Faut pas l'énerver ! Sur un terrain de foot ou dans la vie, Jonathan Blondel sait ce qu'il veut. Se laisser faire ? Pas son style. On le provoque ? Il réplique. Au pire, il mordra en premier. Il déroule une analyse sans tabou de la crise brugeoise.
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Faut pas l'énerver ! Sur un terrain de foot ou dans la vie, Jonathan Blondel sait ce qu'il veut. Se laisser faire ? Pas son style. On le provoque ? Il réplique. Au pire, il mordra en premier. Il déroule une analyse sans tabou de la crise brugeoise. Jonathan Blondel : Il va y avoir neuf ans que je suis ici, j'ai toujours tout donné. Ça plaît aux supporters. Ils se retrouvent en moi : je ne lâche rien, je vais au duel, jusqu'au bout. C'est clair que nos résultats seraient différents si l'engagement était à la hauteur. Certains joueurs ne donnent plus tout depuis quelque temps. J'ai du mal à l'expliquer. C'est encore plus dommage parce que nous avons assez de bons joueurs pour être proches de la tête du classement. Si ça ne tourne pas, c'est d'abord parce que la mentalité n'est pas bonne. C'est venu progressivement, mais la cause, je ne la connais pas. Il faut que ça change vite, parce que là, on n'est pas bien ! Certainement. Quand on voit nos trois premiers mois... Je me suis dit : -Ça y est, c'est parti. Puis on a tout foutu en l'air en trois ou quatre semaines, tout s'est écroulé. En dix ans, les mentalités ont fort changé. Avant, quand un joueur plus âgé te disait de faire quelque chose, tu le faisais. Je me souviens du respect qu'on avait pour Gert Verheyen, Gaëtan Englebert ou Timmy Simons. On écoutait, on travaillait, on n'avait rien à dire. Maintenant, le jeune ne fait plus ce qu'un ancien lui demande ou il répond carrément. Parfois, quand je dis quelque chose à un jeune, c'est tout juste si je ne me fais pas engueuler. Dans le foot actuel, ce n'est même plus nécessaire d'avoir prouvé quelque chose pour commencer à l'ouvrir. C'est décevant mais ça ne se passe pas qu'à Bruges. En tout cas, avec l'état d'esprit d'il y a dix ans, le Club serait autre part. Alors là, y'a pas à chercher... Je préférais de très loin ce temps-là, il y avait le respect des anciens, de la hiérarchie. J'ai vu le milieu se transformer, année après année. Voilà encore un truc qui m'énerve ! J'ai vu passer trop de joueurs, et il y en a encore beaucoup qui passeront. Ils viennent pour une ou deux saisons, pour se montrer. Ils n'en ont pas grand-chose à faire du Club et du maillot. J'en reviens encore à la mentalité. Quand nous avons été champions en 2005, nous n'avions pas l'équipe la plus technique mais l'état d'esprit était là. Tout le monde se battait pour le gars d'à côté, c'est plus important que les qualités purement techniques ou le palmarès. Si tu n'as pas envie d'aider tes coéquipiers, ça ne sert à rien de faire du foot. Je ne vais pas parler des autres clubs, on a déjà assez de soucis ici... Un peu de tout. Je comprends leurs réactions, ils ont tout à fait le droit de se manifester. Ils disent ce qu'ils ont à dire et font ce qu'ils ont à faire... C'est aux joueurs qu'ils doivent s'en prendre. Bien sûr. Mais je me dis surtout que ça devient interminable pour les supporters et pour les dirigeants qui sont au Club depuis longtemps. Ils ont connu les belles années, et maintenant, plus rien. De la satisfaction. Ce n'est pas donné à tout le monde de jouer près de 10 ans à Bruges. Et j'ai gagné deux Coupes et un titre. Pas facile. On essaie d'y arriver quand même. Pas le choix. On se voit tous les jours : ça ne se passe pas bien sur le terrain, alors si ça commence à aller mal aussi dans le vestiaire, tout deviendra encore plus compliqué, on ira vraiment dans le mur. Ça dépend des jours. Il y a parfois des tensions à l'entraînement mais c'est la même chose partout : quand les résultats sont bons, tout va bien ; quand l'équipe est en dessous, ça tourne un peu mal. Dès que ça dérape, on essaie de tourner le bouton directement. Daum et Leekens, c'étaient les deux pôles opposés, c'est vrai. Eh oui, on peut dire que Garrido est entre les deux. Il faut que ça travaille dur à l'entraînement et pendant les matches, mais en dehors, il est assez proche de nous. Bah, je ne suis pas du genre à avoir des problèmes avec les gens... Je viens, je fais ce qu'on me dit de faire. Directement, il m'a montré qu'il me faisait confiance. Mais ça collait entre lui et tous les joueurs. Pour ce groupe relativement jeune, il avait l'approche qu'il fallait. Malheureusement, ça a mal tourné. Plein de choses. Je ne sais pas. Difficile à expliquer... Je laisse dire, ce n'est pas mon job de faire la comparaison. Il est comme moi, il veut tout gagner. Même à l'entraînement, je m'énerve directement si mon équipe perd un petit match. Non. J'ai ma façon de jouer. C'est gai de marquer, mais mon boulot, c'est d'abord courir pour les autres, récupérer des ballons puis les donner. Non. Et apparemment, on aime mon style à Bruges... Je ne sais pas. On est ici pour parler de Bruges... On est bien d'accord. Le Club ne fait plus peur. A personne. C'est choquant. Mais bon, tu en arrives là quand tu perds contre le Lierse, Louvain, le Cercle,... Excellent résumé. On ne pourrait pas être plus bas que maintenant. Tout à fait. C'était le pire match du Club depuis que je suis ici. Et la pire période, carrément. J'espère pas ! Celui qui est résigné, autant qu'il arrête directement et ne rejoue que l'été prochain. Moi, je ne serai jamais résigné. Je veux qu'on prenne le maximum de points avant fin décembre, puis on fera le point. C'est vrai que si on compare au deuxième tour de la saison dernière et aux play-offs, beaucoup de joueurs ne sont plus au même niveau. C'est bien que nos derniers blessés reviennent. Un peu plus de concurrence ne fait pas de tort quand trop de gars sont sûrs de leur place et ne donnent plus le maximum. On n'a pas à rougir. Quand tu tires Bordeaux et Newcastle, tu sais que tu vas jouer contre plus fort. Ça s'est vérifié. Tu as vu les matches ? Il ne faut pas chercher plus loin. Les deux favoris nous ont dominés, tant pis pour nous. On ne pouvait pas faire mieux. On parle de Bruges, pas d'Anderlecht. (Irrité). On aurait pris du 10-0 ou du 15-0, c'est ça que tu veux dire ? OK, on le dit, alors. On a peut-être le groupe pour viser le titre mais on ne le montre pas pour le moment. Ce noyau vaut en tout cas beaucoup mieux que le classement actuel. Mais ce n'est pas fini. Le Standard et Genk ont déjà renversé des situations compromises dans les play-offs, on pourrait le faire aussi. Je l'ai déjà dit plein de fois : c'est mon jeu, mon style, je ne changerai jamais. Ouais... Pas du tout. J'essaie juste de le faire plus intelligemment qu'avant. Si ça ne plaît pas à certaines personnes, tant pis, je m'en fous complètement. Ah non, ce n'est pas mon style. Simplement, je ne me jette plus comme un fou. Je sais que ça reste un peu brusque par moments mais j'estime que je ne dépasse pas les limites. Voilà ! Exagéré. Mais l'Union Belge m'en veut depuis quelques années. Si je n'ai plus rien à voir avec ces gens-là, c'est mieux, c'est tout ce que je demande. Quand je vois que Dieumerci Mbokani n'a pris que trois matches pour son agression sur Killian Overmeire et qu'on voulait m'en mettre six... Hé, tout le monde pense que j'en donne, mais j'en reçois aussi, hein ! On va dire ça comme ça, oui. (Ironique). On peut parler de ça comme on peut parler des play-offs : la Belgique les a lancés quand tout le monde les avait abandonnés... Si tu ne mets pas le pied à l'entraînement, tu ne le mettras pas en match. Il faudrait que certains joueurs de Bruges le comprennent, qu'ils soient un peu plus durs en semaine. Il faut se rentrer dedans. Moi, j'y vais franco : aux entraînements et le jour du match. Voilà. Un peu plus d'agressivité et de mentalité. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Si ça ne tourne pas, c'est d'abord parce que la mentalité n'est pas bonne. " " Je suis peut-être un peu brusque par moments mais j'estime ne pas dépasser les limites. "