Ladbrokes, MrBookmaker, Bingoal et Belga. Bet sont les principales pelouses où les amateurs de pronostics sur le football belge peuvent se déchaîner. J'ai misé, mercredi et jeudi passés, un total de 60 euros dans diverses agences : 10 euros chez Ladbrokes (matches de D1 belge), 20 euros chez Belga.Bet (Coupe de l'UEFA), 10 euros chez Bingoal (D1 belge) et 20 euros chez MrBookmaker (D1 belge).
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Ladbrokes, MrBookmaker, Bingoal et Belga. Bet sont les principales pelouses où les amateurs de pronostics sur le football belge peuvent se déchaîner. J'ai misé, mercredi et jeudi passés, un total de 60 euros dans diverses agences : 10 euros chez Ladbrokes (matches de D1 belge), 20 euros chez Belga.Bet (Coupe de l'UEFA), 10 euros chez Bingoal (D1 belge) et 20 euros chez MrBookmaker (D1 belge). Mes espoirs ont varié au fil des matches. Pourtant, les triches de l'arbitre Robert Hoyzer, arbitre-vedette de Bundesliga, qui a notamment touché 70.000 euros de la part d'une mafia croate afin de donner un petit coup de pouce (deux penaltys, exclusion d' Emile Mpenza) au club amateur de Paderborn face à Hambourg en Coupe d'Allemagne, suscitent de plus en plus de vagues. Le café King de Berlin, où tout s'est tramé, est désormais une des gargotes les plus tristement connues au monde. Mais le vent du dégoût s'y est levé et souffle aussi vers les cieux grecs, italiens et tchèques. " Je ne demande pas mieux que tout sorte ", avance Koen Terryn, big boss de MrBookmaker. " Ce sont chaque fois des victoires sur ceux qui tentent de spolier le football, les pronostiqueurs honnêtes et les sociétés de paris sportifs. Je serais plus inquiet si tout était étouffé, caché ". Ce sentiment est partagé par tous ses collègues. Les affaires ne datent évidemment pas d'hier. La Belgique n'a pas échappé à une tornade avec le cas Coen Burg- Marc Cox (voir encadré) et on se souviendra du scandale italien de 1980 (paris clandestins de la Camorra, rejet de clubs comme l'AC Milan et la Lazio Rome en Série B, des stars bannies pour plusieurs saisons dont le buteur des Azzurri, Paolo Rossi). En 1995, Bruce Grobbelaar, l'ancien gardien de but de Liverpool et feu John Fashanu, attaquant d'Aston Villa, se retrouvent aux ordres d'un syndicat des jeux malais. Ils furent blanchis par la justice deux ans plus tard mais la fédération anglaise maintint leur suspension de six mois. En 1965, la Premier League avait déjà été secouée par l'affaire Jimmy Gauld, un joueur d'Everton qui pariait sur des matches qu'il " arrangeait ". Ce triste sire écopa d'une peine de quatre ans de prison et une dizaine de footballeurs furent bannis des terrains ou retrouvèrent derrière les barreaux. Et la Hollande du foot fronce encore les sourcils quand elle songe à Dirk Jol, cet arbitre qui, disait-on en 1995, pariait sur les rencontres placées sous sa direction. L'homme en noir repoussa les accusations, fut réhabilité tant par la FIFA que l'UEFA et fut actif durant l'EURO 2000. Les paris ne datent pas d'hier en Belgique et les anciens se souviennent des pronostics mis sur pied par Prior, Littlewoods, Goal, Totto de la Loterie Nationale, etc. En 1975, Prior et Littlewoods régnaient sur un beau marché (25 millions d'euros avec 38, 5 % de taxes diverses dont 5 % au profit de l'Union Belge) qui éveilla la concurrence. Jean Fillée, responsable juridique de la Loterie Nationale, se souvient du lancement du Totto en 1980, période de gloire du football belge, entre les grandes campagnes européennes de nos clubs et les années de vaches grasses des Diables Rouges. La Loterie multiplia les campagnes de publicité dans les stades, adapta souvent les formules de participation, collabora avec l'Union Belge, plaça des panneaux publicitaires dans les stades, etc. Il s'agissait de paris mutuels : le panier à offrir au(x) vainqueurs (s) dépendait du montant total misé par les participants. Il y eut une pointe de 16.300.000 euros en 1981 puis ce fut la plongée vers le bas avec une récolte de moins de 2.500.000 euros en 1985. " Nous avons même lancé un Totto Mondial 82 mais cela n'a pas marché non plus ", dit Jean Fillée. " C'était lourd à gérer : la moitié du total des mises était réservée aux parieurs, il y avait les frais de fonctionnement, les taxes, etc. A la longue, les gains devinrent extrêmement bas. En 1985, les gagnants du rang 1 empochèrent exactement 56.741 francs anciens (1.417 euros). C'était évidemment trop peu et à ce rythme-là, nous n'allions pas tarder à décourager tous les parieurs et à perdre de l'argent. De plus, le Totto eut à souffrir de la concurrence du Lotto dont le succès fut immédiatement phénoménal avec des gains énormes ". D'autres sociétés tentèrent de relever le gant face à l'ogre Lotto. En pure perte. En 1996, la société Paris (Prior, Quatro, Corner, etc.) fut rayée de la carte par une faillite frauduleuse avec un trou de 1,5 million d'euros. Tout bascula le 23 février 1994 : les matches proposés sur la grille se terminèrent tous par une victoire du club évoluant à domicile. Beaucoup de parieurs avaient retenu cette possibilité et la SA Paris fut incapable d'honorer ses obligations par manque de liquidités. En fait, les pronostics se modernisent et Ladbrokes contribue largement à cette évolution. A partir de 1990, Ladbrokes propose des paris football dans ses nombreuses agences (310 actuellement, représentant des dizaines d'emplois) réparties dans tout le pays mais surtout à Bruxelles et en Wallonie. Les grandes villes et les régions plus défavorisées ou à forte population étrangère font plus de " chiffre " que les coins cossus. Ladbrokes fait partie du Hilton Group et est coté en Bourse à Londres, à Bruxelles et à Anvers. Ladbrokes opte pour les paris à cotes où des spécialistes de la maison fixent la cote des matches proposés aux parieurs. Je me suis rendu dans l'agence de la Place Paduwa à Evere. La gérante et un agent commercial répondirent amicalement à mes questions de débutant des pronostics. Ce fut un moment agréable pour une mise de 10 euros sur la D1 belge avec 274 euros en cas de succès sur toute la ligne. De nombreux écrans offrent des images et commentaires de courses hippiques dispatchés par l'impressionnant studio du QG à Uccle que nous avons visité avec Jean-Luc Leleux du service marketing de Ladbrokes. A l'heure actuelle, les sociétés de paris sportifs établies en Belgique payent une taxe de 15 % sur le chiffre d'affaires en Flandre et à Bruxelles, 11 % en Wallonie. " Ladbrokes est une société de droit belge. ", signale Alain Dhooghe, administrateur directeur du marketing et des relations publiques. " La grosse part de notre chiffre d'affaires (80 %) est réalisée via les courses hippiques, 10 % concernent les courses pour lévriers et le restant (10 %) est principalement issu des paris sur les matches de football ". Leader mondial, Ladbrokes récolte 160.000.000 d'euros pour ses différents pronostics sportifs en Belgique et redistribue 70 % aux joueurs. Dans notre pays, on estime que les paris sportifs officiels rapportent 400.000.000 d'euros dont, malgré l'importance des paris hippiques, le gros du gâteau concerne le football. A côté, de cela, il y a probablement des masses importantes d'argent dans les circuits illégaux ou dans les paris en ligne qui ne sont pas autorisés en Belgique. Si l'Union Belge percevait des royalties durant les années 70, ce n'est plus le cas. Peut-on utiliser sans autorisation le nom des clubs ? Ne sont-ils pas protégés par le droit d'image ? " Non, la législation affirme (et une récente directive européenne le souligne) que les calendriers de football font partie du domaine public", commente Alain Dhooghe. Des sociétés de paris ont placé des panneaux dans des stades de D1. Ainsi, Anderlecht perçoit chaque année un montant de 55.000 euros de Bingoal. C'est ridicule par rapport aux sommes considérables qui se jouent dans le monde entier sur des feuilles de pronostics où se retrouvent notamment des clubs belges. En Italie, l'argent du Totocalcio (les paris sur le foot) est partagé en trois : un tiers pour l'organisateur, un pour l'Etat et un pour le CONI (le comité olympique italien), qui redistribue les recettes à ses fédérations selon une clé de répartition qui ne satisfait pas le football mais, au moins, il y a un retour. " Nous sommes conscients de ce problème ", lance Jean-Marie Philips, un président de la Ligue Professionnelle qui, étonnamment, n'est pas très ferré dans ce domaine. " Il n'est pas normal que rien, à part des panneaux publicitaires, ne revienne vers le monde du football. Nous avons évoqué ce sujet la semaine passée à l'occasion de la réunion à Bruxelles de la future association des ligues européennes de football. Il convient d'étudier les législations européennes afin de dégager des pistes de réflexion. Nous trouverons peut-être des sources de revenus. Il s'agira aussi d'appliquer les mêmes règles partout : de meilleurs contrôles, interdiction pour les joueurs et leur famille de prendre part à des pronostics, etc ". Et que dirait le Président de la Ligue Professionnelle si un dirigeant d'un club belge était actionnaire d'une grande société de paris sportifs ? Il le désapprouverait. Pourtant, il y en a un très connu et peut-être d'autres. Pour les retrouver, il faut s'intéresser aux paris sportifs proposés sur internet qui échappent aux contrôles du fisc belge quand le siège est installé à l'étranger. L'ancien international et actuellement présentateur télé Georges Grün avait été un des premiers à s'installer dans ce créneau et il participa, avec des amis, au lancement du site Euroleague.com qui ne décolla pas. Le site n'était pas assez connu et fut finalement vendu à un concurrent. Doté d'une licence maltaise, MrBookmaker n'a pas ce problème. Il a décollé à une allure phénoménale et ne propose ses paris que sur le net. Koen Terryn innove, invente, lance des campagnes promotionnelles, fait de la pub dans les médias. Sa société a déjà payé ceux qui ont misé sur un Club Bruges champion. En cas de surprise, les gagnants ne devront pas rendre leurs gains. " A mon avis, la clientèle des agences traditionnelles est plus âgée ", dit-il. " Avec internet, on atteint une clientèle plus jeune, 30-35 ans de moyenne d'âge. Tout le monde a un ordinateur maintenant. On pronostique en quelques clics, c'est moderne ". Terryn a lancé une équipe professionnelle cycliste, dirigée par Lucien Van Impe, qui vit avec un budget de 2,5 millions d'euros par an. Le but est d'acquérir une renommée, de conquérir de nouveaux marchés. Koen Terryn a une équipe au nom de sa firme : c'est possible en cyclisme, pas de football, et cela lui garantit pas mal d'heures de télévision. MrBookmaker a son siège à Malte où, selon les propos de Terryn, des dizaines de personnes travaillent pour son compte : " A Malte, Mr. Bookmaker ne paye que 0,5 % sur le chiffre d'affaires. Cela fait une grosse différence par rapport aux 15 % d'application en Flandre. Dans ces conditions, il m'est impossible d'installer notre siège en Belgique. Mais je suis ouvert au dialogue avec les autorités. Si nous trouvons une solution proche de celle de Malte, cela permettrait de verser des taxes à l'Etat belge et d'engager du personnel. Je comprends l'intérêt des clubs belges, leur souci de percevoir des royalties. Mais dans les conditions actuelles, il est impossible de songer à un retour car avec une taxation aussi forte du chiffre d'affaires, je ne résisterais pas à la concurrence internationale. Dans un autre cas de figure, je suis prêt à ristourner deux millions d'euros par an vers le football belge. Et ce ne serait qu'un premier pas ". Terryn devine que l'Union Européenne finira par mettre son nez dans les paris et il place ses pions. Un afflux de deux millions d'euros ? Jean-Marie Philips serait le premier à se frotter les mains. " Ce serait un apport appréciable pour la Ligue Professionnelle ". MrBookmaker a des actionnaires importants comme Brantano ou Roland Duchâtelet, homme d'affaires, personnalité politique (VLD-Vivant) et... actionnaire principal de Saint-Trond (où il n'a pas de fonction officielle) alors que sa famille a également investi au Germinal Beerschot. Est-ce éthique, acceptable ou tout simplement normal ? Pour Duchâtelet, cela ne pose pas de problèmes : " Je possède 11,5 % des actions de MrBookmaker et j'investis dans internet depuis 2000 avec notamment aussi 50 % des parts de Sport. be, etc. Saint-Trond et MrBoomaker sont des choses différentes. Je ne fixe pas la cote des paris, cela se fait dans la firme, de façon indépendante. Il ne faut pas exagérer, le pari sportif est avant tout un passe-temps même si on peut gagner parfois pas mal d'argent. Sur un plan éthique, un joueur ne peut pas parier sur les matches de son club mais, à ma connaissance, cela ne figure même pas dans le contrat des joueurs de Saint-Trond. Le monde du football n'a pas encore pensé à cela ". Il devrait... Tout le monde sait qu'il y a un mois des joueurs et le coach du St-Trond de la saison passée ont été interrogés par les autorités de Hasselt dans le cadre d'une affaire présumée de corruption. MrBookmaker a intérêt à songer au problème posé par la présence d'un propriétaire de club de football dans son actionnariat. La Ligue Pro aussi. Il y a là un mélange des genres et des intérêts plus que contradictoires. C'est chercher le problème. Attention, danger, feu rouge. Mais Duchâtelet est évidemment un libéral : " La publicité est effectivement le seul retour financier vers le sport, que ce soit via des panneaux, une équipe cycliste, etc. mais les gouvernements ne doivent pas intervenir. A l'échelle mondiale, le marché libre est source de succès" . En attendant, je surfe sur le net. Le site MrBookmaker.com est agréable. Je m'incris. Nom d'utilisateur ? OK. Code secret : OK. Carte de crédit ? Cela ne me plaît pas mais, bon, va pour 20 euros sur des matches de la D1 belge. Gains éventuels : 45 euros. On verra ce que cela donnera samedi soir. Mais honnêtement, c'est un plaisir solitaire ; c'était plus marrant Place Paduwa à Evere. 20 euros dans le bastringue Il me reste encore 30 euros. Les paris réservés dans les quartiers populaires des grandes villes ? Quelle blague. Je fonce vers Petit Waret, près d'Andenne. Un village magnifique. Mon pote Enver m'attend dans son café. Devant l'établissement, il y a un terrain où s'entraînent les équipes du club de Petit Waret. Il y a une réunion d'une fédération de football. Au Bivouac, on boit football, on fume football, on mange football. Robert Hoyzer y est considéré comme un de ces cons qui polluent le football et gâchent le plaisir des petits parieurs. Après trois cafés et deux kriek au fût, Enver m'explique le fonctionnement de l'ordinateur on line de Belga. Bet qui permet de miser sur des tas de matches. C'est soir de Coupe de l'UEFA. Va pour Valence, etc. Je glisse 20 euros dans le bastringue. Si j'ai tout bon, j'encaisse 1.765 euros. Le rêve mais pas de quoi faire sauter la banque de Belga. Bet dont le siège central est à Beringen. Belga.Bet compte des actionnaires turcs et est très présent à Bruxelles, Anvers, etc. C'est parfois la folie dans les quartiers turcs de la capitale. Sur un écran géant, les matches défilent. On se marre en notant des résultats. Un client mise 90 euros sur deux matches de Coupe de l'UEFA et vise un bonus de 190 euros. Certains peuvent gagner et même vivre de leurs gains aux pronos, entend-on parfois. En général, les mises ne dépassent pas 10 euros. Je songe à cet ancien joueur d'Anderlecht qui était connu pour sa passion des pronos. Je veux lui en parler mais il m'a quasiment raccroché au nez. Dommage. Le fils d'Enver, Hakan, me sert un dernier café bien serré et je rentre chez moi. Il est tard mais je me suis bien amusé à Petit-Waret. Il me reste 10 euros. Petit regard sur le site de Bingoal. Belle mise en page, couleurs attrayantes, excellents renseignements. Possibilité de miser en ligne. Je ne trouve plus ma carte de crédit. Il vaut mieux pour la paix du ménage. Liste des agences de Bingoal. Ah, il y en a une au 80 de l'avenue Adolphe Buyl, près de l'ULB à Bruxelles. J'y vais jeudi après-midi. C'est une librairie tenue par le sympathique Chatti Mohamed Habib. Il m'explique tout. Pas de combinaisons compliquées pour moi. Je connais la D1 belge, je joue la D1. Si je gagne, j'empoche 102,87 euros. Je préviens mon rédac' chef : il y aura 60 euros sur ma prochaine note de frais avec comme justificatif : pronostics ! Il est d'accord, à condition qu'en cas de gains, j'offre un verre à la rédaction. Ça marche... Pierre BilicLes pronostics ne rapportent rien aux clubs de football : EST-CE NORMAL ? Roland Duchâtelet est actionnaire de Saint-Trond et de MrBookmaker. EST-CE ÉTHIQUE ?