Il y a huit ans, Zulte Waregem battait Mouscron (2-1) en finale de la Coupe de Belgique. Ce jour-là, Ibrahima Salou avait inscrit le premier but et avait été le héros de la soirée. Il assistera à la prochaine finale.
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Il y a huit ans, Zulte Waregem battait Mouscron (2-1) en finale de la Coupe de Belgique. Ce jour-là, Ibrahima Salou avait inscrit le premier but et avait été le héros de la soirée. Il assistera à la prochaine finale. WillyNaessens : Un club doit pouvoir rester à sa place. Si un joueur peut gagner trois fois plus ailleurs, il faut le laisser partir et chercher à le remplacer à un prix raisonnable. Pour nous, ça tourne autour des 500.000 €. A nous, ensuite, de former ce nouveau joueur afin de pouvoir le vendre plus cher. FranckyDury : J'aurais aimé garder Habib Habibou mais le budget de La Gantoise est le double du nôtre... Naessens : Francky pense au fonctionnement du club, il n'est pas dans sa bulle. Il sait que nous ne souhaitons pas consacrer plus de 55 % de notre budget à la masse salariale. Sans Coupe d'Europe, notre budget est de 10 millions. Si nous disputons la prochaine Coupe d'Europe dans un nouveau stade, nous pourrons monter à 13 millions. Nous pourrions donc faire un effort pour certains joueurs. Nous aurions pu le faire pour Hazard mais cela n'aurait servi à rien puisqu'il était en partance. Naessens : Il avait été approché par Anderlecht et le Club Bruges. Celui-ci proposait 1,5 million d'euros. Quand j'ai dit ça à Herman VanHolsbeeck, il m'a répondu que le Sporting ne ferait pas de surenchère. Il est donc parti à Bruges où il a gagné trois fois plus que chez nous. Dury : Il avait été déterminant dans chaque match. On savait qu'un gars de cette taille et de cet âge (27 ans) partirait inévitablement. Naessens : S'il avait été approché par Lokeren, nous aurions pu réfléchir. Mais pas un des trois grands. A moins de sortir du lot. Mais pour cela, il nous faut un nouveau stade. Dury : Et c'est un inconvénient. A Gand, passe encore : c'était la première fois et il y avait du monde. Mais 6000 personnes à Anderlecht ou à Bruges, c'est peu. Je suis persuadé qu'à Waregem, nous aurions battu soit Maribor, soit Wigan. Naessens : Cette campagne a réveillé les décideurs. Ils ont compris que le stade était trop petit. Cette saison, nous avons perdu 1,4 million : 700.000 en déménagements, 300.000 de manque à gagner en matière de vente de tickets et 400.000 de l'UEFA que nous aurions pu avoir si nous nous étions qualifiés. Dury : L'an dernier, La Gantoise avait 9.000 abonnés. Cette saison, il joue tous ses matches devant 18.000 personnes. L'an prochain, il sera dans le Top 4. En Belgique, nous avons 10 ans de retard en matière d'infrastructures. Naessens : Les clubs étrangers que j'ai visités à l'époque en compagnie de VincentMannaert nous disaient tous que, la première saison, leur budget et le nombre de spectateurs augmentait de 60 %. Nous sommes les maîtres de l'ouvrage, nous construisons sur un terrain que la ville nous cède par le biais d'un bail emphytéotique de 50 ans. L'argent des appartements aboutira dans un fonds qui nous sera ristourné sous forme de subsides. Nous investissons cinq millions, le reste provenant de la vente d'espaces disponibles. Naessens : Nous devrons amortir cinq millions en cinq ans mais nous misons sur une croissance de 30 % et un budget compris entre 15 et 18 millions. Dury : Nous devrons surtout rester attentifs pendant la durée des travaux. La Gantoise est retombée à la septième puis à la huitième place, ce n'est pas grave. Mais il y a aussi l'exemple de St-Trond. Naessens : C'était une saison euphorique. Nous venions de monter, avec des semi-pros et des joueurs prêtés par La Gantoise. Nous avons gagné la Coupe et terminé sixièmes. Francky en avait fait des lions. Dury : Nous avions éliminé Bruges et le Standard. Après la demi-finale, nous n'avons plus pris beaucoup de points et j'avais un peu peur qu'on ne soit pas prêts pour la finale. Dury : Deux semaines avant, nous pensions même ne pas pouvoir jouer cette finale car Mouscron avait des problèmes financiers. Ce jour-là, seul Adnan Custovic amenait le danger. Naessens : Il était impayable. Dury : Le budget détermine tout et il est important de bien analyser les joueurs. Naessens : Nous devons les déceler avant qu'ils ne fassent parler d'eux. Nous aurions dû acheter David Pollet il y a deux ans. Dury : Nous le voulions déjà il y a cinq ans. Et il y a deux ans, c'est par un concours de circonstances qu'il ne s'est pas retrouvé chez nous. Lens voulait JérémyBokila mais MogiBayat a dribblé tout le monde et a proposé Pollet à Charleroi. Et puis, Patrick Decuyper doutait de ses qualités. Naessens : Nous ne pouvons pas nous permettre de dépenser un million pour un joueur. Dury : Malaga a un budget de 50 millions d'euros et ne dépense pas plus d'un million et demi par joueur. Dury : Avant, je pensais qu'il fallait un budget de 15 millions pour prétendre au titre mais j'ai appris l'an dernier que, si tout tournait bien, 10 millions pouvaient suffire. Mais c'est exceptionnel. Naessens : Waregem avait un passé. En Promotion, il jouait devant 2000 à 2500 personnes tandis que Zulte, en D3, n'attirait que 500 spectateurs. Et ça diminuait chaque année. Jusqu'à ce que PaulGhistelinck nous invite à nous mettre à table. Naessens : Zulte, c'est juste à côté de Waregem. Sans la frontière provinciale, en 1976, les deux communes auraient fusionné. Naessens : L'entraîneur ! Dury : Nous ne nous en sommes pas rendu compte sur le moment même mais la victoire en coupe nous a aidés, y compris sur le plan financier. Et chaque déplacement européen nous a rendus plus forts. Naessens : Le plus important, c'est la stabilité. Francky a un contrat de dix ans : les joueurs savent qu'ils ne doivent pas lui mettre des bâtons dans les roues. Dury : C'est surtout une question de sentiments. Un jour, Patrick Decuyper m'a demandé quelle était mon ambition. J'ai répondu que je voulais jouer la Coupe d'Europe dans un nouveau stade. Pour lui, je ne visais pas très haut. J'étais tout simplement réaliste. Naessens : Mais on ne peut jamais se contenter de ce qu'on a non plus. Dury : Entraîner une équipe qui vise le Top 6, construit un nouveau stade et un centre d'entraînement suffit à mon bonheur. Naessens : Un homme ne change pas mais il évolue. En vieillissant, il s'assagit. Il est plus tolérant, aussi. Dury : On ne peut pas coacher sans avoir entraîné. Il faut tout maîtriser pour pouvoir diriger. La société change aussi. Il y a quinze ans, il n'y avait pas de people management. Heureusement, j'ai changé. Avant, j'étais convaincu qu'il n'y avait qu'une seule façon d'y arriver. Aujourd'hui, je laisse plus de latitude aux joueurs. Dury : Nous étions amateurs. J'aime travailler avec des jeunes. A Kazan, après le 4-0, certains avaient les larmes aux yeux. Je leur ai dit que j'avais perdu aussi et que nous devions chercher la solution ensemble. Je ne voudrais plus retourner à la police. Naessens : Nous le voulions déjà quand il jouait à Turnhout. Quand j'ai appris que les droits de retransmission allaient augmenter, je suis allé à Courtrai et j'ai consacré la moitié de cet argent à l'achat de Salou. Dury : Un coach doit tout faire pour avoir de bons rapports avec ses joueurs, sans quoi il n'arrive pas à les motiver. Dury : Le coaching, c'est mettre son énergie dans des choses qu'on peut changer. Les trois joueurs de Malaga progressent mais doivent encore devenir des gagneurs. On ne peut pas changer leur caractère mais on peut corriger leur mentalité. Dury : Quand on gagne, il faut vite tourner la page et se fixer un autre objectif. Les jeunes sont parfois en proie à des gens qui leur disent qu'ils n'ont plus rien à prouver. Je ne veux pas de cela. Naessens : Tim était demandé partout. Nous l'avons prêté en Grèce, puis au Lierse et à Mons. Ce n'est qu'une fois revenu en D1 qu'il a explosé. Voici peu, il a reconnu qu'il avait manqué de maturité. Le succès passe à 40 % par la tête. Dury : Je dis parfois aux joueurs que je les aime bien mais que mon boulot est de les faire progresser. Certains comprennent plus vite que d'autres. ThéoBongonda, un jeune de l'académie, a déjà 200 séances d'entraînement dans les jambes sans la moindre blessure. Il comprend tout et progresse très vite. Dury : Plus je gagne, plus je veux gagner. Le plus important, c'est d'avoir une bonne structure afin de ne pas être soumis aux influences externes. Naessens : Il y a dix ans, une défaite rendait Francky malade pendant une semaine. Maintenant, ça ne dure plus qu'un jour. Et moi, une demi-journée. Naessens : Je dirais comme Jean-LucDehaene : pour affronter un problème, il faut qu'il se pose. Gagnons la coupe, construisons le stade et permettons à Francky d'atteindre son ambition. Après, on verra. Nous nous connaissons depuis 24 ans. A l'époque, il entraînait les réserves de Renaix mais sa motivation m'avait sidéré. Plus tard, quand il entraînait l'équipe première, nous menions 3-2 au repos et les gens de Renaix disaient qu'il fallait le virer. Mais Renaix a gagné 3-4 et tous les joueurs sont venus l'embrasser. Ce jour-là, je me suis dit que c'est cet entraîneur-là qu'il nous fallait. PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS: BALGAIMAGE" Francky Dury sait que nous ne pouvons pas consacrer plus de 55 % de notre budget à la masse salariale. " Willy Naessens " Une semaine ou deux avant la finale contre Mouscron, on ne savait toujours pas si on jouerait. " Francky Dury