"Elle me fait rire cette photo. " Paul-José Mpoku s'arrête devant l'imposante publicité qui trône dans la cafeteria de l'Académie Robert Louis-Dreyfus et la shoote de son smart phone. On y trouve une trentaine de jeunes (dont Julien de Sart ou François Marquet) du Standard posant téléphone en main pour les besoins d'un des sponsors du club. Malgré son passage par l'Angleterre, Polo est l'une des plus belles réussites de la formation liégeoise. Aujourd'hui, il est devenu un des cadres d'une équipe en pleine crise. En ce jeudi 9 octobre, sur les hauteurs du Sart Tilman, c'est le calme plat. Contraste saisissant avec les événements qui vont toucher Sclessin trois jours plus tard. S'il est question évidemment du Standard, il est aussi question de départ sur fond de pétrodollars...
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"Elle me fait rire cette photo. " Paul-José Mpoku s'arrête devant l'imposante publicité qui trône dans la cafeteria de l'Académie Robert Louis-Dreyfus et la shoote de son smart phone. On y trouve une trentaine de jeunes (dont Julien de Sart ou François Marquet) du Standard posant téléphone en main pour les besoins d'un des sponsors du club. Malgré son passage par l'Angleterre, Polo est l'une des plus belles réussites de la formation liégeoise. Aujourd'hui, il est devenu un des cadres d'une équipe en pleine crise. En ce jeudi 9 octobre, sur les hauteurs du Sart Tilman, c'est le calme plat. Contraste saisissant avec les événements qui vont toucher Sclessin trois jours plus tard. S'il est question évidemment du Standard, il est aussi question de départ sur fond de pétrodollars... Paul-José Mpoku : Mais je n'ai rien signé... Rien n'est fait. Qui a dit que c'était officiel ? Est-ce que tu as vu sur le site du Standard l'officialisation de la transaction ? Non. Il y a un intérêt, c'est vrai, des accords verbaux mais on verra ce qui va se passer en janvier. Pour l'instant, j'appartiens au Standard. Le team manager du Standard, Pierre Locht, m'a conduit dès la fin du match vers l'aéroport de Zaventem où mon agent Franco Iovino m'attendait pour prendre un vol vers Doha. Je suis arrivé là-bas le lendemain matin, j'ai passé une visite médicale chez Aspire vers 10 heures du matin. J'y suis resté toute la journée et j'ai repris l'avion du retour le soir car j'avais des obligations avec l'équipe nationale Espoir. C'est vrai, faut pas se voiler la face. Mais au Standard, le président est un des meilleurs à ça également. Nous sommes des joueurs, des produits, sur qui on essaie de faire le plus d'argent possible. Si je signe au club d'Al Arabi, je lui appartiendrai mais je ne jouerai pas dans ce club. Il est hors de question que je joue au Qatar. Je suis chrétien et je fais confiance à Dieu. S'il veut que je sois là-bas, j'y serai. Il y a aussi mes agents qui sont à mes côtés et qui savent très bien que je dois avoir des garanties sportives. Voilà pourquoi notamment l'affaire ne s'est pas conclue en fin de mercato. Et au final, personne ne va m'obliger à jouer dans tel ou tel club. J'aurai toujours la décision finale. Ce système existait déjà à l'étranger depuis quelques années mais pas en Belgique. C'est pourquoi les gens sont un peu surpris. Mais il n'y a pas qu'Al Arabi qui est intéressé, il y a d'autres pistes. On verra bien. J'ai grandi à Verviers.... Je dis toujours que je viens du rez-de-chaussée. Il y a une phrase d'un rappeur qui dit " Je dors dans le luxe avec un coeur de clochard. " J'essaie tout le temps de me rappeler cette phrase. Et je n'oublie pas d'aider mes proches. Mes parents ont désormais quitté leur logement social et vivent aujourd'hui dans une maison. Mais c'est vrai qu'on peut vite te faire perdre la tête. La foi me permet aussi de rester sur terre. Si je n'ai pas Dieu, ma vie n'est rien. Je peux avoir de l'argent, une certaine gloire, ça ne va jamais combler ce que Dieu m'apporte. L'argent, la gloire, tout ça, c'est éphémère, ça ne va pas me satisfaire. Oui, je suis obligé. J'ai un peu peur de stagner. Je sens que c'est en janvier ou en fin d'année que je dois faire ce pas. Aujourd'hui, je fais mes matches, je les accumule mais il faut partir, prendre un risque quand tu sens que tu es trop dans ton confort. Ici, je suis chez moi, dans ce qui est pour moi le meilleur club de Belgique, tout le monde m'apprécie. Il faut à un moment que je voie de nouvelles têtes, que j'apprenne de nouveaux systèmes. Je me dis surtout qu'il faut vraiment faire le bon choix de club, qu'il faut parler avec la direction, avec le coach, afin de bien cibler ce qu'il veulent. Tu n'auras jamais une garantie de jouer mais c'est important de savoir ce qu'ils attendent de toi. Je préfère jouer chaque semaine au Standard qu'être sur le banc à l'étranger. T'as beau t'entraîner avec des grands joueurs, le révélateur, c'est le match. Si on me dit demain : -T'es sur le banc ou tu joues back droit, je vais répondre back droit. L'important, c'est de jouer. Oui, il y a eu de l'intérêt mais le problème, c'est que trop de gens tentent de s'immiscer dans un transfert, des agents notamment qui arrivent avec des mandats et racontent n'importe quoi. Peut-être pas directement mais ce sont des clubs qui jouent beaucoup de matches sur une saison avec le championnat, la Coupe, l'Europe, tu reçois automatiquement ta chance et il faut savoir la saisir. Michy, par exemple, évolue à l'OM qui ne dispute pas l'Europe et les possibilités de jouer sont limitées. Mais je n'ai jamais moi-même rencontré des dirigeants de Naples, mes agents oui. Anderlecht a une très bonne équipe mais elle n'est certainement pas intouchable. Je pense même qui si notre noyau avait été clôturé plus tôt dans la saison, on aurait autant de points qu'eux. Chez nous, il y a aussi du potentiel mais les qualités sont différentes de l'an passé. C'est exagéré de parler de longs ballons mais c'était un jeu plus direct. Aujourd'hui, on doit trouver un autre système avec des joueurs qui jouent plus au ballon. Il faut pas se tromper : il y a de la qualité dans cette équipe. Le fait d'avoir loupé le titre l'an dernier a affecté tout le club et on en paye encore les conséquences. Ça a été une véritable désillusion. Je ne sais pas si je reproduirai ces play-offs là, où j'avais marqué huit buts. Je pense quand même avoir progressé dans certains domaines. Je dribble moins qu'avant, je suis moins à la recherche du beau geste, j'essaie d'être plus concret. Avec le système mis en place, je défends beaucoup, ce qui explique aussi que je suis moins frais offensivement. Je dois arriver à trouver le bon équilibre. Et je dois aussi prendre plus de place cette année vu les départs de certains joueurs et mon passé au Standard. Le top 3, on va le faire : sûr et certain. On était premiers quand j'ai prolongé mon contrat en fin de saison. Tout le monde pensait au club qu'on allait gagner ce titre et qu'on allait jouer la Ligue des Champions. Le président me disait qu'il voulait faire quelque chose de fort en Europe. La perte du titre a été un coup de massue. Et je n'ai pas d'explication à cet échec. Je pense que la plupart des joueurs qui sont partis cet été seraient restés si on avait goûté à cette Ligue des Champions. La Belgique, c'est bien pour jouer, acquérir de l'expérience. Mais si on est ambitieux, il faut partir à l'étranger. J'ai le sentiment que le niveau de la compétition baisse également, il suffit de voir le niveau d'ensemble de ce début de championnat. Non pas vraiment car quand tu arrives au Standard et que tu joues devant 25.000 personnes, ce n'est pas la même chose et puis il y a l'Europa League aussi. Le Standard, c'est le feu, l'attaque, la hargne - NDLA : il tape avec son poing dans sa main. Et comme c'est galère au niveau résultat, ça explique le manque d'ambiance positive. Je ne suis pas quelqu'un de nerveux à la base mais là, c'était excessif. C'est difficile pour une compétition de progresser si vos arbitres ne sont pas à niveau. Il m'arrive de parler avec Sébastien Delferière qui m'explique qu'ils ne sont pas pros, qu'ils ont un boulot à côté. Dans ces conditions, comment peut-on atteindre le haut niveau ? C'est pour affirmer que je suis fier de jouer pour le Standard, que malgré leurs appels du pied, je ne suis pas à Bruges, et même si je respecte beaucoup Michel Preud'homme. D'ailleurs, je ne me vois pas jouer pour un autre club belge... Beaucoup de gens critiquent Defour mais je suis persuadé qu'au fond de lui, il est toujours Standardman. Il n'avait peut-être pas d'autre choix que d'aller à Anderlecht car je sais qu'il a voulu revenir au Standard. Anderlecht était peut-être la seule offre qu'il avait, et il est normal qu'il pense à sa carrière. Oui, je crois. Demain, si j'évolue à l'étranger, je continuerai à suivre les résultats du club. Quand j'étais en Angleterre, c'était déjà le cas, je suivais avec attention d'autant que c'étaient les années de deux titres. Et puis mon père restera un fidèle supporter, il continuera à aller au stade même si je ne suis plus là... Il y avait surement une part de talent mais j'en voulais aussi plus que les autres. J'ai eu le déclic au bon moment. J'ai compris que le talent sans le travail, ça n'allait pas fonctionner. Pendant tout un temps, je venais à l'entraînement, je faisais acte de présence, je cherchais le petit pont mais c'est pas ça le foot. Oui, surtout avec la vie que je mène. Je suis jeune mais j'ai des responsabilités. Mais quand je suis avec mes potes, je reste à leur niveau (sic). Oui, surtout au début, quand tu signes ton premier contrat. Ta famille, tes amis pensent que tu gagnes beaucoup d'argent alors que ça se passe vraiment comme ça. C'est là que tu dois faire attention à ton entourage, il faut avoir un certain feeling pour éviter certaines fréquentations. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGES/JANSENS" Nous sommes des joueurs, des produits, sur qui on essaie de faire le plus d'argent possible. " " Même pour 10 millions d'euros je ne deviendrais pas qatari. "