussi des poids et des tapis. Johanna Omolo a aussi demandé une balle de notre salle de musculation. Nous restons en contact surtout via notre groupe WhatsApp. Il arrive que l'entraîneur poste quelque chose, ou quelqu'un de l'équipe médicale, et on propose aussi des challenges. C'est une façon de maintenir une vie de groupe. J'ai vu que certains joueurs allaient courir sur la plage. Il y en a un qui a un souci avec sa voiture, un pneu crevé, donc il ne sait aller nulle part. " La crise sanitaire provoque aussi son lot de soucis administratifs. " Guy Mbenza est arrivé en Belgique tout récemment et nous devons régler son permis de séjour. Il attend d'avoir un numéro national pour pouvoir ouvrir un compte bancaire. Ça a pris plus longtemps que prévu, donc ça été difficile de lui verser son salaire et de lui louer un appartement. Quand on n'a pas de passeport ni aucun autre document valide, c'est compliqué. Dans un premier temps, il était hébergé à l'hôtel, mais ça a fermé entre-temps. Nous l'avons alors hébergé dans un aparthotel à Jabbeke, mais il a aussi fermé. Après ça, il s'est retrouvé dans un autre aparthotel à Westende, mais là aussi, on a stoppé les activités. Alors, je l'ai pris chez moi. On ne peut quand même pas laisser un de nos joueurs à la rue. Maintenant, il est dans une famille d'accueil qui lui cherche un logement. " Le personnel du Cercle est aussi occupé à prolonger les permis de joueurs pour la saison prochaine. C'est une formalité qui doit se faire en avril. " Notre gardien brésilien doit se rendre dans un bureau à Bruges pour avoir ses papiers, mais il n'arrive pas à obtenir un rendez-vous. J'ai pourtant besoin de ces papiers pour pouvoir prolonger son permis. Je comprends tout ça mais, c'est quand même un peu dingue. " De nombreux joueurs du Cercle ont regagné la France avant la fermeture des frontières. " Si on nous autorise à reprendre les entraînements, mais si les frontières n'ont pas été rouvertes à ce moment-là, on aura un problème. Ce sera aussi problématique pour nos coaches, qui sont rentrés en Allemagne. Mais ils ne pouvaient de toute façon pas rester ici parce que l'hôtel où ils séjournaient a aussi été fermé. " Michael Vijverman, team manager de Malines, rencontre aussi son lot de problèmes administratifs. " La femme de Sheldon Bateau aurait dû repartir à Trinité-et-Tobago le 22 mars, avec leur petit garçon, mais elle n'a finalement pas voulu prendre le risque. Le souci, c'est que leur visa expire le 2 avril. Je dois donc régler ça, mais la prochaine date disponible pour le faire en ligne, c'est le 18 avril. Je suppose que les autorités vont tenir compte des circonstances et que je pourrai plus facilement prolonger leur visa. " Les joueurs étrangers n'ont pas eu l'autorisation de rentrer dans leur pays. Une décision commune du coach et de la direction. " Je ne comprends pas que certains clubs aient laissé faire ça ", poursuit le team manager. " Imaginez qu'au moment de la reprise des entraînements pour la saison prochaine, certains joueurs soient dans des pays où les mesures sont plus strictes, des pays qui interdiraient aux gens de quitter le territoire. Je prends l'exemple d'un joueur ivoirien qui devrait rester plus longtemps dans son pays, puis encore passer par une période de quarantaine en rentrant en Belgique. D'après ce que je vois dans les médias, il est fort possible que des choses importantes se passent dans le futur en Afrique et en Amérique. " Malines a beaucoup de joueurs belges dans son noyau, ça facilite quand même la tâche du team manager. " Tous les deux jours, je prends contact avec les étrangers, je leur demande si le club peut les aider, je vois si je dois leur expliquer les dernières mesures qui ont été prises. Nous avons proposé plusieurs fois de préparer des repas, mais nos joueurs étrangers sont ici en couple et ils nous répondent que ce n'est pas nécessaire. Même chose pour les Belges. Au niveau des voitures, je ne prévois pas de difficultés non plus parce que nous avons reçu les nouvelles une semaine avant le déclenchement de la crise. Et puis, de toute façon, il y a les limites que le gouvernement a imposées au niveau des déplacements ! " Il attend les prochaines décisions de la Pro League, qui se réunira à nouveau ce jeudi. " Notre campagne de préparation pour la saison prochaine est déjà ficelée, le stage est fixé. On ira aux Pays-Bas à partir du 29 juin. Je ne pense pas que le championnat sera toujours en cours à ce moment-là, mais quand même, on ne sait jamais. Pour le moment, on n'annule rien. Mais il viendra bien un moment où il faudra prendre des décisions sur la suite du programme. Heureusement, on n'avait pas planifié de stage à l'étranger entre la fin de la phase classique et le début des play-offs. Pour ça, on attendait le résultat de notre dernier match à Genk. Je m'étais déjà renseigné où on avait fait notre stage de janvier, en Espagne, le complexe était libre pour quatre, cinq jours. Tout pouvait être réglé très vite mais je n'avais pas encore réservé de vols. " Réserver des vols, ça avait déjà été fait du côté de l'Antwerp. Après la finale de Coupe, le noyau (amputé de ses internationaux) aurait dû gagner l'Espagne pour un stage / team building. Le team manager, Frédéric Leidgens, a dû tout annuler. " C'est fait depuis un bon moment. Maintenant, on essaie de trouver un arrangement avec la compagnie aérienne pour ne pas devoir payer les billets. " Annuler, on ne fait pour ainsi dire que ça, ces derniers temps, du côté du premier matricule du pays. " J'ai dû annuler tout ce qui était prévu autour de la finale de la Coupe, et pour le moment, j'essaie de m'arranger avec l'hôtel où l'équipe devait séjourner avant le match, le but est de trouver un accord à une nouvelle date si la finale se joue quand même. Pareil avec le stage d'été. Là aussi, j'ai mis les choses en suspens pour ne pas devoir signer de contrats pour le moment. L'hôtel qu'on aurait voulu au départ, aux Pays-Bas, était réservé à cause de l'EURO. On en avait trouvé un autre mais on n'a rien confirmé entre-temps parce qu'il y a trop d'incertitudes concernant la suite. Est-ce qu'on va reprendre le championnat, et si oui, jusqu'à quand ? Quand est-ce qu'on pourra faire un stage ? Est-ce qu'on pourra en faire un ? On liste toutes les possibilités et on prend des options, en fonction des différents scénarios. J'ai déjà annulé mes vacances, en tout cas. Est-ce qu'on aura la possibilité d'en prendre ? Peut-être pas. Et de toute façon, si ça peut se faire, elles ne seront pas longues. " Comme dans les autres clubs, il y a un groupe WhatsApp reprenant les joueurs de l'Antwerp. " Il est strictement réservé à des messages professionnels. Moi, j'envoie régulièrement des messages privés aux joueurs ou je les appelle pour m'assurer qu'ils ne manquent de rien. Dans ces messages privés, c'est parfois un peu plus léger parce qu'il faut aussi continuer à vivre. Pour ceux qui le souhaitent, on a organisé un service traiteur. Il est possible de commander tous les jours le petit-déjeuner, le repas de midi et celui du soir. Tous les joueurs sont restés en Belgique. De toute façon, il est maintenant interdit de passer les frontières. Au moment où il était encore possible de quitter le pays, on espérait que les entraînements allaient reprendre rapidement. On suit les directives à la lettre. Par exemple, quand les joueurs sont venus chercher leur polar qui doit leur permettre de s'entraîner individuellement chez eux, on les a convoqués deux par deux, avec des coupures d'un quart d'heure. " Pour le club dernier du classement, il y a encore un enjeu énorme cette saison. Martijn De Jonge est en contact très régulier avec les joueurs, il tient à ce qu'ils reçoivent les infos les plus précises. " Dès qu'il y a une annonce officielle, je la fais suivre au groupe. Je communique en anglais parce qu'il y a des joueurs qui ne parlent pas néerlandais. Je leur ai expliqué toutes les mesures de lockdown. Nos Balkan boys habitent à trois dans le même bloc d'appartements mais en principe, ils ne peuvent pas se balader ensemble. Ce serait bête qu'ils se fassent arrêter et qu'ils doivent payer une amende pour ça. " Ce sont les seuls étrangers du noyau qui sont restés en Belgique. " C'était compliqué pour eux de rentrer parce que les règles chez eux étaient très strictes ", continue le team manager. " Presque partout, la quarantaine quand on franchit les frontières est de quatorze jours, mais en Serbie, c'était une quarantaine de 28 jours pour ceux qui revenaient de zones fort contaminées. " " Les joueurs belges me contactent surtout avec des questions sur la façon de rester en forme. Daan Heymans m'a demandé s'il pouvait jouer au foot avec Bent Gabriel sur notre terrain synthétique. J'ai posé la question à la police et on a eu le feu vert. Ça peut se faire à condition qu'il n'y ait personne d'autre sur le terrain au même moment. Nos synthés sont accessibles, mais ils sont réservés aux joueurs qui habitent tout près, vu que les longs déplacements ne sont pas autorisés. Beaucoup de joueurs sont retournés chez leurs parents. Côté souci technique, il y a eu un pneu crevé pour Denzel Jubitana, mais tout s'est arrangé parce que les garages travaillent encore sur rendez-vous. " Pierre Denier, team manager à Genk, est un peu surpris quand il reçoit notre appel. Parce que, depuis deux bonnes semaines, son GSM ne sonne plus qu'exceptionnellement. " En temps normal, je reçois 140 appels par jour. Maintenant, c'est en moyenne... zéro. J'ai l'impression d'avoir été mis subitement à la retraite. J'ai déjà reconditionné deux fois mon jardin avec ma femme. J'ai l'habitude de faire tous les jours une balade, mais à cause de la fermeture de la frontière avec les Pays-Bas, j'ai dû changer mon itinéraire. " C'est surtout avec le préparateur physique et le coach mental que les joueurs ont maintenant des contacts directs. Le premier leur a donné un programme individuel, le second s'assure qu'aucun gars du Racing ne sombre psychologiquement. Wout Maris, qui s'occupe notamment des logements et des formalités administratives, ne reçoit plus, lui aussi, qu'un minimum de coups de fil depuis le début de la crise. " Environ deux fois moins qu'en temps normal. Mais, d'avance, mars et avril, c'est une période plus calme pour moi. Parce que tous les joueurs arrivés pendant le mercato de janvier ont entre-temps été logés. " Tous les étrangers du noyau sont restés en Belgique et ils habitent à Genk ou pas très loin. " Un accompagnateur de nos Colombiens est parti là-bas, et quand il a atterri, on l'a placé en quarantaine pour deux semaines. À ce moment-là, tous nos joueurs ont compris qu'ils avaient intérêt à rester ici. On a proposé des repas, et les neuf ou dix gars qui vivent seuls reçoivent tous les jours une livraison de notre cuisinier. " Maris reçoit surtout des demandes pratiques et administratives. " Quelques joueurs ont suivi les cours d'auto-école via le club et ils attendent maintenant pour passer l'examen pratique. Ils ont évidemment envie de pouvoir prendre la route dès que possible. " L'homme s'attend à être bombardé de questions dès qu'une décision sur la suite des événements au niveau du foot aura été prise. " Pour le moment, tout le monde part du principe que le championnat reprendra dans quelques semaines. Mais si on annonce que la saison s'arrête définitivement, là ma ligne va vite chauffer. "